‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 65 sur 79 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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de la R6publique, et notre volonte de ne rien entreprendre, qui puisse porter la moindre atteinte k la tranquillite^ int6rieure.... L'esclave brise violemment ses fers li ou tous les droits de rhomme et du citoyen sont etouffes par ceux qui disposent de lui. Mais, en Pologne, le roi, le S6nat, rOrdre equestre entier et un chacun sont convaincus que Ja liberty est inherente k Thomme, que les lois sont sacr^es, que les inf^rieurs doivent 6tre relev6s, les faibles fortifies, et que sur ce fondement seul pent 6tre dress6 Tedifice d'un gouvernement libre et 6ternellement durable. »

Autant de mots, autant de traits de demarcation entre la Pologne et le monde europeen, dans cette phase de leur. Evolution.

En formulant et en faisant valoir ses revendications, les representants du Hers polonais avaient bien laj'rance revolutionnee en vue, et, cavaliferement expulsee par un prince Sapieha de la loge qu'elle occupait au th64tre, Mme Dekert osait engager le brutal personnage ^ a ne pas oublier ce qui se passait i Paris* ». Mais, dans Tensemble, onn'etait pas incline ici k un.conflit violent, dont la raison n'existait pas, et les representants de VOrdre Equestre repondaient k la manifestation de « la procession noire », ense rendant en corps,

i. Kalinka, La DiHe de quatre ans, I, p. 507.

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eux aussi, i l*H6tel de Ville, avec le mar6chal de la Difete, Malachowski, en t6te, pour inscrire leurs noms aristocratiques sur les registres de la classe bourgeoise, aprfes quoi ils se portaient k faire droit k ses pretentions au moyen d'un compromis, dont le sens, d'inspiration tres polonaise, allait directement k Tencontre des principes revolutionnaires franQais.

Sur ce terrain, une replique polonaise de la nuit du 4 aoM n*6tait pas possible. Si inclines k professer des id6es lib^rales que fussent beaucoup de ses membres, la noblesse de ce pays demeurait, k tons les degr^s, passionnement altach^e k ses privilfeges. Mais, de tout temps, elle avait montr6 beaucoup de facility k les partager. Ses tendances etaient egalitaires, mais nuUement nivelatrices. Paradoxalement toujours, elles visaient k une co6quation de droits par en haut, plutfit que par en bas, et c*est dans cet esprit aussi que se trouva congue la solution adoptee pour le probl6me du tiers,

L'idee en fut partiellement emprunt6e k la France, mais k la France de rancif^n regime, et avec une variante, transformant le modfele selon Tideal polonais. Sous Taiguillon des embarras financiers, la monarchie frangaise vendait des titres de noblesse avec les charges a la possession desquelles ils etaient attaches. En dehors de toute preoccupation fiscale, la Constitution polonaise

du 3 mai decida simplement que Texercice de certains emplois accessibles k la bourgeoisie impliquerait pour les titulaires I'acquisition de tous les droits propres k TOrdre equestre.

Le tiers obtenait en outre Tadmission a la DiMe avec voix consultative. II n'insista pas pour avoir davantage. La question ne se trouvait pas pos^e pour lui comme pour le tiers frauQais, entre tout ou rien, II itait d^jk quelque chose, et il devait compter avec le caract^re du mouvement r^formateur, qui, en depit des influences emanant du demos nobiliaire^ restait ici aristocratique k beaucoup d'^gards, et par Ik m^me pen port6 aux mesures radicales et communement incline au respect des traditions.

De partet d'autre d'ailleurs, la repugnance etait egale k donner au debat plus de vivacite, et Tabsence d*esprit combatif generale. La noblesse non possessioonee s'accommodait elle-meme, sans grande resistance, d*un article de la Constitution, qui Texcluait de toute participation k la vie politique. Les id^es et les impulsions de violence n'6taient pas, comme en France, eveillees et excitees par une opposition violente elle-mSme et peu scrupuleuse dans le choix de ses moyens de combat. La lutte ne s'exasperait pas, et il y avait kcela plusieurs raisons.

Ce n*6tait pas d'abord, k proprement parler, une lutte de classes. Entre la noblesse comprenant toutes les conditions sociales au-dessus du servage et la bourgeoisie partiellement k elle agregee, la vie politique se concentrait ici dans un milieu oil une certaine communaute 4*id6es et de traditions etait renforcie par une solidarite d*int6r6ts encore plus etroite. Le petit hobereau, possesseur de quelques arpents de terre, se disait, en une locution devenue proverbiale, « T^gal du voievode ». Pour autant qu'il n'avait pas bu un coup de trop en compagnie de ce haut personnage, k Tissue de quelque s6ance orageuse de Dietine, il savaitbien que, dansle fond, ce n'6tait pas vrai. II avait, dans sa jeunesse, servi, — c*6tait Texpression employee, — kla cour, — c'etait le terme en usage, — du meme magnat. II avait ob6i isesordres, et, s'il s'6tait permis d'y contrevenir, il avait 6te fouett6 sur un tapis, seule concession k laquelle son rang lui donn&t droit. Mais il cachetait sa correspondance avec les mfimes armes, ou d'autres d'illustration 6quivalente; pour pen que la fortune le favorisftt, il avait chance d'obtenir, lui aussi, place au Senat, ne fut-ce que sur un strapontin, et, en loute hypothese, il possedait, pareillement et au mfeme titre, quelques

dizaines tout au moihs d*&mes serves, livr^es de m^me par Dieu ou par les lois de la R^publique k sa discretion. Et tout cela faisait que, v6tu i'uu d'une delta somptueuse, doublee de zibeline, et Tautre d'une opohcza en etoffe grossiftre, ils ne pouvaient devenir des adversaires irreconciliables. La noblesse non possessionnee elle-m^me se reconnaissait en commun, avec ses « freres » plus favorises, certaines prerogatives, auxquelles elle tenait immensement, telles que le port du sabre, le droit de bousculer sur la grand'route les charrettes des paysans et de prendre le haut de la table au cabaret. On etait du m^n^e bord et on n'avait entre soi que des querelles de famiUe, propres k Atre viddes par les voies pacifiques.

Le temperament national y contribuait, depourvii k un degrjfi egal non p^ seulement de I'inclination a la violence, mais de Tesprit de determination. On voit, k la Difete et au dehors, des partis, des factions, des groupements, en bostilite d&clarte les uns contre les autres. Le nombre en est m^rne tres grand. Dans aucun on n'aper^it cette Aprete et cette resolution qui, efx provoquant une resistance non moins decide^* rendeat inevitablie un choc et excluent la conciliation. Les &dversaires du tiers commeaeent par reclamer des mesures de « repression s6vfere j> oontre « le complot rebelle », qui porte un « ranxassis de boutiquiers et de cjibAretiefs » A

Waliszewski. — La Pologne. 42

elever « des pretentions aussi inouies » ; mais ils se bornent ensuite bif refuser aux imp^trants la voix deliberative, et Tentente aboutit de suite sur cette transaction.

Le vote des autres articles de la Constitution ne rencontre pas plus de difficulte. Meme celui qui porte atteinte k ce que les partisans de la monarchie elective appellent « la prunelle de leur liberty ».

Les circonstances ont voulu que, sur le moment, Topposition du dehors fit 4galement d6faut. L'Autriche et la Russie 4taient occupees ailleurs : celle-ci du c6t6 de la Turquie, celle-li du c6t6 de la France. Seule en mesure d'intervenir, la Prusse s*y portait d'une fagon digne de son passe et de Tavenir, que, pour son malheur, le monde a depuis connu. Manoeuvrant pour obtenir Gda/isk et Torun et comptant les recevoir k ce prix, elle ofTrait son appui k Toeuvre de la r6forme contre les autres puissances voisines, et leroi Frederic-Guillaume II lui-meme se faisait Tinterprete de cette proposition magnanime, en un message, dont, il est vrai, les Polonais ne devaient se prevaloir qu'en encourant le reproche d*en abuser impudemment. Les termes en etaient formels, mais verbindliche seulement et non bindende, ainsi qu'un historien allemand s*est charge de Texpliquer*.

1. Herrmann, Geschichte des russischen StaatSt Hambourg, 1840, VI, p. 364 et suiv.

Et done, sur le point de p^rir, la malheureuse Pologne a ete engagea k concevoir une supreme et trompeuse impression de security, dernier rayon de soleil couchant, avant la nuit proche, EUe s'est crue sauv6e, en passe de commencer une destinee nouvelle, avec son regime interieur renove et sa situation exterieure mise i Fabri. La deception allait etre prompte. Avant qu'une annee s*6coul4t, le voisin de Touest ne bougeant pas, le voisin de Test retrouvait sa liberte d'action et la mettait aussit6t k profit pour devancer rheure ou Fceuvre de salut porterait ses fruits. Contre la r^forme, il se fera une arme de la reforme elle-mftme, ralliant les rares opposants qu'elle a rencontres dans le pays, ou en suscitant d'autres. Encore n*arrivera-t-il pas i en reunir un grand nombre. Frondeurs imp6nitents ou figurants k la solde, Catherine n*en comptera que quinze k seize de quelque importance dans les rangs de la Targowica, confederation organis^e sous la protection des baionnettes russes pour la defense de a la prunelle de la liberty », les autres « ne valant pas la peine d'etre nomm^s* ». A la Difete m^me, sur 500 senateurs et deputes, ils n'etaient que 90, d'apr^s les rapports de Tenvoye russe k Varsovie, Boulkhakov, et « pen surs »,

1. Instruction du 19 avril 1792- au baron Biihler, accr6dit6 aupr^s de la Confederation par le gouvernement russe, Recueil de la Soc, (THist. russe, XL VII, 270. Gf. ibid,, p. 316.

pour la plupart, au jugement de rimpiratrice*. On est tente d'ailleurs de supposer que cette faiblesse de T^Iement r^actionnaire a facility la ruine de Tentreprise reformatrice et la catastrophe qui a suivi. Plus fort, comme la pouss^a contrerevolutionnaireen France, chouannerie et emigration, il eAt peut-6tre determine en faveur du programme reformateur un sursaut de volont^s plus ardentes et plus vaillanies. La destruction de ToBuvre de salut a £te ausgi facile que son Mification. Ainsi le voulait le genie de ce peuple, mal fait et mal arm^ de toute fagon pour la lutte.

En fait, des que, m6me venant du dehors, Fopposition k la reforme eut pris le caractfere de decision et de violence qui manquait i celle du dedans, le contre-coup s*est produit, mettant en jeu des inspirations et des forces nouvelles. Le mouvement reformateur proc6dait d*en haul, avec en tete le roi et les repr^sentants les plus marquants de Taristocratie. Maintenant, le roi acc6dant i la Targowica, Taristocratie reniant le drapeau par elle lev6 ou le laissant tomber, les hommes de la rue le ramassent et reprennent

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