TOME If
» forces de notre ennemi naturel, en lui procurant,
> au moyen des arts, de nouvelles ressources mi-
> litaires? Si nous permettons aux artistes et » aux ouvriers de se rendre librement à Moskou, » il est sûr qu'alors une foule de gens appartc- » nant aux sectes pernicieuses des Anabaptistes » réformés et autres, poursuivies en Allemagne,
> se disant tels, se rendront à Moskou, et de-
> viendront les plus dévoués serviteurs du tzar,
> qui, l'on n'en peut douter, a formé le projet i de s'emparer de la Livonie et de tontes les • contrées situées aux environs de la mer Bal- » tique, afin d'être plus à portée de subjuguer la » Litvanie, la Pologne, la Prusse, la Suède, dont
> les États sont circonvoisins. •
A cet avertissement, qui ne fut pas perdu pour Sigismond-Atiguste, se joignit une guerre civile en Livonic, dans laquelle le roi ne pouvait rester neutre, et qui, en hâtant son intervention, le mit à la tête de forces suffisantes pour pouvoir s'opposer aux projets de l'ambition moskovite.
Waller de Furslcnberg, grand - maître des Porte-Glaives, ayant embrassé, de concert avec tout son Ordre , le luthéranisme , déclara la guerre à l'archevêque de Riga, neveu du roi de Pologne, et le força, par b famine, à capituler et à rendre la forteresse de Kokenbauscn, dans laquelle il s'était renfermé (1556). Sans égard pour le rang de son prisonnier et pour sa parenté avec Sigi>mond-Augusie, le grand-maître le jeta dans un cachot. Justement indigné de la barbarie de ce procédé, le roi envoya en ambassade Gaspard Lonçki, pour demander l'élargissement do l'archevêque Guillaume ; mais le grand-maître répondit h cette démarche en faisant assassiner l'ambassadeur.
Ce lâche attentat au droit des gens cria vengeance. Le roi convoqua sur-le-champ la dièto à Warsovie (1557), et il y fut arrêté que toute la noblesse monterait à cheval; néanmoins il dépécha vers Waller l'évèque de Samogitie, qui, ayant su éviter toute embuscade, vint lui notifier qu'il eût à délivrer l'archevêque, s'il ne voulait s'attirer sur les bras toutes les forces de la Pologne. Cette mission ayant clé sans résultat, la campagne s'ouvrit au mois de juillet 1557 : lo grand-général de Litvanie, Nicolas Radxiwill, duc d'Olyka cl de Nieswitz, et Jean Hielecki, palatin de Podolie, marchaient à Pavanlrgarde. Les chevaliers, de leur côté, se mirent aussi eu mouvement, et s'avançaient vers les Polonais, lorsqu'ils apprirent que le roi venait de quitter
Wilna, et suivait les traces de Radziwill avec des forces imposantes.
L'arrivée de Sigismond-Auguste au quartier général de Poswol sur la Lawenna (palatinat de Troki, district d'Upila) répandit un si grand effroi, que toute l'armée des chevaliers prit la fuite, et le grandmaître Walter se rendit en personne au camp de Sigismond, amenant avec lui l'archevêque Guillaume, auquel il avait rendu la liberté. Walter se prosterna aux pieds du roi et lit amende honorable pour l'outrage dont il s'était rendu coupable. La paix fut conclue le 5 septembre 4557, et les puissances belligérantes signèrent un traité par lequel Walter s'obligea à payer CO,000 écus pour les frais de guerre, cl se soumit à la domination de la Pologne. Par suite de ce traité, les Livonicns s'engageaient a prendre les armes contre les tzars, dans le cas où ils essaieraient de porter leurs armes en Litvanie, et promettaient de ne conclure aucune alliance avec la Moskovie sans le concours de la Pologne. De plus, le grand-maître s'engagea à rétablir l'archevêque de Riga dans tous ses droits, de le dédommager de toutes ses perles, et de reconnaître le prince de Mecklenbourg pour son coadjuteur, sans aucun égard à la constitution de Wolmar, qui l'excluait, comme étranger, de toutes les dignités de la province.
Sur ces entrefaites, le tzar de Moskovie envahit la Livonie (1558), et ses armées s'emparèrent de Narva, de Wessenberg et de Dorpat. \jh grand -maître Furstenberg et plusieurs autres chefs furent faits prisonniers et conduits à Moskon, où ils périrent dans les tourments.
Le roi des Polonais, pour arrêter l'effusion du sang, expédia des ambassadeurs à Moskou (1559); mais ces négociations n'aboutirent a rien. Gothard de Kettler, qui venait d'être élevé à la dignité de maître de l'Ordre, lit d'abord quelques efforts pour se soutenir contre un ennemi formidable; mais il fut bientôt forcé d'implorer le secours de la diète germanique, assemblée à Augsbourg, en 1559. La diète ne lui donna que des promesses. Gothard sollicita également, et toujours en vain, l'assistance de la Suède et du Danemark, \aincu à la bataille sanglante d'Ermis (2 août 1560), et abandonné de tous ceux qui avaient intérêt à le protéger, il s'adressa à Sigismond-Auguste. C'est alors que l'archevêque de Riga, les dignitaires et la noblesse livonienne, réunis à Wilna, le 28 novembre 1561, conclurent avec le roi un traité, en vertu duquel la Livonie
se soumit complètement au roi. Sigismond-Auguste négocia auprès de l'empereur et du grandmaître des Teutoniques pour prévenir les effets de la colère que la signature du traité devait naturellement amener, et il obtînt qu'il ne serait fait aucun tort aux membres de l'Ordre ni à leurs sujets, soil dans leurs honneurs et dignités, soit dans leur fortune. Aux termes du traité, la tolérance religieuse -dut être entière ; les places et charges exclusivement confiées à des Allemands; le maître de Livonie porterait à l'avenir le titre de duc, à l'instar des ducs de Prusse, et serait vassal de la Pologne. Le roi lui conférait à titre de fief, pour lui et ses héritiers mâles, toute la Kourlande et la Sémigalle, situées sur la rive gauche de la Dzwina, et tout le reste delà Livonie, situ<; sur la rive droite de la Dzvrioa, devait apparu nir au grand-duché de Litvanie. L'Ordre renonçait aussi aux terres qui se trouvaient au pouvoir de l'ennemi, et que le roi serait obligé de conquérir, telles que l'Esihonie et l'évéché de Dorpat.
Nicolas Radziwill alla occuper, avec le titre de gouverneur de Livonie, la ville de Riga, où Kettler lui remit le sceau de l'ordre des Porte-Glaives, et autres attributs du pouvoir souverain (5 mars 1562); les généraux Jean Cbodkiewicz, George Zenovricz et Alexandre Polubinski établirent des garnisons litvaniennes dans tous les forts qui avaient été donnés en otage.
La prépondérance polonaise en Livonie réveilla la jalousie de la Suède et de la Moskovie. A cette époque, Eric, successeur de Gustave- Wasa, régnait à Stockholm. Il avait un frère, Jean, duc de Finlande, qu'il n'aimait point; et Jean, qui cherchait à se fortifier de l'alliance de quelque puissance, n'en trouva pas de plus convenable que celle de Sigismond-Auguste, à qui il avait avancé 120,000 écus sur quelques châteaux en Livonie. A eet effet, il demanda en mariage la Sœur de Sigismond, qui était en même temps recherchée par le tzar. Mais ce dernier d« voulant pas accepter des conditions raisonnables, les Polonais lui envoyèrent, dit-on, unejumeni blanche superbement harnachée.
Eric consentit d'abord au mariage ; mais quand la réflexion l'eut éclairé sur les conséquences probables de celte union, il voulut l'empêcher; mais Jean quitta subitemeni Stockholm, débarqua a Danizig, et arriva à Wilna, où il épousa la princesse Catherine (4 octobre 1562). A cette nouvelle, Eric, irrité, s'empara de quelques places
de la Livonie, et envoya une armée en Finlande, avec ordre de se saisir du duc Jean et de son épouse, de les amener morts ou vifs en Suède. Le duc fut assiégé durant trois mois duos le château d'Abo, capitale de la Finlande. Le château fui pris par trahison (12 août 1503), et le duc, sa femme et toutes les personnes qui leur étaient dévouées furent emmenés à Stockholm. Le duc fat contraint de comparaître en justice. On l'accusa de rébellion, et on le condamna lui et les siens à perdre la vie. Plus de deux cents personnes fnrent mises à mort ; d'autres furent condamnées aux travaux forcés.et les étrangers, tels que les Litvaniens, les Italiens et les Allemands qui accompagnaient Jean, furent chassés hors du pays. Le duc eut la vie sauve; mais il fut condamné à finir ses jours en prison à Gripsholm. La duchesse, son épouse, l'y accompagna volontairement, et passa avec lui quatre ans cl deux mois dans sa captivité.
Le tzar de Moskovie ne fut pas étranger à ces catastrophes, et l'intrigant Joran Peerson, confident d'Eric, y prit également une part trèsvive. Eric, qui croyait à l'astrologie, était persuadé que la vie de Jean lui serait funeste ; aussi il alla plusieurs fois dans sa prison dans l'intentioa de le faire mourir ; mais il changeait tout de suite de résolution dès qu'il le voyait, se jetait à tes pieds.en disant qu'il était sûr que la couronne lui était destinée, et lui demandait en grâce d'avoir compassion de lui lorsqu'il tomberait en sa puissance. En etfet, nous verrons Jean régner en Suède, et son fils, Sigismond LU, monter au trône de Pologne.
Sur ces entrefaites, les troupes d'Eric continuaient leurs opérations en Livooie.et les secours que Sigismond-Auguste leur envoyait par mer, quoique bien tardivement, furent interceptés par l'amiral suédois. Le tzar de Moskovie crut l'instant favorable et envahit la Litvanie. Sigiamondauguste, forcé de tenir tôle à cette donble invasion, convoqua une diète à Piotrkow (janvier 1565),qui vota l'institution d'un- fonds permanent pour l'entretien des troupes de ligne, à l'instar de la Litvanie, qui en avait donné l'exemple en 1552; ceue contribution fut fixée au quart du revenu des domaines royaux ou des starosties, et les troupes qu'elle servit à entretenir furent appelées l'armée du quart ( woysko kvrarciane ). Mais la lenteur que la noblesse de la couronne mit à remplir son devoir fut cause que l'armée de Litvanie, non secourue à temps, ne put s'op-
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poser efficacement aux Moskovites, et ces derniers s'emparèrent de l'importante ville de Poloçk, sur la Dzwina(15 février 1563).
Le grand-général de Litvanie, Radxiwill, ne put assembler à Minsk, sur la Swislocz, que deux mille Litvaniens et quinze cents Polonais. Aussitôt il se mit en avant ; mais il arriva près de Poloçk, lorsque les Moskovites avaient déjà investi la ville et les forts, et s'étaient arrangés de manière qu'il ne put ni les forcer dans leurs retranchements, ni les en faire sortir pour leur livrer bataille.
Dowoyna, palatin de la province, commandait dans Poloçk ; mais c'était un homme présomptueux. C'était l'offenser que de lui donner de bons conseils.
Jean Hlebowicz, un des officiers soumis à ses ordres, et l'un des plus zélés pour le bien du service, ne craignit point d'affronter son orgueil en essayant de régler son courage. Hlebowicz. unissait à la valeur intrépide les connaissances militaires étendues et sûres ; ses remontrances furent inutiles et nuisibles môme à la ville ; car, au lieu de réveiller l'attention du palatin, elles ne firent qu'exciter sa colère.
Plus présomptueux que jamais, Dowoyna se proposa-d'expulser de la ville vingt raille paysans des environs qui s'y étaient retirés, et qui étaient presque tous en élat de faire avec succès des sorties contre l'ennemi. Cet ordre lut attira de nouvelles représentations. Illobowicz s'offrit de mener lui-même celte foule d'honimes forts.
Ces sages avis eurent le sort des premiers. Les paysans furent coniraints d'aller au hasard se chercher un autre asile ; et pour comble de ridicule, le palatin fit mettre le feu à tous les quartiers de la ville. Son dessein était de se retirer dans les deux forts qui la protégeaient, et où il se croyait plus en sûreté contre les attaques des Moskovites. 11 ne croyait pas qu'il leur ouvrait un chemin plus aisé vers ces mômes forts, auxquels la ville avait jusqu'à ce moment servi de défense.
Ils s'en approchèrent en effet, et se pressèrent d'autant plus, qu'il leur importait de conserver la place qu'on leur abandonnait, et qui allait bientôt être réduite en cendres. On les vit y apporler eux-mêmes du secours, rassurer l'habitant consterné, et travailler avec lui à éteindre les flammes.
Le tzar commandait en personne son armée ; il adoucit pendant quelques moments sa férocité,
son
■suivi des paysans qu'il avait reçus dans ses rangs, et qui par rcconnaisance lui avaient découvert les grains qu'ils avaient cachés dans les campagnes voisines. Ce fut alors que Dowoyna s'aperçut des effets de sa fatale présomption: Poloçk fut pris, et le tzar mit le palatin, 5a femme et ses enfants dans les fers èl les mena à Moskou.
On reste, la perte de Poloçk fut rachetée par les nombreuses défaites que les Litvaniens firent payer aux MoskoYites. George Uadziwill, palatin dcTroki, et Grégoire Chodkiewicz, n'ayant que quatre mille cavaliers sous leurs ordres, battirent complètement vingt mille Moskovitts près de Czuszniki sur l'Ula (26 janvier 1564), et le général en chef prince Schouïsky y fut tué. Phi- Ion Kmita de Czarriobyl, gouverneur d'Orsza, et George Oscikj palatin du Mscislaw, battirent.de leur côté, près d'Orsza, l'ennemi commandé par Serebrny (9 février 1564) ; enfin, Stanislas Paç, gouverneur de Witebsk, avec deux mille hommes, écrasa près d'Ozieryszcze treize mille Moskovitcs commandés par Tokmakoff (22 juillet 1564). La trêve de 1565 mit un. terme à celte guerre.
Pendant la lutte contre les Moskovites, la Pologne faillit s'attirer sur les bras une guerre avec la Turquie, par suite de la turbulente inquiétude de la haute noblesse polonaise. Albert Laski, palatin de Siéradie, s'était lié d'amitié avec un certain Jean Gracicn, se disant descendant de la famille des Héraclides ; et, à l'insu du roi et du sénat, Laski envahit brusquement la Walaquie, défit l'hospodar Alexandre, et établit Gracicn sur son trône (1561). Gracien, pour s'y affermir, était sur le point d'éponser In fille de M.irtin Zhorowski, castellan de Krakovie, lorsque les Walaqucs se soulevèrent et élurent pour souverain Michel Tomza, en lui donnant le nom d'Etienne. Le remuant Laski excita le prince Démétrius Wisniowiecki a conquérir la Moldavie pour son compte, afin de détourner par là l'attention de Tomza. En effet, Wisniowiecki entre en Moldavie; mais Tomza marcha à l'instant contre lut avec toutes ses forces, le fit prisonnier et l'envoya à Gonstaotinople avec Jean Piasecki et plusieurs antres seigneurs polonais ou russiens. WisQiowiecki et ses compagnons furent condamnés à être précipités du haut d'une tour sur des crocs do fer; la plupart d'entre eux moururent sur-le-champ sans beaucoup de souffrances ; mais Wisniowiecki, qui ne s'était accroché que par une côte, vécut pendant trois jours dans les
plus horribles' tôurménts. Une Soif ardente le dévorait, et il ne pouvait obtenir nn pr*o d'eaa pour l'étanchcr. Dans cet affreux moment, il conserva du moins assez de calme pour savoir comment il pourrait abréger son martyre; M s'étant mis à blasphémer contre Mahomet, ui Turk indigné lui lança une flèche an cœor pi le tua (1565).
Tomza poursuivit la guerre contre Gracien, et. avec l'assistance des Transylvaniens, il s'empara de la ville de Soczawa; Gracien fut fait prisonnier. Fier de ses succès, Tomza, au lieu de faire transporter Gracien h Constantirtople le fit metir à mort comme il avait faitde Wisniowiecki : lé snltan, irrité de cet acte d'indépendance, destitua Tomza et rétablit l'ancien hospodar. Pour m soustraire A urt sort plus funeste, Tothzn se réfugia cri Pologne avec tous ses trésors: mais il fut arrêté et décapité à Léopol, par ordre de Sigismnnd- Auguste, aussitôt que Soliman et les Transylvaniens eurent demandé son extradition. Toutes m querelles, suscitées gratuitement par l'aristocratie polonaise, eurent pour résultat de faire regarder la Walaquie et la Moldavie comme des déprndances de la Turquie plutôt que de la Pologne.
Quant à l'archevêque de Riga, Guillaume de Brandebourg, qui avait prht part à l'acte du 2R novembre 1561, In roi le maintint en possession de ses domaines, enlui laissantle choix deresterdans l'état ecclésiastique, oit d'y renoncer en conservant son archevêché comme principauté secn- Mère. Les Etats de l'archevêché déclarèrent vouloir reslcr unis à ceux de l'Ordre, de façon qu'ils devinrent sujets du roi ou du doc de Kourlande, selon que leurs terres étaiént situées m l'une ou l'antre rive de la Dzwina. L'archevêque étant moi 1(4 février 1565), le duc doKoiirlaode prit possession de sos domaines au nom du roi de Pologne. Get archevêque avait pour coadjuleur Christophe, frère du prince de Mècklenbourg. Refusant de tenir l'archevêché à titre de fief polonais, Christophe obtint d'Eric XIV, roi de Suède, pendant la vie de l'archevêque Godlaume, quelques troupes à l'aide desquelles il se mit en possession du château do Dahlen, iitoe dans une Ile de la Dzwina. Le due de Koorlande l'y assiégea en 1563, et le fit prisonnier.- Sipumond-Auguste l'enferma au château de Riva, où il resta jusqu'en 1566, qu'il abdiqua. Peadait qu'il était en prison, le prince de Mecklenbourg avait obtenu de Sigtsmond-Auguste que son 6w. qui s'appelait comme le roi, fût nommé arche-
tique; Le prince prit donc le litre d'administrateur de l'archevêché, jusqu'à ce que le nouvel archevêque, âgé alors de cinq années, eût atteint l'âge de quinze ans ; mais le roi ayant conça quelques soupçons contre le prince, déclara le siège archiépiscopal de Riga vacant; et, du consentement de trois chanoines restants et des Klats, il en prononça la réunion au grand-duebé de Lilvanie (26 décembre 1566).
Dans le temps que Golbard traitait déjà avec b Pologne, la ville de Rewel et la noblessse de rKsthonies'étaientdéclaréesaffranchiesde l'obéissance à l'Ordre qui les avait laissées quatre années consécutives sans aucun secours contre les M iskoviies, et le A juin 4561, elles se soumirent à la Suède.
Déjà antérieurement les Danois avaient trouvé moyeu de s'emparer d'une partie dé la Livonie. Jran de Muncbhansen, évéque d'OEsel et de Kiurlande on de Pilten, las des troubles doot la Livonié était agitée, vendit ses évéchés, en 1559, pour une somme de 30,000 rixdalers albertus, àFrédéric II, roi de Danemark. Maurice de Wrangel, évèque de Rewel ou de Wieck. suivit cet exemple. Frédéric II réunit ces trois évéchés à 1.1 couronne de Danemark, et les conféra, à titre «In principauté séculière, à son frère Mngnus : celui-ci en prit effectivement possession au mois d'avril 1560. Le gouverneur de Sonnenberg lui remit ce château appartenant à l'Ordre, et tout le district qui en relevait.
l<a Livonie se trouvant ainsi partagée entre la Pologne; la Suède, le Danemark et Id Moskovie, U Livonie devint le sujet et le théâtre de guerres Jongneset sanglantes entre ces quatre puissances, comme nous le terrons plus tard, quand nous aborderons cette période mémorable, close par le traité de paix dé Stéttin et de Sioraden 1370 et 1613, entre la Suède et le Danemark ; et par la paix thi Khiverova Horka, conclue 'en 1382 entre la Pologne et la Moskovie. Les Suédois et les Mo&kovites terminèrent leurs différends relativement à l'Esthonie par la paix de Tci»in,en 1395, qui assura cette province aux premiers. La Suède et la Pologne terminèrent leurs contestations sur U Livonie par la paix d'Olîwa en 1660; et les prétentions des Moskovites sur ce pays furent réglées par la paix de Hardis, signée en 1661 entre la Suèdé et la Moskovie. Par ces divers traités, tontes les provinces situées sur le golfe de Finlande, depuis l'embouchure de la Dzwina dans la Baltique, la plus grande partie de la Livonie,
l'Esthonie, l'Ingrie et la Karélie, restèrent acquises à b Suède.
Revenons à Sigisroond-Augusie.
Pendant les événements que nous venons de raconter, le roi avait convoqué plusieurs diètes à Krakovic en 1558, à Wilnaen 1560*, à Lomza en 15Ç1, à Piotrkow en 1562 et 1563, à Warsovie, à Bielsk et à Parczovr eu 1364, à Piotrkow en 1565, à Grodno et à Lublin en 1566. Dans celle dernière, le projet do divorce avec la reine fut agité avec chaleur. Sigismond, grand admirateur du beau sexe et vivement attaché à sa maîtresse Rarbe Giza, se .dégoûta de la reine. Il prétexta deux motifs : la stérilité de Catherine, et le refus que l'empereur Maximilien II, qui régnait alors, avait fait de s'entremettre en sa faveur auprès de Philippe \l, roi d'Espagne. Ce monarque, en qualité de roi de Naples, s'étant saisi du duché de Bari, en vertu du testament arraché par Papagoda à la reine Bona, à son lit de mort, repoussait les prétentions élevées sur cet héritage par SigismondrAuguste, en sa qualité de fils cl héritier naturel et légitime de Bona. Cette immorale usurpation de Philippe H et les intrigues du cabinet de Vienne, toujours hostile à la Pologne, exaspérèrent Auguste, et il fit peser sur son épouse les effets d'un ressentiment qu'il ne pouvait montrer directement a l'empereur, frère de celte princesse, et à Philippe, son cousin germain.
Jacques Uchanski, archevêque de Gnèzne, était contraire au divorce du roi; mais l'évéque de Wladyslavfow, Nicolas Wolski, prit le parti du prince, et le reste de l'assemblée abonda dans ce sens. Le saint Siège s'y opposa aussi, mais on passa outre. L'empereur s'en plaignit à la diète de Spire et excita tous les Etats d'Allemagne à partager son ressentiment. Mais l'électeur de Brandebourg, Joachim-Frédéric, qui avait intérêt à maintenir la paix dans son voisinage, lui fit appréhender les refus de la diète et lui conseilla de se réserver des ressources pour défendre la Hongrie contre lesTurks qui menaçaient ce pays; Maximilien se rendit à ces conseils et garda un silence prudent. Quant a la reine Catherine, elle quitta la Pologne en 1567 et partit pour Lienz, accompagnée d'André Dudiisch, ambassadeur de l'empereur.
Pendant la durée de cette diète, le roi avait appris les intrigues qui se tramaient dans la Prusse ducale, et doot la source pariait de l'Allemagne. Le vieux duc de Prusse était tombé
dans l'imbécillité ; son fils était trop jeune pour lui succéder; l'intrigue voulut profiter de cet état de choses pour soulever le duché «ontre la Pologne; mais Sigismond-Auguste nomma promptement, pour instruire l'affaire et châtier les coupables, Jean Sluzewski, palatin de Brzesc ; Pierre Zborowski, castellan de Biecz; Jean Kostka, castellan de Dantzig, et Nicolas Firley de Dombrowice. Ces commissaires du roi se rendirent à Kcsnigsberg et agirent avec vigueur et promptitude. Les nouveaux conseillers du duc furent mis à mort ou bannis ; l'ancien conseil fut rétabli, et avec lui l'ordre et l'obéissance envers la république.
Cette affaire étant terminée, le roi tourna son attention vers la Moskovie; car le tzar Y\an, non content de tous les maux qu'il faisait peser sur la Livonie et la Litvanie, venait de jeter en prison l'ambassadeur polonais Bykowski et ses compagnons. Le roi ouvrit la diète à Piolrkow (avril 1567), puis il partit pour Wilna, afin de réunir la pospolite rasxcnie, et de là, il se mit en marche contre les Moskovites. On porte à près de 100,000 hommes les forces de l'armée polonaise. Le roi avançait à petites journées, en passant par Miedniki, Oszmiana, Smorgonic, Markow, Lobiedziew et Molodeczno. Arrivé à Radoszkowicze, sur la roule de Minsk (septembre 1567), l'insubordination, les mésintelligences an sein de l'armée, et d'un autre c6lé l'espoir d'une révolution qui devait éclater à Moskou, et qui n'eut pas lieu, furent cause de l'ajournement de cette expédition. Jean Chodkiewicz, Roman Sanguszko et Georges Zenowicz restèrent seuls dans la Russie-Blanche pour surveiller les Moskovites : l'attention publique se concentra tout entière sur un seul objet, l'union intime et définitive de la Litvanie et de la Pologne. Résumonsnous.
Les affaires de la Livonie, qui allumèrent, comme on a vu, une guerre longue et sanglante, donnèrent lieu à de notables changements tant en Litvanie qu'en Pologne, et hâtèrent l'organisation définitive de la domination de la démocratie nobiliaire dans l'un et l'autre pays, et leur réunion dans un corps politique, ce qui avait jusqu'alors éprouvé tant d'obstacles. Le roi, ne trouvant pas en Pologne assez de docilité à ses vues, se rendit à Wilna, et, pour rattacher la Litvanie aux affaires de la Livonie, il accorda à la noblesse des franchises promises à Horodlo, en 1415, par Wladislas-Jagellon, et jusqu'ici non
réalisées. Ala diète de Wilna (1560), Sigismon I- Auguste donna à la noblesse le droit d'élire des nonces et des juges. Depuis cette époque, la représentation litvanienne commença à se former : la diète se composait de deux chambres, et les tribunaux de province furent organises à l'instar de ceux de la couronne, pour faciliter l'administration de la justice et l'application des articles du statut.
Blessés du zèle avec lequel le roi s'occupait des intérêts de la Litvanie, les Polonais renonvêlèrent les vœux qu'ils avaient émis du vivant de Sigismond 1er le Vieux, de réformer la constitution de la république et de réunir, par des liens intimes, la Litvanie, les terres russiennes, la Prusse et la Pologne. On envoya au roi une députation pour le prier de revenir dans son royaume, afin d'accomplir celte grande œuvre, qui demandait non moins de persévérance que d'adresse et de ménagements.
Auguste arriva à Piotrkow (1562-1565) dans des dispositions menaçantes, et se livra avec ardeur à l'accomplissement de celte fusion. Mais avant tout, il demanda des sacrifices. Les possesseurs des staroslies furent obligés de les restituer à la couronne. L'ancienne constitution du rot Alexandre, qui défendait d'aliéner ces biens, fut mise à exécution. L'établissement de Vanné* du quart fut confirmée, et on nomma des commissaires pour régler cette institution. On créaaus&i un tribunal suprême pour juger les causes arriérées qui s'étaient accumulées au milieu des discussions religieuses et politiques. C'est à cette époque aussi que Jean Herburt, chambellan de Przemysl, traduisit, en idiome national, le*# lois polonaises, écrites en latin avant cette époque.
La Litvanie était plus docile, et le roi obtint facilemeut la promulgation du deuxième statut litvaruen, publié en 1564. Dans la même année, ù la diète de Warsovie, il se désista de ses droits héréditaires sur toute la Litvanie, et en 1566. il abandonna tous les privilèges féodaux qu'il avait conservés sur les propriétés des nobles.
Malgré tant de changements accomplis à Tintérieur, quoique plusieurs familles polonaises eussent émigré en Litvanie, et que Sigismond- Auguste eût aboli l'usage de la langue russienne, en répandant plus que jamais la langue polonaise, il y avait encore bien des obstacles à une fusion complète, et la puissante famille de Radziwill s'y opposait avec une opiniâtreté que rien
ne rebutait. Hais enfin le moment approchait où celle union devait se consommer, et les négociations qui furent entamées à Holodeczno (septembre 1567), sous les auspices du vice-chancelier Pierre Myszkowski.Lysakowki.castellan de Culm, et Stanislas Czarakowski, pendant que le roi était campé avec l'armée à Rodoszkowicze, influèrent puissamment sur les bons résultats, relativement à la Lit va oie et a la Prusse. D'ailleurs les vieux chefs de l'opposition étaient morts : en Litvanie, c'était Nicolas le Noir, prince Radziwill, et en Prusse,{Acace Czema (de Zehmcn), palatin de Malborg (Marienbourg); c'est dans ces circonstances que s'ouvrit la célèbre diète de Lublin, commencée le 23 décembre 1568 et terminée le 1 1 août 1569.
Cette période de huit mois vit de longs et solennels débats. Tous les états y furent réunis ; le roi, le sénat, les nonces territoriaux et les députes des villes, différents fonctionnaires et presque toute la haute noblesse de Pologne, de Liivanie, des terres russiennes et des terres prussiennes; les ambassadeurs des cours étrangères y assistèrent aussi.
Outre le principal objet des débats de celte diète, qui était l'union intime des deux nations, on s'occupa spécialement de la sanction définitive de la réunion de la Livonte à la république cl de l'investiture du jeune duc de Prusse de kœnigsberg. La journée du 19 juillet 1569 fut destinée à celte cérémonie, et elle se passa dans Je palais des Radziwill, que Sigismond - Auguste avait eu en dot de son épouse, Barbe Radziwill.
roi, portant les insignes de la royauté, reçut l'hommage du prince Albert-Frédéric <)ui embrassa les pieds du monarque. Sigismond lui remit un étendard blanc orné d'un aigle noir portant sur sa poitrine les deux lettres S. A. ; il lui rappela la reconnaissance éternelle «lue lui et ses successeurs devaient à la république pour tant de généreux bienfaits; cl le prince, a genoux, prêta serment, et jura en son nom et en celui de ses successeurs, fidélité, obéissance, vassalité et reconnaissance envers le roi et ses successeurs. Après celte prestation de serment, Je roi prit une épée à deux tranchants, des mains •lAudré Zborowski, porte-glaive de la couronne, la ceignit trois fois au côté du prince, fit trois signes de croix au-dessus de sa tôte.et lui suspendit ensuite au cou une chaîne d'or, conformément usages de la chevalerie. Les anciens privilé-
confirmés/et le roi y ajouta la liberté de professer ouvertement la confession d'Augsbourg dans toute l'étendue de la Prusse et abolit les appellations ordinaires des causes de ce pays au tribunal de la république. En outre, Sigismond permit aux envoyés de Joachim II, électeur de Brandebourg, de porter la main sur le drapeau que tenait le duc vassal agenouillé, en signe de réversibilité du fief sur l'autre branche. C'est ainsi que la magnanimité polonaise préparait la grandeur future. Les marquis de Brandebourg, sans prévoir qu'un jour ils se rendaient coupables de la plus monstrueuse ingratitude!...
Lorsque les débats relatifs à l'union touchèrent a leur terme, plusieurs Litvaniens de l'opposition abandonnèrent Lublin; mais les autres cédant aux instances du duc Constantin Ostrogski, palatin de Riiovie, et du prince Alexandre Czarloryski, palatin de Wolhynie, souscrivirent à tout. Dès lors fut tracée une nouvelle division politique du territoire. La république polonaise fut composée de deux nations, la couronne et la Litvanie. La première embrassait la Prusse polonaise, la Grande-Pologne, la Mazovic, la Petite- Pologne, la Podlaquie et les terres russiennes, c'est-à-dire les palatinals de Russie-Rouge, de Podolie, de Wolhynie et de Kiiow, ou Ukraine polonaise; la seconde embrassait la Samogitie, la Liivanie, la Livonie polonaise, la Russie-Noire et la Russie-Blanche. A la suite de cette union intime, l'élection des rois devait se faire à Krakovie par les communs suffrages des Polonais, des Litvaniens, des Russiens et des Prussiens; les convocations des diètes devaient être universelles et jamais spéciales à l'une des provinces; les diètes devaient être tenues à Warsovie, ville centrale, ni polonaise ni liivanienne; les sénateurs religieux et séculiers furent confondus ; toutes les dignités durent être dédoublées et occupées dans chaque pays par des nationaux, en Pologne, par des Polonais, en Liivanie, par des Litvaniens. L'acte de cette union fut dressé par la diète le 1er juillet 1569, et confirmé par le roi le 11 août.
Le discours de clôture de la diète, prononcé par le roi, émut profondément l'assemblée ; car il fut la vive expression d'une sagesse, d'une tolérance et d'une civilisation dont on trouvait peu d'exemples dans le reste de l'Europe de cette époque. Après avoir rapporté a Dieu le succès de toutes les choses terrestres, et après l'avoir
«es accordés à la Prusse ducale fureutde nouveau remercié de la persévérance qu'il avait bien voulu
accorder à lut et a tousceax qui avaient concouru à l'accomplissement de la réunion des deux nations, il témoigna au sénat et aux nonces toute sa gratitude de l'avoir aidé do leurs lumières; il les conjura de donner de la stabilité à cette fusion, de pourvoira l'élection d'un nouveau roi pendant l'interrègne, de remettre ce choix au vœu réel de la majorité, et de ne pas abandonner la chose publique à une minorité factieuse. .C'est de la bonté du mode d'élection, ajoutait le roi, que dépend le salut ou la ruine de la république. Il proposa que le grand-général fût assermenté et ne pût servir d'instrument aveugle aux factions liberticides, en leur procurant l'appui de la force armée : il supplia tous les fonctionnaires et dignitaires d'administrer, à tous les habitants indistinctement, bonne et loyale justice, sans laquelle les plus vastes Etats ne sauraient subsister. 11 recommanda l'observation de la douceur et de la tolérance religieuse, rappelant que si les lois doivent protéger les innocents ou punir les coupables, c'est à Dieu seul, au Saint-Esprit qu'il faut laisser le soin de juger la conscience des hommes; qu'on ne devait troubler personne dans l'exercice des devoirs religieux, pourvu que tous les citoyens maintinssent la concorde dans leurs délibérations sur les intérêts réels de la patrie, et qu'ils fussent toujours prêt» à la défendre de leurs corps et de leurs biens.
Pour consolider la tranquillité de la république, il fallait à Sigismond-Auguste faire une paix durable avec Moskou. Dans ce dessein, il y envoya des ambassadeurs, choisis parmi les Polonais et les Lilvaniens, pour montrer que les intérêts des deux nations étaient désormais inséparables. Les Polonais étaient Jean Krotoszynski, palatin d'Inowloclaw, et Raphaël Leszczynski, staroste de Radzieiow. Les Lilvaniens étaient Jean Talwosz, castellan de Samogilie, et André Iwanowicz Charytonowiez Ubrynskr, grand-notaire de Lit va nie et secrétaire du roi.
L'ambassade arriva à Moskou an printemps de l'année 1570; mais la trêve ne fut conclue que pour trois ans. Les ambassadeurs, quoique non autorisés officiellement, sondèrent l'esprit du tzar, en lui faisant apercevoir que l'âge de Sigismond et surtout l'absence d'enfants mâles pourraient lui ouvrir le chemin an trône électif de la Pologne. Le fourbe Moskovite dissimula la joie intérieure que lui causa cette confidence; mais îl répondit que, < gricc à Dieu et à 6es prédét cesseurs, la Russie était grande et qu'il u'avait
> aucunement besoin ni de la Lltvanie ni de h
> Pologne; » mais au fond du cœur il combinait déjà les moyens de fendre cette élection certaine en épousant Sophie, sœur de Sigismond, et, comme dit Kurahizinc, e l'ambitieux Yvan ten- • dait déjà, dans la pensée, sa main sanglante vers
> la glorieuse couronne des Jagellons ! >
Dans la môme année, le tzar, qni cherchait toutes les occasions d'entraver les projets du roi des Polonais, proclama roi de Livonic Magnus, duc de Holstein, frète de Frédéric II, roi de Danemark, se réservant d'ailleurs le titre de protecteur de ce pays. Mais cette espèce de comédie dura peu, et le tzar ne tarda pas à sacrifier sa royale création.
Le roi Sigismond-Auguste put encore assister aux diètes tenues à Warsovie en 1570 et en 1572 ; mais il se sentait fciiblir en reprenant la route de Lilvanie ; il mourut à Knyszvn, dans le palatinat de Podlaqnic, le 7 juillet 1572/à l'âge de cinquante-deux ans, et après avoir régné vir.^iquatre ans et trois mois. Avec lui s'éleigni: la descendance mâle des Jagellons; mais la bran' lie féminine ne s'éteignit qu'en 1596, en la persouuc de la princesse Anna femme de Batorg.
Ainsi finirent les trois dynasties polonaises •;•» se sont succédé en Pologne, et qui occupcient son trône pendant mille vingt-deux ans. La dy. naslie des Lcchs, de 550 à 860, trois cent dix ans ; la dynastie des Piasts, de 860 ù 1586, cinq cent vingt-six ans, et la dynastie des Jagellons, de 1386 à 1572, cent quatre-vingt-six ans. De celte époque date l'ère élective, qui dura deux cent vingt- trois ans, et celle des souverains imposés ou se nommant eux-mêmes': cette dernière période dure depuis quarante-deux ans ! !...
Jetons maintenant un coup d'œil rapide »nr l'histoire de la réforme en Pologne, dont noai avons vu poindre les premiers germes au commencement du règne des deux Sigismonds.
La réforme, qui faisait le tour de l'Europe* pénétra sons Sigismond Ier en Pologne, où elle trouva le sol préparé par les Hussites, et elle f"1 accueillie avec le plus grand enthousiasme dans la Prusse polonaise. Fabien de Lusignan, évoque de Warmie (1512-1523), la favorisait. Tïedmann Giesse, évèque de Cnlm, puis ensuite de W*f
POLOGNE
mie, était un ami d'Erasme, et comme lui, sans se déclarer expressément pour Luther, il s'éleva contre les abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise. Son successeur, Jean Danliscus (Gdanszczanin), célèbre comme homme d'État et comme poète latin, était en correspondance avec les docteurs luthériens les plus distingués.
Les progrès que firent dès le premier moment les opinions religieuses de Luther, engagèrent Sigismond Ier à publier, en 1520, à la diète de Thorn, un édit par lequel il défendait, sous peine d'exil et de confiscation de biens, d'introduire en Pologne, de vendre ou de lire les écrits de Luthpr. Jean Laski, archevêque de Gnèzne et primat du royaume, tint la même année un synode à Piolrkow, où l'on prit, ainsi qu'aux assemblées du clergé tenues en 1527 et 1530, des mesures contre les progrès de la réforme ; mais le plus zélé antagoniste des novateurs fut André Krzyçki, chancelier de la reine Bona, et, depuis 1524, évèque de Przemysl, qui, en 1522, publia, sous le litre ô'Encomïa Lutheri, un recueil de satires contre le réformateur de Wittenberg.
Le premier qui enseigna publiquement en Pologne le protestantisme fut un moine apostasie de Duntzig, nommé Jacques Knade. Ce novateur fut arrêté par les ordres du roi, mais il trouva moyen de s'évader ; et bientôt, à son exemple, d'autres orateurs se montrèrent en public et prêchèrent les doctrines nouvelles.
Les magistrats de la commune, effrayés par ledit de Thorn, s'opposèrent à l'introduction d'an nouveau culte ; mais le peuple dantzikois se révolta en 1525, destitua ses chefs, en nomma d'autres, et donna aux églises des ministres luthériens. Sigismond l#r accourut en 1526 pour réprimer ces désordres, punit les opposants et rétablit tout sur l'ancien pied. Mais bientôt le torrent réformateur renversa toutes les digues, et les habitants de Dantzig se déclarèrent presque tous protestants. Comme il était fort à craindre qu'une défection ne suivit cette scission religieuse, et que la ville ne se soumit aux ducs de Prusse, Sigismond Ier cessa d'inquiéter les habitants pour leur croyance, et eu 1557 Sigismond- Auguste.son fils, y autorisa formellemcut l'exercice de la religion protestante. En 1536, il fut fondé à Elbing un gymnase luthérien dont Guillaume Gnaphacus, ancien professeur à La Haye, échappé aux cachots de l'inquisition, fut le premier recteur. Dans le reste de la Pologne, la réforme eut ses prédicateurs dès l'année 1525. u.
L'histoire a conservé les noms de Martin Glossa de Krakovie, Jean Seclutianus de Posen, Samuel et Bernard de Lublin.
Pour mettre des bornes aux progrès effrayants de la réforme, le synode de Leuczyça (1527) ordonna que dans chaque diocèse il y aurait des inquisiteurs pour rechercher et punir les hérétiques. Le synode de Piotrkow (1530) répéta ce décret ; et en 1532, Mathieu Drzewiecki, archevêque de Gnèzne, prescrivit aux inquisiteurs de procéder avec la sévérité usitée en Espagne ; mais un autre synode, tenu en 1541, sous la présidence du primat Gamrat, ordonna qu'il ne serait institué d'inquisiteurs que par les évèques : ce qui anéantissait le pouvoir des inquisiteurs pontificaux.
En Litvanie, la réforme fut introduite en 1539, et s'y propagea par le zèle du chancelier Nicolas Radziwill, duc d'Olyka. Beaucoup de seigneurs lilvaniens des maisons Sapiéha, Chocikiewicz, Pac, etc., embrassèrent lu réforme.
Après lu mort de Sigismond 1er, la puissance de la réforme s'accrut par l'introduction de nouvelles sectes, telles que les Frères bohémiens, les Calvinistes et les Unitaires. Lorsqu'en 1547 Ferdinand Ier chassa les Frères bohémiens, un millier d'entre eux vint s'établir d'abord à Posen dans la Grande-Pologne, et ensuite en Prusse. D'autres, pour pouvoir rester en Pologne, se joignirent aux adhérents de la confession d'Augsbourg, quelques-uns aux Calvinistes. Les opinions du réformateur de Genève s'étaient insensiblement répandues dans la république. Macieiowski, évêqne de Krakovie, avait, en 1550, appelé et placé dans sa ville épiscopale François Stankar ( S tança ro di Mantova), pour y enseigner la langue hébraïque; mais ce savant y enseigna aussi la religion de Calvin. Emprisonné au château de Lipowieç, et chassé ensuite, il trouva un asile auprès de Nicolas Olesnicki, à Pinczow, et plus tard, chez Stanislas Stadnicki, seigneur de Dubiecko, dans le palatinat de Russie- Rouge, où il établit une école pour trois cents jeunes gentilshommes. U professa la doctrine réprouvée par les Luthériens orthodoxes.
Quant aux Unitaires, ils admettaient la Bible comme seule source de la religion ; mais ils n'y trouvaient pas le dogme de la Trinité, et n'admettaient aucune interprétation des termes dont le livre divin se sert. La semence que les Antitrinituires avaient répandue en Pologne y fructifia, principalement dans la classe des nobles. Lelio
dfSocini.de Sienne, fut le plus célèbre de cette secte. A l'âge île vingt et un ans, en 1517, Socin se rendit en Suisse et en Allemagne, se lia d'amitié avec les pins fameux réformateurs, passa tes années 1318 et 1551 à Wittcnberg, dans la maison de Melanchton, où il s'occupa principalement de l'étude des langues orientales. De là, il âlla en Pologne, où il se lia avec François Lismaninï, natif de Corfon, confesseur de la reine Bona, âuqnel il fit connaître et approuver non-seulement le système de Calvin, mais en môme temps les opinions anthrinitaîres qui lui étaient personnelles. H mourut en Prusse en 1563.
Quant à Lismanini, Sigismond- Auguste, qui lui témoignait beaucoup de confiance, se plaisait à converser avec lui sur la croyance des novateurs ; et poui* la connaître plus complètement, il envoya Lismanini en Suisse, avec mission d'étudier le calvinisme et de rapporter les écrits qui en traitaient. Le roi attendit longtemps cet envoyé, mais en vain; car Lismanini, en étudiant la doctrine nouvelle, avait fini par s'y convertir réellement, et au lieu de retourner vers son catholique souverain, il s'établit à Genève et s'y maria.
On remarquait encore parmi les prêtres apostats Adam Drzcwiecki, chanoine de Krakovie; Stanislas Lutomirski, qui fut nommé surintendant dè toutes les églises réformées de la Petite-Pologne ; Pac,évéque de Kiiow. Jean Droheiewski, évéque de Kuiavie, déclara à son lit de mort qu'il préférait les convictions des réformés à celles des catholiques. Jacques Uchanski, aussi évéque dè Kuiavie, et ensuite archevêque de Gnèzne, était en commerce de lettres avec Calvin ; il fit tous ses efforts pour empêcher le concile de Trente d'être reçu en Pologne. Léonard, évéque de Kamienieç, approuvait hautement les écrits de Luther.
Le prélat lë plus distingué parmi les ecclésiastiques polonais qui changèrent de religion, fat Jean Rorab Laski, prévôt du chapitre de Gnèzne et de celui de Leuczyça ; il fut nommé peu de temps après à lévôché de Wesprim en Hongrie, qu'il n'accepta point, non plus que celui de Kuiavie, qui lui fut offert par Sigismond Ier. Etant passé dans les pays étrangers, il fut fait ministre d'Embden dans l'Ooste-Friese, d'où, après un séjour de douze ans, il passa en Angleterre, où il fut appelé par le roi Edouard, à qui Crammer, archevêque de Cantorbery, l'avait fait connaître. Ce monarque le fit surintendant de l'Eglise fondée à Londres par les réformés étran-
gers. Edouard étant mort, Jean Laski voyagea quelque temps avec sa femme et ses enfants en Danemark et en Saxe, s'arrêta dans la Frise orientale, passa ensuite à Frankfort-sur-le-Meiu, et, après vingt ans dfabsence, revint en Pologne et y finit ses jours. Il avait vécu dans une étroite liaison avec Erasme.
Pendant que les esprits étaient déjà soulevés contre lé clergé catholique, un événement, insignifiant en apparence, vint en aide aux progrès de la nouvelle doctrine. A la fin de l'année 1549, quelques étudiants de l'Académie de Krakovie se prirent de querelle avec lés domestiques du curé Czarnkowskif à l'occasion d'une courtisane. Le combat fut sanglant, et plusieurs étudiants y furent tués : leurs camarades, n'ayant pas obtenu justice des meurtriers, quittèrent les bancs de l'Académie et se rendirent en Bohême et en Allemagne. Là ils embrassèrent la religion réformée, et, à leur retour dans leur patrie, ils travaillèrent activement à la propagation d'une croyance qui était devenue la leur.
Outre les prêtres catholiques que nous avons déjà nommés, l'histoire fait mention de Stanislas Orzechowski dont la conduite se rattache intimement aux progrès de la réforme, quoiqu'il n'ait point embrassé ouvertement le protestantisme.
Stanislas-Oksza Orzechowski (Orichovius) naquit, en 1513, dans le palatinat de Russie-Rouge, et fit d'abord quelques études à Przemysl. En 1527 il se rendit à Vienne, en 1520 à Wiltenberg, où il se lia avec Martin Luther et Philippe Melanchton; puisa Padoue, à Bologne, à Rome: en tout il passa dix-sept ans à l'étranger. Dès l'âge de huit ans, son père, qui le destinait à l'état ecclésiastique, lui acheta le canonicat de Przemysl; mais Orzechowski ne voulait point consentir à recevoir les ordres, et la manière dont il fut lié au sacerdoce mérite d'être racontée. De retour dans sa patrie, Orzechowski assistait un jour à un banquet que donnait l'archevêque de Léopol, et où le vin et la bonne chère agirent puissamment sur le cerveau du jeune étudiant. Le lendemain de grand matin, avant qu'il fut parfaitement revenu à lui-même, on se Hâta de lui conférer le sous-diaconat, malgré la résistance qu'il opposa. Dans le courant de la même année, il reçut les deux autres ordres.
Celte circonstance est d'une hante importancedans sa vie; car, s'étant marié en 1551'avec Madeleine Chelmska, et voulant concilier ses devoirs de prêtre et ses serments d'époux, il <
serra l'habit ecclésiastique, et continua de vivre avec sa femme dont rl eut cinq enfants. Sur les instigations de Jean Dziaduski, évêque de Przémysl, on lui intenta des procès, on l'excommunia; mais il protesta 'énergiquement contre tons ces actes comme arbitraires. Il voulait réformer la discipline de l'Eglise catholique relativement aux préires, et c'est alors qu'il publia une lettre célèbre adressée au pape Jules III, intitulée : Supplieatio ad Julium lll de approbando matrimonio, publiée à Baie en 1551, à la suite d'nn antre de ses ouvrages qui porte le titre De lege cœlibatis contra Sirucïum in concilio Aabtta, oratio. Cet écrit n'était point adroit; car l'auteur y parle d'un ton acerbe et hautain, et semble vouloir arracher par des menaces la confirmation de son mariage, au lieu de chercher à l'obtenir par la persuasion. Il se déchaîne contre tous les papes qui défendaient le mariage aux prêtres; il prédit a Jules la chute du pouvoir pontifical, le menace d'écrire contre lui, de se soustraire û son autorité, de soulever le reste du clergé, convaincu qu'il armera l'univers entier contre le Siège apostolique, s'il publie ce qu'il a encore sur le cœur.
L'homme qui, sans être protestant, tenait un pareil langage au pape, devait être sans doute extraordinaire dans ses procédés avec d'autres personnes et d'autres autorités. Jeune, d'un caractère ardent, nourri de la lecture des anciens, il étonna le monde par ses talents, et son nom fut sans cesse répété dans les diètes, les tribunaux, les synodes, à l'Académie. Un esprit céleste, disait-il, lui avait dicté un projet de loi, en vertu de laquelle l'autorité politique du pays devait être confiée au clergé catholique ; et c'est à cause de ce projet qu'à la diète on renouvela et on confirma d'anciennes lois qui déclaraient nuls tous les arrêts prononcés par les ecclésiastiques dans les affaires civiles. L'affaire du mariage qu'il avait eu à débattre avec cinq papes, Jules III, Marcellin II, Paul IV, Pie IV et Pie V, resta indécise ; enfin sa femme mourut en Î5GG, et quelques mois après il la suivit au tombeau.
Leséloges qu'il mérita dans le commencement de sa carrière enflèrent trop son amour-propre. Son éloquence le fit appeler le Démosthène de la Pologne, et ses nombreux ouvrages peuvent être placés sans hésitation à côté des Catilinaires, des Ven ines, des Philippiques de Cieéron; son panégyrique de Sigismond Ier la élevé au premier rang parmi les rhéteurs anciens et îuo-
demes. Dans le panégyrique de Trajan, Pline se montre plus ingénieux, plus brillant peut-être, par l'ornement et la recherche des pensées; Orzechowski, dans son éloge de Sigismond Ier, a plus de profondeur daqs les idées, plus de majesté dans les tableaux, et plus de noblesse dans l'expression.
C'est sous l'influence de la célébrité d'Orzechowki et avec un ardent désir de conquérir une pareille illustration, que plusieurs évôques, sénateurs et nonces se rendirent à la diète de Piotrkow (avril 1552), l'une des plus mémorables par la violence des controverses religieuses qui l'agitèrent. Parmi les sénateurs, Raphaël Leszczynski se fit remarquer par une ténacité peu commune. Dès ses jeunes années, il avait puisé les principes de la nouvelle doctrine à l'école de Goldberg en Silésie, sous Va- Ienlin Troccndorf , disciple de Mélanchlon. Ua de ses oncles, nommé aussi Raphaël Leszczynski, évêque de Przemysl, avait armé contre la nouvelle doctrine tout le zèle du duc de Mazovie, et lui disputait pied à pied chacun de ses envahissements; mais il ne réussit point avec son neveu. Ce dernier s'était même démis peu auparavant du palatinat de Brzcsc, poursuivre plus librement les sentiments de la réforme ; et dès l'ouverture de la diète, il annonça hautement des intentions hostiles.
A la messe solennelle qu'on avait coutume de célébrer le jour de l'ouverture des diètes, Raphaël Leszczynski se présenta dans l'église la tête couverte, et s'obstina à rester toujours debout, sans qu'on pût le résoudre à agir autrement, même par déférence pour la présence du roi.
Chargé par les nonces d'exprimer leurs sentiments dans la diète, il réfuta le discours que le grand-chancelier Ocieski avait prononce au nom du roi, pour engager l'Etat à déclarer la guerre aux Ottomans, dont les armes inquiétaient la Hongrie, où régnait alors Jean Zapolay, époux de la sœur de Sigismond- Auguste. Biais, quelle que fût l'importance de celte guerre, tant sous le rapport des Valaques qu'il fallait repousser, que sous le rapport des Turks, auxquels il fallait faire respecter le nom polonais, aucun des nonces, même parmi les catholiques, n'approuva ce projet, qu'autant qu'on serait convenu de réprimer la trop grande puissance des évôques, à qui, pour cause même û'hérésie, il n'appartenait point de décider de la vie ou de l'honneur des citoyens.
Arrivé dans la chambre du sénat, Leszczynski parut touché des malheurs qu'Ocieski avait annoncés; mais il fit voir un mal plus pressant, auquel on devait, avant tout, porter du remède. Il dit que ce n'étaient pas les ennemis du dehors qui étaient le plus à craindre, qu'il en était dans l'état de plus dangereux, et qu'il fallait songer sérieusement a les détruire. Il désigne d'abord, en général, ces lâches flatteurs qui, abusant de la confiance du roi, asservissaient le bien public à leurs intérêts privés. Il prouva que rien n'était plus injuste que leurs sentiments, rien d'aussi perfide que leur ambition, rien de plus redoutable que leur tyrannie.
Jl mit au nombre de ces fléaux de la nation les évéques, qu'il nomma expressément. Il prétendit qu'élevés uniquement par la naissance, par la brigue, par la faveur, ils occupaient sans mérite des places dont on n'est jamais plus digne que lorsqu'on les refuse. 11 les représenta vivant dans la mollesse et le scandale, et n'employant qu'un excès de faste pour faire respecter en eux un ministère d'humilité. < C'est, dit-il, par leur inapplication et leurs mauvais exemples, que la religion s'est affaiblie, que le culte est dégénéré, que la pureté de la foi a été souillée de superstitions qui l'ont fait méconnaître. De là l'horreur qu'ils ont de tous ceux qui, remontant aux premiers siècles de l'Eglise, y sont allés puiser la connaissance et la pratique de ses lois. De là ces proscriptions, ces meurtres, ces assassinats, ce droit de vie et de mort qu'ils s'arrogent sur des citoyens libres, et qui ne les ont offensés que parce que, les refusant pour guides, ils craignent de s'égarer avec eux.
> C'est donc ainsi, continua-t-il, qu'au lieu d'un chef que la république s'est donné, et de qui elle attend un bonheur' solide, il s'en est élevé plusieurs dans son sein, qui ne travaillent qu'à sa ruine. Encore leur pardonnerait-on, si les arrêts qu'ils prononcent en souverains étaient les peines des vices, et non les châtiments delà vertu, ou des instruments de leur vengeance.
» Telle est, poursuivit-il, la bonté du roi, et je ne puis m'empêcber de l'admirer, lors même que je suis forcé d'en blâmer les suites. Son autorité flotte dans les mains d'une sorte d'adulateurs, ennemis plus dangereux que les Turks et les Yalaqties. On veut nous armer contre ces nations, à une époque où nous avons nousmêmes à nous garantir de plus grands maux que ceux qui nous menacent. Si, jaloux de
la gloire de notre patrie, aucun de nous ne cherche. à s'immoler à ses passions ; si tous tant que nous sommes, nous nous étudions à être tels que nous devons être, aucun de nos voisins n'est à redouter. La vertu tient lieu de toutes choses; et de tant soldats que nous sommes, elle peut faire autant de héros. >
S'adressant ensuite au roi, il le pria de pardonner au discours d'un citoyen qui, pour marquer davantage le respect qu'il sentait lni être dû, avait peut-être dépassé les bornes d'une juste franchise. • Soyez notre maître, lui dit-il, mais soyez le vôtre en même temps. Vous avez tous les talents pour nous gouverner avec sagesse, n'empruntez rien des vices d'autrui; n'écoutez que nos lois, et suivez-les aussi exactement dans l'exercice du pouvoir qu'elles vous donnent, que nous sommes résolus à nous y conformer dans l'obéissance qu'elles demandent de nous. »
Ce discours plut également aux sénateurs et aux nonces. Jean Tarnowski, castellan de Krakovie, ne trouvant que de la justice et de la raison dans les motifs allégués contre le trop grand pouvoir desévêques, opina fortement pour qu'ils en fussent dépouillés. « Je vous défie, ditil, de produire aucune loi qui vous permette d'appeler les citoyens à votre tribunal pour leur y faire subir des arrêts de mort ou d'infamie. Et s'il était vrai que dans les décrétâtes ou ailleurs, lesévôques pussent trouver de pareilles lois, devrions-nous les reconnaître dans un Etal qui n'en eut jamais d'autres que celles qu'il veut bien s'imposer à lui-même. Les évéques voudraient donc se mettre au-dessus de nos rois, à qui il n'est pas permis de faire des lois même utiles. Nés libres, et en quelque façon indépendants du trône, nous serons donc soumis à une puissance qui se prétendra supérieure au trône même, et la république trouvera dans ses propres citoyens des maîtres plus absolus que ses rois, plus despotiques qu'elle ne l'est elle-même !
> Au reste, ajouta-t-il, qu'on ne croie pas qu'en parlant de la sorte, je veuille favoriser l'hérésie, et ouvrir une porte à l'impunité. Que nos prélats s'élèvent contre ses dogmes; mais qu'ils n'emploient que les armes qui leur sont propres : le bon exemple et la persuasion; et si ces armes ne suffisent point, qu'ils réclament les nôtres. Auraient-ils à craindre que la pitié les brisât dans nos mains? Qu'ils viennent donc en faire usage avec nous ; qu'ils oublieot,
s'il leur est permis, que le caractère de douceur et de paix dont ils sont revêtus leur défend de se souiller du sang des coupables; qu'ils les jugent avec nous : nous consentons à ne pouvoir les condamner sans eux, ce qui ne les rendra pas moins puissants; et ils ne pourront -les condamner sans nous, ce qui leur sera d'autant plus favorable, qu'ils ne seront pas les seuls responsables des jugements dout on voudrait appeler.»
Turnowski avait trop à cœur les intéiêis de la pairie pour abandonner sitôt un sujet, le plus important peut-être qu'il eût eu à traiter depuis qu'il était à la tête de la république.
On n'attendait plus que l'avis du roi, et l'on ne doutait pas qu'il ne fût conforme à la délibération du sénat et des nonces; mais le roi ne se prononça pas ouvertement, car s'il eût bien voulu satisfaire les uns, il redoutait les intrigues et la puissance des évêques.
On en voulait le plu» a Jean Dziaduski, évêque de Przemysl ; il se piquait d'être la terreur des novateurs. Exposé aux censures des sénateurs et de la plupart des évêques mêmes, qui regardaient son zèle meurtrier comme un des plus forts motifs de l'opposition des nonces, il fut encore en butte aux attaques d'Orzcchowski, qui, usant des ressources de son immense talent, invoqua les lois de l'Etat, et réduisit les évêques à la triste alternative ou de l'absoudre, ou de voir casser leur jugement comme contraire aux droits et aux usages de la république.
11 ne restait qu'à recueillir les voix des deux chambres; mais les évêques, prévoyant qu'ils seraient vaincus dans celte lutte, et plutôt que de souffrir que la diète anéantit leur pouvoir, ils annulèrent eux-mêmes la sentence d'excommunication et de bannissement de Dziaduski contre Orzecbowski, et lui rendirent tous les pouvoirs du caractère sacerdotal.
André Zebi zydowski, évêque de Krakovie, fut vivement affecte de ces attaques de la diète. Ces attaques, disait-il, n'étaient dirigées que contre la religion elle-même; le roi déviait prendre pour modèle et pour exemple l'empereur C harle$-Qutnt, toujours armé contre les partisans des nouvelles doctrines. < Voila sire, ajouta Zebrzydowski, en ('adressant toujours au roi, voilà ce dont l'hérésie est capable. L'indépendance est sa religion, et elle en veut moins aux évêques, dont elle craint peu l'autorité, qu'aux souverains, dont elle ne peut souffrir la puissance. C'est à vous, c'est à nous, à faire échouer ces desseins. Nous
prêtons notre appui à une religion qui se soutiendra assez d'elle-même ; mais qui peut se promettre de voir subsister votre pouvoir, si vous nous empêchez de le défendre? Un même intérêt nous unit, qu'un même esprit nous anime. Donnez- nous des chrétiens soumis, ou permettez-nous de les soumettre ; nous vous assurerons des serviteurs zélés, des iujeti qui ne s'étudieront qu'à rehausser, s'il se peut, l'éclat de votre trône. »
Le roi hésitait encore ; mais quelques-uns de ses ministres lui représentèrent qu'il courait plus de danger en étendant la juridiction des évêques, qu'en la retenant dans ses anciennes boroes. Ces nouvelles remontrances ébranlèrent Sigismond- Auguste, qui, véritablement, voyait avec une douleur extrême que les évêques, dégradés par leurs mauvaises mœurs et des vices de tout genre, ne pouvaient plus instruire que par des menaces, ni corriger que par des arrêts de mort. Cependant le roi ne prit aucun parti décisif; et plus les évêques se montrèrent sévères, plus aussi les Polonais embrassèrent avec ardeur la réforme.
Dans une autre diète, celle de Piotrkow (1555), les nonces proposèrent la convocation d'un concrle national qui serait présidé par le roi, et auquel assisteraient, en qualité de juges, quelques princes étrangers; outre les évêques, on devait y entendre de célèbres théologiens protestants, tels que Calvin, Melanchton, Théodore de Bèze; le concile devait prononcer sur les questions légitimes et dresser un formulaire de foi. Sigismond-Auguste approuva cette demande ; il envoya, en 1556, des ambassadeurs à Rome pour prier le pape Paul IV de permettre la célébration de la messe en langue polonaise, la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres; le roi lui demandait en outre de renoncer aux annales et de convoquer un concile national en Pologne. Mais celle mission fut très-mal accueillie par la cour de Rome.
Pie IV envoya à Warsovie un nonce, le premier qui ait paru en Pologne, dans la personne de Louis Lipomani, natif de Venise, évêque nommé de Vérone. Ce prélat, d'un caractère violent et emporté, était peu fait pour lier les esprits. Aussi la nécessité de son remplacement se fil promptement sentir, et en 1563 on lui donna pour successeur Jean - François Commendoni, d'un caractère entièrement opposé, et qui fut assez habile pour faire recevoir
en Pologne les décrets du concile de Trente.
A une diète litvanienne, tenue la même année (1563) à Wilna, Sigismond-Auguste publia un acte par lequel tout Polonais chrétien était déclaré habile à remplir les places de sénateurs, nonces et tout autre emploi. Cet acte, qui reçut la forme d'un décret de la diète, fut signé entre autres par les évèques de Wilna, de Bizesc- Litewski, de Luck et de Kiiow. La diète de Grodno, de 1568, le confirma.
En 15*56, Pierre Goncz de Gonioudz en Podlaquie -prêcha avec la plus grande hardiesse les principes antitrinitaires. Aux synodes tenus à Pinczow sur la Nida (palutinat de Sandomir) en 1565, et à Piotrkow (palatinat de Siéradie) en 1565, les Unitaires se séparèrent des Prolestants. La ville de Pinczow était le rendez-vous des principaux Unitaires, qu'on appelait Pinczoviens. Nicolas Radziwill, duc de Birze, y entretint pendant six ans une réunion de savants, parlésquels il fit faire une traduction polonaise de la Bible, qui fut imprimée à Brzesc-Litewski. Mu 1569, Jean Sicninski, palatin de Sandomir, assigna aux Unitaires des habitations dans la ville de Rakow sur la Czarna qui se jette dans laWistule ; leur nom de Rakoviens vient de là.
Cependant les Luthériens, les Calvinistes et les Frères bohémiens établis en Pologne, d'accord sur un seul point, leur haine contre le papê, commençaient à se diviser entre eux et a s'attaquer avec violence; mais dans le synode de Kozminek(près Kalisz), qui dura depuis le 24 août jusqu'au 2 septembre de l'année 1555, il y eut un premier rapprochement, et dans le synode de Sandomir, tenu en 1570, toutes les sectes se réunirent en un concordat dont l'acte fut signé le 14 avril, et est connu sons le nom de Consensus Sandomir iensis. Un autre synode, tenu la même année à Posen, y ajouta quelques articles supplémentaires.
A la mémorable diète d'union à Lublin (1569), les Protestants et les Grecs furent déclarés capables de parvenir à toutes les dignités de la république.
Enfin, le roi Sigismond-Auguste, deux mois avant sa mort, signa, le 2 avril 1572, un acte
les I
d'une haute importance, qui autorisa testants à bâtir un temple à Krakovie. Nous avons cru devoir reproduire les considérants de cet acte, afin de montrer ce qu'était la civilisation polonaise à l'époque où en France on aiguisait les poignards de la Saint-Barthélémy :
« Considérant les calamités et les maux que b » royaumes les plus puissants et les plus florin » sants de la chrétienté ont éprouvés dans cet » derniers temps, parce que leurs rois et prince*
> se sont efforcés d'opprimer diverses opinion} * religieuses récemment nées, nous avons cru «devoir, pour la tranquillité et la sûreté de » notre royaume, prévenir ces dangers qui mena- » cent toute la chrétienté, mais qui sont imiui-
> nents pour notre royaume, à cause de la proxi- » mité des Barbares et des ennemis des chrétiens, » et empêcher que l'exaspération des esprits » ne produise une guerre civile ; ayant au sur- » plus, par l'exemple d'autres pays où tant de
> sang chrétien a été versé sans produire le » moindre effet salutaire, acquis la conviction «qu'une telle sévérité non -seulement est par- » faitement inutile, mais qu'elle est très-oui-
> siblc, etc. »
Tel est l'exposé rapide de la marche de li réforme en Pologne sous les deux Sigismouds ce qui en advint dans la suite, on le verra en son lieu.
le règne de Sigismond-Auguste. il s*
Nous avons examiné successivement la vie politique de la Pologne sous les deux Sigismonds et le grand événement religieux qui immortalisa le xvi« siècle. Pénétrons actuellement dans la vie intérieure de la Pologne de cette époque; analysons rapidement sa physionomie littéraire et morale, ses mœurs élégantes, du bon goût et de la fine plaisanterie.
Sous
forma une république d'un genre spécial, une république littéraire et en quelque sorte morale, une académie satirique, instituée pour corriger les mœurs nationales, et pour redresser les abus qui s'étaient glissés dans le gouvernement. Celle république prit pour devise : flidendo castigo mores, je corrige les mœurs en riant. Ce seul trait caractérise suffisamment la civilisation polonaise au xvi« siècle.
Voici quelle fut l'origine de cette institution.
Stanislas Pszonka, juge au tribunal de Lublin, propriétaire d'un village appelé Babin, entre Lublin et Belzyce, composa une société satirique et littéraire dont firent partie ses amis les plus éclairés et les plus distingués par leur probité et