Nonveau village, en polonais
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mer, le droit est sans doute encore qu'avec tout le cours de la Vistule, fleuve dont les sources et I'embouchure n'ont 6t6 enlev6es k ce pays que par les actes.de brigandage dont le monde civilis^ contre les puissances de barbarie s'est propose de detruire les effets, Gdansk soit restitu6 k ses anciens possesseurs. Oui, mais, en fait, avec Marienbourg, Tancienne capitale de TOrdre teutonique, et Kcenigsberg, la patrie de Kant, cette ligne laisserait k Test, en le s6parant de la Prusse, le berceau de cet autre Etat, terre anciennement slave, mais depuis cinq siecles fonci^rement germanis6e. Le retour au statu quo d*avant 1794, — solution de continuite entre les possessions prussiennes, et, pour les relier, passage reserve k travers les possessions polonaises, — serait sans doute difficilement conciliable non seulement avec les id6es et les habitudes actuelles en mati^re de droit public, mais encore et surtout avec la securite du futur Etat polonais. Une solution plus radicale semble done devoir fetre envisagee sur ce point.
Ge n'est assurement pas qu'il convienne aux Polonais d'elever, de ce cdte, des pretentions, dont le premier tort serait de trop ressembler k celles dont ils ont ete eux-m6mes victime de la part deleurs voisins. Depuis lexv* siicle, ils n'bnt retenu sur une partie de cette province qu'un droit de suzerainet6, que la dSloyaute tradition-
nelle de la Prusse a rendu nominal, et ils y por- , tent la lourde responsabilit6 d'avoir livre aux Teutons un gros morceau du patrimoine slave.
Mais, en dehors de toute id^e de revendication et de tout esprit de convoitise, il doit leur 6tre permis de penser que tons les berceaux ne sont pas egalement respectables. Dans celui-1^, nid ravi par des oiseaux de proie k de paisibles colombes, a ete couve ce vol hideux de choses monstrueuses, — militarisme, Industrie nationale de la guerre « fraiche et joyeuse », culte de la force et de la violence sous toutes ses formes, fourberie et cynisme, — qui, apris avoir empoisonn6 TAllemagne de Kant et de Goethe, est en train de mettre k feu et k sang le monde entier. La demilitarisation de I'Allemagne a et6 inscrite au programme officiel des Allies, et de bons esprits ont pense qu*elle ne pouvait Mre obtenue que par une degermanisation au moins partielle de la Prusse. S'ils etaient consultes, le sentiment du plus grand nombre des Polonais serait pent- Mre qu'il faudrait dtre AUemand pour imaginer ce qu'il faudrait faire pour que Kcenigsberg cess&t d'etre ville allemande; mais il n'est pas indispensable qu'elle reste prussienne, etil semble de necessite absolue que la Vistule redevienne polonaise, si la resurrection de la Pologne ne doit pas 6tre bornee k un protocole de chancelleries.
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Un seul point de perplexit6 a 6t6 ivoqu6 ici pour cette partie du problfeme, 4 titre d'exemple, et combien plus nombreux et plus deconcertants ils se dressent sur la face orientale des territoires en litige !
En dernier lieu, les plus chauvins et les plus polonophobes des Russes, tel M. Mi6ncbikov au NovoiS Vrdmia, ont admis que la possession d'une partie de la Pologne constituait pour la Russie moins un avantage qu'un inconvenient, et ils se sont prononces pour le retour du peuple polonais k Tind^pendance, sur la base ethnogra-phique. Le principe a paru adopt6 par M. Wilson dans une de ses declarations*, Appliquons-le, par hypoth^se, k celle des anciennes possessions de la RSpublique ou le debat se pr^sente de la faQon la moins favorable aux int^rMs polonais. Les statistiques russes font ressortir k moins de 3 p. 100 la portion de T^l^ment polonais dans la population de la province de Kiev, que les Ukrainiens disputent aujourd'hui aux Russes euxmfemes. Parmi les coUaborateurs de M. 'Mienchikov au grand journal fond6 par feu Souvarine, figurait, il y a quelques ann^es, un publi-
!. Discours du 18 Janvier 1918, point 13*.
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ciste de grand talent, originaire de cette region, feu Constantin Skalkowski. II etait orthodoxe, auteur de plusieurs ouvrages en langue russe, haut fonctionnaire de Tadministration russe, et les statistiques russes ne pouvaient, ^videmment, admettre aucun doute au sujet de sa nationalite, ainsi mauifestee. Cependant, celui qui ^crit ces lignes a eu entre les mains des memoires manuscrits laisses par le pere de ce personnage. lis sont r^diges en langue polonaise et se presentent, sans contestation possible, comme roeuvre d'un Polonais, ayant v6cu sa vie entiftre k un foyer et dans un milieu du mdme caract^re ethnique.
Les statistiques russes ne tiennent pas compte des effets, souvent plus apparents que reels, de la politique de russification, poursuivie dan^ces parages depuis pr6s d'un si^cle et demi. Elles inscrivent comme Russes tons les sujets de religion orthodoxe, dont Tagr^gation k ce rite a 6te souvent forcee, comme dans le cas des enfants issus de mariages mixtes, que T^glise dominante a r^clam^s en vertu d'une loi qui est rest6e en vigueur jusqu*& ces derniers temps. Enfin, la reduction de r616ment polonais par voie d'expropriation ou d'exil ne saurait passer pour constitutive d'un droit, mfeme fond6 sur le principe en cause.
Lui opposerons-nous le principe de delimitation historique? L'embarras n'en sera pas diminue sur le mSme terrain.
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<K Ki6v, diront les Russes, est c la m^re de i^os villes », notre metropole religieuse et rancienne capitale de Tempire rasse des laroslav et des Vladimir.
— Oui, r6pondront les Polonais; mais cette m6ine ville a ite jusqu'en 1667 chef-lieu d'un palatinat polonais, foyer jusqu'i la meme epoque d'une culture polonaise dont le rayonnement s'etendait jusqu*i Moscou, et centre jusqu'i ces derniers temps d'une vie ^conomique oil Telement polonais tenait la premiere place. »
Sur toute T^tendue des anciennes fronti^res entre la Pologne et la Russie, qui d'ailleurs out ^t6 mobiles, car Smolensk a aussi figure quelque temps parmi les chefs-lieux de palatinats polonais, des difficult^s analogues se rencontreront. Gomme Kiev sur le Dnieper par les Russes et ' les Ukrainiens, Kowno sur le Ni^men est reclame par les Russes et les Lithuaniens. C'est la patrir de Mickiewicz ! L'inextricable enchevMrement de situations, d'interMs et de competitions, que rhistoire a cr66 en ces lieux, constitue un second noeud gardien, qui ne saurait pas plus 6tre tranche k coups d*ep6e que d6m616 au moyen de protocoles diplomatiques.
Lithuanie et Ukraine a part, dont les pretentions doivent 6tre reservees, les deux grands peuples, russe et polonais, ont k regler entre eux un compte dont le passif est assurSment plus lourd du cAt6 du premier. Non parce que les Russes sont alles k Varsovie et y ont commis des horreurs. Les Polonais avaient et6 plus anciennement k Moscou, ou ils n'ont pas laisse non plus de bons souvenirs. Les Russes se sont donnS le tort plus grand d'avoir d'abord livre Varsovie, Poznan et Gdansk k la Prusse et de s'fttre pr6t6s ensuite au partage, de compte a demi, avec Tennemi commun de la race. Crime criant vengeance au ciel? Oui! Inexpiable? Non! La vengeance est d6ji venue, et I'expiation, terrible, a commence. On pent mdme dire qu'elle aura d6pass6 la faute, car dans le crime d*autrefois, comme dans la catastrophe qui le venge aujourd'hui, les Russes n'ont qu'une part de complicite passive, victimes eux-mSmes, avec les Polonais, des m6mes forces exterieures auxquelles Terreur de Pierre le Grand a livre leur pays. Avec plus de raison que Thomme vou6 k r^ternelle malediction de rhumanite, qui a dechaine sur elle le fl^au destructeur de la prSsente guerre, devant
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roBuvredes ann^es 1772-1795 en Pologne, eomme devant celle des annies 1917-1918 en Russie, ils peuvent dire : « Nous ne TavoiM pas voulu. » La conquMe, oui sans doutd an xvm'' sifecle, comme les Polonais au xvii^, mais non le d^membrement k part 6gale avec PAIIemagne!
Ils ont iaiss6 faire les Halstein-Gottorp et les Anhalt-Zerbst, il y a un siicle et demi, comme aujourd'hui les L^niiie et les Trotzki, instruments les uns et les autres des m6mes puissances etrang^res, et, d^membres k leur tour, les vainqueurs de 1791 sont plus humilies aux mains de la bande de brigands juifs qui les pillent et les d^shonorent que ne Ta 6t^ jamais la yaincue de Maciijowice.
Cette intervention de la N6m6sis historique ne doit-elle pas suffire aux Polonais? Et ne peut-on esp^rer que de leur' infortune commune sortira pour les deux peuples une inclination au rapprochement? La crise de demence ou la Russie se trouve actuellement jetee creuse k la v6rite entre eux un nouveau foss6, de sang et de boue. Mais elle ne saurait durer, et, avant les scenes d*horreur dont Petrograd et Moscou sont devenues le th^&tre, les rues de Varsovie en ont vu une autre oil on est tent6 de chercher une valeur symbolique, une indication d'avenir et une esperance : des femmes polonaises ont bais6 la main des soldats russes qui traversaient la ville, se portant au
devant des Allemands pour dSfendre rancienne capitale de la Pologne.
La Pologne n'a certes pas gagii6 k 6tre unie k la Russia, et elle a mdme dA ^cette communaut6 forc^e des souffrances cruelles. Mais les conditions de rexp6rience se sont trouvees en rapport avec un regime qui a conduit la Russie ellememe li oil on la voit. Ce regime est aujourd'hui condamni, si m6me la violence d'une reaction, qui se laisse pr6vpir, devait en amener le retour momentan^. T6t ou tard, i c6t6 d'une Pologne nouvelle, une nouvelle Russie se dressera, et, sans parler d'autres combinaisons que Tavenir pourra sugg6rer et qui repondront mieux encore aux interftts k y ajuster de part et d'autre, Tunion polono-lithuanieiine a propose pour cetobjet, dans le passe, un mod^e assez seduisant.
L'imitation n'en est pas dans les possibilit6s du moment. Les Polonais ont trop k oublier, les Russes trop k se faire pardonner; mais, k Tbeure oil des hommes venus des quatre coins de I'univers ont joint leurs mains et m61e leur sang pour la defense d*une cause commune, comment admettre que deux membres d'une meme famille, longtemps separes et armes Fun contre Tautre par de vaines rivalites contre les raisons autrement r^elles et imp6rieuses qui leur commandaient d*unir leur effort, se destinent k poursuivre eternellement une querelle qui leur a coute deji tant
de sang aussi, yers6 dans des luttes fratricides, et tant de larmes?
La fusion de ces deux peuples n'estni realisable, ni desirable. Dans un cadre aussi vaste, la diversity des types constitue une n^cessit^ et un 61^ ment de richesse. Mais, en forme de f^d^ration, ou en une autre plus large encore et plus souple, un accord entre les nations soeurs du monde slave, conjuguant leur existence et leur developpement, sans porter atteinte k leur individuality ni entraver leur liberty, doit 6tre envisage* dans Tordre des possibilit^s futures, plus ou moins lointaines. Autrement, la delimitation, en particulier, de la Pologne et de la Russie, k travers des territoires oil Tune et Tautre ont exerci leur domination et mis leur empreinte, demeurerait k r^tat de probl6me insoluble.
Et, en attendant le jour oil sur la Pologne rendue k I'ind^pendance, la pierre tombale sera lev6e, il est permis d'esperer qu'i Tall^gresse de la resurrection se joindra, dans les coeurs meurtris et les esprits irrit6s, un sentiment d'apaisement, qui facilitera les solutions jrovisoires.