RÉPONSE
Modliu, 5 mars 1831.
c Monsieur le maréchal, comme le colonel Kiel, adjudant de S. A. 1. le césarévitsch, qui m'a remis voire lettre, n'a pu attendre ma réponse écrite, j'ai l'honneur de vous la faire passer aujourd'hui par le lieutenant-colonel Sobieski.
> Les expressions prévenantes dont vous m'avez honoré sont très-flatteuses pour moi. Je m'efforcerai, et j'ai l'espoir, monsieur le maréchal, de pouvoir mériter, par ma conduite ultérieure, votre estime et la bonne opinion d'un guerrier expérimenté. Comme je connais parfaitement l'esprit de la garnison de Modlin que j'ai l'honneur de commander, je puis vous assurer hardiment, monsieur le maréchal, qu'elle ne restera pas en
arrière de l'armée dont il vous a plu d'honorer le courage.
- » Sans entrer dans le contenu de votre lettre, et surtout sans discuter le passage relatif à l'avantage que l'armée impériale russe dit avoir remporté dans les journées des 49 et 25 février dernier, je ne puis cependant m'empôcher, monsienrle maréchal, de vousdéclarer que nous avons tousdes motifs de considérer lesévénementsdeces journées sous un tout autre point de vue ; mais, en admettant que la position de votre armée fût réellement ce qu'il vous a plu de la représenter; en admettant qu'il ne vous restât plus qu'à augmenter de nos corps le nombre de tant de milliers de victimes de la défense de la liberté nationale ; même alors, la garnison de Modlin ne balancerait pas à défendre courageusement l'honneur militaire, et à donner des preuves de son dévouement civique, dans la conviction qu'elle acquerrait ainsi la considération des vainqueurs eux-mêmes, et l'intérêt des nations dont losvœux et les espérances se rattachent à notre héroïque insurrection.
» J'ai l'honneur de vous saluer avec une parfaite considération.
> Ignace Ledochowsxi. »
Après qu'on eut livré Warsovie aux Moskovites, l'armée nationale se porta sur Modlin, qui était un excellent point de défense; là elle put réparer ses forces, et attendre les troupes qui devaient se rallier à elle. En conséquence, le généralissime Kasimir Malachowski expédia le capitaine Kowalski auprès du général Ramorino, afin que ce dernier rejoignit le gros de l'armée. Tout fut préparé pour aplanir les difficultés de b jonction ; on jeta un pont sur le Bug à Ka-
mienczyk. Kowalski vient trouver Ramorino à Sicdlcé, le 9 septembre à quatre heures du soir, et lui intime l'ordre du généralissime polonais; mais Ramorino répond : «J'ai attendu aujourd'hui jusqu'à onze heures du matin des nouvelles du quartier général ; n'ayant rien reçu, j'ai fait assembler un conseil de guerre, dans lequel on a décidé qu'on prendrait une tout autre direction.* Cest-à-dire, au lieu de marcher à l'ouest, on se porta au midi.
Le capitaine Kowalski chercha à prouver que le retard de cinq heures ne pouvait être un empêchement valable ; mais Ramorino, cédant au fatales influences, déclara au capitaine qu'il ne changerait point sa décision.
Si les ordres du généralissime eussent été exécutés, on aurait réuni de quarante à cinquante milln hommes de troupes régulières et cent trente bouches à feu. Ces forces étaient pins que suffisantes pour reprendre Warsovie.
Depuis ces événements, l'ennemi entamait des négociations entre Warsovie déjà esclave, et Modlin, libre encore. Chaque moment de retard était mortel pour la Pologne, tandis qu'il sauvait les Moskovites d'une ruine inévitable. Malachowski s étant démis du commandement en chef, la diète en investit le général Rybinski. L'armée resta dans les environs de Modlin jusqu'au 20 septembre, usant ses dernières ressources, et se désorganisant de plus en plus : l'ennemi n'attendait que le moment où Ramorino serait poussé en Galicie, calculant avec justesse que l'armée polonaise divisée se dissoudrait d'elle-même.
La forteresse de Modlin ne fut occupée par les Moskovites, que lorsque tous les corps de l'armée polonaise eurent passé en Prusse on ea Galicie.
KOEN1GSBERG ,