‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 90 sur 105 · LÀ POLOGNE. M · texte numérisé non relu

LÀ POLOGNE. M

La langue litvanienne se plie aisément aux expressions caressantes. Le style familier respire une grâce aimable qu'embellit encore l'usage fréquent des diminutifs, mais qu'il est impossible de rendre dans1 une traduction. Quant à h forme intrinsèque des Dainds, elle est très-simple : une idée, une image quelconque peuvent servir de comparaison ; les sentiments d'amitie et d'amour s'y reproduisent souvent ; le poète, sans transition, passe d'une fiction à une vérité morale. Les images, les objets de comparaison, il ne les cherche pas loin, il prend tous ceux qui lui tombent sous les yeux : un arbre fleuri, une source d'eau vive, un verger, tout s'anime et respire la vie et les sentiments \eé plus doux. Dans ces poé^ sies, la forme interrogalive est employée trèssouvent. Vovez les deux Daïnos n»« i et 2, les paroles et la musique ont conservé un parfum local.

Voici un chant mythologique sur le mariage de l'Aurore (Aus7.rinné,)où se trouvedt plusieurs dogmes mythiques.

I/Aurore célébrait sa noce, Perkun parut à la porte du ciel, Et renversa le chêne vert,

bnnt le sang jaillit, Et retomba sur ma robe Et sur ma couronne.

i.a fille du soleil pleura trois ans,

El pendant trois ans,

Elle cueiliit des fleurs fanées.

Puis elle demanda à sa mère :

. Où dois-je laver ma robe ?

Où pourrai-je laver le sang ?

— Va, ma fille chérie.

Va au bord du lac,

Où se jettent neuf rivières.

— Où donc, ma douce mère, I)ois-je sécher ma robe ?

Dois-je là sécher au vent ?

lvu-

— O ma fille, au jardin, Où fleurissent neuf roses.

— Quand donc, ma douce mère, Metlrai-je ma robe lavée ?

Quand porterai-je ma robe blanche ?

— O ma fille, dans ce séjour Où neuf soleils vont luire.»

Ce quij'rappe dans ée chant, c'est le nombre

m LA POLOGNE.

ueuf, et l'apparition du dieu de la foudre, Perkun, qui détruit le chêne vert qui lui était consacré. Le sang de ce chêne retombe sur la robe et sur la couronne de l'Aurore au moment où celleci approchait de l'autel. L'Aurore pleura trois ans en recueillant les fleurs fanées de sa cou ronne; puis elle demanda à sa mère quel jour elle pourrait se remarier. Ici le nombre neuf apparaît, ce nombre était sacré chez, les Litvaniens, qui l'adoptèrent d'après les Skandinaves. Les neuf soleils font allusion au phénomène atmosphérique connu.

Le chant sur le mariage de la Lune, Menesio swooba, renferme plusieurs idées mythologiques. Le Soleil se fait vengeur de l'infidélité de la Lune pour l'Aurore, sa fiancée. Cette Daïna est incontestablement d'une haute antiquité.

Le savant Narbutt cite un ancien chant à Lielhua, déesse de la Liberté, qui avait le chat pour symbole. Cette déesse partageait avec Odm les âmes des murgi ( guerriers morts pour la patrie ) ; son culte était dans l'ancien palatinat de Troki.

« Douce Liethua, Liberté chérie, lu as disparu dans l'azur des cieux. Où faut-il te chercher? peutêtre au sein de la mort. De quelque coté qu'un malheureux tourne les yeux, vers l'orient ou vers l'occident, il ne voit que malheur, persécution. La sueur du travail et le sang répaudii dans les combats out inondé la terrw entière Douce Liethua,

Liberté chérie! descends du ciel, aie pitié de nous!»

La petite Daïna sur Pucis, Zéphire litvanien, est toute gracieuse.

Elle planta la verte rula, Elle l'arrosait de .ses larmes.

Elle l'eutouru d'un»: petite haie Pour en tresser des couronnes Jusqu'au retour de mon amant.

Tu seras ma tresse chérie, Crois gaiemeut dans mon verger; Bois mes larmes et ma sueur.

Que le vent ne le fasse point de mal, Que la pluie ne te couche pas à terre, Que les /.épliirs, amis des fleurs; Te caressent de leur haleine.

Le nombre des Dainos mythologiques est trèsconsidérable, plusieurs s'adressent aux divinités du premier ordre, d'autres aux dieux domestiques (fétiches). Voici les noms de quelques déesses qui ont leurs chants spéciaux :

( Déesse puissante La do ou Latoneli UanienneA dans tous les pays

(du Nord.

Wellonna ou WeMDéewr,

Mttda,

Pilmté,

Pergrubié ou Mélitélé,

Wakarinné ou Hetpcr,

Déesse de l'éternité; on lui sacrifiait pendant les fête* des morts (Dziady).

Déesse de l'aniourjson culte éuit .à Kowno, ainsi que | celui du dieu Kau- \ nis.

/ Déesse de la for- 1 tune.S'appelailDola Jchez les Prussiens; dans les sacrifices, on invoquait celte divinité.

Déesse desfleurs; soncnltea duré chez les Liivaniens jusj qu'en 1530; on célél brait sa fête au printemps.

L'étoile du soir, fille dn Soleil. Cette daïna est remplie d'allusions astronomiques.

Déesse du Longueur, dont léchant | très -ancien est du

Ipays riverain en Samogitie; il commence ainsi :

« Laïma appelle, Laïma crie, Courant pieds nus sur la montagne. •

Dans les grands malheurs Laïma se montrait sur les montagnes, on entendait sa voix, qui prévenait de l'approche du danger.

Les principaux dieux qui ont leurs chants, sont :

( Dieu de l'amour, on Komis, fils de MildaA Cupidon représenté par

(un petit nain.

/ Dieu des pasteurs; il ] existe un chœur à son ( houneur.

! Fétiche qui éloignait

Les Dainos qui chantent l'amour, l'amitié, la vie intérieure sont les plus nombreuses. Une douce mélancolie règne dans les chants d'amour, on y éprouve cette vague tristesse qui nous charme tant dans les chants d'Ossian lorsqu'il n'y a plus d'espérance dans un cœur blessé; la joie môme y est triste. Ou ressent ces impressions dans les chants liivaniens, et ils nous touchent par les sentiments qui prennent leur

Laïma,

Elnis(lecerf),

source dans un cœur pur. Un cœur pur soupire tristement après l'objet chéri, comme dans la Daïna suivante :

« Sous les tilleuls coule le ruisseau, un ruisseau pur el joyeux, et sur la lisière pure et joyeuse sous les tilleuls, pourquoi pleures-tu, ma fille?

— Pourquoi ne puis-je pas pleurer, pourquoi ue puis-je pas parler au ruisseau? Ah! pourquoi ne verrai-je pas celui que je porte dans mon cœur?

« Au milieu du silence de la uuit, pendant mon sommeil, j'ai causé avec lui sous un arbre, je lui ai fait des serments, j'ai juré sur les cendres de ma mère de ne jamais le quitter.

» raimerais mieux supporter tous les malheurs, séparer mon âme de mon corps, plutôt que de me séparer de toi, mon ami, ou de ne plus l'aimer.»

L'Adieu d'une sœur est du môme genre ; rien de plus touchant que l'air de celle Daina.( Voyez n« 3.)

Les Lituaniens aiment assez les poésies énigmatiques, où ils exercent leur esprit. Ces poésies ont la forme interrogative ; on les appelle Misla (énigmes). Voici une de ces chansons :

« Lorsqu'une fois ma mère m'a grondée, elle m'a dit : Va au bois, ma fille, et trouve-moi une fleur d'hiver, et de la neige d'élé.

» J'allais errer tristement sur les collines prés du lac et au bois. « Mon pasteur, dites-moi, je vous prie, où trouverai-je ces deux choses ?

—Si tu veux être bonne et fidèle, si tu me donnes la bague pour arrhes, je le dirai l'énigme; écoute, écoute, ma fille.

— Je serai bonne et fidèle, je dounerai celte bague pour arrhes; mais, dites-moi, où trouverai-je la fleur d'hiver et la neige d'été?

— Va au bois de sapins, casse une petite branche, porte-la à ta mère, et dis hardiment : Le sapin est la fleur d'hiver.

Va aux bords de la mer d'Ambre, prends l'écume des flots azurés avec ta jolie main, l'écume de mer est la neige d'été. »

Cette chanson montre que la forme dialoguée est très-souvent usitée dans les chants populaires. Le dialogue entre la mère, la fille et le pasteur, anime non-seulement le récit et donne de la vie aux images, mais il éveille les sentiments délicats relatifs aux personnes qui se doivent l'amour et l'estime. Souvent la chanson prend la forme dialoguée, là ou il n'y a qu'une seule personne agissante, comme dans la chanson sur l'Orpheline.

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