‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 69 sur 105 · CAPITALE DE LA PRUSSE DUCALE OU ORIENTALE · texte numérisé non relu

CAPITALE DE LA PRUSSE DUCALE OU ORIENTALE

Nous cherchons dans le passé les titres de la nationalité polonaise, et c'est aux peuples que nous venons montrer la Pologne des Lechs, des Piasts et des Jagellons, la Pologne, grande et indépendante, la Pologne dans toutes les conditions de son existence, la Pologne avec l'Oder, la Diwina.le Dniéper, le Dniester, enclavés dans

son territoire. Oui, ces rivières, depuis leur embouchure jusqu'à l'extrémité de leur cours dans les mers Baltique et Noire, appartiennent a la Pologne. L'histoire de notre passé est la preuve de nos imprescriptibles droits !

En plaçant au rang des provinces et des Tilles polonaises la Prusse ducale et Kœuigsberg, nous

prouvons un fait que nous livrons à la justice des. nations et à la réflexion des cabinets de l'Knrope. L'histoire est pour nous, et c'est elle qui nous fournit nos preuves; mais pour faire passer nos convictions dans l'esprit de nos lecteurs, nous allons donner l'histoire de la province avant de donner celle de la capitale.

COUP D'OEIL UISTOR1QOE SUR LA l'KUSSE DUCALE OU ORIENTALE.

La Prusse ducale ou orientale, ou encore duché de Prusse, ou Prusse électorale ( ses différentes dénominations se rencontrent dans la géographie), est située entre le Niémen, la Wistule et la mer Baltique. Le duché-évôché de Warmie, les palatinats de Malborg et de Culm, entraient en échiquier dans ce territoire et faisaient partie intégrale de la république de Pologne; mais des vicissitudes sans nombre amenèrent d'autres destinées!

Sous le règne des premiers Boleslas, alors que la Pologne convertissait les Prussiens au christianisme, les contrées qui nous occupent aujourd'hui ne connaissaient point de divisions géographiques ; mais quand la famille des Piasts eut introduit les chevaliers Te u toniques, la Prusse [ducale fut partagée en douze arrondissements. En 144)6, sous KasimirIV.de la maison des Jagellons, quatre de ces arrondissements furent ajoutés à la Prusse royale ou polonaise ; les huit autres restèrent aux Teutoniques; mais en 152«>, à la chute de l'Ordre, les douze arrondissements devinrent deux départements : un allemand, l'autre lituanien. Cette division dura jusqu'à l'année 1773, époque où nous voyons Frédéric II, dit le Grand, envahir la Prusse royale et donner le nom de Prusse orientale à l'ancienne Prusse ducale, et celui de Prusse occidentale au pays nouvellement envahi.

Depuis 1815, la Prusse orientale forme deux grands arrondissements : 1° de.'Kœnigsberg, divisé en vingt districts ; 2° de Gurnbinen, divisé en seize districts.

Depuis l'établissement de la dynastie des Lechs en 550, jusqu'à l'année 1225, c'est-à-dire pendant près de sept siècles, la suprématie polonaise étendit son pouvoir politique et civilisateur sur ces contrées; mais à la (in de cette période, Conrad, duc de Mazovie, appela à son aide les cheval/ers du Christ, derniers débris des croisés de Palestine» pour repousser les incursions des

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Prussiens idolâtres. Les chevaliers, se confiant dans leurs forces, se battirent contre les Polonais et contre les Prussiens; mais les Polonais finirent par en triompher. Et ainsi finit cette domination cruelle qui, pour le malheur de la Pologne, dura de 1225 à 1525.

Albert, issu des marquis de Brandebourg, fut le dernier grand-maître des Teutoniques, allié à Ta famille de Sigismond 1er ; ce roi le nomma duc de Prusse, quand il rentra dans la possession légitime de cette province. Cet acte de bonté devint une grande faute politique, car pour conserver il fallait unir, il fallait rendre la Prusse partie intégrale de la république. Albert trôna à Kœnigsbcrg, après s'être déclaré vassal et tributaire de la Pologne, après s'être agenouillé devant le trône de Sigismond Ier, sur la grande place de Krakovie, pour jurer au roi et à ses descendants obéissance et fidélité (10 avril 1525). Le duc de Prusse oublia ses serments, et les bienfaits du trop confiant Sigismond Ie' furent payés de la plus noire ingratitude.

Après la mort de Sigismond 1er (1548), son fils Sigismond-Auguste monta sur Je tcône de Pologne. Ce règne fut traversé par les intrigues allemandes; le vieux duc de Prusse, Albert, était tombé en enfance; son fils Frédéric-Albert étant trop jeune pour prendre les rênes du gouvernement, les conseillers allemands voulurent confier sa tutelle au prince de Mecklenbourg : ils se préparaient ainsi à soulever la Prusse ducale contre la Pologne. Sigismond-Auguste, instruit de ces machinations, par Hozius, évêque de Warmie, envoya des commissaires qui prirent connaissance de l'affaire et qui punirent les coupables. Les commissaires délégués par le roi étaient Jean Sluzewski, Pierre Zborowski, Jean Koslka et Nicolas Firley ; le procès fut instruit ù Kœnigsberg : Funccius, Sclielïèl Horst, les principaux chefs du complot, furent condamnés à mort, leurs complices condamnés au bannissement, et l'ancien conseil, rétabli, promit de servir comme par le passé les intérêts de la Pologne (1566).

Aussi, à la diète de Lublin, où fut consommée l'union de la Litvanie à la Pologne, nous voyons le jeune]Alberl-Frédéric, en présence de la diète, prêter serment de vassalité et jurer hommage à la Pologne. Celte cérémonie eut lieu le 19 juillet 1569. Albert, disons-nous, en présence des représentants de la Pologne, embrassa les pieds du roi, qui lui rappela la reconnaissance que lui duc de Prusse et ses successeurs devaient à la

république. Le prince, toujours à genoux, écoutait le roi et jura fidélité, obéissance, vassalité et reconnaissance au roi et à ses successeurs. Le même jour, Sigismond-Auguste promilà Joachim, électeur de Brandebourg, la succession au duché de Prusse, dans le cas où Albert-Frédéric mourrait sans héritiers. Cette faute fut plus grave encore que no l'avait été celle de Sigismond 1er.

Albert-Frédéric gouverna le duché de Prusse pendant quarante-neuf ans; mais à la fin de son règne il tomba en enfance comme son père, et Etienne Baiory, roi de Pologne, fut obligé de lui donner des curateurs. Lorsque Sigismond 111 monta sur le trône, Jean-Sigismond, marquis de Brandebourg, gendre d'Albert, administra la Prusse ; mais son pouvoir ne fut reconnu que quand il eut piété serment de vasselage et de fidélité au roi de Pologne. En conséquence, Jean-SigUmond vint àWarsovie, et, rencontrant le roi ù cheval, il courut au-devant de lui et lui embrassa les pieds. Trois jours après son arrivée, on éleva un trône près de l'église des Bernardins, et le roi, entouré de sa cour et de son peuple, reçut de Jean-Sigismond, agenouillé, le serment de vasselage et de fidélité pour lui et pour la république (25 octobre 1611).

En 1618, Albert- Frédéric mourut, et Jean entra en possession de la Prusse ducale; mais, accablé par l'âge et par les inûrmilés, il confia la régence à son fils Georges-Guillaume. Peu de temps après il mourut (25 novembre 1619).

Le 2 janvier 1620, Georges-Guillaume prit les rênes du gouvernement, et aussitôt il alla à Warsovie prêter serment de fidélité entre les mains du roi et recevoir l'investiture de la Prusse (juin 1620).

Quelques années se passèrent tranquillement, lorsque Sigismond 111 aipira au trône de Suède que Gustave-Adolphe oeSipait alors. Ce dernier prévint son compétiteur, débarqua en Prusse, prit le fort de Pilawa (Pilau) (1626), et lit de grands progrès tant en Livonie que dans la Prusse polonaise. Georges-Guillaume tint alors nne conduite équivoque, et trompait tour à tour et le roi de Suède et le roi de Pologne, au lieu de prendre parti pour ce dernier, comme il le defait. Aussi Gustave -Adolphe, victorieux, occupa Berlin (4 mai 1631), Magdebourg (10 mai 1651), et revint sur ses pas dans les environs de Berlin. L'électeur Georges-Guillaume députa l'éleclrrce et toutes les princesses de sa cour au camp du roi de Suède pour l'apaiser : il s'y rendit enfin

I lui-même, et il accorda au roi tout ce qu'il vov* lut lui demander. Lorsque l'électeur s'en retourna à Berlin, l'artillerie suédoise le salua d'une triple décharge de canons ; mais comme (es artilleurs avaient perdu l'habitude de tirer simplement à poudre, et que les pièces étaient toujours chargées a boulets et braquées ver&la ville, il y eut beaucoup de maisons et de toits endommagés ! Le lendemain , l'armée suédoise passa la Sprée et défila par la ville.

Mais l'année 1632 fut fatale et à Sigismond III de Pologne et à Gustave-Adolphe de Suède, car le premier mourut a Warsovie le 30 avril, et le second au champ de bataille à Lutxen, le 6 novembre. Malgré cela, les Suédois furent vainqueurs les années suivantes, et Georges-Guillaume ne pouvant leur tenir tête, mourulà Kœnigsbcrg, le 20 novembre 1640, laissant la succession â son fils Frédéric-Guillaume, né à Berlin le 6 février 1620.

Le jeune duc, ruminant dans sa tête des projets ambitieux, crut devoir s'exempter de l'obligation d'aller en personne pour obtenir son investiture à Warsovie. Dans ce but, il expédia deux ambassadeurs Creuts et Cosbeck qui devaient le remplacer; mais les états de Pologne lui donnèrent une leçon, et déclarèrent aux ambassadeurs que l'électeur de Brandebourg était obligé de venir en personne prêter son serment comme l'avaient fait ses prédécesseurs a quatre reprises. La volonté de la Pologne était trop juste, et sans répliquer, Frédéric-Guillaume vint à Warsovie.

La cérémonie de l'investiture eut lieu le 7 oc tobre 1641. Ce jour là, le roi Wladislas IY, assis sur un trône élevé près de la grande porte du château royal de Warsovie, et entouré de tous les dignitaires de l'Etat, reçut d'abord quatre envoyés de l'électeur qui lui demandaient la grâce d'admettre leur maître en présence do roi ; à un signe affirmatif, l'électeur descendit de cheval, franchit une haie de militaires, fit deux saluts au roi, se mit à genonx, et dans un long discours latin promit obéissance, vassalité, fidélité, secours et reconnaissance pour lui et ses successeurs à la république, au roi et à ses euecesseurs. Wladislas IV le releva, et lui indiqua un fauteuil placé à côté du trône que le duc occupa; il fut ensuite présenté à la reine et a la famille royale, après quoi il regagna la ville de Kœnisgberg.

Le peuple de Warsovie, frappé de la politesse

do roi pour l'électeur, lorsqu'il offrit à ce dernier de s'asseoir & côté de Wiadislas IV, augura mal ; mais sous les auspices de la superstition, son bon sens voyait plus clair dans l'avenir que la politique du cabinet de Warsovie ; on se disait alors tout bas : t Le vassal lève son nez, Dieu veuille qu'il ne devienne pas maître et ne porte malheur à notre patrie I Dieu veuille que ce ne soit pas le dernier hommage de l'investiture 1 >

Frédéric-Guillaume, rentré chez lui, conclut une trêve pour vingt ans avec les Suédois ; et plus tard, lorsque les puissances européennes ouvrirent les conférences pour amener une paît générale, Frédéric y envoya ses ministres, et te fameux traité de Westphalie fut conclu le 24 oc* tobre 4648.

Mais un nouvel orage se préparait nu nord. La reine Christine abdiqua, en 4654-, la couronne de Suède, en faveur de son cousin Charles- Gustave, prince de Deux-Ponts. A peine fut-il monté sur le trône, qu'il s'occupa des moyens de te signaler par les armes.

Dès l'année 4648, Jean-Kasimir succéda à son frère Wladislas IY. Charles-Gustave, cherchant l'occasion d'une querelle, exigea que le roi de Pologne renonçât à jamais à la couronne de Suède, et lui cédât la Livonie.

Dans cette conjoncture, Jean-Kasimir réclama l'assistance et l'aide de Frédéric-Guillaume, en conséquence d'engagements et de devoirs solennels] ce dernier biaisa et se déclara en défaut; Bais en revanche il fit avec les Hollandais uno alliance défensive, rechercha l'amitié de Cromwel, essaya de se lier avec Louis XIV, et flatta la hauteur de l'empereur Ferdinand III, afin de l'engager dans ses intérêts. Le tzar de Moskovie entamait déjà la Litvanie ; ainsi l'infortunée Po* tope se trouvait cerclée d'ennemis, grâce au Machiavélisme d'un vassal ingrat.

Dès que Charles-Gustave entra à Kœnigsbcrg, Frédéric-Guillaume conclut avec lui un traité contre la Pologne (47 janvier 4656), à condition qu'on séculariserait l'évêché de Warmie *o ta faveur;] ensuite il entra en alliance avec bouisXlV, qui lui garantit ses provinces situées le long du Rhin et du Weser. Il changea depuis, > Marienbourg, son traité avec les Suédois en alliance offensive (15 juin 4656), et comme s'il ■avait pas assez de cette perfidie, il se mit à la tète de ses troupes, franchit la frontière mazotienne, et s'unit, à Modlin, aux armées du roi de 8*ê3e pour s'emparer ensuite de Warsovie.

Les Suédois etles Prussiens arrivèrentdans les plaines de Grochow devant Praga, et après une bataille de trois jours (20, 21 et 22 juillet 4656), Praga et Warsovie capitulèrent. Frédéric-Guillaume, qui, il y a quinze ans, était si humble et agenouillé dans la cour du château royal de Warsovie, se promenait aujourd'hui en vainqueur, fier de sa perfidie et de son insolence. A ce prix, il obtint l'entière souveraineté de la Prusse par le traité de Libau (10 novembre 4656); la Suède ne se réserva que la succession éventuelle de ce duché.

Frédéric-Guillaume notifia à l'empereur le gain de la bataille de Grochow et la capitulation de Warsovie; mais Ferdinand III, qui appréhendait encore les Suédois, qui voyait à contre-cœur la bonne intelligence qui régnait entre eux et les Brandebourgcois, crut qu'il était de sa dignité de se mêler des troubles de la Pologne, tant pour abaisser le roi de Suède que pour en profiter lui-même.

L'alliance de Jean-Kasimir avec Ferdinand III était déjà conclue dès le 4«r décembre 4656; mais ce dernier étant mort te 23 mars 4657, son successeur, l'empereur Léopold, renouvela cette alliance par le traité de Vienne du 27 mai 4657 ; et douze mille Allemands et Hongrois devaient marcher au secours de la Pologne. Le Danemark épousa également les intérêts de la Pologne en haine de la Suède.

Charles-Gustave étant donc occupé delà guerre du Danemark, le duc de Prusse ne tarda pas à abandonner son parti, et se tourna de nouveau vers la Pologne. Jean-Kasimir, accablé de tant de contrariétés, et craignant que Charles-Gustave ne revînt en Pologne, finit par conclure avec le duc de Prusse un traité qui fut aussi mauvais pour la Pologne qu'avantageux pour son vassal. C'est dans ce traité que se trouve la future grandeur de la maison de Brandebonrg et l'une des principales causes de la chute de notre république. Cet acte important fut signé à Wolawa (Wehlan sur le Prégel), le 49 septembre 4657, aux conditions suivantes :

Art. 4er. Paix perpétuelle, amitié sincère et oubli du passé.

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