Voir plus haut, p
LES OnCANES DE GOUVERNEMENT 111
gnance farouche k Tendroit de toute faQon d'intrigue, il y prfttera k rire et se rendra inutile.
Des raisons analogues ont cependant mis aussi d'autres pays d'Burope en inferiorite sur ee point, par rapport k quelques-uns de leurs voisins, sans qu'une cause de catastrophe en soit result^e pour eux. Tel homme d'Etat anglais du xvm* sifecle se plaignait que « lesinter^ts les plus essentiels de son pays fussent compromis par le d^faut de relations permanentes Stablies avec les puissances du continent^ ». Un autre, ambassadeur pendant de longues ann^es k Yienne, a laissS un temoignage > surprenant de la negligence apportee au fonctionnement du service oil il se trouvait employe. La premifere nouvelle de Talliance, negoci^e par son gouvernement en 1788 avec la Prusse et les Pays-Bas et destin6e k modifier si profond6ment ses rapports avec celui d'Autriche, lui est venue de son coUegue prussien, et, une tension tr6s grande se trouvant introduite dans ces rapports, k raison tant de Taccord precit6 que de Tintervention de Joseph II dans la guerre russo-turque^ il etait laiss6 pendant cinq mois sans instructions et sans reponse k cinquante-cinq depSches par lesquelles il en r6clamait^!
1. Raiimer, Europa vom Ende des sicbenjaehrigen Krieges, Leipzig, 1839, III, p. 579.
2.' Smyth, Memoirs of sir Robert Keith, II, p. 219, 22i, 225,
112 LA POLOGNE INCONNUK
Cependant, le cas de la Pologne a encore presente, en cette matiere, une particularity exceptionneile, qui n'a pas ete, comme on Fa suppose, Tabsence dans sa politique extSrieure, de direction stable, comme consequence du d6faut de T^liment dynastique, De Cromwell k Pitt, il serait difficile de decouvrir, dans la politique anglaise au dehors, une continuite de programme quelconque, en dehors prScis^ment de preoccupations dynastiques n'ayant rien de commun avec les inter^ts du pays. La politique exterieure de Frederic II a deconcert6 ses allies comme ses adversaires par son extreme mobilite. Depuis le xvi'' siecle, la Pologne a eu d'ailleurs, dans cette sphere, un programme, s'y imposant avec un tel caractfere d'imperatif cat^gorique que les fluctuations de sa vie publique en ont &i& dominies. II consistait k d^fendre Tindepeudance et Texistence elle-m6me de TEtat centre les perils grandissants qui les menagaient. Dans les conditions donn6es, c'etait le meilleur. L'unitS d'execution y a manqu^, k raison de certaines manifestations, assurSment fdcheuses, du « paradoxe » polonais.
La politique k deux faces des derniers Stuarts en Angleterre, le dualisme connu de la politique officielle et de la politique occulte de Louis XV en France, se concentraient dans les m^mes mains. Les mdmes agents 6taient le plus souveut
LES ORGANES DE GOUVERNEMENT li3
employes k leur service. En Pologne, il y a eu, 4 certains moments, autant de diplomatics en action que de partis politiques, ou m6me de politiciens isoles, pritendant a une influence dirigeante dans les affaires de leur pays. Dans la seconde moitie du xviii" siecle, un Orlik ou un Bledowski k Paris, un Dzierzanowski i Berlin ou k Constantinople, ne repr^sentaient que le clan puissant des Potocki. Longtemps, le futur roi Poniatowski n'a ete, k Saint-P6tersbourg, que Tagent de ses oncles, les Gzartoryski. Le grand general de la couronne, Jean-Clement Branicki, et m6me un simple chef de parti, Charles Radziwill, ont entretenu des «c residents d accr^dites k la Porte*. Au siecle precedent deji, les transactions diplomatiques dont est issue la candidature du prince de Conde au tr6ne de Pologne, apres Fabdication de Jean-^Casimir, ont et6 amorc6es k Versailles par un envoy6 du grand general de Lituanie, Sapieha^.
Les repr^sentants officiels m6me du gouvernement polonais k T^tranger etaient souvent les instruments de cextaines coteries ou de certaines personnalitesinfluentes. En 1788, les nominations d'envoyes aux postes de Londres et de Berlin se
1. K. Waliszewski, Les Potocki et les Czartoryski, I, p. 2i ; le m^ine, Correspondance de Charles Radziwillt Cracovie, 1888, p. 107.
2. Le m^me, Les Relations entre la Pologne et la France au XVIP siicle, p. 116.
Waliszbwsu. — La Pologne. 8
sent trouvees ainsi au choix de quelques groupes tn possession de preponderance k la Diite. « II a bien fallu nommer qui leur plaisait », ^crivait le roi*.
Le fait a et^ classd parmi les sympt6mes monstrueux de cette anarchie polonaise, do at le triste renpm est devenu universel. On ne saurait y contredire. £n ses manifestations multiples^ dent oelle-ci n'a pas et^ la plus malfaisante, le monstre doit cependant ^tre examine aussi de prfes et mis Sgalement en parall^le des phenom^nes analogues dans la vie publique des autres pays europ^ens k la mfime 6poque.