Korzon, loc. ciL, IV, I'* partie, p. i
132 LA POLOGNE INGONNUE
L'id^e que les historiens polonais ont euxm6mes prise en dernier lieu des mcBurs politiques de leur pays est d*abord, comme les references par eux produites en font foi, fondle essentiellement sur les rapports d'un certain nombre d'observateurs etrangers, agents diplomatiques ou voyageurs de Tespfece et de Tautorite d'un Mehee de la Touche *, pamphletaire notoire. Et celui-li est encore un module de veracit6, au regard de ses cong6n&res allemands, les Essen, les Kausch et les Schultz, dont les Merits ont obtenu plus de credit encore au pays qu'ils se sont* employes k calomnier.
Plus probante, k premiere vue, dans le meme sens, serait Timpression g6nerale que la Pologne du liberum veto et des confederations produisait dans le monde contemporain. D^s le milieu du xviii'' sifecle, elle y faisait, k Tinstar de la Turquie, figure de moribond. Se penchant k son chevet» des porteurs de remfedes heroiques ou d'exhortations in extremis, Rousseau aprfes Mably, semblaient annoncer sa fin prochaiiie. Pas plus que sujet k Tanarchie, cependant, ce pays n'6tait seal I'objet de previsions aussi alarmantes. « II est
1. Histoire de la pritendae rivolution de Pologne, Paris, 1792.
trfes aise de prevoir, 6crivait en 1760 Tun de ces deux prophetes de malheur, que dans vingt ans TAngleterre sera ruin6e et de plus elle aura perdu la liberie ^ )» Au terme du delai ainsi fixi, I'autre constatait Taccomplissement de la proph^tie et « la parfaite decadence du royaume insulaire^». Un peu plus tard, Joseph II jugeait la mine consomm^e : « Le grand empire qui tenait la France en echec est tombe en entier et pour toujours. II est descendu au rang des puissances de second ordre, telles que la Sufede et le Danemark, et, vraisemblablement, k Texemple de ces dernieres, il tombera bient6t sous le commandement de la Russie*. » Frederic II partageait ce sentiment, ainsi que Mallet du Pan, et tons deux decouvraient la raison de la catastrophe prevue dans celte mftme corruption des moBurs politiques qui 6tait cens^e acheminer la Pologne k sa iin^.
Mais voici qui est plus significatif : par ses institutions et ses mceurs, la Prusse de la seconde moitie du xviii" sifecle 6tait aux antipodes de FAngleterre et de la Pologne. Cependant encore, se trouvant k Berlin en 1786, un observateur de