‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 8 sur 105 · VU · texte numérisé non relu

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Les dissensions religieuses vinrent désoler notre patrie, après la guerre de trente ans. La révolte des Kosaks détermina les Moskovites à tenter une invasion. Le tzar Alexis Mikailovitsch pénétra au cœur de la Litvanie et s'empara de Wilna. Une bande de Kosaks, commandée par Zlotarenko (zlota renka, la main d'or), accompagnait le tzar. La ville fut pillée et incendiée ; les faubourgs, qui s'étendaient au delà des remparts, composés de maisons en bois, furent entièrement détruits, et la peste emporta les habitants que le fer et le feu avaient épargnés par miracle. Plus de trente mille personnes périrent à cette époque et pendant les guerres qui la suivirent. Ce fléau reparut à plusieurs reprises. Vers la fin de cette période désastreuse, arriva l'invasion des Suédois, commandés par Charles XII. Cette invasion a laissé des souvenirs d'horreurs à la génération actuelle : les églises catholiques furent ravagées par la soldatesque protestante, ils n'eurent ni pitié pour les hommes ni respect pour les choses révérées, tout périt, tout fut immolé à leur rage.

Après ces grandes calamités, la nation tomba dans l'apathie : elle semblait épuisée par ses efforts et par ses luttes; l'amour du bien-être, de h jouissance, avait remplacé l'ardeur du bien général; les grandes villes surtout étaient atteintes de ce mal : on ne voyait plus de nouvelles constructions, les anciens édifices se détérioraient sans qu'on pensât à les réparer; les rues étaient dépavées, et sur les places on déposait d'immondes fumiers; partout des traces d'insouciance et d'égolsme, et Wilna, si différente d'ellemême, comptait encore soixante mille habitants; elle était riche, elle était opulente, elle était animée, commercialement parlant, mais le temps de son noble orgueil était passé. Les familles puissantes avaient presque toutes un parti : chaque parti était hostile à l'autre , et s'il arrivait que deux seigneurs ennemis se rencontrassent sur un chemin, il s'ensuivait presque toujours un combat. Quand ces rencontres

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avaient lieu la nuit, cela offrait un spectacle presque beau et pittoresque; les rues n'étant pas encore éclairées la nuit, les piqueurs et les hcyduks portaient des flambeaux, et pour ranimer les lumières quand elles étaient près de s'éteindre, ils frottaient leurs torches contre le mur des maisons; les murailles étaient toutes couvertes de raies noires qu'on se souciait très-peu d'effacer. Quand un Radziwiil, un Sapiéha, un Massalski, un Oginski, un Brzostowski, un Chodkiewicz , un Paç, sortait de son hôte], le cortège touchait d'une extrémité de la ville à l'autre. Le luxe et l'insouciance allaient de pair; ce n'est que vers le milieu du xvm* siècle qu'une crise heureuse s'opéra dans l'état moral de la' Pologne, et une nouvelle période s'ouvre dans l'histoire de Wilna.

L'esprit national, en se relevant, amena des réformes politiques et fit renaître l'amour des sciences et de la littérature. Bientôt l'université de Wilna devint un des plus puissants foyers de lumière. L'ordre des Jésuites, aboli en 1773, avait laissé un riche héritage à In commission d'éducation publique, qui en fit un digne usage. L'ancienne Académie, sans rien perdre de sa gravité, reçut les changements exigés par sa nouvelle position. Les cabinets de minéralogie, de physique, l'observatoire et le jardin des plantes se formèrent ou se développèrent sous ses auspices. En même temps la ville prit un aspect plus régulier et reçut diverses améliorations : on déblaya et on élargit les places publiques, on répara et multiplia les canaux, les aqueducs et les égouts ; des maisons nouvellement construites bordèrent les rues mieux alignées (et mieux pavées. Parmi les constructions de cette époque, la cathédrale et l'hôtel de ville méritent une mention particulière.

L'ancienne cathédrale avait été détruite par un orage en 4769. L'évêque Ignace Massalski résolut de la faire reconstruire en 1777; l'architecte Gucewicz dressa un plan qui fut approuvé et adopté. La tâche de l'artiste présentait de grandes difficultés, car il fallait conserver ce que l'orage avait épargné et donner de l'harmonie à l'ensemble ; Gucewicz déploya autant de goût que de talent. La chapelle en marbre de Saint-Kasimir, qui était restée debout au milieu

des ruines, trouva sa place dans la nouvelle con- j nement moscovite, et la moitié se compose en struction : Carliste sut créer et conserver avec j partie de Juifs. Celle race, qui de préférence

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un égal bonheur. Son oeuvre est pour ainsi dire le modèle d'un genro inconnu qui se rapproche pourtant du type italien.

L'hôtel de ville , du même artiste, semble appartenir à l'ordre grec ; mais comme l'édifice est resté inachevé, il est impossible de l'apprécier à sa juste valeur. Le beau palais de Werki donne une idée plus complète du talent de Gucewicz.

En parlant de notre célèbre architecte, nous ne pouvons oublier deux hommes qui, comme lui, ont fait honneur aux arts : Simon Czechowiez et François Szmuglewicz. Le premier a enrichi de ses œuvres presque toutes les églises de Wilna, et l'autre a consacré son talent à la grande cathédrale.

En 1812, Napoléon passa et repassa par Wilna. Cette capitale se berçait de l'espoir d'unir son sort à celui de Warsovie et de Krakovie; mais cet espoir s'évanouit comme un songe, et les événements de 1815 changèrent encore une fois l'aspect de Wilna. La politique des tzars de Pétersbourg avait résolu la mort de notre nationalité; mais c'était lentement qu'ils voulaient nous détruire. D'une main ils profanaient nos plus chers souvenirs, ils touchaient à nos monuments vénérables, et de l'autre ils prodiguaient aux villes des embellissements. Ainsi, Wilna vit s'élever de beaux boulevards garnis de peupliers; ses canaux, ses marchés, ses ponts prirent une forme élégante et régulière, et chaque quartier de la ville eut une compagnie de pompiers ; mais à côté de ces avantages, on faisait de nos églises des magasins, et des cloîtres on faisait des prisons politiques et des casernes; toutes les maisons remarquables devinrent la proie de vils spéculateurs ou la propriété du Gsc. Le palais de Sluszka devint une brasserie, et celui de Sapiéha un hôpital militaire; un grand bâtiment carré, nommé Cardinaiie, jadis résidence du cardinal Rudziwill, fut transformé en basar; les beaux bôtels des Sapiéha dans la rue Saint-Jean et des Oginski près la porte du château, ainsi que le palais des évôques, furent occupés par les bu-

La population, qui au xvie siècle s'élevait à cent mille âmes, et au milieu du xvme à soixante mille, se réduisit à quarante mille sous le gouver-

s'est arrêtée en Pologne, y a conservé ses lois, ses mœurs, son costume, et elle semble se propager en raison des calamités de ce pays. Quand le nouveau système commercial ruina les provinces'envahies par les tzars, les Juifs seuls s'occupèrent du commerce et se placèrent à la tête du mouvement des fonds ; ils s'emparèrent plus ou moins directement de toutes les branches d'industrie. 11 est donc difficile de vendre ou d'acheter a Wilna sans l'intermédiaire des Juifs. Quand on arrive aux portes de la ville, on trouve une multitude d'Israélites qui vous offreut des chambres garnies et leurs services personnels. Vous ne sauriez être logé, ni informé de rien, sans un cicérone en manteau noir. Les épicier», les tailleurs, tous ceux qui débitent les choses de première nécessité, sont en général des Juifs; mais on doit dire qu'ils vendent ou confectionnent à meilleur marché, car leur escroquerie et leurs viles spéculations les mettent toujours a même de se rattraper. Au premier coup d'oeil, la ville entière semble être peuplée par les descendants de Judas. La police a beau leur défendra l'entrée des principales rues, ils y reparaissent toujours. Le quartier central est à eux sans partage ; trois rues entourent une cité purement israélite : la rue Grande ou du Château, l'Allemande et des Dominicains, La, autour d'une synagogue vraiment étonnante par sa grandeur et par l'originalité de son architecture, dans un labyrinthe de ruelles et d'impasses sans nombre, dans une boue qui ne sèche jamais, dans une atmosphère infecte, fourmillent des milliers d'individus toujours actifs, toujours et uniquement préoccupés par la pensée du gain, et toujours rebutants par une malpropreté qui confond les plus riches et les plus pauvres, car tous ont la même apparence de misère.

De ce repaire immonde s'écoule la population juive. Les hommes sont habillés de noir et les femmes de blanc. Les premiers ont des manteaux noirs et des chapeaux à larges bords ou des bonnets pointus. Les autres sont enveloppées d'une espèce de linceul blanc; elles portent des pantoufles à hauts talons : le bruit qu'elles font en marchant et leur jargon israélite interrompent le silence de Wilna.

Les quartiers chrétiens témoignent que Wilna était une ville de luxe et d'opulence; rien n'anle goût mercantile. Si on aperçoit ça et IL

i, ce sont des modes, des nouveautés, des tins fins, des sucreries qu'on y débite, eu un mot tout ce qui sert à la consommation do riche. Chaque maison est occupée par un seul propriétaire; elles ont toutes des portes cochères et des cours spacieuses.

Wiloa, qui compte quarante mille habitants, possède cinq cent quatre-vingt-cinq maisons en pierre et neuf cent soixante-sept en bois; total : quinze cent cinquante-deux.

L'arrangement des canaux souterrains, bien appropriés à la position de la ville, procure une grande abondance d'eau de fontaine. Cette eau, d'une qualité excellente, est répandue, au moyen des pompes, dans les quartiers les plus retirés de Wiloa. Le vent sec qui vient du côté de l'orient entrelient la propreté et la salubrité. Les épidémies sont rares, et leur apparition fait peu de ravage.

La culture des vergers étant la principale occupation des habitants des faubonrgs, les places et les maisons particulières sont entourées d'arbres ; ce qui donne à la ville l'aspect le plus riant et le plus agréable. Wilna possède un grand nombre de jardins. Les plus remarquables sont Ouverts au public; parmi eux nous citerons celui qu'on trouve près du palais de Sapiéha à Antolof. Ce jardin, dessiné dans le goût français, est une miniature des Tuileries. Les autres appartiennent au genre anglais. Le plus spacieux, situé autour d'un élégant palais, égale, quant à l'étendue, le parc de Versailles. L'art avait irèspeu à faire, la nature avait tout prodigué. Ce plais, dans une situation si pittoresque, appartenait aux Plater; aujourd'hui il est passé dans la famille Korwel. En parlant de ces beaux jardins, nous ne pouvons oublier celui de Srumillo, si remarquable par la culture des fruits et des légumes; mais ces parcs, ces jardins, ces produits de l'art et du goût ne sont rien quand on les compare aux campagnes qui entourent la ville.

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