‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 27 sur 79 · ELEMENTS GONSTITUTIFS DU PHENOMENE 7K · texte numérisé non relu

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le rend uotoirement interpr^te de ses propres sentiments : a Tout complot des uns pour d6pouiller les autres cause du prejudice ^Tensemble des Boci^t^s et ne saurait done 6tre avantageux k la Pologne. Les envahisseurs du territoire d'autrui sont perturbateurs du monde et ennemis du genre humain.... Formons une arm^e pour la s6curit6 de nos fronti^res, mais non pour des conquMes*. »

Dans rhistoire entiere de la Pologne, les campagnes et plus encore les projets de Bathory constituent une derogation unique k ce programme, et ils sont le fait d'un Stranger. lis rencontrent aussi une vive resistance dans Tesprit national. Rendu k lui-mSme, celui-ci retourne promptement k ses inclinations naturelles, qui r^pugnent k toute extension territoriale, op6r6e autrement que par Toie d'agregation pacifique. A elle seule, cette particularity trace entre ce pays et ses voisins europ6ens une ligne de demarcation nettement accus^e. Parmi les domaines fai« sant actuellement partie des grandes formations d'Etat sur toute Tetendue de 1* Europe, on ne daurait gu6re en indiquer un seul qui y soit entr6 sans violence. Parmi les provinces anciennement polonaises, aucune n'a &t& conquise par lesarmes, si ce n'est la Russie de Halicz. Encore la conqu^te

1. Staszic, Reflexions sur la vie de Jean Zamoyski^ Gracovie, 1801, p. 108.

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de cette derni^re a eti faite non sur les Busses, dont aucun n'a figur^, en 1341, k la bataille de Lublin qui a rendu le roi Gasimir maitre du pays, mais sur les Lituaniens, les Tatars et les Hongrois, qui se disputaient cette proie.

La valeur relative d'un tel programme est assurement discutable. II se pent mdme que, dans les conditions ou il ^tait appliqu^, il soit devenu mortel pour la Pologne. II la d^sarmait en fait, en privant son organisation militaire du stimulant que le d^veloppement de la puissance de combat trouvait, ailleurs, dans la convoitise du gain k r^aliser ou la n6cessit4 de retenir par la violence les avantages acquis. Les acquisitions op^rSes par la Pologne tenaient gen^ralement k elle de leur propre gr6, et les Polonais s'en trouvaient inclines k supposer qu'ils n'avaient aucun effort k faire pour les garder. lis arrivaient m6me k se persuader que, n'attaquant personne, ils ne couraient aucun risque de devenir eux-m6mes Tobjet d*une agression. Leur derni^re illusion fut de croire que tout le monde voudrait d^fendre en eux les plus inoffensifs et les plus commodes des voisins.

Compter de moins en moins sur leufs forces et

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s'en reposer avec une confiance candide sur celles d'autrui leur devint habitual. Quand ils n'accordaient pas credit k rhonnStetS et k la loyauti de ces protecteurs supposes de leur s^curit^, ils faisaient fond sur Tint^rM, qui, d'apr6s leur supposition, devait porter leurs voisins k en prendre soin. lis attribuaient de parti pris une valeur pratique k des theories de pure speculation et se repr^sentaient, en particulier, le principe de r^quilibre comme le fondement intangible d'un ordre de choses oil ils jugeaient que rint6grit6 de leurs possessions se trouvait ainsi suffisamment garantie.

Funestes illusions, 6videmment ; mais tout conspirait pour les imposer k ce peuple. Son caractfere racial; le mode de son av&nement k la vie europeenne, qui Tavait transports, directement et sans transition, du sein d'une existence patriarcale et de la sphere de la mythologie paienne dans Torbite de la civilisation chretienne ; sa destinSe, enfin, qui voulait que les plus beaux triomphes de son histoire fussent dus, sans effusion de sang, k la seule puissance attractive de son esprit et de son temperament : tout tendait k faire de lui un idSaliste dans la vie publique, comme dans la vie priv6e. Et il a done idealise eperdument le monde qui I'entourait, comme son propre 6tre.

n a congu son passS, son present et son avenir

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comme un poeme 6crit de la main de Dieu^ et il lea a imagines comme b6n6ficiant d'une protection speciale de la Providence. Alors m^me qu'une clairvoyance exceptionnelle rendait quelques-uns de ses fils sensibles aux chim&res ainsi entrete* nues et aux dangers qui en r^sultaient, leur foi n'en a pas 6t6 atteinte. Le grand orateur sacr6 du xvi** sifecle, le j6suite Skarga, s'est fait le d6nonciateur des erreurs et des dSfaillances nationales et Tannonciateur des ch&timents dont elles ne pouvaient manquer d'etre punies. Mais, tout comme plusieurs si6cles apr^s lui le po&te Krasiiiski^ il a en m^me temps enseigne que a la plus grande garantie, pour les nations, de la force et de la dur^e, de la sicurite et de la prosp6rit6, se trouvent dans la vertu ». Ni lui, ni aucun de ses pr6d6cesseurs ou successeurs ne s'est avis6 de dire aux Polonais qu'ils allaient k leur perte, parce qu'ils devenaient de jour en jour moins riches et moins forts que leurs voisins, et que tel 6tait leur lot parce que c qui ne gagne pas perd », comme Catherine s'en persuadait de son cdt6.

C'est ce qui enlevait toute puissance^ de conviction aux voix proph^tiques dont les avertis* sementsn'ontpas manqui k ce peuple. Y eussehielles d ailleurs sufii k a convertir les mangeurs de pain en anges 9, selon le voeu d'un autre pofeteS son sort n'en eiit pas ^te vraisemblable-

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