‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 8 sur 79 · La DiHe de Grodno^ p. xii · texte numérisé non relu

La DiHe de Grodno^ p. xii

4. StanislaS'Auguste d Grodno, Saint-P^tersbourg, 187], p. 45-46.

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sion (l*un sort non merits par les naufrag^s de 1772-1795, done injuste. Pour les motifs que Ton devine, les maitres allemands ou russes ne pouvaient y souscrire, et les disciples polonais y ont repugne eux-memes pour d'autres raisons.

Queique part d'erreur qu'il convienne d'y trouver et si fAcheuses qu'en aient 6te les consequences, cette repugnance n'a generalement pas ete inspiree par des considerations malhonnStes. Les hommes qui en ont subi Timpression ob6issaient, pour la plupart, aux sentiments d'un patriotisme sincere. Chefs dirigeants de la politique de leur pays et y presidant en m^me temps au d6veloppement de Tenseignement, en cette double qualite, ils ont cru bien faire en adoptant des suggestions od ils apercevaient un 616ment d'edification et un instrument de cette discipline morale qui, elle aussi, est Dieu, selon la legon de Fichte. Dans une thfese ou ses inspirateurs allemands et russes cherchaient une justification du crime accompli et un moyen d*en mettre le fruit i Tabri d'6ventuelles revendications, eux ont aperQu la legon de sagesse qui devait mettre les Polonais en mesure de r6parer dans Tavenir les defaillances du passe, et, en attendant, les rendre

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dociles aux directives imposees par les nicessit^s du moment.

Pour ce double objet, interpret6e k la faQon des Hiippe et des Ilovaiski, I'histoire de rancienne Pologne offrait des ressources incomparables, et les disciples de ces mattres n'h^sitaient pas k en faire non pas seulement Tinspiratrice, mais, selon Texpression de Tun d'eux, « la complice » de la politique qu'ils pratiquaient, et pour laquelle il ieur paraissait legitime aussi de cbercher des guides Ik ou leurs ancMres avaient trouv6 des vainqueurs.

Mais la pente etait scabreuse, et ils y ont glisse, entraines par Thypnose des influences qu'ils consentaient k subir et auxquelles ils devaient encore une autre cause d'aberration intellectuelle et morale : la methode, expression souveraine du g^nie allemand, instrument necessaire en mdme temps que criterium infaillible de toute realisation scientifique, mais destin^ essentiellement, au gr6 de ses inventeurs, k d6gager des faits cette substance qui, scion la formule en honneur au pays des Treitschke et des Bemhardi, est la v6riti, puree qtielle est utile.

Adapts k Tenseignement de Thistoire polonaise, ce pragmatisme scientifique a, selon la parole d'un historien polonais, dont le langage a, h^las ! change depuis, permis aux maitres allemands de faire sur le cadavre de la Pologne la d^monstra-

tion de la nocivite mortelle des atteintes portees k la toute-puissance de TEtat; il a fourni aux Junkers prussiens des arguments contre toutes les manifestations de Tesprit liberal, et donne aux Hakatistes des marches orientales de Tempire germanique le moyen d'imposer silence aux revendications nationales des paysans posnaniens. II a conduit aussi les disciples polonais de tels educateurs i une reconstruction historiosophique de leur passe, qui en a arr6te au xv"* sifecle la periode brillante et enferme toutes les splendeurs et toutes les gloires de Tepoque posterieure, avec les Sigismond, les Bathory et les Sobieski, dans un meme « cercle vicieux » d'erreurs et de crimes, de folie et d'abjection, preparant I'inevitable catastrophe.

Pour qu'en pleine vitality de conscience nationale, attestee par tant d*autres temoignages, une telle conception lui devint acceptable, il a fallu que violence y fut faite aux sentiments les plus naturels. L*op6ration n'a pu aboutir sans lutte, accompagnee de dechirements douloureux, et il est instructif de suivre les peripeties de ce drame intime dans Tceuvre du chef incontest6, sa vie durant, de Tecole historique oil elles se sont

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developpees, esprit elev6 et ccBur g^nireux, dont Tauteur de cette etude s'honore d'avoir 6t6 T^lfeve et Tami. En 1868» Joseph Szujski se mettait encore ei^ rebellion contre les leQons de Siegfried Hiippe. 11 se refus)rit k admettre c Tanachronisme » impute aux institutions polonaises du XVIII* sifecle. Que la jeune nation polonaise f At de tous points retardataire et pour cette raison incapable d'adopter la forme d'un Etat moderne, cette assertion est devenue depuis, avec son concours, le premier article du nouvel 6vangile, prectie k la generation k laquelle nous appartenons. En 1868, Szujski en itait revolts. II en trouvait la refutation dans la lettre elle-m6me des theories mises en avant par I'historien allemand, dans sa conception, notamment, de la noblesse polonaise, dont Tid^e « se laisserait confondre avec celle du civisme, qu'elle devancerait done dans rhistoire ». Et il se demandait « si quelquesuns des principes professes par les Polonais au cours de leur existence politique n'^taient pas destines k s'imposer un jour au monde entier pour son salut : tel, realise par Tunion avec la Lituanie, le plan d'une federation gen6rale des peuples pour la defense commune, — exactement dans la donnie de cette Societd des nations que la crise actuelle a mise k Tordre du jour; — la repudiation d'une politique de conquSte; la pratique d'une tolerance religieuse absolue? » II se

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plaisait k penser que, « dans la <5onstitution r6publicaine de rancienne Pologne, dont le dSfaut principal 6tait, non son caract^re archaique, mais au contraire sa pr^cocite, Tavenir reconnaitrait peut-Atre la merveille pal^ontologique d'une society qui, contre le dogme impie du bellum omnium contra omnes^ avait os6 dresser un id^al de paix et de concorde * . »

Ces fibres conjectures etaient naturelles sous la plume d'un historien qui, deux annees atipa^ ravant, reclamait tout au moins pour le passe national « le r61e du grain ivangelique de seneve », au milieu du cataclysme qu'il voyait, prophfete de malheur trop justifii, hilas! se preparer pour TEurope^, et qui en 1865 avait 6crit : i La monarchie polonaise, transformie par la constitution du 3 mai 1791, 6tait une floraison de liberty greffee sur une souche ancienne. Encore un moment, et ces deux puissances : la Revolution frauQaise et la r^forme constitutionnelle polonaise, se seraient rencontrees et auraient 6branl61e monde.... Ainsi s'explique le frisson de volupti que nous donne le souvenir de cette heure glorieuse et dont le doctrinarisme des partis extremes voudrait nous guirir comme d*une maladies »

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