TOME II
d'êtres devant lesquels on ose souffrir ! Elle se promenait dans la forêt, ou elle parcourait les bords enchanteurs du Borysthène. Le soir, quand elle se relirait dans son appartement, elle écrivait à Wanda. Ces lettres exhalaient la souffrance. « Je suis ici, lui disait-elle, comme une pauvre plante qui n'est p*lus soutenue par le chêne où elle était enlacée. Loin du sol, elle meurt; pour vivre.il lui faut la fraîche rosée de ses climats... La fleur se dépouille, et moi je m'en vais. L'amitié aurait pu me soutenir ; mais, loin de toi, qui peut me comprendre et me plaindre ? Ne pleure pas sur moi, mon amie: l'amitié et l'amour n'ontils pas jeté sur moi leurs rayons célestes! Ne pleure pas; après quelques instants que les pauvres humains appellent des années, nous nous reverrons pour ne plus nous quitter. Je me résigne ; ma douleur est sans remords. Je me suis sacrifiée ; j'ai obéi à ma mère ; j'ai été Adèle à ma promesse, et je sens que celte douleur sans remords porte en soi-même une mélancolie qui a pour elle des larmes qui ne sont point sans volupté. »
Par une chaude matinée de juillet, sous un ciel embrasé par l'orage, une femme, vêiue de blanc, parcourait les ravins escarpés, franchissait les roches qui se dressent autour du Dniéper. Elle marchait précipitamment; ses pieds délicats ne sentaient point les ronces qui les déchiraient : à la voir, on eût pensé qu'elle fuyait un danger... Ses lèvres étaient sèches et brûlantes ; ses yeux étaient fixes. Elle faisait pitié, la pauvre femme! — La veille, Hedwige avait supporté les reproches délirants de Léon, aujourd'hui elle est insensible aux bouleversements de la nature... Un pas de plus, et elle va tomber dans un précipice sans fond ; tout à coup un éclair déchire les nues, la foudre tombe, et les éclats de rocher s'engloutissent dans le fleuve.
Hedwige est renversée.
Quelques gouttes de pluie la raniment ; elle ouvre les yeux. Elle est étendue sur un banc de mousse, et sa tête repose sur la poitrine d'un homme.... 0 surprise ! o bonheur plein de larmes et d'angoisses! c'est Adam, c'est lui qu'elle revoit. L'orage grondait toujours, le ciel était en feu ; ils n'avaient peut-être plus qu'un instant à vivre ; leurs lèvres s'unissent... leur vie de douleur eût racheté le monde ; une éternité de délices est a eux, ils ont vécu.... Mais bientôt des cris, des voix confuses,
e bruit des chevaux se font entendre.... c Fnis, fais, »dit Hedwige; et Adam disparaît derrière des touffes d'arbres.
Quand Léon approcha, il trouva Hedwige étendue par terre et sans mouvement : il l'embrasse, il lai parle, il pose sa main sur son cœur... Hélas! l'éternité avait commencé* pour elle 1
Un monument funéraire s'élève snr une plaine de l'Ukraine, et tout près de là on voit un tertre.
La vie avait séparé Hedwige et Adam, et la mort
les réunit.
Le désespoir de Léon fut violent, emporté comme l'avait été ta passion. Après la mort d'Hedwige, il entreprit un long voyage, et m rapprocha de Wanda pour parler de celle qu'il avait aimée. Leur douleur sentie à deux, pleurée à deux, fut moins amère, nais ne fut point consolée.
Olympe CiioMEO.