‹ La Pologne martyr. Russie - Danube (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · TOUT, DANS LA RUSSIE, EST ILLUSION ET MENSOAGE · texte numérisé non relu

TOUT, DANS LA RUSSIE, EST ILLUSION ET MENSOAGE

Le communisme russe n'est nullement une institution, c'est une condition naturelle qui tient à la race, au climat, à l'homme, à la nature.

L'homme, enRussie, n'est point l'homme du Nord. 11 n'en a ni l'énergie farouche ni la gravité forte. Les Russes sont des Méridionaux ; on le voit au premier coup d'œil, à leur allure leste et légère, à leur mobilité. La pression violente des invasions tartares les a rejetés du Midi dans ce marais immense qu'on appelle la Russie septentrionale. Celte affreuse Russie est très-peuplée. Celle du Midi, riche et féconde, reste une prairie solitaire.

Huit mois par an de boue profonde, e( toute corn-

munication impossible; le reste du temps, des glaces, et les voyages pénibles et dangereux, si ce n'est par traîneaux. La désolante uniformité d'un lel climat, la solitude que crée l'absence de communications, tout donne à l'homme un besoin extraordinaire de mouvement. Sans la main de fer qui les tient attachés au sol, tous, nobles et serfs, les Russes fuiraient; ils iraient, viendraient, voyageraient. Ils n'ont rien autre chose en tête. Laboureurs malgré eux, et non moins ennemis de la vie militaire, ils sont nés voyageurs, colporteurs, brocanteurs, charpentiers nomades a ussi ; cochers surtout, c'est là qu'ils brillent.

Ne pouvant suivre cet instinct de mouvement, lagriculteur au moins trouve plaisir à changer et s'agiter sur place. La distribution continuelle des terres, leur passage d'une main à l'autre, font une sorte de voyage intérieur pour toute la commune. La terre ennuyeuse, immobile, est comme mobilisée, diversifiée parce fréquent échange.

On a dit en parlant des Slaves en général ce qui, tout au moins, est vrai des Russes : « Nul passé, nul avenir; le présent seul est tout. »

Mobiles habitants de l'océan des boues du Nord, où la nature incessamment compose et décompose, résout, dissout, ils semblent tenir de l'eau. « Faux comme l'eau, » a dit Shakspeare. — Leurs yeux longs, mais très-peu ouverts, ne rappellent pas bien ceux de l'homme. Les Grecs appelaient les Russes :

10 KOSCniSKO.

Yeux de lézards, et Mickiewicz a dit, mieux encore, que les vrais Russes avaient des yeux d'insectes, brillants, mais sans regard iiumain.

On devine, à les voir, la sensible lacune qui se liouveen cette race. Cène sont pas des hommes encore.

iXous voulons dire qu'il leur manque l'attribut essentiel de l'homme : la faculté morale, le sens du bien et du mal. Ce sens et cette idée, c'est la base (lu monde. Fn homme qui ne l'a pas flotte encore au hasard, comme un chaos moral qui attend la création.

Nous ne nions pas que les Russes n'aient pas beaucoup de qualités aimables. Ils sont doux et faciles, bons compagnons, tendres parents, humains et charitables. Seulement, la sincérité, la moralité, leur manquent entièrement.

Ils mentent innocemment, volent innocemment, mentent, volent toujours.

Chose étrange! la faculté admirative, très-développée chez eux, leur permet de sentir le poétique, le grand, le sublime peut-être. Mais le vrai et le juste n'ont aucun sens pour eux. Parlez-en, ils restent muels, ils sourient, ils ne savent ce que vous voulez dire.

La justice n'est pas seulement la garantie de toute société, elle en fait la réalité, le fonds et la substance. Une société où elle est ignorée est une société apparente, sans réalité, fausse et vide.

KOSCTUSKO. A\

Du plus haut au plus bas, la Russie trompe et ment : c'est une fantasmagorie, un mirage, c'est l'empire de l'illusion.

Partons du bas, de l'élément qui semble encore lo plus solide, du trait original et populaire de la Russie.

La famille n'est pas la famille. La femme est-elle à l'homme? Non, au maître d'abord. De qui est l'enfant? Qni le sait?

La commune n'est pas la commune. Petite république patriarcale, au premier coup d'œil, qui donne l'idée de liberté. Regardez mieux, ce sont de misérables serfs qui seulement répartissent entre eux le fardeau du servage. Par simple vente et par achat, on la brise à volonté, cette république. Nulle garantie pour la commune, pas plus que pour l'individu.

3Iontons plus haut, jusqu'au seigneur. Là, le contraste de l'idéal et du réel devient plus dur encore, et lo mensonge est plus frappant. Ce seigneur est un père, dans l'idée primitive; il rend paternellement la justice, assisté du starost, ou ancien du village. Ce père, dans la réalité, est un maître terrible, plusczar dans son village que l'empereur dans Pétersbourg. 11 bat à volonté; à volonté, il prend votre fdleou vousmême, vous fait soldat, vous fait mineur de Sibérie, vous jette, pour mourir loin des vôtres, aux nouvelles fabriques, vrais bagnes qui sans cesse achètent des serfs et les dévorent .

L'état des libres est pire, et personne n'a intérêt d'être libre. Un Russe de mes amis a fait de vains efforts pour y amener ses serfs. Ils aiment mieux le hasard du servage : c'est comme une loterie ; parfois on tombe à un bon maître. Mais les soi-disant libres sous l'administration n'ont point de ces hasards. Elle est le pire des maîtres.

, Cette administration, dans l'empire du mensonge, est tout ce qu'il y a de plus mensonger. Elle se prétend russe et elle est allemande ; les cinq sixièmes des employés sont des Allemands de Courlande et de Livonie : race insolente et pédanlesque, dans un parfait contraste avec le Russe, ne connaissant en rien sa vie, SCS mœurs, ni son génie, le menant tout à contre-sens, brutalisant, faussant les côtés aimables, originaux, de cette population douce et légère.

Dans ce peuple de fonctionnaires, on ne peut sans dégoût envisager ce qui s'appelle Église, et qui n'est qu'une partie de l'administration. Nulle instruction spirituelle, nulle consolation donnée au peuple. L'enseignement religieux expressément défendu. Les premiers qui prêchèrent furent envoyés en Sibérie. Le prêtre est un commis, rien de plus ; et, comme le commis, il a les grades militaires. L'archevêque de Moscou a le titre de général en chef, celui de Kasan, de lieutenant général. Église toute matérielle et l'antipode de l'esprit.

Le pape de la Russie est le collège ecclésiastique,

lequel juge les causes spirituelles , mais lui-môme il fait ce serment : « Le czar est notre juge. » De sorle qu'en réalité le vrai pape est le czar.

Un auleur important en cette matière, Tolstoï, le dit expressément : « L'empereur est le chef-né de la religion. »

Dans le czar est le faux du faux, le mensonge suprême qui couronne tous les mensonges.

Providence visible, père des pères, protecteur des serfs 1... Nous expliquerons ailleurs, dans son développement diabolique, cette effroyable paternité.

Qu'il nous suffise ici de montrer ce qu'elle a de faux, dans son attribut le moins faux, le moins contestable, la force et la puissance; d'expliquer que cette puissance elle-même, si roide, si dure, et qui paraît si forte, est très-faible en réalité.

Deux choses naturelles ont amené cette chose dénaturée, ce monstre de gouvernement. L'instabilité désolanleque lesinvasions éternelles des cavalierstarlares mettaient dans l'existence des Russes leur a fait désirer la stabilité, le repos sous un maître. Mais, d'autre part, la mobilité intrinsèque de la race russe, sa fluidité excessive, rendaient ce pcpos dil'ficile. Incertaine comme l'eau, elle ne put être retenue que par le procédé dont use la nature pour fixer l'eau, par la constriction, le resserrement dur, brusque, violent, qui, aux premières nuits d'hiver, met l'eau en glace, le fluide en cristal, aussi dur que le fer.

Telle est l'image de la violente opération qui créa l'État russe. Tel est son idéal ; tel devrait élre ce gouvernement, un dur repos, une fixité forte, achetée aux dépens des meilleures manifestations de In vie.

Tl n'est point tel. Pour continuer la comparaison, il est de ces glaces mal prises, qui contiennent au dedans des vides, des flaques d'eau, restée mobiles, qui trompent à tout moment. Sa fixité est très-peu fixe, sa solidité incertaine.

L'âme russe, nous lavons dit, n'a rien de ce qui, môme dans l'esclavage, est nécessaire à la stabilité. C'est un élément plus qu'une humanité. Serrez, c'est presque en vain ; elle coule, elle échappe. Avec quoi serrez-vous? avec une administration sans doute; mais cette administration n'est pas plus morale que ceux qu'elle prétend régler. Le fonctionnaire n'a pas plus que le sujet la suite, le sérieux, la sûreté de caractère, les sentiments d'honneur, qui peuvent seuls rendre efficace l'action d'un gouvernement. Il est, comme tout autre, léger, fripon, avide. Si tous les sujets sont voleurs, les juges sont à vendre. Si le noble et le serf sont corrompus, l'employé l'est au moins autant. L'empereur sait parfaitement qu'on le vend, qu'on le vole, que le plus sur de ses fonctionnaires ne tiendrait pas contre une centaine de roubles.

Ce pouvoir immense, terrible, qu'il transmet aux agents de ses volontés, que devient-il en route? Acha-

que degré, il y a corruption, vénalité, et, par suite, incertitude absolue dans les résultats.

Si l'empereur était toujours trompé, si sa volonté restait toujours impuissante, il prendrai! ses mesures et s'arrangerait là-dessus. Il n'en est pas ainsi. Le grand défaut de la machine, c'est qu'elle est incertaine, capricieuse dans son action. Parfois les volontés les plus absolues de l'autocrate n'aboutissent à rien. Parfois un mot qui lui échappe par hasard a des effets immenses et les plus désastreux.

Un exemple : Catherine, envoyant en Sibérie plusieurs Français pris en Pologne, avait très-for temeni recommandé (pour ménager l'opinion) qu'ils fussent bien traités. Elle le dit et le répéta, ordonna, menaça. Jamais elle ne fut obéie.

Autre exemple contraire : Nicolas dit un jour à des paysans du Volga qu'il serait charmé que dans l'avenir tout paysan pût ôlre libre. Ce mot tombe comme une étincelle ; une révolte immense et le massacre des maîtres en résultent ; il y faut une armée et des torrents de sang.

Voilà comme tout flotte. L'empereur est parfois infiniment trop obéi, contre sa volonté ; parfois il ne l'est pas du tout. Souvent il est trompé, volé, avec une audace incroyable. Par exemple, à sa barbe, à ses yeux, on vole, on vend en détail un vaisseau de ligne, et jusqu'à des canons de bronze. Il le voit, il le sait, il menace, il frappe parfois. Et les choses n'en

vont pas moins leur train. Chaque jour lui montre durement, et avec dérision, que celte autorité énorme est illusoire, cette puissance impuissante. Chaque jour, plus indigné, il se débat, s'agite, fait quelque essai nouveau et encore impuissant. . . Contraste humiliant ! Un Dieu sur terre, trompé, volé, moqué si outrageusement! Rien de plus propre à rendre fou 1

Résumons. Le Russe est mensonge. Il l'est dans In commune, fausse commune. Il l'est dans le seigneur, dans le prêtre et le czar. Crescendo de mensonges, de faux semblants, d'illusions !

Qu'est-ce donc que ce peuple ? Humanité? Nature, élément qui commence et non organisé? Est-ce du sable et de la poussière, comme celle qui, trois mois durant, volatilise et soulève à la fois tout le sol russe ? Est-ce de l'eau, comme celle qui, le reste du temps, eau, glace ou boue, fait un vaste marécage de la triste contrée?

Non. Le sable, en comparaison, est solide, et l'eau n'est pas trompeuse.

vin

l'OLITIQUli MENSONCEKE DE LA RUSSIE. — COMMENT ELLE A DlSi^OUr LA POLOGNE

La Russie, en sa nature, eu sa vie propre, étant le mensonge même, sa politique extérieure et son arme contre l'Europe sont nécessairement le mensonge.

Seulement, il y a ici une remarquable différence : autant la Russie, comme race, est mobile, fluide, incertaine, autant, comme politique et diplomatie, elle est tixe, persévérante. Ce gouvernement, étranger en grande partie, souvent tout allemand, ou suivant la tradition du machiavélisme allemand, avec un mélange de ruse grecque et byzantine, varie peu, se recrule d'un personnel à peu près identique, Ministres, diplomates, observateurs, espions de divers rangs et des deux sexes , le tout forme un même corps, une sorte de jésuitisme politique.

iS KOSCILSKU.

Deux puissances ont seules connu la mécanique du mensonge et l'ont pratiqué en grand : les jésuites proprement dits, et ce jésuitisme russe.

Le temps moderne, supérieur en toute chose, armé d'une foule de moyens et d'arts nouveaux et inconnus à l'antiquité, ofTre ici deux œuvres incomparables de mensonges systématiques, deux iliades de fraudes, telles qu'aucun âge antérieur n'eût pu même les concevoir. — La première, accomplie par les jésuites vers le temps d'Henri IV, fut leur patient travail d'éducation pour refaire un monde de fanatisme et de meurtre, et recommencer en grand la Saint-Barlhélemy sous le nom de Guerre de trente ans. — L'autre travail, plus moderne,' qui dure depuis bien près d'un siècle, c'est la persévérante intrigue par laquelle le jésuitisme russe (j'appelle ainsi cette ténébreuse diplomatie) parvint à dissoudre au dedans la Pologne, à l'envelopper au dehors comme d'un réseau de ténèbres, travaillant toute l'Europe contre elle, acquérant par flatterie ou par argent les organes dominants de l'opinion, créant une opinion factice, une publicité apparente qui rendait les choses secrètes, enfin, peu à peu enhardie, mêlant aux moyens de ruse une fascination de terreur.

Ce travail a été très-long, et il faut beaucoup de temps pour l'étudier. Mais, vraiment, il en vaut la peine. Ceux qui auront la patience de le suivre dans Rulhières, Oginski, Chodsko, Lelewell et autres écri-

KOSCIUSKO. ' 4fl

vains, assisteront à une cruelle mais très-curieuse expérience politique et physiologique, celle devoir comment l'animal à sang froid, fixant incessamment de son terne regard l'animal à sang chaud, comme un affreux boa sur un noble cheval, l'attacha, le lia de sa fascination, jusqu'à ce qu'il pût le sucer, affaibli, abattu.

Cela commence doucement. C'est un regard d'iulérôt d'abord, une attention de bon voisinage, l'inquiétude fraternelle que donnent à la Russie les dissensions de la Pologne.

Et elle aime tant cette Pologne, qu'elle ne peut souffrirqu'aucun Polonais soit opprimé par lesautres. Philosophe, enthousiaste de la tolérance, elle s'intéresse particulièrement aux dissidents ; elle vient au secours de la liberté religieuse.

C'est le premier moyen de dissolution, la première opération de la Russie sur la Pologne.

Catherine, à ce moment môme, venait de prendre les biens des monastères russes. Elle n'était pas sans inquiétude. Elle imagina de lancer la Russie dans une guerre religieuse, de faire croire aux paysans qu'il s'agissait de défendre leurs frères du rit grec, perséculés en Pologne par les hommes du rit lalin. La giverre prit un caractère de barbarie effroyable. Sous l'impulsion de cette femme athée, qui prêchait la croisade , on vit des populations, des villages entiers torturés, brûlés vifs, au nom de la tolérance.

Tout cela, uniquement par amitié pour la Pologne, pour la protection des Polonais dissidents. Ce n'est pas tout, l'impératrice ne protège pas moins les Polonais fidèles à leurs anciennes lois barbares, à leur vieille anarchie.

C'est le second moyen île dissolution.

Admiratrice de l'antique constitution de la Pologne, elle ne souffrira pas que le pays se transforme ni que le gouvernement y prenne aucune force.

Dans ce second travail, la Russie s'attache surtout à créer une Pologne contre la Pologne, comme un médecin perfide qui, se chargeant de guérir un malade malgré lui, saurait habilement, dans ce corps vivant, susciter d'autres corps vivants, y faire naître des vers...

Il y eut là des scènes d'un comique exécrable. Ces Polonais, amis des Russes, donnèrent les plus étranges scènes de patriotisme. On en vit un à genoux dans la diète, au milieu de la salle, tenant près de lui son fils de six ans, et, le poignard à la main, criant qu'il allait le tuer si l'on changeait les vieilles lois, qu'il voulait rester libre ou tuer son enfant.

Voilà la seconde opération de îa Russie. La troisième, plus hardie, n'est plus seulement politique, mais sociale. Dès 1794, au temps de Kosciusko, la Russie n'entre en Pologne que pour assurer Je bienêtre des innocents habitants des campagnes. Elle pousse le cri de Sportacus, l'appel aux guerres ser-

KOSCiUSKO. 51

viles ; c'est le premier essai du système appliqué par l'Aulriche en 1846, dans les massacres de Gallicie.

Troisième moyen de dissolution.

Ce n'est pas l'épée des Russes qui a vaincu la Pologne ; c'est leur langue qui en a opéré la dissolution, lis ont vaincu par trois mensonges.

Que serait-ce si nous pouvions montrer ici tous les arts par lesquels la Russie, en môme temps, travaillait le monde contre la Pologne, profitant spécialement delà grande passion du dix-huitième siècle pour la liberté religieuse, mettant ainsi le doute dans la pensée européenne, jetant dans l'Occident un premier germe de dissolution !

Une définition profonde, admirable, a été donnée de la Russie, de celte force dissolvante, de ce froid poison qu'elle fait circuler peu à peu, qui détend le nerf de la vie, démoralise ses futures victimes, les livre sans défense :

« La Russie, c'est le choléra. »

ENFANCE ET JEDNESSR DE KOPCrUSKO (174G-l"76i

Le héros de la Pologne n'est pas proprement Polonais; il appartient à cette mystérieuse Lithuanie qui, dans le labyrinthe immense de ses bois et de ses marais, semble une première défense de l'Europe opposée à la Russie. Plusieurs des dons brillants de la Pologne manquent à la Lithuanie ; elle en a d'aulres plus graves. Les Polonais, relativement, semblent les fils du soleil ; les Lithuaniens, ceux de l'ombre. Chez eux commence le grand Nord et les forêts sans limites. Leurs chants, très-doux, ont toute la mélancolie de ce climat. L'âme lithuanienne est rêveuse, mystique, pleine du sentiment de l'infini et du monde à venir.

Le père de Kosciusko était un musicien passionné.

KOSCIl'SKO. 55

infatigable; il donnait à la musique tout le temps dont il pouvait disposer. C'était un de ces petits gentilshommes, innombrables en ce pays, qui n ont rien que leur épée, et vivent dans la domesticité des grands, ou de l'exploitation rurale de quelque noble domaine. Client des princes Czartoryski, il avait servi dans un régiment d'artillerie pendant trente années de paix. Retiré, il cultivait un domaine du comte Flemming, beau-père d'un Czartoryski.

Cette famille, qui avait entrepris la tâche difficile de réformer la nation en présence de l'ennemi, et pour ainsi dire sous la main des Russes, cherchait de tous côtés des hommes. Elle n'avait jamais perdu de vue les Kosciusko; c'est elle qui lit placer le jeune Thadée Kosciusko, né en 1746, à l'école des" cadets, que le roi Stanislas-Auguste venait de fonder à Varsovie.

Kosciusko y arrivait déjà préparé. Enfant, il était plein d'ardeur, avide d'apprendre, d'agir; il semblait que l'action, toujours ajournée pour le père dans la longue période oisive où s'était écoulée sa vie, s'était comme accumulée, et qu'elle éclatait dans son fils. Affamé d'études, dans son désert, il profila des leçons d'un vieil oncle qui avait beaucoup voyagé et qui venait quelques mois par an à la ferme de son père. Il apprit de lui un peu de dessin, de mathématiques, de langue française. En môme temps, il lisait tout seul les Hommes illustres de Plularque, il en faisait des extraits, il s'assimilait le génie héroïque de l'antiquité.

L'enfant sauvage et studieux, dans sa solitude, avait quelque chose de violent, de fougueux, d'indompté. Ce qui le ramenait à la douceur, lui mettait le mors à la bride, si l'on peut ainsi parler, c'était son amour de la famille, spécialement les égards et la protection chevaleresque qu'il sentait devoir à ses sœurs, deux petites tîUes très-jeunes. De là peut-être la noble et pure tendresse qu'il eut généralement pour la femme, et la prédilection singulière pour les enfants qu'il montra toute sa vie.

Il arriva aux écoles dans un moment triste et dramatique, au moment où la Pologne accepta un roi de la main des Russes. Le vrai roi fut dès lors l'ambassadeur de Russie, le féroce Repnin. On vit celui-ci, sans honte ni pudeur, sans pitié d'un peuple si fier, enlever du milieu de la diète les membres opposants et les envoyer en Russie (1767). Nul doute que ces spectacles n'aient puissament remué le cœur du jeune Kosciusko, doublé ses efforts; il avait hâte de servir sa pairie humiliée. Il prolongeait ses éludes bien avant dans la nuit, se plongeait les pieds dans l'eau froide pour combattre le sommeil. Dure épreuve dans un tel climat. Chaque soir, il avertissait le veilleur qui, toute la nuit, entretenait les feux et chauffait les bâtiments de l'école. Un cordon lié à son bras, et circulant dans les corridors, le tirait du lit à trois heures.

Chaque année on désignait, sur un examen, quatre élèves voyageurs qui devaient se perfectionner dans les

principaux instituts militaires de l'Europe. Kosciusko fut de ce nombre. Il fut envoyé à l'académie militaire de Versailles, puisa Brest, pour étudier la fortification et la lactique navale. Enfin il passa quelque tempsà Paris.

C'était vers 1770, ou à peu près. Jamais, pour les lettres et les arts, la France ne fut plus brillante. La grande période philosophique, ouverte par l'Esprit des lois, continuée par VÈmile, se fermait glorieusement avec la défense de Sirven et de Calas. Par Voltaire et Rousseau, la France avait en quelque sorte le pontificat de l'humanité. Un doux esprit de bienveillance, de philanthropie et de liberté semblait d ici se répandre en Europe.

L'âme du jeune Polonais s'abreuva profondément à cette coupe, et se pénétra de l'amour des hommes. Il resta le fils de ce temps, le fils de la France d'alors. Les temps terribles qui suivirent, les plus extrêmes nécessités, ses périls, ceux de la patrie, ne purent le faire dévier de la ligne tracée par la philosophie française: humanité et tolérance. Il y resta fidèle aux dépens de la victoire et de la vie.

Il était à Paris au moment du premier partage, quand la Pologne, qui essayait de se réformer ellemême et de prendre une vie meilleure, en fut punie par ses voisins et disséquée vivante. Kosciusko revint. Agé de vingt-six ans, et reçut en arrivant une inutile épée de capitaine d'artillerie, et des canons pour n'en rien faire. Il n'y avait pas cependant, à chercher bien

loin l'ennemi; il était au cœur de la Pologne. Notre jeune officier se consumait dans ce déplorable repos, voyait très-peu le monde. Un jour (en 1776), tout le corps des officiers est invité à un grand bal pour la fête du roi, Kosciusko s'y rend par devoir. Son cœur y est saisi; une jeune fille s'en empare. Elle l'a gardé jusqu'à la mort.

Sosnowska, c'était son nom, était malheureusement placée, par la naissance et par la fortune, trèsloin de Kosciusko. C'était la fille de l'hetman de Lithuanie, Joseph Sosnowski, orgueilleux et puissant seigneur, un de ces vieux Polonais, rois sur leurs terres, implacables pour quiconque aurait osé lever les yeux sur leur auguste famille, tels que le vieux palatin qui lia Mazeppa sur un cheval indompté.

Ce fut justement cet orgueil qui ouvrit la porte à Kosciusko. Envoyé avec le corps où il servait, il habita avec son colonel le château du maréchal. Celui-ci n'imagina pas qu'un jeune homme tellement inférieu r se méconnût au point d'aimer sa fille. On le laissa la voir sans cesse, lui parler, lui donner des leçons; il enseigna le français, puis l'amour. Les femmes polonaises, dans un pays si agile, mêlées au mouvement de bonne heure, et du moins entendant toujours parler des grandes affaires du pays, ont un tact remarquable pour apprécier les hommes. Elles les jugent parce qu'elles les font, usant glorieusement de leur empire pour exiger des choses héroïques.

Jamais amour ne fut moins aveugle ni mieux mérité. Ce n'était point un mérite possible, futur, qu'elle aimait; c'était déjà un homme accompli. A trente ans, il était dans la plénitude de ses dons et de ses vertus. Il apparut à Sosnowska ce qu'il était en effet, un héros.

Il n'avait pu rien faire encore, et l'apparence physique n'était point en sa faveur. A en juger par les portraits, il avait le menton saillant, ainsi que les pommettes des joues. Le nez , fortement retroussé, donnait à sa figure quelque chose, non de vulgaire, comme il arrive, mais d'étrange plutôt, de bizarre et de romanesque, d'audacieux, d'aventureux. Nez, menton, bouche, sourcils, tout semblait pointer en avant, comme l'élan du cavalier qui charge ; mais en môme temps les plans très-fermes, très-arrêtés, très-lins, rappelaient la précision de l'artilleur qui ne charge point au hasard, mais qui vise et atteint le but.

Ses yeux étaient très-vifs, hardis et doux. Là, surtout, on entrevoyait l'excellence du cœur de ce grand homme de guerre. Les anciens héros de la Pologne étaient des saints. Les Turcs, qui ont éprouvé tant de fois l'esprit guerrier de cette race, n'en avaient pas moins remarqué son extrême douceur, sa tendance à tous les amours. Ils appelaient les Slaves lesco/omôds. Celte disposition à aimer éclatait dans toute la personne de Kosciusko. Nul homme n'a tant aimé la femme, et de la plus pure tendresse. Il aimait singuhèrement les enfants, qui tous venaient à lui. Sur-

tout il aimait les pauvres: Il lui était impossible d'en voir sans leur donner; il leur parlait avec égard, avec les plus délicats ménagements de l'égalité.

Dés son enfance, il avait montré ces dispositions charitables. Le douloureux spectacle de l'infortuné paysan de Pologne, deux fois ruiné, et par son maître, et par les logements militaires, les passages continuels de soldatsétrangersqui le mangentet le battent, avait blessé profondément son cœur. La pitié, une pitié douloureuse pour les maux de l'humanité, sembait avoirbrisé en lui quelques nerfs du cœur, et produit peut-être un seul défaut qu'on ait pu saisir dans une nature si parfaite.

Ces qualités, ces défauts même, faisaient un ensemble adorable, auquel peu de cœurs auraient résisté. Sosnowska en fut si touchée, que, ne doutant pas qu'on ne vît son amant comme elle le voyait, l'égal des rois, elle dit tout à sa mère.Kosciusko, de son côté, alla se jeter aux pieds du père et les inonda de larmes. Cette confiance réussit mal. Le père la reçut avec tant de mépris, qu'il ne daigna pas même éloigner Kosciusko : il lui défendit de parler à sa fille, de la regarder.

Celle-ci, exaltée dans sa passion, absolue et audacieuse comme une Polonaise, déclara à Kosciusko qu'elle voulait ôlre enlevée. Résolution violente ! Ce n'était pas seulement quitter sa famille, c'était abandonner une grande fortune, une vie quasi royale, pour

suivre un officier obscur, qui même perdrait son grade et probablement sa patrie, poursuivi qu'il allait être par la haine acharnée d'une si puissante famille. C'était suivre la misère, l'exil.

Le père sut tout. Mais, par une singularité étrange qui montre que la vengeance lui était plus chère encore que l'honneur de sa famille, il laissa sortir les amants. Ce ne fut qu'à quelque dislance du château qu'unebande d'hommes armés les entoura. Kosciusko devait périr; il fit face à toute la troupe, l'élonna de son audace, et en fut quitte pour une grave blessure.

Évanoui plusieurs heures, il s'éveilla... Elle a disparu ; il ne reste rien d'elle, qu'un mouchoir qu'elle a laissé. 11 le serre, le met dans son sein; il l'a porlé toujours, dans toutes ses batailles, et jusqu'à la fin de sa vie.

KOSClUShO EN AMERIQUE ; — DICTATEUR EN POLOGNE il"77-17'j4'

Kosciusko, à trente ans, se trouvait avoir tout perdu, sa maîtresse et sa patrie; la première, mariée, malgré elle, à un homme qu'elle n'aimait pas; la seconde, humiliée, violée chaque jour au caprice des agents russes. Spectacle ignoble. Les vrais Polonais ne le pouvaient supporter. L'illustre Pulawski, le chef des dernières résistances, alla se faire tuer en Amérique. Kosciusko partit, et bien d'autres moins connus.

Voilà le commencement des glorieuses émigrations polonaises. La Providence, dès lors, sembla vouloir chaque jour déraciner la Pologne, et la tirer d'ellemême pour l'agrandir et la glorifier. Elle l'enleva à

Kosciusko. (H

ses querelles intérieures , à l'étroite atmosphère où elle étoulîait, la répandit dans l'univers. Partout où il y eut de la guerre et de la gloire, partout où la liberté livra ses combats, il y eut du sang polonais. On le retrouve, ce sang, comme un forment d'héroïsme, dans les fondements vénérés des républiques des deux mondes.

Un Polonais a dit là-dessus une chose ingénieuse et sublime : « Le peuple de Copernic, le peuple qui dans l'astronomie eut l'intrépidité scientifique de lancer pour la première fois la terre dans l'espace, devait mobiliser la patrie, la lancer par toute la terre.»

C'était une belle occasion pour un Polonais que celte guerre d'Amérique. Un grand souffle de jeunesse, un poétique élan de révolution, animaient ces volontaires de toute nation, qui étaient accourus là. Tous étaient très-purs encore, beaux de désintéressement et d'innocence. Les Lafayette, les Lameth , les Miranda, les Barras, étaient bien loin de deviner le rôle qu'ils joueraient un jour. Libres encore d'ambition, ils ne voulaient rien pour eux-mêmes, tout pour la liberté du monde !

Kosciusko fut accueilli par les Français comme un compatriote et un camarade d'école. La Fayette, admirateur de son bouillant courage, ne perdit pas une occasion de le faire remarquer de Washington. Ingénieur, colonel , enfin général de brigade, Kosciusko montra, avecl'intrépidité polonaise, une fermeté plus

82 KOSCIUSkO.

nécessaire encore pour retenir et diriger les milices américaines. Ces soldats agriculteurs voulaient retourner à leurs champs; Kosciusko dit seulement: « Parlez si vous voulez ; je reste. » Pas un n'osa partir.

Ueutplus d'une belle aventure : des blessures d'abord; puis le bonheur de sauver des prisonniers que les Américains voulaient massacrer. Il se constitua aussi le patron et le protecteur d'un orphelin de neuf ans, dont le père, brave soldat, venait de périr, et il parvint à faire adopter l'enfant par la République elle-même.

L'Amérique était fondée. La Pologne périssait. Au retour de Kosciusko, elle touchait à sa crise suprême. Elle faisait un dernier effort pour se transformer sous les yeux, sous la pression terrible des tyrans qui voulaient sa mort. Dans une opération si difficile, qui aurait demandé une complète unité d'action, elle n'agissait pas avec des forces entières; liée par ses ennemis, elle l'était par elle-même, parle préjugé national, favorable aux anciennes institutions sous lesquelles la Pologne acquit jadis tant de gloire. Les philosophes eux-mêmes ( Rousseau , par exemple , dont ils demandèrent les conseils ) leur disait de peu changer.

Cette prudence excessive était imprudence même. Bans des temps tellement changés, il fallait un changement d'institution profond , radical. Par des réformes de détail, extérieures, superficielles, on avertis-

sait l'ennemi, on amenait, on provoquait l'orage, el l'on ne créait aucune force qui pût résister. Une insurrection de la Pologne devant et malgré la Russie, une émancipation du nain sous le pied du géant prêt à l'écraser, c'étaient des choses impossibles, si l'on n'évoquait en cette Pologne une puissance toute nouvelle, la nation elle-même.

Un million de nobles gouvernaient quinze ou dixhuit millions de serfs. La bourgeoisie, peu nombreuse, était renfermée dans les villes, lesquelles comptaient pour très-peu dans ce grand pays agricole.

Les Polonais, naturellemeni généreux, et la plupart imbus des idées de la philosophie du siècle, auraient voulu changer cet état de choses. La difficulté de l'affranchissement était celle-ci : c'est que, dans un pays sans industrie, on ne pouvait se contenter de dire au serf : « Tu es libre !» On ne pouvait l'émanciper sans lui créer des moyens de vivre. En lui donnant la liberté, il fallait lui donner la terre.

Plusieurs disciples de Rousseau, grands seigneurs, riches abbés, avaient fait dans leurs domaines de vastes essais d'affranchissement. Non contents de libérer le paysan, ils lui distribuaient de la terre, lui bâtissaient même des habitations. Ces exemples auraient pu être imités aisément par les grands propriétaires, mais plus difficilement par la grande masse des nobles, qui, ayant peu de paysans, peu de terres, auraient fait un tel sacrifice, non pas sur leur superflu,

mais sur ce qu'ils appelaient leur nécessaire, sur ce qui constituait la vie même du noble ; ils n'auraient affranchi le paysan qu'en se rapprochant eux-mêmes de la condition du paysan.

Donc la réforme sociale impliquait dans la nation une réforme morale plus difficile encore, le sacrifice non du luxe seulement, mais de certaines habitudes d'élégance chevaleresque, qui, dans les idées du pays, étaient la noblesse même.

Là était la difficulté. Et c'est pour cela que, au moment où la Pologne ne pouvait être sauvée que par une révolution sociale, elle se contenta d'une réforme politique.

Il faut avouer aussi que le souverain qui se constituait alors le protecteur de la Pologne, le roi de Prusse, n'aurait pas permis une réforme plus radicale. Il autorisait la révolution, à condition qu'elle serait nulle et impuissante.

La nouvelle Constitution (5 mai 91) abolissait l'ancien droit anarchique où la résistance d'un seul homme arrêtait une assemblée. Elle admettait les bourgeois aux droits politiques. Elle mettait les paysans sous la protection de la loi. Elle rendait la royauté héréditaire.

Cette faute en entraîna d'autres. On donna l'armée au neveu du roi, unjeune homme sans expérience, et on lui subordonna Kosciusko. Celui-ci, avec quatre mille hommes, vainquit vingt mille Russes. Mais la

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perfidie de l'Autriche, qui recueillit les Russes battus; la perfidie de la Prusse, qui abandonna la Pologne, encouragée et compromise par elle, portèrent le coup mortel à ce malheureux pays. Le roi se déshonora, pour éviter le partage, en accédant à la ligue formée sous l'influence russe, jwur les anciennes libertés. Et alors l'ambassadeur russe, terrifiant l'Assemblée, enlevant ses membres les plus courageux pour la Sibérie, en Fermant et affamant pendant trois jours le roi et la diète, prit la main du roi demi-mort, et lui fit signer le second partage (1795).

Dans l'acte qui le déclara, on annon(;ait que, en mémoire de cette belle victoire des anciennes lois de la Pologne, on leur érigerait un temple bâti de roc, sous l'égide de la sage Catherine, un temple à la liberté !

Tout l'hiver, les Russes mangeaient la Pologne. Les logements militaires écrasaient le paysan. Ce n'était partout que pillage, pauvres gens battus, des larmes et des cris. L'ambassadeur russe Igelslrom, en quartier à Varsovie, apprenait aux Polonais ce qu'avaient été les lluns du temps d'Attila, Il faisait piller les uns, aiTÔlait les autres, se moquait de tous. Les ambassadeurs russes qui se succédaient en Pologne avaient, h plupart, une chose intolérable : ils étaient facétieux. Celui qui enleva quatre membres de la diète trouva plaisant d'ajouler : Qu'il n'entendait point gêner la liberté des opinions.

Les Russes sentaient bien d'instinct qu'une insur-

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reclion couvait. Ils ne pouvaient rien saisir, accusaient au hasard, criaient au jacobinisme. Ils supposaient une influence active de la France, et ils se trompaient. Quelques jacobins vinrent à Varsovie, mais n'eurent que peu d'action. Un Français apporta tout imprimé un pamphlet vif et hardi : Nil desperandum (rien à désespérer encore). Plus tard, la révolulion ayant éclaté, on envoya en Turquie et aussi en France. Mais la France elle-même était au bord de l'abîme. Le comité de salut public ne promit rien et dit seulement qu'il ferait ce qu'il pourrait.

La révolution polonaise de 1794 fut tout originale. Elle eut deux éléments populaires : les ouvriers de Varsovie, soulevés, guidés au combat parle cordonnier Kilinski, et les paysans appelés sur les champs de bataille par Kosciusko.

Nous ne pouvons refuser un mot à cet ouvrier héroïque, qui fut, en réalité, le chef de la vaillante bourgeoisie de Varsovie. Il exerçait dans la ville une influence extraordinaire. Il avait coutume de dire : «J'ai six mille cordonniers à moi, six mille tailleurs et autant de selliers, » Un des ambassadeurs russes, le violent prince Repnin, devant qui tout tremblait de terreur, fait venir un jour Kilinski, et s'indigne de voir un homme calme, qui a l'air de ne rien craindre. « Mais, bourgeois, tu ne sais donc pas devant qui tu parles?» Alors, ouvrant son manteau et montrant ses décorations, ses cordons et ses crachats : « Re-

KOSGIUSKO. m

garde, malheureux, et tremble! — Des étoiles? dit le cordonnier; j'en vois bien d'autres au ciel, monseigneur, et ne tremble pas. »

C'était un homme simple et pieux autant qu'intrépide. On ne pouvait lui reprocher qu'une chose : marié et père de famille, il gardait un cœur trop facile ; ses mœurs n'étaient pas exemplaires. En récompense, le fond de son caractère était d'une extrême bonté. Dans les Mémoires qu'il a écrits, il ne blâme, n'accuse personne; c'est le seul auteur polonais qui ait cette modération. Il semble qu'il ait regret au sang qu'il lui faut répandre. Il évite le mot tuer. Il dira, par exemple, qu'il lui a fallu apaiser un officier russe, puis tranquilliser un Cosaque, et mettre un autre en repos.

Kilinski et les autres patriotes de Varsovie étaient dans la plus vive impatience d'éclater. Un événement précipita la crise. On licenciait l'armée. Le 12 mars, un vieil officier, brave et respectable, Madalinski, déclara qu'il n'obéirait point. Il n'avait que 700 cavaliers ; avec ce petit corps, il traversa hardiment toute la Pologne, culbuta les Prussiens qui s'opposaient à son passage, se jeta dans Cracovie.

L'heure était sonnée. Kosciusko, alors sorti de Pologne, revint à l'instant ; il parvint à Cracovie dans la nuit du 24 mars 1794. Toute la ville était levée, toute la population l'attendait avec des torches, et le conduisit en triomphe. Fête sublime d'entiiousiasme.

et toutefois d'un effet lugubre 1 Les vives lumières, fortement contrastées par les ombres, semblaient dire l'éclatante gloire de celte révolution si courte, sitôt replongée dans la nuit... Le peuple pleurait d'enthousiasme, de tendresse pour cet homme, entre tous, héroïque et bon. On criait : « Vive le sauveur! » Ce cri revenait troublé par les profonds échos des vieilles églises, où sont enterrés les rois de Pologne ; les Sobieski et les Jagellons répondaient de leurs tombeaux .

Kosciusko fut nommé dictateur. Ses premiers actes furent simples et grands. 1° La levée générale de toute la jeunesse polonaise, sans distinction de classe, de dix-huit à vingt-sept ans. T Une proclamation touchante, qui devait aller au fond des cœurs, même des plus égoïstes.

Dix jours s'écoulent à peine. Les Russes viennent livrer bataille aux Polonais (4 avril 1794). Us avaient 6,000 hommes, Kosciusko 3,000 et 4,200 chevaux. Sur ce petit nombre il n'y avait guère de soldats proprement dits. Les cavaliers étaient les nobles du voisinage. Les fantassins (sauf quelques troupes régulières) étaient de simples paysans armés de leurs faux; la plupart n'avaient jamais entendu des armes à feu. Ces pauvres gens furent bien surpris devoir le dictateur de la Pologne prendre sa place au milieu d'eux, et non dans la cavalerie. Il avait leur costume môme, une redingote de toile grise qui ne se distinguait que par quelques brandebourgs noirs.

Ces paysans, mêlés avec quelques troupes réglées, formaient la colonne du centre, conduite par Kosciusko. Étonnés du bruit d'abord, ils ne le suivirent pas moins, et, d'un irrésistible élan, sans savoir ce qu'ils faisaient, dans leur ignoiance héroïque, renversèrent les Russes. La bataille fut gagnée, si bien qu'il leur resta dans les mains douze pièces de canon. L'affaire fut décidée si vite, qu'ils n'eurent pas le temps de perdre du monde; ils n'eurent que 150 morts et 200 blessés.

Les vainqueurs, si peu habitués à vaincre, surent à peine qu'ils avaient vaincu. Nombre de brillants cavaliers coururent bride abattue jusqu'à Cracovie, annonçant la perle de la bataille et la mortdeKosciusko.

Dès le soir de la bataille, et pendant toute la guerre, Kosciusko mangea au milieu des paysans, et, comme eux, avec une frugalité extraordinaire, se refusant toute chose que la foule n'aurait pu avoir. C'était pour les grands seigneurs, dans ce pays d'aristocratie, un étonnement continuel de voir en Kosciusko l'humble et respectable image du véritable chef du peuple, s'assimilant à ce peuple, le plus infortuné du monde, et le représentant dans la pauvreté. Oginski, l'auteur des Mémoires, mangeant un jour près de lui, lui voyait boire un petit vin à vil prix, et lui conseillait l'excellent bourgogne qu'Oginski buvait lui-même : « Je n'ai pas le moyen de boire du vin à ce prix, » répondit le dictateur.

Celte simplicité de vie était une chose tellement nouvelle et inouïe, qu'elle semblait généralement plus bizarre que touchante. Plusieurs la trouvaient ridicule. Beaucoup ne voulaient y voir qu'une comédie politique, une manière de llalter le peuple; mais le peuple , les paysans même, ne sentaient pas tout d'abord ce qu'il y avait en cela de véritable grandeur.

Kosciusko, étranger à toute adresse politique, n'avait suivi en ceci que le mouvement de sa grande âme. Il lui semblait odieux, au milieu d'une foule si pauvre, de se présenter en roi de théâtre, défaire de pompeux banquets quand ils avaient à peine du pain. Tout son cœur était dans le peuple ; comment sa vie eût-elle été étrangère à la sienne? Plus la crise approchait et le jour de mourir ensemble, plus il semblait naturel de vivre ensemble aussi du même pain, à la même table ; chaque repas était comme une communion entre le chef et le peuple, une préparation à bien mourir.

RÉSISTANCE HÉROÏQUE Dl. KOSCIUSKO. — II. SDCCOMBE lllgi-

Les villes, Varsovie, Wilna, s'affranchissaient par des combats héroïques ; mais les villes comptent pour peu en Pologne. Le sort de la révolution tenait à la pari qu'y prendraient les propriétaires nobles établis dans les campagnes.

Ils semblaient comme enchaînés par une double terreur.

D'une part, l'armée russe entrait, armée barbare qui venait défaire la guerre de Turquie, et d'y mériter une réputation exécrable par le massacre immense d Ismaïlow, la plus grande destruction d'hommes qui eût été faite depuis des siècles dans une ville prise d'assaut. Les Russes, très-nombreux, tenaient la

campagne, brûlaient les villages, pillaient et ravageaient tout.

L'autre terreur qui semblait paralyser la Pologne lui venait de la France même, des récits épouvantables, horriblement exagérés, que les émigrés faisaient partout de notre révolution. La noblesse polonaise, effrayée par ces récits, ne savait ce qu'elle devait craindre le plus de ses paysans ou des Russes. Elle eut le tort grave de méconnaître l'extrême douceur qui distinguait, entre toutes les populations, le paysan de Pologne. Elle n'eut pas foi au peuple. C'est pourquoi elle a péri.

Il faut dire qu'autour des nobles il y avait tout un monde de gens intéressés à entraver la révolution, un monde d'économes, d'intendants, de gens d'affaires, qui sentaient bien qu'elle entraînait l'émancipation de la classe agricole, et changeait de fond en comble l'ordre de choses qui favorisait leurs rapines. Sous le prétexte des travaux agricoles, ils déclarèrent que la levée en masse était impossible, et retinrent les paysans. Kosciusko, s'étant borné à demander seulement un homme sur cinq familles, n'en fut pas mieux obéi. On persécuta les familles des paysans qui parlaient. Plusieurs, craignant également la révolution et les Russes, avaient pris ce moyen terme de présenter leurs paysans à la revue du malin, mais de les faire sauver le soir.

Dans sa déclaration du 7 mai \ 794, Kosciusko se

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jette dans les bras du peuple. Dans cet acte remarquable, le poyscDi est déclaré libre de quitter la terre (ju'il cultive pour aller où bon lui semble, et le propriétaire non libre de lui ôter cette terre, s'il remplit les conditions fixées par la loi. Aux termes de ces conditions nouvelles, le travail dû par le paysan au propriétaire est diminué d'un tiers, et, en certains cas, de moitié. Les propriétaires qui demanderaient davantage sont menacés des tribunaux.

Cetacte,qui défend au propriétaire d'ôler au paysan la terre qu'il cultive, paraissait sanctionner, par l'autorité de la loi, l'opinion qu'ont généralement les serfs slaves (Polonais et Russes), qui se regardent comme les antiques et légitimes propriétaires du sol . Les serfs russes disent souvent : « Nos corps sont aux maîtres, mais la terre est à nous. »

L'acte de Kosciusko était en cela bien plus populaire que la loi française ne l'a été plus lard dans le grand-duché de Varsovie. Elle n'a eu aucun égard pour ce lien antique entre le paysan et la terre. Elle lui permet d'aller où il veut, mais en abandonnant le sol où depuis des siècles il a mis sa sueur et trouvé sa vie : cette loi d'émancipation n'est, dans la réalité, qu'une autorisation d'errer, de mendier, de mourir de faim.

A celte noble et humaine propagande de Kosciusko les Russes opposèrent un machiavélisme diabolique. Ils firent écrire par l'indigne roi de Pologne un mani-

feste aux seigneurs, où il les effrayait des conséquences de cette rëwluWon jacobme. Et, en même temps, les Russes, employant un moyen plus que terroriste, couraient la campagne en criant aux paysans polonais : « Pillez avec nous. »

Les ravages dépassaient tout ce qu'on peut imaginer. Les armées russes, suivies d'un nombre immense de chariots , enlevaient tout , à la lettre , les objets même sans valeur et les plus insignifiants. Un prisonnier polonais vit avec étonnement qu'un général russe, qui avait amené avec lui sa famille dans cette guerre à coup sûr, emportait, avec des magasins énormes de dépouilles de toute sorte, jusqu'à des fourgons remplis de jouets d'enfants, dont on amusait son fils.

11 ne faut pas oublier que cette invasion de la Pologne était, pour les courtisans des trois cours copartageantes, ce qu'on appelle tine affaire, comme le fut, pour les courtisans de Louis XIV, la révocation de l'édit de Nantes.

Les favoris de Catherine, de l'empereur et du roi de Prusse demandaient d'avance telles terres polonaises, et se'les faisaient assigner. Ce dernier prince, qui eut la plus petite part au partage, donna à ses courtisans pour 80 millions de biens dans le duché de Posen. Qu'on juge du brocantage qui se fit à Saint- Pétersbourg, entre les amants de Catherine et ceux qui, par eux, sous leur nom, faisaient des affaires. Le

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palais, l'alcôve, le lit de la vieille, étaient un marclié, une bourse.

Les Russes ne se présentèrent jamais devant l'armée polonaise sans être au moins quatre contre un ; ajoutez que c'étaient des soldats formés, aguerris, contre de simples paysans. Jamais Kosciusko, dans toutes ses divisions, n'eut, au total, plus de 53,000 hommes. Eût-il vaincu les Russes avec ce laible nombre, la Prusse et l'Autriche étaient là derrière pour les soutenir et les relever.

En 92, l'Autriche avait arrêté la victoire de Kosciusko ; en 94, ce fut la Prusse qui vint la lui arracher. Le 6 juin. Kosciusko, poursuivant les Russes, les atteint sur les contins du palatinat deCracovie, il rompt leur cavalerie, il entame leur infanlerie, il prend plusieurs de leurs canons... Au milieu de la victoire, on aperçoit à l'horizon une armée de 24,000 Prussiens, conduits par le roi en personne. On ordonne la retraite, qui allait être une déroute, si Kosciusko ne l'eût couverte par plusieurs charges vigoureuses qui arrêtèrent l'ennemi ; il eut deux chevau.x tués sous lui, et faillit dix fois périr.

Ce revers était dû à la trahison des éclaireurs de Kosciusko, qui lui laissèrent ignorer l'approche des Prussiens. La trahison livra aux Russes la ville de Cracovie. Le dictateur de Pologne, dans un tel péril, avait cerlainement droit d'organiser une justice rapide et

sévère qui fît trembler sous le glaive les amis de l'ennemi.

Le temps lui manqua, la fermeté peut-être. Le peuple fit, dans sa fureur, ce que l'aulorilé n'avait pas fait dans sa justice. Le 9 mai, ceux de Varsovie dressèrent trois potences et pendirent trois traîtres, entre autres le principal agent de Catherine, le tyran de la Pologne, l'évoque Kossassowski.

Le 25 juin, à la nouvelle de la prise de Cracovie, un millier d'hommes environ se portent de nouveau aux prisons; on en tire sept prisonniers, dont plusieurs, malheureusement, moins coupables de trahison que de faiblesse, étaient loin de mériter la mort. L'aveugle fureur du peuple les confondit, etils périrent tous. Le coup fut terrible pour Kosciusko. « J'aimerais mieux, disait-il, avoir perdu deux batailles. » Celte révolution jusque-là si pure, elle était souillée! Ce drapeau, près de périr, il allait tomber dans le sang!... L'effet politique d'un tel acte était d'ailleurs déplorable. C'était le moment où l'on accusait Kosciusko, Kollontay et Polocki de vouloir organiser un grand massacre des nobles. Pouvait-on espérer que ceux-ci, ainsi alarmés, enverraient leurs paysans?

Kosciusko, pour périr, voulut périr juste. Son pouvoir de dictateur, que, du reste, il laissait trop aisément contester, il le fit voir ici. 11 ordonna de punir les meurtriers, et fut obéi. Le peuple de Varsovie eut hâte de se laver lui-môme; mais, comme dans une si-

KOSGIUSKO. 77

tuation malheureuse tout devient malheur, cette punition eut l'effet d'enhardir les amis de l'étranger.

Poussé par les forces énormes des Russes et des Prussiens, très-peu secouru des siens, il reculait sur Varsovie. Ses ennemis ont avoué l'admirable génie militaire qu'il montra dans celle retraite, spécialement son habileté à couvrir la capitale. Le roi de Prusse la menaçait, et devait donner l'assaut le T'seplembre, lorsqu'une nouvelle vint rassurer Varsovie. D'une part, la Pologne prussienne s'était soulevée; d'autre part, la Lithuanie armait contre les Russes. Russes et Prussiens s'éloignèrent.

Court répit, fatal. Varsovie était réservée à tomber sous un ennemi plus barbare que l'Allemand. La fanatique armée de Suwarow arrivait avec des ordres de mort. Suwarow a toujours déclaré que c'était sur l'ordre exprés de sa gracieuse souveraine qu'il avait exécuté le massacre de Varsovie, comme auparavant celui d'Ismaïlow.

Cette armée marchait en deux divisions : celle de Fersen, celle de Suwarow. Kosciusko, affaibli par des détachements qu'on l'avait forcé de faire, n'avait en tout que 7,000 hommes. Il fit observer Suwarow avec 3,000 hommes, et lui-même, avec 4,000, essaya de battre Fersen.

Tout le monde voyait très-bien qu'il s'agissait de périr, d'honorer le dernier jour par un glorieux coup d'épée. Kosciusko lit une revue, et dit : « Parte

qui voudra ! » Il n'y eut pas un homme qui voulût l'abandonner.

Instruit dans la nuit du 4 au 5 octobre que le général russe Fersen avait passé la Vistule à la faveur d'un grand brouillard, et n'était plus qu'à vingt lieues, il résolut de l'atteindre avant sa jonction avec Suwarow. I) ne communiqua le secret de son départ qu'au grand chancelier Kollontay et au jeune Niemcewicz, qui devaient l'accompagner. Niemcewicz savait si bien qu'il allait à la mort, qu'il ôta de son doigt sa bague et la remit à Potocki : « Gardez-la-moi jusqu'au retour, » lui dit-il en souriant.

Dans ses intéressants Mémoires , il fait une triste peinture du pays qu'il traversa dans cette course pour joindre l'ennemi. Les haltes étaient dans des palais où toutes choses, papiers, tableaux, meubles, jonchaient le sol, hachés par le sabre des Cosaques. Quelques vieux portraits d'ancêtres pendaient aux murailles, mais découpés, mutilés, comme la Pologne ellemême; les pillards s'étaient amusés à crever les yeux de ces vénérables palatins. Le hasard voulut que le premier de ces palais dévastés où s'arrêta Kosciusko fût précisément celui de la princesse L. . . C'était maintenant le nom de celle qu'il avait tant aimée !

Il avait 4,000 hommes, Fersen 14,000; mais la supériorilé de celui-ci était bien plus grande encore, comme artillerie. Les Polonais, qui n'avaient que 20 petites pièces, ne pouvaient pas faire grand'chosecon-

tre 60 canons russes dn plus fort calibre. Fersen, à vrai dire, eût pu se dispenser de coniballre. De la plaine où il avait établi ses batteries, il rasait tout à son aise la position de Kosciusko. Ajoutez que les Polonais, ayant peu de munitions, ne purent nnême continuer le feu. La disproportion des moyens de toute sorte était telle entre les deux armées, que Fersen no daigna pas même monter à ciieval ; il resta sans épée. dans son habit de peluche rouge, l'habit le plus bourgeois du monde.

La plus grande difficulté pour les Russes, ce fut d'avancer et faire avancer le canon dans les terrains marécageux où il enfonçait. Mais enfin leur cercle immense resserra, enveloppa de trois côtés la petite armée. L'infanterie polonaise, jeune milice, levée d'hier, eut là une fin sublime. Éclaircie par les boulets, emportée par la mitraille, ce qui en restait soutint, immobile, l'attaque de l'arme blanche, le choc et l'affreuse approche des 14,000 baïonnettes. Un témoin oculaire qui, le lendemain, les vit, déjà dépouillés, couvrir de leurs grands corps blancs la place où ils combattirent, le sol de leur pauvre patrie si bravement défendue par eux, en eut le cct^ur déchiré, et garda la plus poignante, la plus ineffaçable impression de douleur.

Kosciusko, essayant de sauver au moins la cavale-

^ rie, avait eu plusieurs chevaux tués sous lui ; il finit

par monter un mauvais cheval, qui glissa et le fit

tomber au bord d'un marais. Il se rele\ait quand une nuée de Cosaques s'abattit sur lui. Ils n'eurent garde de reconnaître le dictateur de Pologne dans cet homme mal vêtu. Ils lui portaient des coups de lance, en lui criant : « Rendez-vous! » Mais il ne répondait pas. L'un deux alors, approchant et le prenant par derrière, lui déchargea un furieux coup de sabre, qui lui fendit la tête et le cou jusqu'aux épaules. Sous celte épouvantable blessure, il tomba, et ils le crurent mort.

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