Szujski, Ricits et jStudeSy I, p
religieux. L'autre PoIogne,en depitdes splendeurs plus grandes dont elle semble revalue en un certain sens, est, k y regarder de pres, engagee deji sur la pente du declin, separi^e aussi du monde occidental par une barrifere qui s'eleve et epaissit. Politiquement, elle demeure imposante, mais ne parait plus europ6enue. Avec un air d'Orient et presque d'Asie qui s'accentue, elle a cesse de compter au regard de la culture occidentale.
Sa figuration dans la vie europ6enne, pour autant qu'elle y participe encore, est d*un satellite, engage alternativement dans Torbite de la politique frangaise ou autrichienne, gravitant vers les foyers de culture italienne ou frauQaise. En 1434, au concile de B41e, la Pologne des premiers Jagellons est intervenue au premier rang dans le conflit qui divisait le monde catholique et mettait en jeu Tavenir de la papaut6 entre les pretentions rivales de F61ix V et d'Eugene IV. Favorable aux prerogatives du Concile, la memoire des docteurs de I'Universite de Cracovie a recueilli la majorite des suffrages. Les del6gues polonais, Olesnicki et Tromba, ont exerce dans ra3sembl6e une influence dirigeante. En 1515, au Congris de Vienne, la dynastie jagellonnienne parait d6ji en tutelle, sous la main des Habsbourg; quarante ans plus tard, au Concile de Trente (1545-1563), la Pologne n'^l^vera plus la voix que pour disputer la preseance au Portugal !
38 LA POLOGNE INGONNUE
Quelque chose est evidemment arrive, qui a determine un si brusque changement de situation. Mais quoi? Si rapide jusque-li, le developpement organique de ce pays se serait-il, en effet, arrdt6 k ce moment? L*ecole de Cracovie indique comme date et cause de ce phenomene la constitution « improvisee» de 1573, les fameux « pactes » imposes k Henri III, triomphe de la licence du demos nobiliaire. Mais, au sentiment de cette meme ecole, la decheance, qu*il expliquerait ainsi, a commenc6 bien avant cet evenement. II semble, d'autre part, que beaucoup plus tard Torganisme polonais ait donn6 des signes d*evolution non equivoques. Le premier emploi du liberum veto passe generalement pour y avoir fait epoque. II est de 1652! A cette autre date se place aussi le commencement d*une phase nouvelle dans Thistoire des dietines polonaises*, dans Tacceleration du grand courant decentralisateur, tendant k embrasser toute la vie interieure du pays. A trois annees de distance, la constitution de 1573 est, de son c6te, suiyie par une reforme organique capitale dans les institutions judi-
^qaJ^^^^*"^^^' ^^ OO^'-^'f^ncment des dUtiiies, Varsovie, ISSO,
ciaires du pays*. L'annee 1573 n'est 6videmment que le point culminant d*une p6riode qui, remontant aux derniferes annees du xv* si^cle, se prolongs jusqu*aux premiferes annees du xviii% et ou, avant la survenance d*une phase d'inertie reelle sous le gouvernement saxon, tout au contraire est mouvement et vie intense.
Cette activite pent 6tre consideree comme perilleuse, menant directement k Tanarchie et indirectement k la mine, elle ne saurait 6tre nice. La caste nobiliaire ayant concentre k ce moment dan3 ses mains, sans restriction ni partage, tons les pouvoirs, on ne saurait dire d*elle qu'elle se soit immobilisee et conyertie en « momie ». Elle ne se meut que trop; elle marche d'une usurpation k une autre, dans la poursuite d'un ideal qui est Tepanouissement extreme de Tindividualisme, Tindependance sans limite et la liberte d'action sans frein, garanties k chacun.
Ce mouvement aurait-il et6 regressif ? A quel moment du passe aurait-il tendu k ramener la vie du pays? \ I'^poque « patriarcale » des premiers Piasts? Au rapport d*un des chefs de T^cole cracovienne, a Texistence de la nation entiere se concentrait alors k la cour du souverain, dont la
personne 6tait tout dans TEtat^ ». Serait-ce k la
1. Balzer, V organisation du tribunal de la coaronne^ Yarsovie, 1886.