DES GRANDS - DUCS DE LITVANIE ET DES SEIGNEURS
§ Ier. — Coup d'œil sur les funérailles, depuis Mieczyslas jusqu'à Kasùnir le Grand.
Chaque nation s'est prescrit des cérémonies funèbres, fondées le plus souvent sur diverses superstitions religieuses. Voyez avec quelle prolixité Hérodote et Théodore de Sicile racontent les funérailles des rois égyptiens. Est-il un tableau plus palpitant d'intérêt que le récit des funérailles de Patrocle?
La Pologne, depuissa naissance, eut des mœurs à part, et qui différaient plus ou moins des autres nations. Païenne avant Mieczyslas 1er (965), elle célébrait les funérailles de ses princes selon les idées religieuses de l'époque. Belliqueuse, elle suivit dans ses funérailles les rites des Germains ses voisins, et à son imitation, jetait sur le bûcher du défunt son glaive, son armure, et le serviteur le plus fidèle : touchante expression de leur croyance à une autre vie.
Autrefois les Slaves brûlaient les corps de leurs chefs et enterraient les urnes qui contenaient leurs cendres : on employait aussi les sujets à élever des mausolées pour transmettre leur nom à la postérité, et les plus fidèles éri-
geaient de leurs propres mains des tertres sur le lieu où reposaient leurs dépouilles. Aujourd'hui encore, dans les environs de Krakovie, on remarque deux tertres tumulaires épargnés par le temps. Les traditions populaires disent qu'ils furent élevés à la mémoire de Wanda et de Krakus, jadis chefs de la nation.
Avec la religion chrétienne, la civilisation occidentale pénétra en Pologne sous le règne de Mieczyslas l«r. La morale de l'Evangile eut la plus grande influence sur les idées du peuple ; elle changea ses mœurs, et dès lors disparurent aussi des cérémonies funèbres, les coutumes du paganisme, pour faire place aux nouveaux usages.
La mort a toujours fait sur l'esprit de l'homoe une impression profonde, et jeté dans le cœur un sentiment de douleur et de tristesse inhérent à sa nature ; elle éveille en lut les plus sombres pensées, lui rappelle qu'un jour aussi il arrivera au terme de sa carrière. C'est à ce seotiœeot même qu'il faut attribuer le respect et le caractère sacré que nous apportons dans les funérailles.
Aimés de leur peuple, qui les regardait
LA POi
plutôt comme leurs pires que, comme leurs chefs, les rois île Pologne, à quelques exceptions près, eurent tons des obsèques splcndides. Après la mon du roi, lu nation tout entière était en deuil; la consternation était générale. Quel spectacle sublime que celui d'un peuple réuni autour du cercueil et accompagnant à sa dernière demeure, au milieu d'un morne silence, interrompu seulement par les larmes et les sanglots, celui qu'il s'était habitué à regarder comme son bienfaiteur! A la mort de Boleslas le Grand (1025) la douleur fut générale et le deuil dura un an.
Depuis Mieczylas Ier, les monarques, sévères observateurs de la religion chrétienne, mouraient avec toutes les consolations du christianisme ; ils recevaient sur le lit de mort les saints sacrements, faisaient à leurs peuples les adieux les plus déchirants, et donnaient à leurs fils les plus sages conseils. Les chroniques renferment un grand nombre de détails sur les derniers moments des rois.
Les premiers tombeaux furent placés à Poman (Posen), résidence de nos premiers rois; mais comme tous les rois n'adoptaient pas la même résidence, il s'ensuit que le môme caveau ne renfermait pas tous les rois. Boleslas IV (1 175 ) fut le premier qui conçut l'idée de rassembler à Kraltovie les mausolées épars.et depuis presque tous ses successeurs y eurent leurs sépultures. Wladislas 1Y, elpjus tard les Jagellons ont enrichi et embelli ce monument national.
La tombe de Mieczyslas 1er est à Posen, dans la cathédrale, qui était la première église de Pologne, où Jordan, le premier évêque, enseigna l'Evangile au peuple encore païen (908). A côté d'elle sont celles de ses successeurs jusqu'à Wladislas-Herman, qui transporta les sépultures à Ploçk, sa résidence (1102), où il est enseveli avec son Gis Boleslas III (Bouche de Travers), dans l'église bâtie sous le règne de Kasimir le' (1040). Vers 1824 on a trouvé à Ploçk les débris des tombeaux de Wladislas- Herman et de Boleslas III. La Société des amis des sciences de Warsovie a fait élever, dans la chapelle de l'église cathédrale ù Ploçk, un nouveau tombeau à la mémoire de ces deux rois. Ce mausolée, exécuté suivant le projet de M.Vogel, professeur de l'université de Warsovie, consiste en une cuve de marbre à six faces, surmontée à chaque angle de quatre aigles blancs, qui supportent une table aussi de marbre, avec
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une tuscription latine. Le malheureux Boleslas II, obligé de fuir de sa patrie, mourut à l'étranger. Le corps de Mieczyslas 111, occupé de s'affermir sur le Irône, reposait à Knlisz, dans l'église Saint-Paul qu'il fonda. Cette église n'existe plus.
Pour donner une idée précise des cérémonies funèbres des rois de la race des Piasts, il faudrait sans doute parler de celles de chaque roi ; mais, comme ce travail sortirait des limites que nous nous sommes imposées, nous nous bornerons à rapporter, d'après Naruszewicz, les funérailles de Kasimir le Grand.
§ II. — Funérailles de Katimir le Grand,
Le cortège était ouvert par quatre chars funèbres, attelés de quatre chevaux couverts de drap noir; quarante chevaliers vêtus de manteaux de pourpre suivaient, onze portant les drapeaux des onze duchés, un autre, celui de Pologne. Venait ensuite, sur un cheval magnifiquement harnaché, un cavalier revêtu de la robe royale, et représentant la personne de Kasimir. 11 était suivi de six cents hommes rangés deux à deux, qui portaient de grands cierges; à leur suite étaient les corbeilles renfermant les riches présents destinés aux églises ; enfin le nouveau monarque en grand deuil, accompagné des princes, des archevêques, fermait la marche. Le convoi funèbre s'arrêta d'abord dans l'église de Saint-François, puis de la Sainte-Trinité et de Notre-Dame. A ces églises furent remis deux pièces d'écarlate, des coussins tissus en or, deux pièces de drap de Bruxelles de différentes couleurs. Pendant la célébration de la messe, outre une aumône considérable en cierges et en argent, deux hommes portant deux urnes en argent, remplies de gros de Prague (monnaie du siècle), s'approchèrent de l'autel, et, au moment de Voffertorium, y déposèrent ces offrandes. Le trésorier de la couronne jeta à droite et a gauche les étoffes et l'argent que contenaient les corbeilles. Outre ces dons qui témoignaient de la munificence du défunt, on mit sur le maître-autel, pour l'entretien de l'église, deux pièces d'étoffe en soie rouge tissue de fils d'or, et deux pièces de drap fin. Le référendaire et le sous-trésorier présentèrent aussi leurs offrandes; elles consistaient en deux vases d'argent ciselés, une nappe et une serviette. Vint ensuite le tour des officiers de table de la cour,qui don-
lièrent quatre grands plats d'argent; celui dn grand veneur et sous-veneur, présentant deux vases du même métal. Les offrandes se terminèrent par celles du grand écuyer, qui présenta le cheval favori du roi défunt, qui portail un cavalier ainsi que les drapeaux. Durant cette distribution, à chaque autel où étaient célébrées des messes, on déposait des gros de Prague, et quand, suivant l'ancienne coutume, on brisa les drapeaux, les lamentations du peuple furent telles, qu'on aurait dit que la patrie allait avec son roi s'ensevelir dans le tombeau !
§ III. — Funérailles des grands-ducs de LUvanie.
Pendant que la Pologne chrétienne, sous le règne de Kasimir le Grand, entrait à grands pas dans les progrès do la civilisation occidentale, la LUvanie était encore païenne. Belliqueuse, et en guerre continuelle avec ses voisins, les obsèques de ses ducs portent un caractère tout spécial. Mais, depuis ta grande ère de Jagellon, les funérailles des grands-ducs fureut célébrées à peu près de la même manière que celles des rois de Pologne, et les corps embaumés étaient conservés dons les tombeaux de Wilna, résidence des grands-ducs.
Pour donner an lecteur une idée de la pompe que l'on déployait à l'occasion de la sépulture des grands-ducs avant le christianisme, nous allons mettre sous ses yeux la traduction d'un passage d'une vieille chronique, qui raconte la cérémonie funèbre de Gédymin, grand-duc, père d'Olgerd, contemporain de Kasimir le Grand.
t Le grand-duc Gédymin. étant mort percé d'un conp de feu au siège de Friedbourg (xiv* siècle), Olgerd, Kieystul et Jawnat, fils du grand-duc, les chevaliers et le peuple conduisirent le corps * Wilna, en chantant des hymnes funèbres en l'honneur du conrage et des vérins guerrières de celui qui avait cessé de vivre. Le bûcher était dressé au confluent de la Wilcnka et de Wiliia. Lorsque la famille du duc fut réunie, le corps, revêtu des somptueux ornements de sa dignité, fut étendu sur le bûcher, où furent entassés ses armes, un couple de faucons, un couple de lévriers, son cheval favori et son serviteur le plus fidèle. Aussitôt que le bûcher fut embrasé, les assistants, poussant des cris lamentables, jetèrent an milieu des flammes des griffes d'ours et de panthères, une partie des trophées de Gédymin, et trois prisonniers allemands couverts de leur
nrmore. ■ Ils brûlaient an serviteur, parce qw, selon leur grossière croyance, le guerrier conservait ses dignités dans le séjour des morts; il lai fallait bien ensuite des griffes d'ours pour gravir les montagnes immenses qui le séparaient du ciel.
Revenons aux rois de Pologne.
Dans l'enceinte du château royal de Krakovie, sous les voûtes imposantes de la basilique de Saint-Stanislas, reposaient déjà dans les tombeaux les restes augustes de Boleslas, deWladislas, de Kasimir le Grand. La famille des Jagelions enrichit encore ce monument qui devait durer des siècles.
Les cérémonies funèbres variaient suivant les circonstances qui accompagnaient la mon du roi. Le dernier Jagellon, Sigismond- Auguste, en a réglé le premier la pompe (tous les détails en étaient prévus) et depuis tous les rois qui loi succédèrent, à quelqnes changements près, comme on le verra par la description conservée par Orzelski.
c Lorsque le roi Sigismond 1er fut mort, le corps fut lavé et embaumé avec les parfums les plus précieux. On le revêtit de la chemise mortuaire, on lui mit des bottes éperonnées, nne dalmaliquc blanche, un collier, des gants en soie, et par-dessus des gantelets d'acier, on anneau au doigt, une croix en or suspendue an cou par une chaîne en or, une couronne snr sa tête ; on plaça dans ses mains une sphère es or et un sceptre, un glaive au coté gauche. Ainsi vêtu et couvert d'une draperie lissue d'or, le corps fut exposé au public et placé le lendemain dans un riche cercueil. Au-dessus du cercue.l une inscription était gravée sur une plaque d'argent. Les dames de la cour placèrent dans le cercueil deux médailles en or à l'effigie de Sigismond. Il fut ensuite porté sur le lit on il avait rendu le dernier soupir. Le lit était tout couvert de velours noir; des lampes, des flambeaux éclairaient ce triste tableau. Les officiers de la cour gardaient le corps jour et nnit, et des prêtres célébraient successivement des messes. Le» dames de la cour et de la noblesse (écrit Booa » Isabelle ) visitent le corps avec nous.
Voici l'ordre du convoi de Sigismond-Augu^te
« Une troupe d'enfants ouvrait le cortège. Derrière eux marchaient les convents avec leors bannières, les membres du clergé, l'uBiversité en robes, les évêques et archevêques avec lears insignes pontificaux, seite cents pauvres couverts de manteaux noirs, trente drapeau* voilé»
d'un crêpe funèbre, trente chevaux drapés en noir; trente brancards mortuaires étaient portés chacun par quatre personnes, ils contenaient les vases d'argent et les ornements destinés à être distribués aux églises. Des cavaliers armés de pied en cap portaient le glaive et le bouclier royal, lo drapeau de la Pologne et celui du grand-duché renversés. Un gentilhomme, couvert d'une armure brillante, monté sur un cheraval agniQque et richement harnaché, représentait la personne du roi défunt, suivi des sénateurs, qui portaient le globe, le sceptre et la couronne. Le corps, enveloppé d'un linceul blanc, était traîné sur un char couvert de velours noir. Autour du corps les officiers de la couronne et les grands dignitaires de la république portaient les cierges ; derrière eux venaient les conseils de la municipalité, les corporations d'ouvriers avec leurs bannières, et le peuple. Aux portes de Krakovie le convoi fut reçu par le clergé, les moines, la noljlci.se, les envoyés étrangers et mille personnes en deuil. L'usage voulait que des dons fussent offerts à chaque église où entrait le corps; partout des gros de Prague étaient jetés sur les autels et aux pauvres. Le cortège n'entrait pas dans l'église : l'accès n'en était permis qu'aux grands dignitaires et au clergé supérieur. A ï'Agnus Dei, le cavalier qui représentait le roi mort se laissait tomber de cheval avec un grand bruit. Le drapeau était rompu contre le catafalque; alors le nouveau roi saisissait ,1e bout auquel était attaché le drapeau et l'élevait vers le ciel. Des gentilshommes entraient à cheval dans l'église et brisaient contre le catafalque la couronne, le sceptre, le glaive, une flèche et une lance, au bruit des canons, au son des trompettes et des cymbales. Les grands maréchaux brisaient leurs bâtons, les chanceliers leurs sceaux, et marquaient ainsi que leurs dignités avaient cessé avec la vie du roi. »
Après la mort de Sigismoml-Auguste (1572), la Pologne devenue élective, Gère de ses institutions républicaines sous un monarque électif, honora la mémoire de ses rois par des cérémonies solennelles et imposantes. La pompe des funérailles réglée depuis Sigismond fut strictement observée sous l'élection.
En Pologne, quand le roi mourait, tous les ressorts du ^gouvernement étaient brisés, tous les pouvoirs cessaient à la fois; les juges ordinaires n'écoulaient plus les plaintes du peuple. 11 sem-
blait que le roi mort, la république était morte avec lui. Tout le fardeau de l'administration retombait sur le primat archevêque de Gnèzne, et son premier soin était d'envoyer les universatix (les circulaires) aux palatins et aux chef» de districts, tant de la Pologne que du grandduché, pour leur annoncer la mort du rot. Le grand trésorier faisait embaumer et placer le corps sur un lit de parade, où il restait exposé aux regards du peuple, revêtu des ornements royaux, jusqu'à ce que le convoi partit pour Krakovie.
Les palatins, les castellans et les starostes fai« saient immédiatement annoncer la mort du rot dans les villes et les campagnes, et se rendaient aussitôt à la dicte, de convocation qui précédait celle d élection. Les tribunaux ordinaires étaient remplacés par des juges qu'on nommait juges de kaptur, c'est-à-dire juges à tête voilée, image sans doute du deuil de la république.
La diète de convocation se tenant comme les autres à Varsovie, était présidée par le primat. Le ciel du trône était rabaissé, et le fauteuil royal tournait le dos à l'assemblée. Le siège du primai était plus rapproché qu'à l'ordinaire ; une barrière circulaire le séparait des membres de la diète. Là, celte Gère noblesse, cette nriatooratie républicaine; discutait les mesures nécessaires à la sûreté de l'État, et reprochait au roi défunt ses torts envers la nation. Les plus ordinaires de ces torts, qu'on nomme exorbitances , sont la violation des pacta conventa, la dilapidalion des revenus, l'excès des impôts, les guerres arbitraires, etc., etc. Ainsi les actes du règne précédent étaient soumis au contrôle des membres de l'assemblée : imitation des jugements que les Egyliens faisaient subir h la mémoire de leurs rois. Les exorbitances étaient ensuite présentées à l'approbation de la diète d'élection, et le nouveau roi devait jurer de ne pas s'en rendre coupable.
Après l'élection, les conseillers du primat réglaient les dépenses et les préparatifs nécessaires pour les funérailles. Rien ne devait être oublié pour en augmenter la pompe et la magnificence. Plusieurs évêques, plusieurs abbés mitres étaient nommés pour accompagner le corps. Le roi nouvellement élu, les officiers de la couronne et du grand-duché, les membres du sénat, les principaux dignitaires de la république, les gentilshommes, les ofGciers subalternes du palais, l'élite des troupes, la plus grande partie
de la noblesse, formaient le cortège, qui était conduit par nn sénateur séculier qui fait les fonctions de maréchal et en porte le bâton.
La dislance de Warsovic à Krakovie étant de quatre-vingts lieues de France, le cortège allait lentement, et s'arrêtait dans chacune des églises qu'il rencontrait sur la roule, pour y célébrer la messe des morts
Arrivé à Krakovie, le cortège s'arrêtait dans le faubourg de Kleparz; le corps était déposé dans l'église de Saini-Florian, où il devait rester jusqu'au couronnement du nouveau roi. La constitution défendant à celui-ci d'entrer dans la ville, il habitait quelques jours le palais de la Grande- Procuration, et lorsqu'il pariait potir la cérémonie du sacre, il mettait pied à terre devant l'église de Saint-Florian : avant de ceindre la couronne, il devait prier pour celui qui avait régné avant lui. Une pensée religieuse réglait toutes ses démarches pendant les irois jours qui précédaient le couronnement : on voulait que le spectacle de la mort fût sans cesse devant les yeux de celui qui allait monter au premier rang parmi les hommes.
Le premier jour, il se rendait avec son cortège dans la chapelle de Saint - Stanislas nommée Skalka, mémorable par la mort de I evêque Stanislas.
Le second jour était destiné à transporter le corps dans I église cathédrale. Le nouveau roi était confondu dans le cortège; il tenait, comme les autres assistants, un cierge à la main. Celte procession était si longue et si nombreuse, qu elle commençait le matin et finissait le soir.
Enfin la grande cérémonie des funérailles avait lieu le troisième jour. L'église était tendue de
draperies noires; le roi et touslesassistantsétaient en deuil. Divers sénateurs portaient la couronne, le sceptre et le glaive renversés; les drapeaux des palaiioats el des districts étaient portés de la même manière par les chevaliers de l'ordre Equestre. Au dernier acte de la solennité mortuaire, les maréchaux* rompaient leurs bâtons contre le catafalque, les chanceliers leurs sceaux, et les hommes d'armes leurs armes.
Telles étaient les funérailles des rois de Pologne.
Les funérailles des reines n'étaient pas moins pompeuses. On irouve dans les Mémoires de délai» (1596) lu description de celles d'Anna Jagel-
lonne,éponse d'Etienne Batory. Nous y lisons que le corps était accompagné par les ofliciers de la couronne, par des évéques des religions grecque et latine, et par les dames de la cour, conduites chacune par un cavalier; le roi suivit le convoi jusqu'à Krakovie.
Ces rites se perdirent avec le temps. Sous Tinfluenec d'avides et ambitieux voisins, comment la Pologne aurait-elle gardé ses coutumes nationales, qui datent de plusieurs siècles ?
§ IV. — FunérailUi des seigneurs.
Los funérailles des seigneurs en Pologne rrs* semblaient beaucoup à celles des rois. Ici. comme partout ailleurs, les nobles tâchaient d'imiter la coin : manières, fêles, mœurs, funérailles, ils cherchaient à lout copier; aussi leurs cérémonies funèbres présentent-elles une magnificence presque égale à celles des rois.
Dans l'histoire ancienne nous trouvons mille exemples de la magnificence et de la splendeur des funérailles des seigneurs. En voici un entre autres :
Les funérailles de Joseph Potocki, castrllan de Krakovie, mort le V.) mai 1751, furent ajournées jusqu'à septembre à cause des préparatifs immenses qu'elles nécessitèrent. Elles eurent lien à Stnnislawow. Dix évéques el leurs chapelains, soixante chanoines, douze ccnl soixante-quinze prêtres du rite latin, quatre ceni Uente du rite grec furent convoqués à celle cérémonie. Les obsèques durèrent quatre jours, el pendant ce laps de temps, chaque chanoine reçut vingt louis d'or, et les autres douze. Les libéralités ne se bornèrent pas là : on continua encore pendant trois jours à distribuer un louis à chaque membre de l'église, et, outre cela, ils furent encore pendant leur séjour lo^és dans des habitations que l'on avait préparées pour eux, et où rien ne fut négligé pour témoigner de la largesse du défunt: le vin, l'cau-de-vie, la bière, le miel furent prodigués. Il y eut pendant cinq jours lable ouverte dans les réfectoires des couvents, et dans le château douze tables étaient toujours servies. A chaque diner on consommait vingt tonneaux de vin de Hongrie, onze de Bourgogne, de Champagne et du Bhin. Pendant six jours, cent vingt canons en bronze appartenant au château ne cessèrent de gronJer.
Stanislas Falirski.