LENIGME DUNE DESTINEE DOULOUREUSE
rente de ces comites qui, d*un bout k Tautre du continent et par del^ Tocean mSme, se disputalent le privilege de representer Tunit^ nationale, on las a vu8 d'un jour k Tautre plus divises, arm^g mdme parfois les uns contre les autres, ou peu presses de repondre k Tappel de la destin^e.
Sans doute etaient-ils fondes k y trouver quelques motifs de perplexite. Non qu'il leur fdt permis d'h^siter entre les bienfaiteurs qui 8*offraient k eux des deux c6t6s du front de bataille ; mais, aux promesses qu'ils recevaient de part et d'autre, si flatteuses qu'elles fussent, comment n'auraient-ils pas associ6 le souvenir de tant de cruelles deceptions, encourues d'Alexandre I" k Nicolas II et de Napoleon P' k Napoleon III? Comment ne se seraient-ils pas inquietes de n'y pas trouver plus de precision? Quelles f ronti^res seraient accordees k ce nouvel Etat polonais? A quelle AUemagne, k quelle Autriche, k combien de' nouvelles Russies auraient-ils k les disputer? De quelle part d'independance reelle pourraient-ils y jouir? Une voix des plus autoris6es leur promettant k la fois Yindependance et Vautonomiey ne devaient-ils pas en 6tre deconcert6s? Car ils ne pouvaient admettre assur^ment qu'un chef d £tat des plus verses dans les questions du droit public ignor&t Tincompatibilite de ces deux regimes, ou qu'on n*eftt pas appris aux Etats-Unis qu*il y avait d6ji une portion de Pologne autonome sous
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la domination autrichienne et qua beaucoup d'6gards ce n etait pas la moins dependnnte.
Lenigme ainsi posee devant eux a encore ete aggravee par Finterpretation qu'un exegfete des plus qualifies a donnee aux paroles de M- Wilson, lis ont appris, cette fois, que la Pologne qui leur etait promise ne serait pas c telle qu elle avail pu se presenter h une periode particulifere de son histoire, mais telle quelle avail ^te constituee par VA Uemagne et VA utriche * » /
Propos de diplomate, qui se sera trop penetre, a cette occasion, de Faxiome d'apres lequel, au sentiment d'un de ses illustres collfegues, la parole aurait ete donn6e k Thomme pour cacher sa pensee. Peut-etre bien, et, depuis, les Polonais ont recueilli, d'une autre bouche non moins autorisde, Tassurance que leur patrie leur serait rendue c dans le cadre de seslimiteshistoriques b. Mais, au cours ^es derniferes annees, cette f ormule m^me a pret6 aux interpretations les plus diverses, et les interesses ont paye de leur sang le droit, — ils ont, k travers de douloureuses experiences, contracts le devoir, — d'fetre mefiants.
II y a cent ans, deux groupes de belligSrants se disputaient, comme aujourd'hui, le privilege de prSsider k une restauration de Tindependance polonaise, en reclamant de m^me, pour cette
1. M4moires de M. 66rard, ambassadeur des £tats-Unis en Allemagne, 6dit. francaise, p. 300.
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oeuvre, le concours des Polonais. L'un d'eux s'es't refus6, de part et d'autre, aux soUicitations dont il devenait Tobjet, et Tiv^nement a prouve que c etait le plus sage. 11 s'appelait Kosciuszko.
Plus fonde, en apparence, serait, iTadressedes Polonais de ce temps- ci, le reproche de trop demander aux autres, comme si le droit k la \ie des peuples libres 6tait une auin6ne qu*on e&t chance d'obtenir en tendant la main. Mais, pour I'effort spontane que d'aucuns ont attendu de lui en cette occasion, n*est-il pas naturel que ce peuple manqu4t du ressort n^cessaire? Sous reffroyable poids de misires et de tortures qui Tont accabl6 depuis prfes de cent cinquante ans, n*^tait-il pas inevitable qu'il pliAt et que ses energies se d^tendissent? Helas! ses ennemis ont travaille industrieusement k les affaiblir, et, en dernier lieu, ils les ont savamment atteintes k la source, en rabaissant leur yictime k ses propres yeux.
Peut-on s'etonner que, diprime, demoralise et avili dans sa propre opinion, ce peuple ait eu peine k se reconnaitre au milieu d'ev^nements qui ont deconcert6 les plus habiles et les plus forts, et que, insuffisamment renseigne, mal conseille et egar6 par d'insidieuses manoeuvres, il se soit partiellement porte a attendre, sinon le bien, du moins le moindre mal, de la part de ceux-li\ memes auxquels il doit son infortune?
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Les egares, en fait, auront ete peu nombreux. Quelques indications seront donnees plus loin k ce sujet. lis auront toujours et6 trop. Mais, pour mettre la nation entiere k la hauteur des circonstances et des destinees nouvelles qu'elles semblent lui promettre, plus encore que Tindependance, ou une armee, ou une flotte et des finances, il faut lui rendre cette foi en elle-m6me qu'un stratagfeme diabolique de ses oppresseurs lui a ravie.
Et la t&che n'est pas aisee : car, dans les arguments employes k cette fin, le vrai et le faux ont et6 meles et fondus avec cette science de Timposture et cet art du truquage que TAllemagne moderne a portes k un si haut degr6 de perfection. 11 est cependant indispensable d y arriver, car la solution du problfeme est k ce prix. Les formes paradoxales que la vie politique de Tancienne Pologne a rev^tues se sont, aux mains de ses ennemis, pret^es k une operation de camouflage interessee. II faut, sous ce d6guisement, mettre k nu la veritc historique, que les Polonais eux-m6mes ont appris k meconnaitre et k calomnier.