‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 6 sur 79 · Considdrations sur le gouvernement de Pologne^ ch. v · texte numérisé non relu

Considdrations sur le gouvernement de Pologne^ ch. v

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roi de Pologne n'a-t-il reussi k s'en emparer : ni un repr^sentant du droit divin tel que le fils de Catherine de Medicis, ni un h6ritier de Tabsojiutisme suedois tel que le premier Waza, ni un soldat heureux tel que Sobieski, et pas mSme un disciple de Machiavel aussi depourvu de scrupules et aussi vigoureux qu'Auguste le Fort? La Pologne avait une noblesse turbulente et une bourgeoisie pen d6velopp6e, ou plutAt arr6t6e dans son developpement et etranglee aprfeslabrillante periode d'6panouissement dont le xv* sifecle a laiss6 des traces. Mais comment et pourquoi ce tiers s'est-il laisse deposs6der des avantages acquis et juguler, sans m^me un essai de resistance et sans avoir, k Texemple des popolani de Florence ou des communeros d'Espagne, perdu ses privileges sur aucun champ de bataille de Villalar? C'estce qu*il s'agit de decouvrir.

Bien que pen satisfaisante au regard de la question ainsi pos6e, la r6ponse presentee en dernier lieu par Tecole historique de Cracovie m6rite, cependant, un.examen attentif. Une part dfe verite s*y laisse, en effet, reconnaitre. Le phenomene en cause serait la consequence d'un arret de croissance, que la Pologne aurait en-

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couru au seuil du xvi® siecle, alors qu'elle faisait effort pour rejoindre ses rivaux europ^ens, et qui aurait ete suivi d*un glissement progressif en sens inverse. Les modifications ulterieures de son regime politique,, ou elle s'est'plu k apercevoir des conquAtes de Tesprit de liberie, n'auraient et6 ainsi que des phases de regression, la ramenant aux institutions du moyen ftge. Au moment oil, les ayant usees, I'Europe ^tait en train de les remplacer par d'autres, mieux adaptees k ses besoins nouveaux, la Pologne lui en a fait Ternprunt, et, saisie soudain d*un esprit de conservar tion stupide, convertie en « momie politique », elle s*est enveIopp6e dans ces « haillons archai* ques )» et s'est figee dans Timmobilite pendant deux siecles *.

L'explication a le premier defaut d'en reclamer une autre. Cette inhibition soudaine des fonctions vitales, suivie d'un recul, puis d*un engourdissement s6culaire, voilk, en effet, autailt d*autres ph6nomenes aussi enigmatiques qu'ils seraient d6courageants, si la r6alit6 devait en 6tre admise. Le cas d'un organisme sujet k de tels accidents devrait assurement fetre reoonnu comme desesp6re* Une raison suffisante de reconfort se trouve, cependant, dans la preoccupation essentielle que laisse decouvrir cette thfese deconcertante et qui

i, Szajskiy La famte histoirCf Gracovle» 1877, p. 9,

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est notoirement etrangfere au souci de la veril6 historique.

EUe est d*ordre politique. EUe vise une attribution deresponsabilite. Ses inspirateurs ont cherche k se disculper, en mettant tons les torts k la charge des Polonais seuls, ou du moius des generations qui, « frappees d'aveuglement et de myopie », ont repudie au xvi* siecle « les vues pluslarges, les aspirations plus hautes quiavaient ete propres k Vkme polonaise » et, ayant « improvise )>, k Tavfenement de Henri III, la constitution anarchique de 1S73, se sont follement attacli6es k cette « loque archaique * ». Mais encore, aveuglement, myopie ou folie, comment et pourquoi les Polonajs du xvi® sifecle en ont-ils et6 atteints? Du coup, le debat tourne, et d'autres contingences causales y sont invoquees : entree tardive de la Pologne dans Tarfene de la civilisation occidentale et incapacity en resultant pour elle de s'y mettre au niveau de ses rivaux ; union avec la Lituanie et sa consequence : Temploi des forces vives du pays dans une entreprise de colonisation, destinee k les 6puiser ; enfin prise de Constantinople par les Turcs et sa consequence : Tinterruption de la grande voie de communication qui, d'Occident en Orient k travers la Pologne,

1. Szujski, RScits et Etudes, Cracovie, 1882, p. 412; Bobrzynski, Histoire de Pologne, Varsovie, 1879, 1, p. 9.

Wauszewski. — La Pologne. 2

rapprochait le pays de transit des foyers occidentaux de richesse et de culture *.

Ces indications sont int^ressantes et marquent un progres sur les donnees de Tancienne 6cole de Lelewel et de Naruszewicz; mais, evidem-^ ment, elles vont contre I'argument qu'on a pr^tendu en tirer. D'autant que Tunion avec la JLituanie, avec co qui en est r^sulte, est representee corame une fa tali te historique. La Pologne ne pouvait eviter cet accroissement territorial, ni se derober k la t^che 6puisante qu'il lui imposait. Comnxent done les Polonais seraient-ils blAm^s d'y avoir use leurs forces?, Mais on ne saurait chercher dans I'argumentation en cause plus de logique que dans une note de Tagence Wolff, publiee de notre temps. La source d'inspiration est de part et d'autre la meme.

En 1879, un des coryphees de Tecole cracovieane, qui a depuis abandonne la science pour la politique et a pris rang, derniferement, parmt les roinistres les plus d6voues i la monarchie autrichienne, se mettait en qu6te du meilleur manuel d'bistoire polonaise et n*h6sitait pas & le decouvrir dans Tceuvre de MM. Richard Roepell et Jacob Caro^ (Geschichie PolenSy Gotha, 1840- 1863). En fait, depuis 1863 d^jk, les mattres

i. Szujski, ihid.y p, iOT; -^Bobrz^hski, i6icl., I, p. 440 et suiv. 2. Bobrzyriiki.

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cracoviens ont tendu de plus en plus d^libir^ment k fonder leur enseignement sur ce compendium notoirement tendancieux, sur les travaux cdmplementaires des Zeisberg et des Voigt, sur les lemons d'autres theoriciens allemands tels que Hiippe, Beer ou von der Bruggen, sur tout un ensemble enfin de conceptions et de disciplines, empruntees aux universit6s de langue germanique ou k la vie publique du Deutschthum.

Plus tard, Tinfluence s'y est ajoutee de quelques 6crivains russes, qui, comme Kostomarov, Soloviov, Ilovaiski ou Oumani6ts, ont consacre une partie de leurs 6tudes k I'histoire polonaise et en particulier k Texamen des causes qui lui ont donne un cours si malheureux. En dernier lieu, cette influence a paru m6me pr6valoir. Chez tel historien polonais, la politique de la Pologne dans les provinces k population ruthfene est presentee sous des couleurs beaucoup plus sombres que dans tel ouvrage allemand, et en conformite avec les indications empruntees k tel ouvrage russe *. Le depart entre ces deux sources d'inspiration ne se laisse pas 6tablir avec precision, les apports de Tune et de Tautre paraissant souvent confondus. Lathfese de la tardivite du d^veloppement

i. Abb6 KaliDka, La DUte de quatre ans, L^opol, 1879-1886, I, p. 376-377; Jansen, Zur Geneiis der ersten Theilung Polen9, Friboarg, 1885, p. 54-56; Koialovitch, Histoire de la conscience russe, Saint-Petersbourg, 1884, p. 387.

culturel en Pologne est empruntee a JlUppeS comme celle de son recul ulterieur k Fi^Sric von Smitt*. Mais, sur tel point, comme ^^orientation de la politique polonaise depuis 1# xv" sifecle et Tapprficiation de Tavantage ^ne les Polonais auraient eu i sacrifier la Baltique pour la Mer Noire, ou reciproquement, 1^« disciples cracoviens se s6parent des mattres allemands. lis suivent leurs confreres russes, en adoptant Tidee d'une mission historique dont la Pologne aurait eu charge entre la Vistule et TElbe et dont Fabandon aurait caus6 sa perte '.

Si dans la doctrine polonaise ainsi etablie des divergences s'accusent, elles ne sont qu*une consequence de celles qui divisent en partie les deuxfonds, allemand et russe, dont elle procede. Rompant avec ses condisciples cracoviens, tel historien tend i attribuer les vices de la vie publique, dans I'ancienne Pologne, moins aux formes d^fectueuses de son organisation qu'i des d6fauts constitutionnels de caractfere; rencherissant sutce confrfere, tel autre arrive jusqu'i chercher les raisons reelles de la decadence de son pays dans des faits d'ordre purement moral* :

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