USTE I
vieilles intrigues, et non content de l'infernal présent qu'il avait imposé à la Pologne , en lui envoyant la reine Bona, cherchait aussi à enlacer Sigismond dans les filets de sa politique ténébreuse, et finit par lui faire épouser, en 1545, à Krakovie, Élisaheth, âgée de dix-sept ans, fille de l'empereur Ferdinand I'r.
Le vieux Sigismond, qui n'ignorait pas rattachement de prédilection que son fils nourrissait pour la Lilvanie, voulut dès lors qu'il eut sa cour particulière, et convoqua (août 1544) une diète à Brzesc-Litewski, pendant laquelle il remit définitivement à Sigismond-Auguste le gouvernement du grand^luché, héréditaire dans la famille des Jagellons.
Sigismond-Auguste, élevé par une mère qui l'idolâtrait, mais' qui était dévorée de la soif du pouvoir, mena pendant longtemps une existence perdue dans la mollesse et entourée d'exemples dangereux. Le sénat et la noblesse, dont il était l'unique espoir, faisaient de vains efforts pour le retirer de la lutelle pernicieuse qui s'était emparée de lui. Le vieux roi lui-même ne put l'en arracher qu'à l'âge de dix-sept ans, et, pour combattre les funestes résultats de sa première éducation, il le confia à la direction de Pierre Bnin Opalinski, castellan de Gnèzne, citoyen distingué autant par ses grands talents que par ses hautes vertus. Les conseils de cet homme de bien eurent une grande influence sur l'esprit d'Auguste, et on lui doit la sollicitude que ce prince montra pour le bonheur de la Pologne ; mais malheureusement ils ne purent déraciner certains vices qui s'étaient greffés sur le cœur du jeune homme, et le roi Sigismond-Auguste resta un homme de plaisir et de débauche. Tou- » tefois, en arrivant à Wilna avec sa jeune épouse, il fut tout entier au bien de la Litvanie et à ses devoirs domestiques; malheureusement Élisal)€th mourut une année après (1545), à la suite, dit-on, du poison que lui fit administrer la reine Bona. Sigismond la fit enterrer avec solennité
dans l'église cathédrale ; mais sa douleur ne fut pas de longue durée, et il s'abandonna plus que jamais à toute la fougue de ses passions.
Parmi les femmes de la cour, il en était uoe remarquable par sa beauté et sa jeunesse, distinguée par son esprit et ses grâces, mais plus • encore par lu bonté de son cœur et les qualités de son caractère : c'était Barbe Radziwill.
La famille des Radziwill était déjà puissante pendant l'ère païenne de la Litvanie; mais depuis la conversion au christianisme, le pouvoir des Radziwill s'était accru, et nulle autre ne leur était égale en influence et en richesses. Déjà, sous le règne de Sigumond l'*r, Nicolas Radziwill , palatin de Wilna, avait été fait prince de l'empire par l'empereur Maximilien 1er, et la république de Pologne, par un privilège particulier, avait consenti, en 1518, à ce qu'il portât ce titre. La famille Radziwill devina sur-le-champ ce qu'elle gagnerait si Barbe pouvait inspirer nue passion réelle au roi, et, dès lors, elle dirigea toutes ses démarches vers ce but.
Barbe Radziwill, née en 1523, était fille de George Radziwill, castellan de Wilna, et de Barbe Wolbka, et fut mariée en premières noces à Stanislas Gasztold, palatin de Troki; mais bientôt son mère Ba
rait pas à guérir de sa passion sll trouvait trop de facilité à la satisfaire, ci l'ambition opéra ce que lu sagesse n'aurait peut-être pas fait : en affectant de ne pré tendre à rjen.elle sut donner de la valeur môme à ses refus, et le prince connut bientôt qu'il n'arriverait au but de ses désirs qu'en lui faisant partager son trône.
Le mariage fut donc arrêté (15 iG), mais dans le plus grand secret; et il est juste de dire que ce secret contribua à rendre celte union plus durable et plus foriiméc. En se voyant avec plus de copirainie dans le château de Wierszupa, au deà d/Antokol, les nouveaux époux se virent ayee plus de plaisir; la passion lit naître entre eux une vraie estime, et l'estime changea leur passion, en une constante amitié.
Toutefois le secret ne fut pas si bien gardé (ju'il n'en arrivât quelque chose aux oreilles du vieux Sigismond et de lu reine Boua. Mais le grand-duc de Litvanie protesta formellement à la diète de Piotr^ow (1547-1518) cpntre ce qui avuit été dit, et aftirma à ses parents que le bruit de son mariage était une fable. Le grand-duc
LOGNE.
dissimulait ainsi de peur de causer de la douleur à son père, dont la «orné était gravement compromise ; quant à sa mère, il était bien résolu à braver se», fureurs et son opposition. Le père et le (ils se séparèrent contents : le vieux Sigismond, tout malade, repartit pour Krakovie; Auguste rejoignit sa belle Radziwill, et il attendit patiemment qu'une occasion leur permilde révéler leur engagement, sans s'exposer au danger de le faire rompre. La mort du roi la leur fournit.
Sigismond Ier rendit le dernier soupir le 1er avril 1518, à Krakovie, Auguste fit cacher le courrier qui lui en apportait la nouvelle, cl se hâta de proclamer son mariage. Par ses ordres, les- palatins et les premiers officiers de sa cour se rendirent à Wicrszupa, chez Barbe Radziwill, pour la reconnaître comme leur reine et l'amener en triomphe au château grand-ducal deWilua. Trois jours aprèi, le courrier caché par Auguste donna la nouvelle de la mort du vieux roi, cl le mariage de Barbe eut ainsi l'agir d'être un évéqcment spontané , entièrement indépendant de la mort de Sigismond. Après les fôtes du mariage, Auguste cl Barbe partirent pour Krakovie, aûo d'assister aux obsèques de Sigismond 1er. Ils y trouvèrent la reine Bona, ses lillt s. le marquis de Brandebourg, des députés de l'empereur et du roi Ferdinand, tous les grands du royaume qui y attendaient Auguste^ et qui étaient tout aussi consternés de son mariage inopiné que de la mort du vieux roi.
La cérémonie achevée (2G juillet 1M8), le nouveau monarque indiqua une djèteàWanovie ( 1er novembre i&é). Sigisinontl- Auguste eut d'abord à essuyer des reproche* Oe la part (les sénateurs, qui regardaient çoiiuuq une i^fracjion aux lois du royaume qu'il eût pris en main les rênes du gouvernemppi, sau$ un nouveau consentement des Étals , mais surtout ils s élevaient véhémentement contre son mariage. Lé roi répondit a tout ej monirp autant de calme que de fermeté, et ladite fut dissoute. -H^s l'arrçtocratie inquiète et jalouse tte se tint pqs pour latine, qt prépara d^s attaques nouvelles pour la prochaine diète.
tn effet, la tjiète de Piotrkow s'ouvrit (1M0), et avec elle des débats d une violence extrême. La chambre dps nonces, en saluant le roi, lui déclara .qu'il devait imiter les exemples de ses ancêtres, se conformer religieusement aux lois; qu'il était roi de Pologne, et non d'une antre nation; que, par conséquent, il devait maintenir la
liberté dont il était le premier serviteur. La reine Bona, le Sénat et les nonces protestèrent hautement contre le mariage du roi.
Parhii plusieurs discours adressés au roi, on remarqua celui de Pierre Doratynski, dont la hardiesse était peu commune ; mais ce qu'on ne remarqua pas moins, ce fut la dérogation que firent les nonces aux anciens usages du cérémonial, en se levant humblement de leurs sièges et en se prosternant aux piedsduroî, pour le conjurer de répudier son épouse. Inébranlable dans ses résolutions, Sigismond-Augnstc leur répondit: « Ce qui est Tait est l'ait, et je suis bien surpris i de vos demandes. Quoi! vous convierit-il de t me prier que je viole lu foi que j'ai jurée à mon t épouse? Ne devriez-vous pas, au contraire, in-
• si:>ter auprès de moi pour que je l'observe en vers
• tout homme ? J'ai juré à mon épouse que Je ne » l'abandonnerais jamais tant que je vivrai : sa- » chez qne ma foi m'est encore plus chère que » ne le sont tous les royaumes du monde I »
Nicolas Dzlerzgowski, archevêque de Gnèzne, cria au despotisme, et Unit par supplier la diète de se hâter d'étouffer de pareils germes d'indépendance, avant qu'ils eussent jeté de plus profondes racines dans l'État. Il se chargea enfin de faire la répartition du péché sur tous les habitants de In Pologne, si le roi voulait bien se résoudre au divorce. Jean Dziaduski, évêque de Pemysrzl, pensa que, « quelle qne fût In bonne
• foi qui avait fait contracter ce mariage, rien
> ne devait empêcher de l'annuler. Sonvenons- » nous, ajonta-t-il, de ce fameux passage d'Euri- » pide : S'il faut violer la justice, e'eit particu-
> liirement quand il t'agit de régner. Qu'on Soit
> irréprochable dans tout le reste, en cela seul » ileni permis de ne l'être point, et j'opine pour
• le divorce, pour une séparation absolue! » Et celaient les chefs de l'Église romaine qui donnaient l'exemple et le conseil d'une pareille élasticité de conscience !
Jean Tenczvnski dit qu'il aimerait mieux voir bd Tvrk courdnné au château que la reine Barbe. André Goika, castellan de Poznanie, s'écria: « On nous a va, du temps de Jagellon, rotré bi- » saïeul, déchirer sous ses yeux, avec nos sabres, » nn acte émané de son trône, et que nous cs- » limions contraire à nos droits. A Dieu ne plaise » qne nous en venions à présent à ces extrémités!
• nous n'employons qne nos prières; et c'est » rlVIIes seules , que nous attendons l'heureux » succès de nos vœux ! »
Pierre Kmita, palatin de Krakovie, soudoyé par Bona, commença, à son tour, a parler, et voulut se répandre en inveetives; mais le roi, dont la patience était à. bout, lui imposa silence. Cet acte d'autorité produisit sur les. membres de la diète une stupéfaction difficile à décrire, et ils se regardaient entre eux, comme pour se demander conseil l'un à l'autre, lorsque Raphaël Loszczynski, palatin de Brzesc-Kuiawaki, 6e leva et prononça avec calme, et au milieu d'un profond silence, ce peu de mots t « Sire* oubliez-vous à
> quels hommes vous prétendez commander? » Nous sommes Polonais, et les Polonais, si vous
> ne les connaisses, se font autant de gloire » d'honorer les rois qui respectent les lois* que
> d'abaisser la hauteur dé ceux qui les méprU » sent. Prenez garde* Sire, qu'en trahissant vos » serments, Vous ne nous rendiez les nôtres; le • roi votre père écoutait nos avis; et c'est à
> nous à faire cri sorte que, désormais, vous vous t préliez à ceux d'une république dont vous pa*
> laissez ignorer que vous n'êtes que le premier
> citoyen! >
Toute l'assemblée applaudissant à cette menace, le roi prit la parole pour faire connaître les raisons qui l'avaient porté à ûter brusquement la parole à Kmita. 11 lui en coûterait beaucoup* disait-il, de se séparer de Barbe ; il aurait mieux aimé renoncer à la couronne, que se soumettre aux volontés et aux insolents caprices d'une aristocratie jalouse. Là douleur du roi fit quelque impression sur l'assemblée ; mais chacun resta convaincu que Sigismond-Auguste devait sacrifier un sènliment d'affection privée à l'intérêt de la tranquillité et du repdsde l'Etat.
Jean Tarnowski, castellan de Krakovie et grand-général de la couronne, ainsi que Samuel Macieiowski, évêque de Krakovie et grand-chancelier de la couronne, crurent devoir défendre l'autorité du roi et rapprocher les esprits. Macieiowski soutenait que le mariage avec noe Polonaise était préférable à une union avec une princesse étrangère ; car eela fermait lu territoire de la république aux intrigues des Cabinets extérieurs. Il citait l'éxemple do WladislaS- Jagellon et de Sigismond 1er qui épousèrent, l'un Elisabeth Pileçka, et l'autre, Barbe de Zapolay, et qui n'èurent qu'à s'applaudir de leur choix. Tarnowski insista sur la contradiction qu'il y aurait à reconnaître le roi et à lui ravir la faculté de disposer de ses affections; il peignit les dangers de l'anarchie, et le désordre qu'entraînerait,
dans l'Etat, la prétention de chaque dignitaire de s'ériger en maître souverain. 11 dit que ce qu'on exigeait du roi pourrait peut-être se demander dans des circonstances ultérieures ; mais que la nécessité actuelle n'en était nullement démontrée. .
Ces discours favorables affermirent Sigismond- Anguste dans ses résolutions, et il reprit la parole en ces termes : c Pour prévenir les désordres qui
> pourraient éclater, j'exercerai mes fonctions » dans tonte la rigueur des lois existantes. Ceux i qui croient que je m'endormirai sur le trône se » trompent étrangement ; ce n'est pas moi qui » laisserai détruire les fondements de l'Etat, et » je maintiendrai jusqu'à la mort l'empire qui est
> entre mes mains, et que je tiens autant de Dieu
> que des libres suffrages du pays. Je supplie » tout bon Polonais de m'éclairer, de m'aider à » gouverner la république avec justice et gloire ;
> mais j'abaisserai, j'écraserai l'insolence, laper-
> versité, la corruption, les abus qui existent » dans certaines castes! >
Kmita déposa à l'instant le M ton de maréchal, et sortit accompagné de plusieurs sénateurs et nonces. Macieiowski et Tarnowski restèrent auprès du roi, qui fit annoncer, par un héraut, l'ouverture du tribunal où les rois rendaient alors eux-mêmes la justice, et sur-le-champ il s'occupa déjuger quelques procès avec le sang-froid le plus remarquable.
Sigismond-Auguste savait mieux que personne le secret de cette brutale opposition de l'aristocratie anarchique, et il frappa juste en faisant publier sur-le-champ des universaux, dans lesquels il dévoilait les desseins cachés de la plupart des grands, qui ne cherchaient à troubler l'Etat que pour augmenter leur puissance; il prouvait qu'une épouse choisie au sein de la noblesse ne pouvait déshonorer un trône qui dépend de cette même noblesse, et auquel chacun de ses membres peut aspirer.
Pendant que ces universaux soulevaient le blâme ou la louange, les Tatars de Krimée, informés que la dernière diète, occupée d'inutiles dissensions, n'avait pourvu ni a l'aogmeniation ni à la subsistance de l'armée, envahirent les possessions polonaises du côté des terres russiennes (fin 1549). Ils s'emparèrent du château de Pcrodmiski où ils firent prisonnier le prince Constantin Wisniowieçki et sa famille. Jean Tarnowski , qui se trouvait alors à Sandomir, ramassa à la hâte quelques troupes, et alla au-de-
vant de l'ennemi, qu'il rencontra près de Tarnopol, et qu'il força à battre en retraite.
L'opposition ne manqua pas d'attribuer au roi les malheurs de cette invasion ; elle demanda une nouvelle diète, afin de pouvoir augmenter la confusion générale. Le roi s'y opposait; mais sachant que le primai Dzierzgowski voulait agir sans son concours, il se détermina a convoquer lui-même la diète à Piotrkow (1550) , mais en déclarant qu'il était devenu urgent de remédier aux excès de l'aristocratie, et surtout de supprimer le droit de cumuler plusieurs charges à la fois, abus qui, en enrichissant les grands, faisait végéter la petite noblesse dans une pauvre et honteuse oisiveté. Dociles aux paroles du souverain, l'évéque Macieiowski se démit de sa dignité de grandchancelier, et le grand-général Tarnowski, de la starostie de Sandomir. Cet exemple donné par deux vertueux citoyens et Ix déclaration du roi produisirent une impression extraordinaire; les seigneurs cupides tremblèrent pour leurs places; les hommes, si arrogants naguère, vinrent ramper aux pieds du roi. Ainsi l'échafaudage d'une opposition coupable dans son principe et intéressée dans ses vues fut anéanti; et non-seulement les murmures contre le mariage du roi cessèrent, mais les opposants eux-mêmes demandèrent que l'on ne différât point la cérémonie do couronnement. Pierre Kmita fut un des premiers à s'y rendre, et le primat lui-même couronna Barbe à Rrakovie (9 décembre 1550).
Jamais femme ne fut plus digne d'occuper le trône de Pologne; bonne, tendre, miséricordieuse, elle formait, sans le vouloir, contraste avec Bona et toutes les autres femmes de la coor d'Auguste. Bona gémissait tout haut de s'éire opposée au bonheur de son fils, et parlait longuement du regret qu'elle éprouvait d'avoir si opiniâtrement refusé son estime à Barbe ; mais ces démonstrations extérieures cachaient un crime, et l'infortunée Barbe dépérissait à la suite des soins d'un médecin italien placé auprès d'elle par l'Italienne Bona : le 12 mai 1551, peu de temps après son couronnement, elle mourut au château de Krakovie.
L'annonce officielle disait que sa maladie était un cancer , mais les traces du poison apparurent sur les restes inanimés de la malheureuse reine. Le désespoir du roi et des bons citoyens fut immense, et pour que rien ne manquât à l'horreur de la position du roi, ce prince, averti par le sort de Barbe, fut obligé de prendre les plat
LA roi
minutieuses précautions pour sa sûreté personnelle, ne décachetant les lettres de sa propre mère qu'avec défiance, de peur qu'elles ne recélassent quelque poison.
Constatons ici que les reines Rixa, Agnès et Bona, fléaux de notre infortunée patrie, furent envoyées par les cabinets de l'Allemagne et de l'Italie; plus tard, nous ajouterons un nom à cet infernal triumvirat : celui de Marie-Kasimire,
aussi étrangère!
La douleur du roi fut profonde,et il ne put se résoudre à se séparer du corps inanimé de son épouse; il voulut accompagner lui-même ,à cheval, le cercueil de Barbe, depuis Krakovie jusqu'à Wilna,où il lui fit faire de magnifiques obsèques. Le corps fut ensuite déposé dans la cathédrale de Saint-Stanislas (juillet 1551). An mois d'août de la même année, Sigismond-Auguste convoqua la diète à Wilna, cherchant ainsi, dans les soins pénibles de lu royauté, une distraction à l'amertume de ses souvenirs.
Les dissensions qui éclatèrent au début du règne de Sigismond-Augusie furent peu de chose, en comparaison de celles qu'engendra, dans d'autres pays, la lutte des opinions religieuses. L'humanité naturelle aux Polonais, leur civilisation plus avancée, la docilité de plusieurs évêques et la sage tolérance du roi furent autant de circonstances qui concoururent à faciliter l'introduction du principe de la réforme dout nous raconterons ailleurs les progrès.
Pendant le séjour du roi en Litvanie, la noblesse polonaise se préoccupait beaucoup des dissensions religieuses et des affaires de Hongrie. La diète de Piotrkow (avril 1552) fut le théâtre de débats très -vifs sur la tolérance en matière de foi; mais l'attention principale des esprits se dirigea vers les progrès alarmants que faisait la puissance mahoroétane.
Jean Zapolay, roi de Hongrie, n'avait jamais été tranquille sur son trène ; car Ferdinand d'Autriche, roi de Bohême, ne cessait de lui disputer w couronne, et l'avait mis dans la triste nécessité d'appeler les Turks à son secours. Néanmoins, les deux monarques, qui étaient exposés Ton et l'autre aux usurpations d'un tiers dont l'intervention était évidemment intéressée, songèrent sérieasement à faire la paix et à réunir leurs communs efforts contre les Ottomans.
Sur ces entrefaites, Zapolay mourut, ne laissant qu'un fils en très-bas Age; et les Allemands recommencèrent leurs hostilités, pour enlever
la couronne au jeune prince. Aussitôt les Turks, sous prétexte de défendre ses droits, revinrent en Hongrie, en chassèrent Ferdinand, reprirent toutes les places qu'il avait soumises, et se rendirent maîtres des provinces mêmes que le roi . Jean s'était vu contraint de lui céder. Ce fut en vain que l'empereur Charles-Quint, à la diète do Spire, et ensuite à celle de Worms, engagea le corps germanique à donner du secours au roi son frère ; Soliman ne fit que s'irriter de tous ces efforts impuissants, et porta ses armes jusque dans l'Autriche.
il était temps que les Polonais se laissassent loucher du malheur d'un prince encore au berceau, et des outrages faits à la reine sa mère, qui avait autant à craindre des Turks, ses dangereux protecteurs, que de l'ennemi qui la poursuivait. La reine était sœur de Sigismond-Auguste, et l'intérêt même de la république polonaise engagea la diète à lui donner du secours. En conséquence, les impôts furent immédiatement votés.
D'un autre coté, le protestantisme faisait toujours des progrès. Les Dantzikois, auxquels la domination du clergé catholique était devenue insupportable, conçurent le projet de se donner a l'empereur, qui s'était engagé à laisseraux états protestants une entière liberté de conscience. La présence du roi pouvait seule empêcher cette défection, et retenir les habitants de Dantzig sous la domination polonaise. Auguste fit son entrée à Dantzig au mois de juin 1552. Ce prince se défiait beaucoup des dispositions des habitants; mais il s'attacha sur-le-champ a les gagner par la douceur, faisant sentir aux magistrats et au sénat de la ville combien il était avantageux aux Dantzikois de participer aux privilèges des Polonais, en démontrant que, libres et indépendants comme ils l'étaient, presque souverains dans leur ville, il leur convenait peu de se rendre sujets et vassaux des empereurs. On s'entendit, et les habitants les plus récalcitrants reconnurent que l'autorité que la république avait sur eux était moins un pouvoir qu'une protection utile. Ils reçurent les reproches d'Auguste comme autant de marques d'affection, ses ordres comme des grâces, et le pardon qu'il leur accorda comme le gage d'un nouveau serment de fidélité.
Après la pacification de Dantzig, le roi partit pour Krolewieç (Kœnigsberg , où il fut reçu avec les honneurs dus au roi par le duc Albert, vassal de la Pologne. De Kœnigsberg Auguste prit la route
de Kowuo et arriva à Wilna. Au commencement de l'année 1553, ht Noblesse polonaise et liiyanienne lui exposa qu'il devait songer à se donner . une postérité, et lui proposa d'époaser la sœur de sa première femme, Catherine; archiduchesse d'Autriche, veuve de Francis de Goniague, duc de Mantoue. La diète deKrakovie (janvier 1555) s'occupa de la conclusion de cette affaire, et dès que les dispenses eurent été accordées par le pape, l'archiduchesse fut amenée à Krakovre, où on célébra le troisième mariage du roi et le couronnement de la nouvelle reine.
La diète de 4554 à lublin, et celle de 1556 a Piotrkow, n'eurent aucun résultat important. Seulement, dans cèltè'dernière année (1556), la Pologne eut à se féliciter dd départ de la reine Botta.
Dans Sa jeunesse, et pendant qu'elle était encore belle, Bona ne s'était occupée que d'intrigues amoureusès; mais, en avançant en âge, elle s'était allacbée à la politique, et avait poussé à un degré effrayant la corruption et l'amour de Largent. Pendant le règne de Sigismond, elle abusait de la faiblesse de ce vieillard pour faire un honteux tralic aveo les charges et dignités de l'Etat ; après la mort du viens roi, elle avait conservé, au préjudice du trésor, la totalité des revenus du duché de ftlaxbvie.
Les richesses qu'elle avait uinsi arrachées à la Pologne, par les moyens les plus infâmes, étaient immenses; niais ces richesses devaient appartenir au trésor à l'époque de sa mort : des lors, ses deux favoris, natifs de Naples, Jean-Laurent Papagoda et Camille Brancaccio, formèrent un plan pour s'en emparer, et parviurent a lui faire entendre qu'il serait avantageux pour elle de quitter la Pologne. Bona fit donc signifier au roi l'intention on elle était de partir pour l'Italie, sous prétexte de rétablir sa santé délabrée.
Cette résolution étant devenne publique, le vice-chancelier abbé Przerembski s'adressa à Isabelle, reine de Hongrie, ét qui était alors en Pologne, afin de la prier d'engager la reine-mère à renoncer à cette résolution. Il exposa, dans un discours préparc avec soin, la honte et les malheurs qui rejailliraient sur le roi et la républiqué du départ de la reine, qui voulait emporter avec elle les richesses immenses accumulées pendant un séjour de trente-huit ans en Pologne, et qu'hier pour jamais et ses enfants et le pays.
En conséquence, une députa tion, composée de la reine de Hongrie, tille de Bona, et de plusieurs
évèques, se rendit chez la reine-mère. L'cvéque der de vingt-quatre chariots, attelés chacun de
de Krakovie, André Zebrzydowski, son favori, chercha à la faire changer de résolution dans an discours fort touchant qu'il termina ainsi : t Ma-
> dame, si vous n'avez pas pitié de la république,
> ayez au moins pitié de vos enfants. Que n? » donnerait la reine d'Espagne pour avoir d« » enfants comme le sont ceux que Votre Majesté » veut abandonner! L'absence de Votre Majesté >sera, pour eux, le comble dés maux, parce
> qu'ils seront privés du bonheur de contempler » l'auguste figure de leur mère. Niobé fut pétri- » fiée en voyant ses enfants tués par Jupiter, pi » Votre Majesté veut donner la mort à ceui
> qu'elle a mis au monde ! Quel étrange amour » maternel est celui de Votre Majesté? Daigner, a Madame prendre pitié de vos enfants, et ne pas
> les tuer par votre départ. »
Ces instances ne faisant point d'effet sur h reine-mère, le roi lui envoya une seconde dépotation pour lui notifier, de sa part et de celle rla sénat, qu'elle ne pouvait partir. Alors, transportée de colère, elle dit, en latin, à Przerembski : c Vous, monsienr l'évôque, vous qui avez acheté
> l'évêché (parce qu'il était à vendre, interrom- » pit Przerembski), ni vous, ni ceux qui vous «n- » voient, vous ne viendrez à bout de m'empécher » de partir. Oui, je partirai, je partirai, et vou- » drais bien savoir qui sera capable de m'en <Jé-
> tourner 1 »
A la suite de cette députatîon, le roi fit publier un édit, par lequel il défendit à tout citoyen d'accompagner la reine-mère : au noble, sous peine d'infamie; au roturier, sous peine de mort. Instruite de cet ordre, Bona envoya la reine de Hoogrie dire au roi qh'on lui faisait violence de la part rie celui qu'elle avait porté dans ses flancs, à qui elle avait donné la vie et la conronoc, et qui, pour prix de tant de bienfaits, la tenait captive.
La reine do Hongrie s'employa auprès de Sigismond-Anguste en faveur de sa nière, fléchit les sénateurs, tantôt à force d'instances, tantôt a forcé de présents. Un conseil, convoqué à cette fin, décida qu'il valait mieux laisser partir Booa que de la retenir, vu qu'elle était disposée i envoyer dans l'étranger, secrètement, tous ses privilèges et ses trésors, ou en disposer en faveur de qui il lui plairait. On publia un contre-édit.
Wilga, staroste d'Ostrolenka, fut chargé d'escorter le cortège de Bona, qui s'était fait précé-
LA POLOGKK.
six chevaux, et chargés d'or, d'argent et d'objets précieux* Le staroste, jrçdignédp voir tant de trésors soustrait* 4 l'Etat, répandit sous main que, si quelqu'un voulait laitaquer pour rendre au trésor royal ces richesses, lui, WUga, pu ferait qu'une défense simulée, et qu'on ne rencontrerait pas d'obstacle. Mais la loyauté du caractère national repoussa cette proposition; on répondit au staroste que Bona pe jouirait pas longtemps <1« ces richesses, que la Pologne ne s'appauvrirait pas pour cela, et qu'il fallait montrer à l'univers, la supériorité du caractère national dans une circonstance aussi solennelle !
Bona passa par Vienne, Vepise, Florence, Rome et Naples. Elle s'établit à Bari, dans la fouille; elle avait hérité de ce duché à la mort de son père, et que sa mère, Isabelle d'Aragon, avait porté dans sa famille. Elle prêta 433,000 ducats de Hollande, en numéraire, à Philippe II, roi d'Espagne, somme énorme pour l'époque 1
Bona, livrée à elle-même et au pouvoir de son amant Papagoda, se plopgea dans une vie d'excès çt d/infumies. Son favori lui-môme, avide dp richesses et non de charmes #éui* p*u* l'âge, cl par la débauche, essaya sur Bona (us mêmes moyens dont elle avait faij usage contre les deux inuoceoies ci vertueuses, reiofts Elisabeth et Barbe. Papagoda, après avoir administré du poison à Bona, profita de son délire et de tableaux épouvantables de toute sa xie qui se présentait 4 ses yeux, ppujr lui faire signer un testament au- Vieque pelui qu'elle avait d'abord préparé en faveur de Sigisipoud- Auguste. Par ço nouveau testament, elle donnait le dus hé dp Bprî au roi il'tspagne, et l'argept comptant et tous les objets préçieux à Papagoda 1 Bona expira le 20 novembre 1557. Ainsi disparut de la surface de h lerre un monstre à face fémjnine. Le nom de Bona est resté populaire eu Pologne ; mais quelle popularité!...
Après la mort de I ci- reine, &igismond-Auguue réclama, par l'organe de son ambassadeur, U restitutiop de' la somme de 435,000 ducats ; nuis Philippe II déféra celte réclama liou aux tribunaux de Naples, qui ne prononcèrent jamais; et depuis celte époque, le montant de la réclamatioû est connu sous la dénomination de $om- »«« napoliiaintt. Sigismond III, roi de Pologne, lit à la république donation d une portion de celle *onune qui lui revenait du chef de sa mère, soeur de Sigismond-Auguste. La république, de son c^é, ût plusieurs fois des réclamation* près les
cours de Madrid et de Naples, mais toujours sans réqultitt.
Pendaut qu'on puerebait en Pologne à oublier la conduite de Bona, il se préparait dans le Nord de nouveaux événements qui entraînèrent la république dans des guerres presque interminables. La Livonie, la Suède, la Moskovie et La Pologne vont vider leurs différends.
Arrêtons-nous uu instant sur la Livonie, dont la connaissance est indispensable pour le lecteur de l'histoire de Pologne.
Dans les temps reculés, la Livonie fut souvent exposée aux invasions et aux entreprises guerrières de la Suède et du Danemark. Dans le xiie siècle, les Livoniens passèrent sous la domination des grands-<|ucs de Polock. Des ma» ebands de Bremen, allant en 1188 à Wisby, eu Gottland, port très-fréquenté dans le moyen âge, furent jetés par une tempête sur la côte delp Dzwina, qui verse, ses eaux dans lu mer Baltique. C'est cet accident qui fit mieux connaître ce pays à l'Europe centrale et occidentale. Dès lors il s'établit un commerce actif entre Wisby et Lubeck. Un moine Augustin, du couvent de Segeberg en Holstein, nommé Maiaard, forma le projet de convertir au christianisme les peuplades païennes de ce pays. Le supérieur de Mainard; l'archevêque de Bréqie, auquel le pape avait donné, par forme de concession, toutes les contrées du Nord, refusa de soutenir le projet de ce moine ; mais Mainond ne se découragea point. Il s'adressa au grand*due Vladimir , qui lui permit de bâtir une égUscn Yxkull sur la Dzwina. Il réussit à convertir le chef dune de ces tribus indépendante» dont lx nation live se composait, ét acquit parmi ce peuple assez d'autorité pour le Caire consentir à la construction d'un fort. Pour récompenser son zèle apostolique, le pape Clément 111 fonda en sa faveur l'évèché d'Yxkull, qui fut soumis a la métropole de Brème (35 septembre 1 180).
Mainard étant mort en i486, l'archevêqno de Btâme lui donna pour successeur un moine de Loccum, nommé Berthold. Celui-ci ayant été chassé par les bu bilan l s qui étaient retournés au paganisme, le pape publia contre eux une croisade. Les guerriers qui s'étaient assemblés à sa voix défirent les Livoniens .(34 juillet 1198) ; mais celte victoire coûta la vie à Berthold.
Albert d'Apelderen.troistèmo évôque d'Yxkulj, arriva en 1200 ù la tête d'une nouveUe armée de croisés, et bàlil en 1301 la ville de Biga, qui
obtint dès lors le privilège en vertn duquel il ne fut permis à aucun vaisseau de passer dans ses parages pour se rendre en Semigalle. Albert transféra à Riga le siège de son évôché ; et pour attirer non-seulement des bourgeois industrieux, mais aussi des soldats capables de les défendre, il introduisit dans son diocèse le système féodal, et distribua les terres à des Allemands nobles. Albert institua aussi l'ordre des chevaliers Porte- Ghiye$(Fratemita$militiœ){Chri»tùKau>alerowie mieexotoi), auquel il abandonna le tiers des conquêtes qu'on ferait sur les païens. La bulle contirmative du pape astreignit l'Ordre à l'obédience envers l'évôque, et, en lui rendant communs les Statuts de l'ordre des Templiers, lui imposa l'obligation de combattre les idolâtres. Pour s'assurer un appui contre les grands-ducs de Poloçk, qui pourraient être tentés de faire revivre leurs droits sur la Livonie, l'évéque Albert prit, en 1225, l'investiture de l'empereur, qui érigea la Livonie en marche et principauté d'empire. Albert fut aussi le fondateur de l'évèché d'Esthonie.
La possession de la Livonie et de l'Esthonie dévint par la suite un objet de division entre les évéques de Riga, les grands-maîtres des Porte- Glaives, les Danois qui fondèrent aussi un évêché en Esthonie, et les peuples du voisinage. Le grand-maître Volquin ayant été tué dans une bataille livrée aux Litvaniens (22 septembre 1236), l'Ordre, craignant de ne pouvoir résister à ses ennemis, consentit à être incorporé à l'ordre Teutonique établi en Prusse, et l'acte de cette soumission eut lieu en présence du pape Grégoire IX, à Viterbe (14 mai 1237), où les députés des chevaliers Porte-Glaives trouvèrent Herman de Salza,grand-maître de l'ordre Teutonique. La Livonie forma dès lors une langue particulière de cet Ordre puissant, gouverné par un maître provincial ou précepteur. Le premier fut Herman Ralck. L'Ordre s'arrangea avec le roi de Danemark, en lui abandonnant Revel et les districts nommés Harrie et Wirland, ou la plus grande partie de ce qu'on appelle aujourd'hui Esthonie.
En 1255, l'évèché de Riga fut élevé au rang d'archevêché. L'archevêque divisa sa métropole en deux provinces : la Prusse et la Livonie. Ce fut sous ce nom générique qu'on désigna alors les divers districts situés au delà de l'Aa, et habités par les Kourous, les Lives et les Eslboniens. On ne donne cependant le nom de Livonicns qu'aux descendants des Allemands qui sont venus porter dans ces contrées leur langue et leur domination,
tandis qu'on continue d'appeler Lives,Estboniens et Lettons, les indigènes qui, réduits à l'état de servitude, ont conservé leurs idiomes primiuïs nationaux.
Le système politique de la Livonie à cette époque était une confédération de plusieurs Étais indépendants ; l'Ordre était le plus puissant de ces États ; l'archevêque de Riga était souverain d'une autre partie du pays; les rois de Danemark possédaient la côte la plus septentrionale ; enfin les villes de Riga et de Revel avaient un régime républicain, de manière toutefois que l'archevêque exerçait dans la première divers droits régaliens. Un tel état de choses occasionna d'interminables discussions entre les deux chefs ecclésiastiques : l'archevêque et le maître de l'Ordre. O lui-ci acquit une grande prépondérance en achetant, en 1352, du roi de Danemark, pour une somme de 19,000 marcs d'argent, la totalité de l'Esthonie.
Mais bientôt se présenta un nouveau prétendant à la possession de la Livonie: Yvan III Vasilévitsch, grand-duc de Hoskovie, envahit le pays avec une armée formidable. Dans qne bataille livrée près de Pskow ( 13 septembre 1502), le grand-maître Walther de Pleltenberg écrasa tellement les Moskovites, que le grand-duc conclut , avec les chevaliers de Livonie, une paix de cinquante ans (septembre 1503). Les chronique* du temps disent que les forces moskovites étaient de 100,000 hommes, et que les Allemands n'avaient que 7 ,000 cavaliers. Après la ronclasionde la paix, Yvan demanda qu'on lui envoyât on de ces Allemands à qui les Moskovites avaient donné le nom de soldats de fer. Pleltenberg lui en envoya un, qui trouva tous les boïars moskovites assemblés par ordre du maître. Ils furent tous surpris de l'adresse de ce cavalier à manier sa lance et son cheval. Le grand-duc en marqua son contentemeut en hurlant à la manière des ours, dit la chronique, qui ajqute que c'était le cri ordinaire des Moskovites en voulant donner des signes d'admiration.
Une violation remarquable eut lieu penJani l'administration de ce maître provincial, aussi actif qu'entreprenant. Louis d'Erlichsbansen, grand-maître de l'ordre Teutonique, avait entrepris une guerre injuste contre la Pologne, bienfaitrice de l'Ordre ; mais, battu par les troupes de la république, il fut forcé de signer le traite de Tborn (19 octobre 1466), par lequel il restituait à la Pologne la partie occidentale de la
a depuis nommée royale ou poloruise, et se reconnaissait vassa( pour la Prusse (locale. Tous ses successeurs prêtèrent serment de fidélité aux rois des Polonais, jusqu'à Frédéric, duc de Saxe, élu en 1498, qui refusa de se soumettre à cette dépendance. Albert, margrave de Brandebourg, qui lui succéda en 1510, suivit cet exemple ; mais, pour s'assurer l'assistance eflicace du, maître provincial de Livonic, il accorda àWalterde Pieltemberg, en 1521 et 1525, divers privilèges qui rendirent le Livouico indépendant du grand-maître; ce qui n'empêcha pas Albert d'embrasser la religion luthérienne, de signer avec le roi de Pologne la paix de Krakovie,
• t d'obtenir, en prêtant le serment de vassclage, le titre de duc héréditaire de Prusse, feudalairé de la Pologne. Le maître de Livonic renouvela alors avec l'empire germanique les liaisons qui existaient depuis le xiv« siècle. L'empereur Cbarlcs-Quint le déclara en 1.Î27 prince de l'Empire, avec voix et séance à lu diète. Sous l'ad- Diinistration de Pleticnbcrg, la Livonie embrassa Ij reforme dont Plettenberg favorisa l'inlroduo lion uns renoncer lui-même à la religion caiholiqoc. La réforme lui servit à affermir son autorité à Riga et dans les divers évêchés livooiens. Plettenberg mourut en 1335, et eut pour successeur Ilermann de Brupgency.
La décadence de la Livonie date de celte époque. Les évéques et leurs chapitres s'abandonnèrent au luxe et à la volupté , les nobles à Iffrognerie et à la passion du jeu. Les uns et h autres traitaient leurs serfs avec une barbarie révoltante. La désunion s'était mise entre les filles et les nobles ; coux-ci affectaient le plus grand mépris pour les habitants des villes, et empêchaient souvent leurs vassaux de leur mener des vivres; en un mot, la fertilité du territoire, la faiblesse du gouvernement iet la mollesse des citoyens semblaient y appeler m conquérant, ce conquérant fut le lîar Y van le Croel.
Les prétextes ne manquent jamais aux envafofcon injustes. Le txar lit semblant d'ôlrc irrité des dépêches que les chefs de l'Ordre faisaient passer a l'empereur d'Allemagne et où ils •lisaient c que la Moskovie commençait à devenir dangereuse; que tous les princes chrétiens » limitrophes étaient obligés de plier devant son
• «Hiverain, aussi actif qu'ambitieux, et de le •supplier de leur accorder la paix. Ne serait-il > pas imprudent, ajoutaient-ils, d'augmenter les