Renvoi des prisonniers de guerre sans rançon
3. Réunion des deux parties pour chasser les ennemis du royaume de Pologne, du grand-duché de Litvanie et du duché de Prusse, et renonciation à tout traité à ce contraire.
- 4. Aussitôt que cette convention aura été ratifiée par le roi, les sénateurs et grands officiers formant son conseil, l'électeur restituera sans réserve tout ce que, par suite de la guerre ou de ses traités avec les Suédois, il a occupé en Pologne, en Litvanie et dans l'évèché de Warmie.
5. En conséquence de cette restitution et des stipulations renfermées dans les articles suivants, l'électeur possédera dorénavant, pour lui ét ses descendants maies et légitimes, en pleine souveraineté', le duché de Prusse tel qu'il l a possédé jusqu'à présent comme fief de la couronne de Pologne.
6. Le roi et la république de Pologne se réservent néanmoins leurs droits sur le duché de Prusse, pour le cas où les descendants maies et légitimes de l'électeur se seraient éteints; cette réserve, sans préjudice de la souveraineté de l'électeur.
7. Après l'extinction de cette descendance mâle, le roi de Pologne et ses successeurs auront particulièrement égard aux agnats de l'électeur, savoir aux markgraves d'Anspach et de Bayreuth, et emploieront leurs bons of lices auprès de la république pour qu'ils soient préférés à tous autres et admis à la succession du duché de Prusse, sous les mêmes conditions de vasselage sous lesquelles l'électeur et ses prédécesseurs l'ont possédé comme Oef polonais. Le roi et la république de Pologne dégagent les Etats et sujets du duché de Prusse du serment qu'ils leur avaient prêté; l'électeur jurera d'observer les conditions de ce traité ; les Etats, magistrats et officiers du duché prêteront un serment par lequel ils s'engageront à reconnaître, en cas d'extinction des descendants maies et légitimes de l'électeur, le roi et la république] de Pologne pour leurs seuls et légitimes souverains, selon la teneur de ce traité ; ce serment sera renouvelé devant des députés polonais, à chaque hommage qui sera prêté au duc.
S. En cas d'extinction des descendants mâles et légitimes de l'électeur, celui qui succédera dans le duché de Prusse paiera aux princesses descendues de l'électeur qui pourront exister, ou, à leur défaut, aux plus prochains agnats, une somme d'argent dont le roi et l'électeur conviendront par l'instrument de la ratification. En attendant le paiement de celle somme, ceux qui y ont droit posséderont le bailliage il'Inslet bourg et tous les domaines qui y appartiennent.
privilèges et droits des Etats du duché, et d'établir dans ce pays un tribunal suprême dont il n'y aura pas d'appel, et dont les membres seront choisis parmi les indigènes. En cas d'eitinction de sa descendance mâle, le roi et la république maintiendront également ces droits et privilèges.
10. L'ancien vasselage est remplacé par une alliance perpétuelle.
11. L'électeur et ses descendants ne concluront jamais aucune alliance contraire à celle-là, ni n'accorderont passage, vivres ou autre assislance aux ennemis de la république.
12. Les secours à prêter par l'électeur dans h guerre actuelle seront fixés par un traité particulier; à l'avenir et dans toutes les guerres de la république, l'électeur l'assistera avec quinze cents hommes à pied et cinq cents hommes à cheval, qui seront entretenus aux frais de la république aussitôt qu'ils sortiront des limites do duché.
13. La république s'engage, envers l'éleclenr, à la réciprocité des art. 11 et 12, sans toutefois que les forces par lesquelles elle l'assistera y soient déterminées.
14. Les troupes de la république auront le passage libre par la Prusse ducale.
13. Les ports de la domination de l'une des parties seront ouverts aux vaisseaux de l'antre; il y aura de même liberté d'acheter des vivres et munitions; une partie pourra lever des troupes dins les possessions de l'autre, après l'avoir prévenue de son intention et être convenue arec elle du mode de cette levée.
16. Les catholiques jouiront d'une parfaite égalité de droits avec les protestants. En cas de dévolution, le roi et la république de Pologne maintiendront également les droits des adhérents de la confession d'Augsbourg et ceux des réformés.
17, 18, 19. Les transactions commerciales sont maintenues.
20. Amnistie pleine et entière est accordée i tous les Polonais rentrant dans leurs devoirs, et spécialement à Boguslas Radziwill, duc de Bine et partisan de l'électeur.
21. La ratification du présont traité se fera le plus tôt possible.
22. Le roi de Hongrie et de Bohême, le roi de Danemark et les étals-généraux des provinces unies des Pays-Bas garantiront le présent traité.
9. L'électeur promet de maintenir tous les I I<e même jour il fut conclu une convention
LA POLOGNE, particulière, fixant, en exécution de l'art. 42 du traité principal, les secours qu'on se prêtera mutuellement dans la guerre actuelle contre la Suède, et pendant les dix premières années après la conclusion de la paix avec la Suède; ils consisteront en six mille hommes, partie infanterie, partie cavalerie si la guerre se fait dans les Etats de l'électeur ou ailleurs, à cause de ce prince ; il aura la direction des corps auxiliaires po-
trois ans, l'électeur garderait ce gage en pleine souveraineté. L'électeur ne prit possession de la starostie qu'en 1667, après la mort d'Etienne Potocki qui en avait l'usufruit.
Le roi de Danemark, ne pouvant pas résister i la Suède.demanda du secours à la Pologne et à la Prusse; l'électeur fournit une partie des troupes, mais leur mauvaise volonté fut telle, que toute la besogne resta aux Polonais. C'est le célèbre Etienne Czarniecki qui commandait en 4658 La ratification de ce traité eut lieu dans le l'expédition en Danemark, où les Suédois fu-
palatinat d'Inowroçlaw à Bydgoszcz (Bromberg), le 6 novembre 4657, Le roi céda, par cet instrument, a l'électeur et à ses descendants mâles et légitimes, à titre de ûef de la couronne de Pologne, les bailliages de Lauenbourg et de Butow, que les ducs de Poméranie avaient possédés de la même manière, et qui, depuis leur extinction, avaient été réunis comme fief vacant. L'électeur est dispensé de toute espèce de serment ou redevance pour ce fief; néanmoins quelques-uns de ses officiers seront députés pour assister au couronnement des rois de Pologne, et pour reconnaître à cette occasion le domaine direct de la république sur ces bailliages. Le roi promet de remettre à l'électeur la ville d'Eibing, aussitôt qu'elle aura été enlevée aux Suédois ; l'électeur la possédera de la même manière que la république l'avait possédée jusqu'en 4655. La somme qui, d'après l'art. 8 du traité de Weblau, devra être payée à l'extinction des descendants mâles de l'électeur, est fixée ù 1,500,000 rixdalers.
L'électeur signa le même jour des reversales par lesquelles il déclare que, vu que le roi lui avait remis les cinq cents cavaliers qu'en vertu de l'article 42 du traité de Welhau il était obligé de fournira la république, outre lesquinze cents hommes d'infanterie, il sera prêt à restituer au roi la ville d'Eibing, après en avoir rasé les fortifications, contre le paiement d'une somme de 400,000 rixdalers. Jean-Kasimir, de son côté, modifia quelques points de la convention supplémentaire de Wehlau.et on arrêta que la Pologne fournirait contre la Suède cinq mille hommes * pied et trois mille cavaliers : l'électeur n'en fournirait que la moitié. 11 serait payé à celui-ci, pour les frais de levée des troupes, la somme de 120,000 rixdal ers, et pour sûreté de ce paiement, le roi lui engageait la ville, le château et la Marostie de Drahim, en stipulant que si la somme de 420,000 rixd. n'était pas payée au bout de
rent vaincus.
Après la mort de Charles-Gustave, arrivée le 12 février 4660, les parties belligérantes réclamèrent ardemment la paix; c'est donc à cette occasion que s'ouvrit le congrès d'Oliwa près de Dantzig, où les ministres plénipotentiaires les plus renommés de l'époque représentèrent huit puissances européennes de premier et de second ordre.
Enfin, le traité fut signé le 3 mai 4660. Le traité de Bromberg fut maintenu, et la souveraineté de l'électeur sur la Prusse fut reconnue. Le roi de Pologne renonça à ses droits sur la Suède, et les autres puissances convinrent entre elles de remettre les choses telles qu'elles avaient été avant la guerre.
Les États de la Prusse ducale se soumirent avec peine aux traités qui les séparaient de la Pologne ; de toutes parts il y eut des protestations; on disait hautement que le roi de Pologne n'avait pas le droit de disposer des peuples de la république ; mais ces protestations, toutes dictées par l'amour national, furent de peu de valeur en présence des événements. C'était trop d'avoir à lutter contre la faiblesse de Jean-Kasimir, contre l'insolence de l'aristocratie et contre les intrigues des Jésuites : les Jésuites, toujours fatals aux rois qui les ont écoulés et aux peuples qui les ont tolérés, eurent une funeste influence sur la Pologne. Parmi les bons citoyens prussiens qui protestèrent vigoureusement contre le traité qui séparait le duché de Prusse de la mère patrie, l'histoire a inscrit le nom de Rode ; mais, comme nous l'avons dit, la force matérielle eut le dessus; et quand le premier moment d'irritation fut calmé, Wydzga, évéque de Warmie, et Jean Leszczynski, vice-chancelier de la couronne, se rendirent à Kœnigsberg(1663), pour traiter avec l'électeur des droits respectifs de la Prusse et de la Pologne.
Tandis que la Pologne guerroyait avec les Turks
LA POLOGNK.
et les Tatars, l'électeur Frédéric-Guillaume combattait «ur le Rhin contre les Français, et dans le nord de l'Allemagne contre les Suédois. A peine avait-il terminé la campagne, qu'il apprit que le général Horn était venu de la Livonie inonder la Prusse avec seize mille Suédois. Aussitôt le général Goertz fut détaché avec trois mille homi ; il arriva heureusemcnlà Kœnigsberg, où il » joignit a Hohendorff et se tint dans l'inaction l'a l'arrivée de l'électeur. En attendant, Memel, Tilsit et Insterbourg restaient au pouvoir des Suédois.
Le 10 janvier 4679 l'électeur quitte Berlin, se met à la tête de neuf mille hommes, passe la Wistute le 15; les Suédois s'épouvantent. Frédéric-Guillaume, se trouvant sur les bords du Frisch-IIaff, avait fait préparerdes traîneaux sur lesquels il mit toute son infanterie dans l'ordre où elles devaient combattre ; la cavalerie, ferrée à crampons, suivait l'électeur, qui faisait de cette façon étrange et nouvelle sept milles d'Allemagne (I* lieues) par jour; on était surpris de voir cette course de traîneaux d'une armée sur la glace unie d'un golfe qui deux mois anpara vant avait été couvert de vaisseaux de plusieurs nations que le commerce de la Prusse y attirait. L'électrice et toute sa cour étaient avec lui sur des traîneaux. Cette troupe, gagnant la terre et s'étont unie à celles qui y étaient déjà, repoussa les Suédois jusqu'en Kourlande.
Frédéric-Guillaume mourut cnGn le 29 avril 1688, et laissa ses Etats à son fils Frédéric III, né à Kœnigsberg le 12 juillet 1657. Cet événement exigea le renouvellement des serments mutuels entre la Pologne et la Prusse, et la cérémonie qui avait eu lieu en l'année 1665 fut répétée en 1690 à Kœnigsberg, sous les auspices des ambassadeurs polonais Jérôme Lubomirski et Szezuka, référendaire de la couronne. C'était, depuis l'année 1525, le huitième et dernier hommage prêté par la Prusse ù la Pologne (1). De nou-
(I) 1° 1375, Albert, à Krakovii-.sous Sigisniood I"; *• 16*9, Albert Frédéric, a Lublin, sous Sigbmond II ; 3" Ifc7i, Geoges Frédéric, A Warttfte, sotis Eticnna Batory ;
4" ICI I, Jean Sigismond, à WarsoTie, sous Sigismond III; 6» tSM, Georges Guillaume, à WarsoUc, sous Siaiamoadlll; *
0' lûil, Frédéric Guillaume, a Warsovie, cous Wladlslas IV ;
7* Hfctt, Frédéric Guillaume, A Kœnlg«berg, sous Jean Kasimir ;
9" 1C90, Frédéric III, Kœnlgahtrg, eoos Jean III 8obf t*5kt.
veaux changements survinrent, et la Pologne fut encore victime.
Tous les malheurs de notre patrie semblaient favoriser l'ambition des princes de l'Europe.Prwqu'à l'époque où le prince d'Orange mil la couronne d'Angleterre sur sa tête, Ernest, duc de Hanovre, devint électeur, Auguste, électeur de Saxe, se fraya un chemin au trône de Pologne, et Frédéric IU roulait déjà dans sa tète des projets de royauté.
Les intrigues politiques et religieuses de la cour de Rome en Pologne par la voie des Jésuites, sous les règnes de Sigismond-Auguste, d'Etienne Batory, de Sigismond III et de Jeao~Kasimir, ne cessèrent point sous celui de Jean Sobieski. Les Jésuites n'ayant pas réussi à faire catholiques les tzars de Moskovie, tournèrent leurs regards vers l'électeur Frédéric III ; ils crurent qu'en lui offrant la royauté, ils le rendraient catholique. Les Jésuites se souciaient peo des résultats fâcheux que leurs intrigues en Moskovie, chez les Kosaks et en Prusse amèneraient pour les intérêts politiques de la Pologne ; aussi l'idée d'une royauté conçue par le Père Vota, Jésuite, s'acclimata avec une facilité prodigieuse dans l'esprit ambitieux et ostentateur de Frédéric III.
Ce projet était si difficile dans son exécution, qu'il parut chimérique au conseil de l'électeur. Ses ministres Dankelmann et Fuchs se récriaient sur la frivolité de l'objet, sur les obstacles insurmontables qu'ils prévoyaient à le faire réussir, sur le peu d'utilité qu'on devait s'en promettre, et sur la pesanteur du fardeau dont on se chargeait par une dignité onéreuse à soutenir qui, dans le fond, ne rapporterait que de vains honneurs ; mais toutes ces raisons ne purent riep sur l'esprit d'un prince amoureux de ses idées, jaloux de ses voisins, et avide de grandeur et de magnificence.
Dankelmann fut disgracié et envoyé à Spandau, et sa place fut occupée par un jeune courtisan qui n'avait pour mérite qu'une connaissance parlaite des goûts de son maître : c'était le baron de Colbc, depuis comte de Wurtenberg. Pour t endre la cour de Vienne favorable à ses projets, Frédéric III lui remille cercle de Schwihus (20 décembre 1694), et se contenta de l'expectative qu'on lui donna sur la principauté de Frieseetla baronie de Limbourg; par les mêmes principes, les troupes brandebotirgeoises servirent dans les armées impériales en Flandre, lur le Rhin, en Hongrie ; mais en revanche il acheta
à bon marché l'advocatie de l'abbaye de Quedliobourg et celle de Pétersbcrg de Halle, ù Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, qui avait besoin d'argent comptant, pour corrompre la noblesse polonaise et arriver ainsi au trône de Pologne.
L'électeur proflta des troubles de la Pologne (novembre 1698), et s'empara d'Elbing pour se rembourser d'une somme qu'il prétendait que les Polonais lui devaient : on moyenna un accommodement, par lequel les Polonais lui engagèrent une couronne et des bijoux moskoviies qui se trouvaient à Warsovie depuis le temps de Sigismondlll.
L'affaire avec l'Autriche fut plus difficile; mais l'électeur fit avec l'empereur un traité avantageux à ce dernier (16 novembre 1700). Rome cria et Warsovie se tut ; l'ordre Teulonique, relégué en Allemagne, protesta contre cet acte et chercha à revendiquer la Prusse. Le roi d'Angleterre, qui soulevait aussi des ennemis à la France, les achetait à tout prix; il avait besoin des secours de l'électeur, dans la grande alliance, et il fut un despremiers à le reconnaître ; le Danemark, qui ne craignait et n'enviait que la Suède, s'y prêta facilement. Charles XII, qui soutenait une guerre difficile, ne crut pas qu'il lui convint de chicaner sur un titre pour augmenter le nombre de ses ennemis ; et l'Empire fut entraîné par l'empereur comme on l'avait prévu. Le roi de Pologne Auguste II, qui affermissait sa couronne sor sa tète, y souscrivit ; toutefois Frédéric III signa, le 8 juin 1700, à Cologne sur la Sprée, des re versales portant que sa nouvelle dignité ne prêjudicicrait en rien aux droits de la république, sur la Prusse royale ou polonaise ; que ni lui ai ses successeurs n'en dériveraient aucune prétention sur cette partie de la Prusse ; enfin, que les traités de Wehlau et de Bromberg, et nommément l'article 6, qui assurait à la Pologne la réversion de la Prusse ducale pour le cas de l'extinction des mâles issus de l'électeur Frédéric-Guillaume, resteraient dans leur force et vigueur.
Ainsi se termina cette affaire, à laquelle il fallut une complication de circonstances aussi extraordinaires pour qu'elle pût réussir. Le prince Eugène dit en l'apprenant < que l'empereur devrait faire pendre les ministres qui lui avaient donné un conseil aussi perfide. > . L'électeur Frédéric III quitta Berlin et arriva à Kœnigsberg. Dans la cérémonie du sacre il se put lui-même la couronne sur la tète, prit le nom
de Frédéric Ier, et créa en mémoire de cet événement l'ordre des chevaliers de l'Aigle-Noir (18 janvier 1701). Il était dans l'embarras pour sechoisirun titre ; serait-il roi de Brandetourg? ou roi des Vandales? II sentit que le nom de Prusse, tout à fait étranger à l'Allemagne et par son origine et par sa langue, ne lui convenait pas ; enfin la dernière idée prévalut, mais avec timidité, car il ne prit que le litre de rot en Prusse, et ce n'en qu'en 1772 que Frédérie le Grand prit le titre de roi de Prusse. La conscience du nouveau roi fut si inquiète vis-à-vis la Pologne et ses imprescriptibles droite, qu'il lit une nouvelle déclaration le 21 février 1701, par laquelle il s'engagea solennellement, lui et ses successeurs, à ne nuire jamais ni en aucun temps aux droits de la république.
Le bon sens du peuple se révoltait contre cette royauté; aussi la reine Sophie-Charlotte, femme supérieure, dit un jour à une de ses dames : c Je suis au désespoir d'aller jouer en Prusse le rôle d'une reine de théâtre vis-à-vis de mon Esope. > Puis elle écrivait à Leibnitz, président de l'Académie de Berlin: « Ne croyez pas que je préfère ces grandeurset ces couronnes dont on fait ici tant de cas, aux charmes des entretiens philosophiques que nous avons eus à Charlottenbourg. «Frédéric Ier s'abandonna, après son couronnement, au penchant qu'il avait aux cérémonies et à la magnificence, sans plus y mettre de bornes; à son retour dans le Brandebourg, il fit une entrée superbe à Berlin.
La reine Sophie-Charlotte, si supérieure à son mari, mourut en 1705, et la cour porta le deuil. Avant sa mort on voulut introduire un ministre réformé dans son appartement : c Laissez-moi mourir, lui dit-elle, sans disputer. » Une dame d'honneur qu'elle aimait beaucoup fondait en larmes. « Ne me plaignez pas, reprit-elle, car je vais à présent satisfaire ma curiosité sur les principes des choses, que Leibnitz n'a jamais pu m'expliquer, sur l'espace, sur l'infini, sur l'être et sur le néant; et je prépare au roi mon époux le spectacle d'une pompe funèbre, où il aura une nouvelle occasion de déployer sa magnificence.» Sa curiosité voulait saisir les premiers principes des choses ; Leibnitz, qu'elle pressait un jour sur ce sujet, lui dit : • Madame, il n'y a pas moyen de vous contenter ; vous voulez savoir le pourquoi du pourquoi. »
Dans la guerre que la Russie, la Pologne et l'Allemagne eurent à soutenir contre le roi de
LA pologm:
Suède Charles XII, Frédéric Ier resta neutre ; mats le passage et le voisinage de tant d'armées avaient porté la contagion en Prusse; la disette augmenta la violencede la peste. Le roi abandonna le peuple à son infortune; et tandis que ses revenus et ses subsides ne suffisaient pas même à son luxe, il vit périr malheureusement plus de deux cent mille âmes qu'il aurait pu sauver par quelques libéralités. Le prince royal, révolte de la dureté que son père marquait aux Prussiens, le supplia d'en avoir pitié; mais ces remontrances furent repoussées. Enfin il mourut le 25 février 1713.
Frédéric-Guillaume Ier succéda ù son père , et introduisit l'ordre et l'économie ; il n'aimait pas l'ostentation des cours; il repeupla la Prusse ducale que la peste avait dévastée. 11 fit venir des colonies de la Suisse, de la Souabeet du Palatinat ; c'est depuis surtout que la langue et les moeurs allemandes se propagèrent dans ces contrées, et que la nationalité prusso-polonaise reçut de graves atteintes.
Sur ces entrefaites, Frédéric-Auguste II, roi de Pologne, décéda à Warsovie (1733). Lorsque la mort le surprit, il était occupé de vastes et perfides desseins pour la politique polonaise. Il pensait a rendre la souveraineté héréditaire en Pologne ; afin de parvenir à ce but, il avait imaginé le partage de cette république, comme moyen d'apaiser la jalousie des puissances voisines. Il avait besoin de Frédéric- Guillaume I*r pour l'exécution de ce projet; il lui demanda le maréchal de Grumbkow, afin de s'en ouvrir à lui. Le roi de Pologne voulut pénétrer Grumbkow, et celui-ci voulut également le pénétrer. Le roi était un buveur de première force ; dans un repas il chercha à enivrer le maréchal, et le maréchal chercha à l'enivrer : le roi succomba le premier, et le Prussien gagna une maladie dont il ne se releva jamais. Ce n'est donc pas sans raison que Voltaire a dit : Quand Auguste buvait, la Pologne était ivre. Cependant le roi Frédéric - Guillaume Itr fit semblant d'entrer dans les vues d'Auguste ; mais en sentant trop bien les conséquences, il se concerta avec les cabinets de Vienne et de Pétersbourg, pour les contrecarrer; ils convinrent d'exclure la maison de Saxe du trône de Pologne, et d'y placer le prince Emmanuel de Portugal; mais la mort, qui détruisit l'homme et le projet, fit envisager les affaires de Pologne sous un autre point de vue.
Les deux principaux candidats au trône de Pologne furent Stanislas Leszczyn*ki et Àoguste III de Saxe ; ce dernier eut le dessus à h suite des intrigues moskovites. Après une guenv provoquée par les événements, Stanislas se réfugia à Dantiig; mais, assiégé par les Moskovites, il se sauva à Kœnigsberg, à la faveur d'un déguisement, et Frédéric-Guillaume lui accordasa protection.
Frédéric-Guillaume mourut le 31 mai 1740. et laissa le trône à son fils, connu depuis sous le nom de Frédéric II le Grand. Que les Brandc bourgeois l'appellent Grand, on le conçoit ; mais pour les Polonais, Frédéric-Guillaume a éléua homme fatal et qui sera toujours en haine à la
Depuis soixante ans les publicistes des différentes nations ont longuement discouru sar la part que chacun des cabinets de Berlin, de Pétersbouiget de Vienne ont prise dans le partage de la Pologne. Les publicistes brandebourgeois dé fondaient Frédéric II; les écrivains moskovites défendaient Catherine II, et ceux de l'Autriche ont vonlu voiler les turpitudes de Marie- Thérèse; mais le fait est que tous ces cabinets sont coupables au même degré.
Cependant les publicistes de Berlin furent ceux qui relevèrent le plus la conduite de Frédéric, pour accuser Catherine, Marie-Thérèse et Kauniiz : ils ne savaient pas que Frédéric II toimême leur porterait un dément i, quand il écrivit dans ses mémoires ù propos du premier partage : c L'élection de Stanislas-Auguste Poniatowskl,
> et les succès de Catherine en Turquie, chan-
> gèrent tout le système politique de l'Europe; » une nouvelle carrière venant à s'ouvrir, il fali lait être sans adresse, ou enseveli dans un en-
> gourdissement stupide, pour ne point profiler i d'une occasion aussi avantageuse. J'avais lu la «belle allégorie de Bojardo; je saisis donc aux i cheveux l'occasion qui se présentait, et à force
> de négocier, je parvins à indemniser notre
> monarchie de ses pertes passées, en incorpo- » rant la Prusse polonaise dans mes anciennes
> provinces. Cette acquisition était une des plus
> importantes que nous pussions faire, parce
• qu'elle joignait la Poméranie à la Prusse orien- » taie, et qu'en nous rendant maîtres de la Wis-
• tule, nous gagnions le double avantage de pou- » voir défendre ce royaume, et de tirer des péa- » ges considérables de la Wistute, tout le com«
> merce de la Pologne se faisant par cette ri-
» TÎère.i Aussi, après avoir narré tontes les machinations qui accompagnèrent le partage, Frédéric eut la bonhomie de dire franchement : • Je » o'ai jamais trompé personne durant ma vie, • encore moins tromperai-je la postérité. » Est-ce clair?
Quant aux moyens que Frédéric II employa pour nnire a la Pologne, nous citerons la narralion d'uu ambassadeur anglais accrédité à la cour de Pétersbourg, et qui, passant par le Brandebourg, la Pologne et la Prusse, fut presque témoin oculaire des événements. * Tous les Polonais, dit Williams, ont reproché aux Prussiens de s'être comportés comme en pays ennemi, dès leur première entrée sur les terres de la république, et même d'avoir surpassé tout ce que les nations civilisées ont fait de plus cruel en temps de guerre : ne gardant aucune mesure, ils ne daignaient pas même cacher leurs vexations sous ces formes apparentes de justice, qui sont destinées à éblouir le vulgaire.
iOn a compté que le roi de Prusse enleva, en 1771, de la province seule de la Grande-Pologne et des cantons voisins, plus de douze mille familles, qu'il envoya avec leurs biens dans les sables stériles et déserts de ses domaines héréditaires. 11 publia la môme année un édit qui ordonnait, sous les peines les plus sévères, et même de punition corporelle, de prendre pour le paiement du fourrage, des provisions, du blé et des chevaux, etc. , l'argent qui serait offert par ses soldats et ses commissaires. Les monnaies que donnaient ceux-ci étaient d'argent, portant l'empreinte de Pologne, et dont la valeur intrinsèque n'était que le tiers de leur valeur nominale, on des ducats frappés en imitation des ducats de Hollande, mais qui valaient dix-sept pour centde moins. On acheta avee ces mauvaises espèces assezdebléetde fourrage pour nourrir l'armée prussienne pendant deux ans, et même pour remplir des magasins qu'on vendit ensuite aux habitants du pays : ceux-ci furent obligés de racheter du blé pour leur subsistance et de le payer en bon argent. Les commissaires de la cour de Berlin, par une injustice criante, refusaient les mêmes espèces qu'ils avaient obligé auparavant les Polonais à recevoir. Le roi de Prusse gagna sept millions de thalers (25,000,000 fr.) sur ce senl objet; car étant maître de la Wistule, il accapara tout le blé de Pologne destiné, au^marebé de Dantzig; et les blés étaient alors fort
chers en Allemagne et dans les pays voisins.
> Les contributions qu'il imposa furent d'abord excessives, et il finit par les doubler et les tripler : il imposa des gabelles dont on n'avait jamais entendu parler. Il exigea des sommes si considérables des abbayes, des couvents, des cathédrales et des nobles, que leuis habitants se sauvaient.
> Les jeunes gens capables de porter les armes étaient d'ailleurs enrôlés de force dans les armées prussiennes. Ce qui paraîtra incompréhensible, on obligea chaque ville et chaque village à fournir un certain nombre de filles propres au mariage; les parents étaient obligés de leur donner en dot un lit de plome, quatre coussins, une vache, deux cochons et trois ducats d'or. Ces malheureuses s'en allaient ensuite peupler les domaines de la maison de Brandebourg. Un bourg du palatinat de Poznanie, avec un district, fut taxé, par le général Belling, à cinquante filles propres au mariage avec leurs dots. Enfin on voyait alors tous les chemins remplis de cette nouvelle espèce de contribution. Ainsi les enfants étaient arrachés des bras paternels, et les femmes forcées d'abandonner leur pays, leur religion, leur langue, leurs amis, et toutes les liaisons les plus chères de la vie, pour aller dans des pays éloignés épouser des hommes qu'elles n'avaient jamais vus, et vivre dans un état de haine mutuelle avec un peuple dont elles n'entendaient pas le langage. >
Comme la Pologne ne voulait point reconnaître officiellement la royauté prussienne, ce ne fut qu'à l'époque de l'interrègne, en 1764, que Frédéric II arracha au primat Lubienski cette reconnaissance.
A la suite de la bataille de Iéna, Napoléon transporta le théâtre de la guerre dans la Prusse orientale. Alors les Polonais, qui firent tant de sacrifices, contribuèrent puissamment à arracher leurs anciennes possessions au roi de Prusse ; mais par la paix de Tilsit (9 juillet 1807), Napoléon rendit à Frédéric-Guillaume III et la Prusse orientale et la Prusse occidentale, et ne forma qu'un petit duché de Warsovie.
Après la révolution du 29 novembre 1850, les habitants des deux Prusses assistèrent de leurs vœux aux succès des Polonais; mais jugeant mûrement la conduite des chefs civils et militaires qui siégaient à Warsovie, et voyant qu'il n'y avait rien à espérer* ils ne secoururent pas les Polo»
nais, mais dans une supplique respectueuse, ils implorèrent la justice du roi contre les Russes. Cette noble démarche est due au sénat et aux magistrats de Koenigsberg.
La partialité avec laquelle le cabinet de Berlin embrassait la cause de celui de Saint-Pétersbourg devint ostensible dès que les Moskovites, désespérés, cherchèrent à transporter le théâtre de la guerre sur la rive gauche de la Wislule. Le généralissime des armées polonaises adressa, le ÎO juin 1851, une lettre au roi de Prusse, en lui dénonçant la conduite des autorités de la Prusse orientale et occidentale; il ne reçut point de réponse. Celte conduite révolta tellement les bons Prussiens, qu'en leur nom les magistrats de Kcenigsberg firent au roi, en date du 4 juillet 1831, l'adresse suivante :
c Sire, le dessein de préserver notre province du choléra-morbus a donné lieu à des restrictions bien sensibles pour notre commerce ; ce n'est que du côté de la Pologne que le commerce n'est pas interrompu, dans le seul but d'approvisionner l'armée russe. Une boulangerie a été établie à Rœnigsbcrg pour fournir du pain aux Russes; des bateaux russes naviguent sur la Wislule; ce sont là les seules causes des ravages que le choléra fait dans la ville de Dantzig cl dans ses environs.
• Bien plus, la commission nommée par Votre Majesté pour nous préserver du choléra vient de proposer au gouvernement d'ouvrir aux Russes le port de Pilau et toutes les communications avec la haute Wislule. La commission va jusqu'à demander que les nattes d'écorce d'arbre qui contiennent de la farine pour les Russes puissent traverser notre province, bien que ces nattes soient du nombre des objets lesrplus exposés à la contagion.
• Les bateaux russes peuvent sans aucune difficulté entrer en communication avec d'autres navires et avec les habitants de la côte. Bientôt notre ville, les bords du Prégcl, empoisonnés par le choléra, seront évités par les navires étrangers, notre commerce sera nul. Que deviendront notre ville, notre province? De quelle utilité le commerce avec l'armée russe peut-il être pour nous, s'il nous prive de toute relation avec les autres partiesde l'étranger? Mais il ne s'agit pas seulement du commerce ; la vie de tous les habitants de la province est menacée par ces communications qu'on entretient avec les Russes.
» Sire, au nom de la ville, au nom de la pro-
vince, nous nous adressons à la grâce de Votre
Majesté. Qu'elle- ne nous considère pas encore comme entièrement perdus, qu'elle daigne sauver ce qui est encore à sauver ; qu'elle défende ce commerce pernicieux avec les pays occupés par l'armée russe, infectée par la terrible maladie; qu'elle daigne ordonner du moins que ce commerce ne puisse avoir lieu désormais que sur les routes déjà infectées!
» C'est avec respect, avec conûanco, que nous adressons cette prière à Votre Majesté. Non, Sire, nous ne vous implorerons pas en vain ; vous écouterez la prière de vos sujets, qui ne cessent d'appeler sur vous ta bénédiction de celui qui est placé plus haut que tous les rois. •
Le gouvernement national de Pologne publia de son côté, le 14 juillet, un manifeste contre la Prusse, et le 16 du même mois, il adressa une longue note officielle au cabinet de Berlin, où il résumait les faits et les griefs de la Pologne. Le gouvernement français fil remettre au comte de Flahaut, son ambassadeur à Berlin, une note en faveur des Polonais, dans laquelle on insinuait que l'Europe marchant vers la démocratie, il serait de l'intérêt de la Prusse d'aller au-devant Je cet avenir, plutôt que de se laisser entraîner par le torrent. Le cabinet de Berlin fil la répon&e suivante : « La Prusse déclare que, dans la question entre la Pologne et la Russie, elle n'est pas neutre, qu'elle ne l'a jamais été ; que les agents polonais à l'étranger avaient seuls essayé d'établir ce fait ; que la Prusse désire que les Russes triomphent; qu'elle emploiera tous les moyens qui sont en son pouvoir pour y contribuer; qu'elle se croit tout à fait en droit de faire passer à l'armée russe des munitions de toute espèce, des vivres, etc. ; et que la situation dans laquelle elle se trouve est l'inactivité, mais jamais la neutralité; qu'elle ne considère les Polonais que connue des sujets révoltés contre leur souverain, et un souverain le bon et fidèle allié du roi de Prusse; que si la Pologne reconquérait son indépendance, elle voudrait reprendre le grand-doebé de Posen, Thoro et Dantzig ; que d'ailleurs ce serait un gouvernement où prévaudrait la souveraineté du peuple, principe dangereux pour tous les voisins ; qu'enfin il est possible que dans dix ans il n'y ait plus en Europe un seul gouvernement qui ne soit basé sur la souveraineté du peuple; mais que ce n'est pas aux rois à faciliter ce changement. »
Tels sont les faits et les souvenirs historiques
qui se rattachent à ces contrées. Le passé et le présent répondront de l'avenir ; et lorsque tontes les parties de Pancienne république polonaise se réuniront de nouveau, la patrie reconnaissante l'oubliera pas ceux qui lui furent dévoués aux jours de malheurs et de calamités !
Abordons maintenant la description de la capitale de la Prusse orientale.
KOKMGSBERG.
Krolewiec en polonais, Karalauczugc en lit— wnien, Jtegiomontum en latin, et Kanigtberg en allemand, est situé sur les deux rives du Prégel, vers son embouchure dans le Friscli-IlalT, par 54° 42' 12" de latitude, et 18° 9 6" de longitude.
L'ordre Teulonique, étendant sa domination dans ces contrées, voulut subjuguer tous les Prussiens-Samlandais. Pour mieux réussir, ils invitèrent PrzemyslasIII, nommé Oltokar, roi de Bohême, a les aider. Ce dernier, à la tète d'une force considérable, s'arrétant, en 1254, sur les bords du Prégel, conseilla aux chevaliers d'élever uocbfttean fort; et en effet, Konrad, landgrafde Tburinge, cinquième grand-maitre des Teutoniqnes, commença les travaux, et Kœnigsberg prit naissance : son nom signifie la montagne du ro«,en souvenir de Przemyslas. En 1257, un château de briques et de pierres remplaça celui de bois, et dans les siècles suivants il fut augmenté, fortifié et embelli. Les remparts de la ville, construits en 1626, avaient une circonférence de trois lieues; ils étaient entrecoupés de trentedeux ravelins, et percés de huit portes avec barrières.
Kœnigsberg consiste proprement en trois villes jointes ensemble : on les nomme Âldtadt, Lafxnicht et le Kneiphof. Les deux premières sont situées dans le Samland et la troisième dans U province de Nalangen : à cela il faut ajouter le fort de Frédéricsbonrg et quatorze faubourgs. Le faubourg de Steindamn est le mieux bâti. C'est là que se trouve la plus ancienne église de Kœnigsberg, laquelle fut bâtie en 1255 et appartient à la communauté polonaise.
Le Labenieht a commencé avec le xiu« siècle; il s'appelait autrefois Nowe-Miotlo ou Neus- U(lt;làse trouve l'hôiel-de-ville. En 1764, cette partie de la ville fut détruite presqu'entièrement par l'incendie.
Le K neiphofe&i la plus moderne des trois vil-
les, et son origine date de l'année 1524; elle est bâtie dans une île formée pr le Prégel, et ses bâtiments sont sur des pilotis d'aulniers, que le temps a rendus aussi durs que le fer. Parmi ses édifices on remarque la cathédrale, que le due Ludérus fil, en 1352, transférer de la vieille ville dans l'emplacement actuel; l'orgue de cette église bâtie, en 1721 , compte cinq mille tuyaux.
Non loin dejla cathédrale est l'université, fondée en 1544 par le markgraf Albert, sous les auspices des rois de Pologne Sigismond !•* et Sigismond-Auguste, et l'université de Krakovie fournit a celle de Kœnigsberg bon nombre d'hommes savants. Celle université s'appelle tantôt Regiomontana, du nom de la ville, tantôt Âlbertina, dn nom de son fondateur, et tantôt Pregelana, de la rivière du Prégel.
La Bourse est contiguë au Poni-Verl, bâti sur le Prégel ; c'est un beau bâtiment reconstruit en 1729.
Le château de Kœnigsberg représente un parallélogramme rectangle ou carré long. Sa place intérieure a 280 pieds de longueur sur 150 de largeur. Elle possède une église évangélique, une bibliothèque, des tribunaux, des archives. On y remarque une salle appelée Salle moskovite, qui a 274 pieds de long sur 59 de large. Dans la partie septentrionale se trouve une salle tout incrustée d'ambre. La chancellerie secrète avec ses archives possède des matériaux très-pré* cieux pour l'histoire d« Pologne.
A l'extrémité de la partie méridionale est la grande tour du château, sur laquelle on monte par 284 degrés. On découvre de sa sommité toute la ville, ses environs et le golfe de Frisch- Haff.
Le fort de Frédéric fut construit, en 1657, de* vant le KneipholT, an confluent des deux bras dn Prégel. 11 forme un carré ceint de larges fossés remplis d'eau et du Prégel, qui reçoit en cet en* droit les eaux d'un étang appelé Kupferttich. Ce fort renferme une église et un arsenal.
Parmi les monuments, on remarque une statue en bronze de Frédéric Ier, élevée sur on piédestal de marbre vert. C'est le roi Frédéric Guillaume III qui la fit faire, et elle fut posée le 18 janvier 1801, le jour du centiniversaire de la prise du titre royal par l'électeur de Brandebourg.
Le célèbre philosophe Kant habitait et mourut en 1804 dans une maison qui n'est pas trèséloignée du château.
La ville n'û commencé à être éclairée qu'en l'année 1731. Kœnigsberg a toujours été une des principales villes maritimes et de commerce, et était autrefois comptée parmi les villes ansëaiiques. Son commerce est considérable ; il est favorisé par le Prégel, qui porte de gros vaisseaux.
La ville est habitée par des réformés allemands, anglais, hollandais, français, polonais, et un grand nombre de Juifs. La langue polonaise et litvanienne y est assez répandue. On y compte onze temples luthériens, deux calvinistes, deux églises catholiques et une synagogue.
Le roi Stanislas Leszczynski s'y tint caché de-
puis 1754 'jusqu'en 1736. En 1758, la ville ht occupée par les Hoskovites: c'était du temps la guerre de sept ans. En 1807 et en 1813, Napoléon y établit son quartier général. Ea 1831. plusieurs Polonais distingués s'y réfugièrent, parmi lesquels se trouvait le colonel Charles Przezdziecki. Ce bon citoyen, abandonnant une grande fortune, persévéra jusqu'à la dernière extrémité dans son attachement à la cause nationale ; il repoussa l'amnistie du tzar, et mourut ea cette ville le lOavril 1832, entouré de l'estime* du respect de ses compatriotes.
La population de Kœnigsberg, en 1836, était de 63,000 âmes.