LENIGME DUNE DESTINES DOULOUREUSE
ou moins privil6gi6e de tel ou tel autre groupe social dans cet ordre d'int^r^ts, aristocratie en France^ democratie aux Pays-Bas, est un des faits eommans de Thistoire europienne. Quant au rdle de rautonomie provinciale dans le parlementarisme polonais, un publiciste polonais du XVIII* sifecle, des moins disposes k prendre du regime politique de son pays une vue optimiste, a constats pourtant que les droits attribu^s aux cantons suisses, ou aux provinces des Pays-Bas, I'emportaient de beaucoup dans Tordre legislatif, par rapport aux autorit6s centrales, sur les pretentions mAme des communes nobiliaires polonaises, qui ne se sont jamais avisees de revendiquer certains attributs de la souverainete*.
Le caractere anormal, paradoxal, des institu* lions polonaises, a et4 ainsi, successivement et tout aussi arbltrairement, reports d'un detail & un autre de leur forme ou de leur fonctionnement, centre le fait pourtant avere de Tabsence de toute uniformite dans la constitution politique de Tan-cienne Europe, ou ni la l^gitimite de tel ou tel autre mode de gouvernement ni meme la supe*riorite d'aucun n'etaient mises en discussion^.
VI, 107; vn, 589; Skrzetuski, Le droit public da penple polonais^ Varsovie, 1787, II, p. 98; Lengnieh, Ju» pahlicum regni poUmij Gdansk (Danzig), 1742, II, p. 3.
1. Ronarskt, Det remides effteaces, Varsovie, 17W)-1753, III, p. 110. 116, 122.
2. Sorel, VEurope et la Revolution Fran^ahe, I, p. 9, Cf. Mohl, Die GeschUhte and Litteratur der Wissenschaflerit 1, p. 229.
Tout au plus inclinait-on k admettre que certains regimes convenaient mieux k certaines situations , et la forme r^publicaine, par exemple, au gouvernement des petits pays. Mais Rousseau luim6me consentait k reconnattre que le danger d*une grande extension territoriale etait commun aux monarchies comme aux r6publiques*.
Pourtant, comme sa destinee, la vie politique de Tancienne Pologne s'est distinguee de celle des pays voisins; mais, pour saisir ce point de dissemblance, il est necessaire de pen6trer dans ce qui, par deli les formes, constitue le fond de toute individuality historique, k savoir les idees, les traditions, les moeurs, I'Ame m6me de la nation et son genie. Les malheurs de la Pologne ne sauraient 6tre expliques par ce fait qu'elle avait un roi electif et une Difete sujette aux abus du liberum veto. On trouve le principe Electoral k la base de toutes les dynasties, e( Tobstruction n'est pas un instrument d'opposition moins efficace que Tappel a runanimit6 des votes. Le premier Romanov en 1613, comme la nifece de Pierre le Grand en 1730, n'ont obtenu le tr6ne qu'en vertu d'un pacte constitutionnel. Cela ne les a pas empSch^s d'exercer ce pouvoir absolu que le prince de Talleyrand croyait indispensable k Texistence de I'lfetat polonais. Pourquoi aucun