Faguet, Etudes liiUraireSy Paris, 1890, p
mease majorite des Polonais eclaires ne pouvait qu*y r6pugner.
D'autre part, au moment ou Jean-Jacques en entreprenait Tapolog^ie, les traits qu'il trouvait ie plus k louer dans les institutions polonaises ^talent precisement oeux que cette meme majorite s*accordait k condamner, en en poursuivant Telimination. Sur le terrain politique, reforme ou revolution, le mouvement d'idees en Occident, dans la seconde moitiS du xviii'' si^cle, va au rebours des tendances et des aspirations qui prevalent en Pologne. II r^pond k des phases d*evolution que ce pays a deji franchies, et Rousseau y fait acte d'anachronisme quand il prend la defense du liberum velo^ comme fond6 sur le « droit naturel des societes d. De m^me Mably, quand il aperQoit un des vices de la constitution polonaise dans les prerogatives, excessives k son gre, attributes par elle au pouvoir souverain^
La Pologne a^ depuis trois sifecles, parcouru et experiment© k fond tout le cycle des conceptions que Tesprit de liberty pent inspirer en leur donnant une seduction irresistible, jusqu*au jour de Texperleace, et elle en est revenue. En 1746 deji, un projet de reforme politique, presente au cabinet de Versailles par le parti le plus puissant k ce moment dans le pays, a adopts une constitu-
1. Da gouvernement et des lots de Pologne, CEuvres complies, VlII, p 35. 4!.
tion se rapprochant du modfele anglais, « les citoyens de la Republique s*6taiit en majorit6 convaincus que les circonstances et la menace des voisins reclament la suppression du gouvernement eleptif ^ ». Et, & ce moment m^me, le dessein ainsi form6 ne constituait pas une nouveaute. II se rattachait k une tradition, qui, pr^s de cent ans plus tdt, avait inspire les demarches de la reine Marie-Louise de Gonzague et de son entourage en faveur de la candidature au tr6ne polonais du due d'Enghien-et dont plusiard Sobieski senible avoir k son tour recueilli le d6p6t.
Ce n'est pourtant pas que les Polonais aient, k un tournant quelconque de leur histoire, ripudie Tideal qu ils s'etaient donn6 la t^che d y realiser. Th6oriquement ils y demeurent attaches, k I'heure mfeme oil ils paraissent s'en d6tourner le plus completement. lis continuent k le ch6rir jusque dans ses defauts les plus evidents. Mais» par son fait, ils se voient engages dans une crise ou leur existence est menac6e, lis doivent reconnattre qu'en le maintenani intSgralement, ils n*ont aucune chance de salut. Et, done, par pure consid6ration d'opportunit6, ils se r^signent k en sacrifier une partie. Staszic continue k s*indigner avec Rousseau contre a la rfegle maudite k laquelle est assujetti Tordre politique en Europe ». Avec