Hiippe, Die Verfassung der Bepublik Polen^ p
I'heure des combats supr&mes pour rind^pendance du pays, Kosciuszko n*a trouv6 pour le suivre i Tassaut des batteries russes que quelques paysans, pieds nus et faux au poing. Derrifere eux, bien 6quip6e^ bien mont^e, la fleurde la noblesse u'a, i ce moment, donn6 de Tiperon que pour prendre du champ horja de la port^e des canons, et retourner k de moins p^rilleuses occupations.
Aprfes une p6rioded'extrfemedefailIance morale, un redressement au moins partiel s'accusait pourtant, k cette heure, dans le mSme milieu. L'elite s y portait aux id^es de reforme et d'amendement. £lle restait pen belliqueuse.
On ne saurait dire que les institutions de Tancienne Republique Taient enti^rement desarmee. Les 24 000 hommes d'arm^e permaiiente qu'elle entretenait ne constituaient pas, k beaucoup pr&s, tout Tappareil militaire dont elie disposait et qui, k certains moments, au cours du xvii'' si^cle encore, avait, sous Vienne et ailleurs, fait preuve de valeur. II est arrive au roi Jean-Casimir de mettre en ligne, contre les Cosaques, des forces trois ou quatre fois superieures, qui, k la v^rite, se dSbandaient souvent sous le feu et montraient toujours un esprit d'indiscipline ineoercible. C'etait le produit d*une organisation particuliire de milices, assez rapprochde du modMe yoisin dans la Confederation germanique : troupes relevant des institutions, d'autonomie provinciale et
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pospoHte ruszenie, c'est-i-dire lev^e en ma$tie de la noblesse, qui passait pour apte constitutidnnelletnent et exerc6e au metier des armes. dette admission n'etait que le resultat d'une confusion d'id^es, rapprochant le demos nobiliaire polonais des aristocraties d'Occident, avec lesquelles il n'avait rien de commun, si ce n'est les privileges acquis etles pretentions k en obtenir d'autres. Au xvii° siecle, vaille que vaille, Tappareil s'etait encore Iai8s6 employer. Cent ans plustard, comme son equivalent allemand, insuffisamment d6velopp6 dans la forme et use dans le fonds, il n*£tait plus, vieille aimure rongee par la rouille, en etat de s' adapter aux nouvelles conditions de la guerre.
Le m6tal n*en avait jamais et6, cependant, de trfes bonne qualite. En AUemagne, il a suffi, au sifecle suivant, que la cause de Tindependance nationale fit appel aux vertus guerriferes de la race, pour que Tarmure se ressoud&t aux mains des Scharnhorst et des Bliicher. Ni les Piast ni les Jagellons n'avaient eu, eux aussi, rien de commun avec les Hohenstaufen, et, convertie eu sees de charrue ou en broches de cuisine, la ferraille des hussards polonais ne s'est pas laiss^e reforger en 6pees, m^me pour combattre pro arts et focis.
La noblesse polonaise a eu, bien qu'& un degr6 toujours assez faible, des instincts belliqueux et
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des capacitSs y r^pondant aussi longtemps qu'elle a 616 une aristocratie« En se d^mocratisant en plus grande partie, elle a contracts des goiits et des habitudes incompatibles avec Tesprit militaire. Elle fournissait encore quelques poignees d'h6rol[ques batailleurs et quelques grands hommes de guerre, mais la levee en masse ne r6unissait plus sous les drapeauK que des contingents de moins en moins nombreux et de valeur combative de plus en plus mediocre. En dernier lieu, la ressource en fut nulle. Le demos nobiliaire avait maintenant d'autres afTaires, qui, cependant, contre une autre opinion egalement mal fondee, n'6taient pas seulement de plaisir et de ripaille.
Si pauvre que Mt ce pays, il avait des rudiments tout au moins de puissance economique.
II se nourrissait, pourvoyait au luxe de ses grands seigneurs et exportait au dehors ble, lin, chanvre, potasse, cire, laine, bois de construction, des marchandises diverses pour plusieurs centaines dB millions. En dehors des masses serves dont Teffort materiel 6tait employe k cette production et k ce commerce, une large part de travail intelligent y 6tait nicessaire, et, pour cet emploi, il n'y avait ici qu'un personnel disponible, to uj ours le mftmQ. D6ohue, appauvrie, deprim^e, la bourgeoisie n'y apportait qu une part contributive assez faible. Vers la fin de Texistence de T^tat
polonais, comme la vie politique, la vie economique du pays se concentrait aux mains de romnipotente et romnisciente noblesse. Avec les defauts inherents aux classes bourgeoises de tous les pays, egoisme, etroitesse d*idees, censer vatisme obtus, leur remplaQante polonaise a possede ainsi, quoi qu'on eh ait dit, au moins partiellement, les qualites qui leur sont communement propres : habitudes laborieuses, gout d'6conomie, attachement h ses occupations, purete des moeurs. Elle n*a eu rien d*une caste militaire.
En fait, au xviii® sifecle, et meme au xvii% le materiel humain de guerre se laissait d^k plus facilement trouver ici, qualite et quantite, dans cette masse grise des corveables, dont Kosciuszko se plut k revfetir le costume, comme ce n'est pas aussi dans ce compagnon d'armes de La Fayette que le demos nobiliaire a eu, k ce moment, son representant le plus qualifie. Plutdt dans Rejtan, rhero'ique parlementaire, luttant de la voix et du geste jusqu'au dernier souffle, et se couchant pour barrer passage aux signataires des laches capitulations : une figure de bronze, mais rien d*un soldat.
Tout compte fait, pour Toffensive comme pour la defensive, la Pologne du xviii'' sifecle s'est trouvee, par rapport k ses voisins, dans un etat d*inferiorite marquee, moins cependant k raisoh de la
forme donn^e k ses institutions militaires, qu'elle aurait pu 6galement perfectionner, que par Teffet des dispositions naturelles ou contractees, qui de plus en plus inclinaient son peuple au pacifisme le plus r^solu et qui pr^cis6ment s'opposaient k ce que son appareil de guerre s'ani61ior4t. Gomme aux preoccupations communes k la plupart des nations europeennes et les incitant k augmenter toujours plus leur puissance combative, ce peuple devenait de plus en plus etranger k Tesprit militaire, aux sentiments et aux moeurs qui s'en inspiraient et aux progr6s m^me dans Tart de la guerre, qui en ^taient le resultat. Gomme il n'avait pas passe par T^cole des Groisades, ni par celle de la chevalerie, il ne s'initiait pas davantage aux secrets de la strategic et de la tactique modernes, et, soumises aux disciplines modernes par le genie d'un Ghmielnicki, les bandes cosaques elles-mftmes mettaient en d^faut ses capitaines.
« Je sais bien, ^crivait en 1659 Marie-Louise de Gonzague, que les Suedois ont autant que nous besoin de la paix, eux faute de tout ce qui est necessaire pour faire la guerre et nous faute d'avoir la moindre id^e comment la guerre doit Atre faite. » Et, quelques ann6es plus tard, engag6 au service du roi de Pologne, un officier frangais declarait qu'il « aimerait mieux 6tre au Japon que dans cette armee oil il n'y a ni conseil, ni
entente, ni capacity, ni application, ni ordre
aucun* ».
Les hommes de gtierre europ^ens faisaient, eux aussi, partie d'une famille dont leurs 6mules polonais se trouvaient exclus. Sous des drapeaax divers, ils portaient la m&me physionomie et changeaient d'ailleurs souvent de camp. En 1707, la bataille d'Almanza est gagnee contre les Anglais, que commande sous le nom de lord Galloway un Frangais de vieille souche, le comte de Roumigny, par les Frangais, combattant sous le commandement du fils naturel d'un Stuart, le due de Berwick. Nulle parente entre cette confrerie et la noblesse polonaise m^me guerroyante, dont le type le plus representatif aura 6t6 au xvii** s. Tauteur de m^moires celebres, Jean Chrysostdme Pasek, figure truculente et savoureuse, que Ton voit bien pourfendant Turcs et Tatars, mais qu'on n'imagine pas k Fontenoy, disant aux Anglais : c< Messieurs, tirez les premiers. »
En fait aussi, sur tant de champs de bataille, oil, au cours du xviii* sifecle, toutes les armies europeennes se sont mM^es ou affrontSes, on n'a plus vu parattre un seul soldat polonais, pas plus que dans les debats de chaacelleries, oh cependant le sort de la Pologne s*est k cette ^poque
1. K. Waliszewski, Les relations entre la Pologne et la France au XVII* sUcle, p. ^27, 275.
decide, n'a figure aucun diplomate polonais de style europien.
Pas plus qu une 6cole de guerre k la mesure
de r6poque, la Pologne du xviii* siecle n'en a pos-
sM6 une de diplomatie. Mais ce ne sont pas ses
institutions qui y ont fait obstacle. Yenise et les
Pays-Bas en fournissent la preuve. Aussi bien,
au sifecle pr6c6dent encore, le cabinet du roi
Ladislas lY a passe pour un des mieux servis en
Europe. Le personnel n'en etait pas, k la v^rite,
polonais. A Yienne, a Paris et k Rome, ce sou-
verain employait des Italiens : un Roncalli, de
basse extraction et de plus bas caractire, mais
actif et adroit; un Magni, capucin, qui savait
aussi soigner ses interns et y gagnait la pourpre
cardiaalice. Jean-Casimir donnera la preference
k des Frangais. Les Polonais seront toujours
tenos k T^cart, ou plut6t ils s'eloigneront eux-
m^mes d*une fonction oil, comme Tobserve un
dcrivain du xviii® siecle, « il convient de renoncer
aux idees sp^culatives que le commun se forme
de la justice, ou de la sinc^rite* d. lis seront
malhabiles k comprendre les considerations mul*
tiples l^gitimant, d'aprfes ce principe, Toubli des
i. Bielfeld, Institutions PoliiiqueSy II, ch. iv, § 30,
engagements pris ou la rupture des alliances contract^es. Us s'6tonneront qu'en franchissant le fihin pour donner la main au roi de Prusse dans une entreprise de brigandage centre Theritage de Charles YI, dont toutes les puissances europeennes ont garanli Tint^grit^, un marechal de France se flatt4t de «c remplir la plus glorieuse mission qui puisse &tre ofTerte k un morteP )». En voyant une imp6ratrice d*Autriclie engager sa toute jeune fiUe k gagner les bonnes graces d'une M"' du Barry, ou un ambassadeur du roi tres Chretien se presenter k la cour d^une autre imp^ratrice avec des instructions portant offense k la pudeur, ils auront la naivete d y voir mati6re k scandale. A la fin du xviii*' si&cle, ils en demeurefont toujours aux id6es exprimies par Taustire Warszewicki *. Leur milieu en sera m6me k ce point p6netr6 que le dernier roi de Pologne aura beau avoir encore comme representant k P6tersbourg un etranger, le Frangais de Beaulieu, devenu ici Deboli, agent officiel de la R6publique et officieux du souverain ; cet homme aura beau sejourner pendant vingt ans a une des cours les plus licencieuses de T^poque, il y gardera figure de Caton, et, avec son honnfetet6 scrupuleuse, sa franchise candide et sa rSpu-
i. Le due de Broglie, FridiricU et Marie-Thirhe, Paris, 1883, II, p. 7.