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Messire Tbadee

252 LA POLOGNE IHCOHNGE

ne saurait trouver aucuii ^l^ment specifique d% nationality k y mettre, et il est non moins certain que, de ce cdte, le motivement separatiste n'est pas le produit d'uHe generation spontanee. Ses manifestations plus anciennes ont 4te invariablement le fait de qaelques grands seigneurs lithuanopolonais, k qui, comme au heros d'un conte de Kippling, dee habitudes d'arbitraire et de fantaisie d^r^glee ont donn6 le goi!^t du metier de souverain. Ce fut, au xvir sifecle, le cas de plusieurs membres de la maison Radsiwill, qui, au commencement du xix% out eu un emule dans la personne d'un comte, depuis prince Oginski. issu d'une autre illustre famille de m^me origine, aujourd'hui eteinte. Celui-ci, apr^s avoir ichoue k Paris, ou il essayait de gagner Napoleon k ses projets contre les Russes, s'est rendu k Saint- Petersbourg, oil il s*est propose d'y int6resser Alexandre P', contt^e les Frangais, A diverses Spoques, la Prusse, la Suede et la Russie ont favoris6, ou m6me provoqu6, de telles velleit^s, les probabilitSs, selon une loi psychologique connue, etant que ces puissances ont aimA Findependance lithuanienne moins pour elleque contre quelquun,

L*apparition plus recente et les Evolutions d'une Taryba lithuanienne ne s'Eloignent vraisemblablement pas de ces antecedents historiques.

Si n^anmoins il 6tait demontrE que, proc6-

dassent-elles meme d'une inspiration etrang^re, les intentions qui y sont manifestees repondent au vcBu r6el d'un peuple, dont Tindividualite historique ou ethnique resterait d'ailleurs difficile k determiner, elles devraient 6tre respectees, et, en eussent-ils le pouvoir, ce qui ne se laisse gufere supposer, les Polonais ne sauraient faire obstacle k un tel dessein sans renier le meilleur de leur pass^. La Lithuanie appartenant moitie k la Pologne, moiti6 a la Russie, non par des liens de suj^tion politique, aujourd'hui brisks, mais parson 6tre mSme, onconQoitmalTinter^t qu elle pent avoir k s'en degager. Mais c'est son affaire. G*est cependant Taffaire de tout le monde de s' assurer que les deliberations de la Taryba sont plus representatives des volont^s et des interfits coUectifs, dont elles sont cens^es porter Texpression, d'aprfes les indications de Tagence Wolff, que celles d'un quelconque des Soviets, composes d'Israeiites k la solde de TAUemagne, qui depuis un an precipitent la Russie dans un abime de mines et d'horreurs comme le monde n'en a jamais connu. Et ce point ne pourra etre eclairci, pour autant qu'il a beSoin de I'^tre, qu'apres que I'Allemagne aura perdu le pouvoir de faire valoir, de ce c6te, des. influences dont le^ monde a appris k connattre la puissance et la malfaisance.

Le cas de T Ukraine est plus embarrassant.

II n*y a pas, il n*y a jamais eu et il n*a pu jamais exister denaLi\onaliieukrainienne. Ukraine, — ouki^a'ina, okra'ina, — est, dans les langues slaves, I'equivalent exact du mot Mark, marche, des langues occidentales, et il y a done eu una Ukraine polonaise, comme il y en a eu plusieurs, en divers temps et lieux, qui etaient russes. Mais le terme d'Ukraine tout court ne correspond k aucune determination politique, historique ou ethnique. Employe dans cette acception, il constitue un contresens, et, dans toute autre, rapporte k des faits actuels, un anachronisme.

Plus particuliferement, il a ete anciennement applique aux pays russes des deux rives du bas Dnieper que la Lituanie a ced6s k la Pologne, ainsi qu'il a ete dit plus haut. L'Etat lithuanien conservant, dans son union avec la Pologne, une tris large autonomie, il 6tait inevitable que le3 provinces par lui abandonn^es k cette derni^re r6clamassent le m^me privilege. Le gouvernement polonais s'est donne le tort de ne pas faire droit k cette pretention legitime. Des re voltes en ont resulle. EUes ont regu, au xvii'' siecle, Tappui puissant des confreries cosaques installees dans cette region, avec une organisation militaire trfes forte et des tendances communautaires tris deve-

lopp^es, et elles ont abouti k la constitution de plusieurs Etats autonomes, dont la Pologne, la Moscovie et la Turquie se sont dispute le protectorat. La Moscovie Ta emportc pour la plus grande partie des territoires en litige, ou elle n*a pas tard6 i remplacer le protectorat par Tannexion, non sans que de nouveaux soulfevements s'ensuivissent, Tallid des Su6dois contre les Russes, Mazeppa, succ^dant & Chmielnicki, Tallin des Russes contre les Polonais. Enfin, au premier partage de la Pologne, la Russie s'est attribue le reste de FUkraine d6ji d6membr6e, pr6tendant poursuivre ainsi a le rassemblement » de toutes les « terres russes d, patrimoine ancien des Rurik, dont elie se tenait pour h^riti^re.

R^duite par les expropriations de toute nature, la grande et moyenne propriete polonaise tiennent encore une grande place dans cette region, et la vie rurale y reste soumise dans une large mesure k Tinfluence des proprietaires de cette nationalite, Dans les villes, la population est cependant en majorite russe ou juive, et, dans les campagnes, k Telement aristocratique pres, exclusivement petite-russienne. La culture paralt partag^e entre'les influences russe et polonaise. La langue populaire est un dialecle petit-russien, trfes mal fixe litterairement, trfes different dans Tceuvre po^tique de Chevtchenko et dans Toeuvre historique de Khrouchevski, Tune et I'autre ne

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pouvant, meme de loin, s'^galer aux produits de la litterature provengale. Le seul grand ecrivain que le pays ait vu naitre jusqu'i ce jour n'a employ^ ni la langue du poMe ni celle de rhistorien ukrainiens. II s'est appel^ Gogol, et il a y6cu et il est mort en se croyant aussi Russe que le plus Russe de toutes les Russies.

Dans sa forme actuelle, le mouvement ukrainien peut bien se rattacher aux traditions de Chmielnicki ou de Mazeppa ; il n'en a pas moins eu son point de depart, il y a une trentaine d'ann^es, dans la Galicie orientale, ou, en tant que s6paratiste k regard de la Russie, contre laquelle il etait cependant dirige, il n'avait aucune raison d'etre, puisque cette portion de I'ancien empire des princes de la maison de Rurik en demeurait d^tachee depuis le xiv* si^cle. De notori^te universelle, Timpulsion premiere lui est aussi venue d'une mancBuvre autrichienne, dont Tobjet double etait de faire 6chec aux Russes d*un c6te et de tenir en bride les Polonais de I'autre.

La valeur representative de la Rada ukrainienne, constitute depuis TannSe derni^re, ne pourra egalement etre d^terminee qu'apris que cette assembl^e aura cessS de deliberer k Tombre des drapeaux austro-allemands. Une indication, k cet egard, peut cependant Mre relevee d6s k present, dans la personnalite du plus actif parmi les initiateurs r6cents de la « liberation » ukrai-

nienne : connu sous le nom de Helfand Parvus et ami intime de LSnine et de Trotski, ce s&paratiste s'est plus anciennement employ^ comme president d'un Soviet r^volutionnaire k Moscou, en 1905, mais aussi comme agent /de la propa^' gande germanique en Turquie, en Bulgarie ou en Italie. Gorrespondant du Vorvaerts et th6oricien de Taile gauche de la Social-d^mocratie, il a encore cumuli toutes ces fonctions et qualit^s avec celle de directeur d'une revue imp^rialiste, publi6e en AUemagne.

Au commencement de 1917, les autorites militaires allemandes se trouvirent interessees par une volumineuse correspondance, adress6e de la Galicie orientale k un prisonnier russe du nom de I6rmolenko, qu'elle semblait indiquer comme s'^tant, lui aussi, employ^ activement au service de la cause sSparatiste. Des propositions lui furent faites, lui offrant la liberty et une somme d'argent considerable, pour que, renvoy6 en Russie, ii y poursuivtt le mftme travail, de concert avec les agents allemands qui s y trouvaient k Touvrage pour cet objet et pour d'autres. II apparut ulterieurement qu'il y avait maldonne. Ce lermolenko n'6tait pas le destinataire r6el de la correspondance intercept^e, mais bien son homonyme, brave officier, tout k fait incapable de se prAter au r61e qui lui 6tait destine. Sur le conseil de ses camarades, il fit mine cependant

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de Taccepter, et, rentrant ainsi k P^trograd en avril 1917, il put porter au goavernement de M. Kerenski, qui, pour des raisons k ilucider, n'en a pas fait usage, les renseignements led plus dStaill^s sur le complot bolchemste^ dont le mouvement ukrainien n'^tait qu'un des Elements.

Aprfes la premiere tentative des bolcheviki en juillet de la mftme ann^e, divers journaux russes, et le Nomid Vr&mia en particulier, ont publi6 le detail de cette aventure.

Sous ces reserves, ce qui a Ete dit de la Lithuanie s'applique aussi k I'Ukraine ; mais il semble bien que, si un retour k rindSpendance est possible et legitime en ces deux pays, il doive 6tre prepare dans d'autres conditions et par d'autres mains, line propagande tr^s active, sinon tres efficace, en faveur de I'indEpendance ukrainienne, a 6t6, depuis 1914, exercEe en Suisse, par un groupe de r6fugi6s dont Tinter^t pour cette cause relfeve de raisons diverses et souvent Enigmatiques. Dans le nombre, figure un comte Michel Tyszki6wicz, auteur de plusieurs Merits et 6diteur d'un journal s'inspirant d'ambitions tris 6tendues. Pour satisfaire ce separatiste, TUkraine ind6pendante par lui rfev6e devrait, semble-t-il, mettre la Lithuanie enti^re dans sa d^pendance. Proprietaires de beaux domaines dans la region de Ki6v, les Tyszki6wicz en possfedent de plus

vastes encore, dont un majorat, aux environs de Wilno et de Kowno.

Le trait met en lumi^re Textr&me complexity de ce mouvement, auquel le probl^me d^licat des fronti^res de la future Pologne se trouve intimement li6.

Dans une lettre adress^e en septembre 1918 au president du Comity national polonais siegeant k Paris, M. Ciemenceau s'est port6 garant de la reconstitution de la Pologne c dans le cadre de ses limites historiques ». Aux yeux d*un certain nombre de Polonais, la formule a paru manquer de precision, un cadre se laissant concevoir comme limitatif seulement au regard du plus et non du moins. D'autres, cependant, Font interprets dans le sens de cette Pologne od morza do morza (d'une mer k I'autre), dont le patriotisme ambitieux de quelques-uns a fait, sans raison suffisante & coup siir, un postulat irreductible.

II est sans doute vrai que Thistoire polonaise a 6volu6 entre ces points liminaires du littoral septentrional et meridional, Baltique et mer Noire, auxquels le developpement de TEtat polonais a tendu et qu'il a momentanSment atteints. Les titres qu'il y a acquis sojit cependant, d'un cdt6 au moins, assez faiblement fondes. Gdadsk est rest6e ville polonaise jusqu'au second partage (1794), et, au xv' sifecle, les colonisateurs polonais des pays riverains du bas Dnieper ont

pousse k travers Tesp^ce de no mans land gii# constituaient alors les steppes en bordure A^ la mer Noire, et, prenant pied sur le littoraU ils y ont creS quelques etablissements. Maia, k d^faut de tout appui donne par le gouyeraem^ot polonais k cette prise de possession, elle n'a eu qu'une dur^e 6ph6m6re. D'autre part, k la possession prolong6e d*une partie notable des cdtes de la Baltique n'a correspondu aucun developpement de puissance navale. Ni sur un b&timent de com> merce ni sur un b&timent de guerre de quelque importance, le pavilion polonais n'a'jamais flottS. II serait faux sans doute d*en deduire une presomption d'incapacite. D'origine polonaise pour la plupart, les cosaques du Zaporoj^ (rapides du Dnieper), qui, sur leurs esquifs legers et rapides, bravaient la puissance ottomane j usque dans le Bosphore, furent d'habiles et hardis marins. Mais, essentiellement terrienne, la noblesse polonaise n'avait pas le goiit des choses de la mer, et elle fitait toute-puissante.

En dehors meme de cette contro verse que^ en ce qui concerne la mer Noire, le bon sens du plus grand nombre des Polonais ecarte par la question prealable, le probleme offre de tres grandes difficultes, m6me k Touest, ou elles sont moindres.

II se trouve pos6, de ce cdt6, entre la question de droit et la question de fait. Si une Pologne doit 6tre reconstitute, le droit est evidemment qu'elle comprenne* avec le lac de Goplo, des bords duquel I'aigle polonaise a pris son vol^ Tancien palatinat de Poznad, berceau de I'Etat k ressusciter. Et il importe peu que la fronti^re occidentale de cette province « se trouve k deux heures en auto de Berlin ]», selon Tobservation [ue Guillaume II a faite k Tambassadeur des Itats-Unis, k la veille du jour oii cette puissance devait entrer en guerre avec TAUemagne. Ce n'est evidemment pas la faute des Polonais si, quelque soin que les AUemands prennent de d^marquer les localit^s slaves, un Pankow se trouve encore parmi les faubourgs de la capitale elle-m^me de Tempire allemand, et une Nowa toils' ^ tout k fait polonaise parmi les stations du chemin de fer entre Berlin et Potsdam. Le fait ne sauraity sur ce point, primer le droit, et il n'est pas vraisemblable qu un conflit d'opinion s'y produise.

Mais si, selon les engagements pris par les puissances de TEntente, la r^surreption de la Pologne doit assurer k son peuple Taccfes de la

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