‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 64 sur 79 · Kalinka, La Dikle de qaatre ans, I, p. i · texte numérisé non relu

Kalinka, La Dikle de qaatre ans, I, p. i

2. Correspondance entre le comte de Mirabeaa et le comte de La March, 6dit. de Beaumont, Paris, 1851, II, p. 414.

Varsovie, allant du palais royal k la residence du marechal de la Diite. C'est, k la suite du tiers fraoQais, Tentree en seine du tiers polonais. Convoques par le maire de Varsovie, Jean Dekert, 269 d61egues, repr^sentant 141 villes*, r^claroent par voie de petition Tegalite des droits poHtiques.

Par Tampleur qu'elle prend, cette tentative semble d^mentir les donn6es le plus gen^ralement accreditees sur la decheance de la vie municipale dans la Pologne de ce temps. On s*y trouvait loin, assur^ment, des splendeurs qui y avaient paru au xv' siicle. Cracovie et Leopol, comme centres commerciaux, Kruszwica ou Oltusz, comme villes industrielles, ne gardaient presque rien de leur ancienne activite; mais d'autres foyers de vie et de prosperity economique commenQaient k se constituer; et, k cet egard encore, la Pologne du xviii' sifecle est devenue une inconnue, m^me pour un grand nombre de Polonais.

Les 269 petitionnaires tenaient aussi en partie un langage accorde au ton de leurs emules occidentaux :

a Le moment est venu ou la^connaissance de la justice et de la v6rit6 nous enhardit k parler en toute franchise... et k faire appel aux droits

1. A. Sokolowski, La nouvelle Riforme^ Cracovie, 1889, 5 mai et siiiv.

qui nous appartiennent comme k des citoyens libres... des hommes qui ont conscience de Temploi qu'ils doivent faire des pouvoirs qu'ils revendiquent... et que le droit de la nature et les lois les plus anciennes... ont assure k leur Etat.... »

La p6tition etait r6dig6e par a le Robespierre polonais », comme on Tappelait encore, KoUatay, abb6 k moitie defroque et ancien vice-chancelier, devoye dans la politique de faction, dont les propos inspiraient k rarchev6que-primat de Pologne cette observation faite k haute voix qu* < il s'attendait k entendre bient6t proposer les lanternes frangaises comme objet d'^mulation* ». La « Jacobinifere » de Varsovie faisait partie des inventions par lesquelles Catberine cherchait k donner le change k I'opinion sur le sens reel de la politique qu'elle poursuivait dans la capitale polonaise. On en pent dire autant de la participation que Timp^ratrice attribuait aux Polonais dans le mouvement revolutionnaire, aux Pays-Bas*. Des clubs, cependant, existaient k Varsovie, organis6s sur le modfele parisien. L*un d'eux a jou6 un r6le important dans Tilaboration de la rfiforme constitutionnelle du 3 mai 1791. La veille de la mise en discussion,

1. Correspondance da roi Stanislas- Aaguste, Poznan, 1872, p. 205.

2. Catherine 11 k Grimm, 9 mai 1702, BeoutU de la Soc, d'UisU russe.

le projet en fut lu devant un public uombreux, attirS de la rue k riuterieur du palais Radztwill, si&ge du club, et cette procedure populaci^re Stait bien dans le style de la Revolution fran^aise. Mais la ressemblance s'arrSte Ik. Les belles Polonaises agitant des mouchoirs de fine batiste garnis de dentelles et des ch&les de cacbemire n'avaient rien de commun avec les dames de la Halle et les tricoteuses, qui se livraient k Paris k des demonstrations analogues, et de mSme, esprit et caractire, les rMormateurs polonais et les r6yolutionnaires fran^ais etaient, dans le fond, aux antipodes les uns des autres.

Meh^e de la Touche, bomme de beaucoup de metiers, diplomate au service de la Revolution et plus tard espion au service de Napoleon*, a represents, de 1790 a 1791, le gouvernement revolutionnaire frauQais k Varsovie, et la mauvaise opinion qu'il a prise, k ce moment, des Polonais, semble bien lui avoir et6 inspiree par le peu de sympathie qu'il leur d6couvrait pour les hommes et les choses de son pays, tels que les uns et les autres se presentaient alors. a Je ne

1. Souvenirs pub1i6s par M. de Barante, Bevue des Deux MondeSy 15 mai 1800.

sais, 6crivait-il, qui a pu repandre en France la conviction que les Polonais sont nos amis et partisans de notre Revolution. II est pen de pays, au contraire, ou la sottise et Torgueil se soient exasp6r6s contre nous avec une egale violence. Quelques deputes se sont prononces pour nous, mais le plus grand nombre appartient actuellement au parti des mecontents et leur opinion a toujour^ 6te mal accueillie par la generalite*. » La constitution polonaise du 3 mai lui fera, en quelques-uns de ses articles, Teffet d'une parodie des d^crets revolutionnaires de TAssemblee nationale, et lui parattra, dans Tensemble, destinee i r6aliser le voeu dlnnocent XI : « Ah! quando haveremo un re in Polonia assoluto!^ »

Le tiers polonais prenait de quelque maniere le ton et les fagons du Tters frangais; mSme en elevant, ison exemple, des pretentions 6galitaires, il avait soin cependant de marquer les distances et les differences d'attitude. « L*echo nous parvient, lit-on dans la petition susmentionnee, des troubles qui agitent d'autres pays; mais, devant Dieu qui penetre le secret des 4mes et devant le raonde entier, nous protestons notre fidelity et notre respect inalteres envers S. M. le roi, notre auguste maitre, ainsi que les Illustrissimes Etats

1. Histoire de la prdtendue Hholufion de Pologne, Paris, 1792, p. 50.

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