LA T1AV1«0!I
La Toilà née, cette révolution brillante et purel Mais combien en péril! L'ennemi de toutes parts... Les Turcs, les Russes, les Autrichiens, ne vont-ils pas s'abattre sur ce pays infortuné, sans défense naturelle, sans forteresses, tant de fois ouvert à Tennemi ! ... Où est la France? Ahl la France est bien loin... Ellemême se cherche, après les affreux jours de Juin, et elle ne peut plus se trouver.
Pendant que la révolution valaque regarde d'où viendra Tennemî, elle Ta en elle-même. Une réaction militaire se fait dans Bucharest, sur le faux bruit de l'arrivée des Russes. Le gouvernement entre ces deux périls, se retire aux montagnes, seules forteresses où
RÉVOLUTION pu DANUBE. 295
Ion puisse tenir. Heureusement le peuple ne Fentcnd pds ainsi. Perdre en un jour toutes ses espérances, ^es lois nouvelles et les hommes qu'il aime !... Sans ^hef, il prend les armes; d'un rapide effort il renverse *^ réaction russe et les amis de Tétranger. C'était le ' Sjuillet; madame Rosetti, qui n'avait pu suivre son ^^ari, qui écoulait, dans une extrême anxiété, les "^Tuits terribles qui remplissaient la ville, entend avec ^ ^ansporl lès cris vainqueurs du peuple. Elle fait venir ne voiture, ne marchant pas encore, elle prend Liby ans ses bras et se lance dans cet océan d'hommes rmés. Une. foule compacte ne permettait pas d'arriver au palais; Un des plus jeunes chefs, Bratiano le eune, haranguait au balcon. La voiture est saluée, ntourée, assiégée, presque écrasée. Madame Roselti ^e fait donner des ciseaux, et découpe, pour toute la jbule^ ia précieuse écharpe bleue, oret rouge, que son mari porta aux premiers jours de la révolution, qu'elle avait serrée jusque-là et réservée pour ses enfants.
Moment sublime d'héroïque fraternité, d'une joie grave et non sâns ombre I... On voyait l'avenir. L'ennemi arrivait tout à l'heure. Cette femme qui apportait son enfant, elle-même, à la patrie, elle eût voulu donner des armes, et elle n'avait qu'un drapeau à donner, un drapeau coupé entre tous; elle en distribuait les fragments, comme on jette des Aeurs aux martyrs
M4 B-ÉVOLUÏIOWf ' -
Un spectade itioqî s'offrait atitreg«rdè.*{leiifM»H (Mis Séulemmt Budiayedt «t la villa «^ lea e» pagnes tout éiitièi<es aVIrient avldemmt (MA la difr TranG6. lia liberté y fdt, noif^ulement %à»p^èetàtm comprisis. Les adresses innombiiable$, lei^diaeoM^ Uk tibsenrations que téa pefydans traïAaimfeM Mfeo-vemement, et que peM-êtfèùn< publierai «n jwv tènAroignënt de la vive intelligeiiee detJèpMpie toof;temps déda^priév deisHMiVe «Sigêsse: Sttoùè «teiirable dé vi6 subsiHaif sotH l'éj^ressloiif oaiâièepir TeitcAs âes misfired. Tout oe)* s'èvoHie on raatici; lia pays tout eiifîer se met en mouvemetit. Ses^Uentes plttf saùvagâi apparaissent des feules* ÔneAt ditqoe les pierrtiè) tôM i èbup èéioixty animées^ n'èlaieiit changées en hontmes. Un d^uge vivant desoeo^t au tbidi vers Bucharest et le Dtfnùbe.
La' Russie, très-bien informée, ne jugea point k propos de hasarder ses troupes. Un peuple en ces moments^ ittt-il sans armes, est une force énorme, une puissance illimitée, comme celles de la nature. On employa la trahison.
Et d*abord, on cacha la main de la Russie. Nulle part l'uniforme détesté n^apparut. Les Cosaques, h lance en arrêt, restèrent à la frontière. On fit entrer les Turcs.' L'armée turque vînt, mais en amie; elle avança, négociant, demandant qu'on effaçât t^le chose de la constitution, qu'on ajoutât telle autre. Dans cette armée^ près de ses chefs, et pour les surveiller.
mour, elle dépend de tous les caprices de ses enfants, les endure etieurobéitjusqu'àextinctîon de sesforces.
Très-ferme en tout le reste. Le plus rare des courages, elle Ta eu, elle Ta. Personne ne porte avec plus de grâce la pauvreté démocratique. Personne ne sait mieux Tadoucir pour les siens. Admirable au jour du danger, elle ne Test pas moins dans les longues épreuves de Texil, dans ses tristesses et ses privations. Mais,près d'elle, qui les sentirait? Admirable mystère delà solidarité moderne! c'est près d'une étrangère, d'une fille adoptive de la Roumanie, que l'exilé mumain sent le mieux la patrie présente, son vivant génie, son foyer.
Revenons.
L'obstacle pour communiquer, c'était la quarantaine, sévère en ce pays. Tout ce qui a touché la live turque est repoussé de l'autre rive. Un agent la suivait exprès, pour empêcher la communication. A une halte, séparée par une grille du pont qui menait aux bateaui, arrêtée par un olficicr autrichien qui gardait le pont, elle lui tend Liby : « Quoil monsieur, songez donc que cette enfant veut embrasser son père I . . . liy a si longtemps qu'elle ne l'a vu. » L'officier détourna la tète et ne résista plus : — c< Madame, faites du moins que je ne vous voie pas. »
Elle gagnait ainsi tout le monde. Les règlements fléchissaient devant elle. Le lendemain, à midi, elle obtint qu'ils déjeuneraient ensemble. Un cavalier ce-
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disait qu'ils deTaieot, à tout priX| veiller^ défondie peut:être leurs libertés naissantes. ^
Un violent tumulte s'élève, la. foule tourbUlonoe, plusieurs arrachent leur^ bonnets, leurs dieveox. Trahison I Ils voyaient au loin de toutes parts lèses* i^drons des Turcs qui marchaient sur la^viUçv pour entrer par toutes ses portes; Elle aussi, elle veut reatrer, donner Talarme ; un cavalier turc l'en em|êchef arrête ses chevaux; elle montre Xiby; le Turc lâebe les rênes. Elle rentre, elle crie, elle appelle tes femmes ; déposant son entant chez elle, à là garde 4? Dieu, elle veut courir seuleaupalaisdu gouvei^nement. Les Turcs étaient déjà 7)ai1out ; des scènes hideuse^ de pillage se voyaient à chaque maison. Un ami la reiK contre, l'arrête : « Où courez-vous? Les membres dtf gouvernement qui restaient ont eux-mêmes empêché le peuple de combattre... » Malgré cette défense, le corps des pompiers deBucharest refusa de se rendre; une heure entière, cent cinquante hommes tinrent contre douze mille; ils tuèrent une foule de Turcs, et, périssant eux-mêmes, sanctifièrent leur jeune drapeau de leur sang.
La position de ces misérables pillards n'était nullement sûre dans Bucharest. Il y avait toujours là, à la porte, un grand peuple indigné et sombre^ quines'en allait pas. Le lendemain de l'invasion, un homme colossal entre chez madame Rosetti, malgré ses domestiques. Ce géant, les bras nus, ceint de Técharpedes
Values, s*était signalé dans lesi combats. «Madame, loi dit-il, laisset-nous faire; nous avons enterré des nrmeset des drapeaux; nous sommes deux mille hom» mesiien résolus; nous tomberons sur le camp ; nous les délivrerons. » Mais elle recevait en même temps, par le consul anglais, la parole du commandant turc, qni affirmait que, sous trois jours, ils seraient délivrés.
Au troisième, on ne peut les délivrer encore. Mais
demain, à midi, ils partiront pour la frontière hon-
j^ise avec des passe-ports et une escorte pour qu'ils
Paient rien à craindre des surprises des Russes. Le
^atin, bien avant midi, elle retourne au camp.. . Plus
^^ camp, plus de tentes, tout a disparu par enchan-
*ptneut ; la place est vide et la plaine déserte. Une sen-
^^^elle turque était là seule, et sans rien dire, de la
i^^inte de sa baïonnette derrière l'épaule, montra le
^^ïiemin de Turquie, le midi et non Test. Ce fut un
'^ ^^it de lumière ; elle comprit, malgré tous les amis,
algré les assurances renouvelées du consul anglais,
^u on ne les menait pas à la frontière hongroise, mais
-^^ien vers le Danube, que la Russie défendait aux Turcs
^e tenir leur parole, et les constituait geôliers de ses
"^^nnemîs.
Tout le jour, elle achève à la hâte la vente de ce qu'elle a de précieux, reçoit des dons, des pleurs de ses amies. Elle quitte, pour toujours, cette maison aimée, ce cher foyer de la famille, qui fut celui des li-
Tll
«^ jotfavii à
D fiait nkioit^ et dnq diuiots attoidaient à 13^ porte. IbdaHie Rosetti, son ami, le Himgrois, assis^ taieal à Teaqificatioo. Mais déjà les prisonniers, mon^ tes en diariols, oouraienl joyeusement la campagne* Elle coamt ainsi la retraite, et ne tarda pas à les rejoindre.
Vingt heures de suite, pour leur premier trajet, ils roulèrent dans ces rudes chariots de troncs d'arbres. Bien souvait il fallait descendre. La route suit le bord du Danube; elle surplombe à chaque instant Tabime, rien de plus dangereux. La pauvre femme allait toujours, chargée de son enfant; il ne connaissait, ne voulait que les bras de sa mère. Les forces lui
MADAME ROSETTf POURSUIT ET hVOUtt LES PRISOMIIEltS.
Un seul homme raccompagnait, et c'était un dan-
^^tc^de plus. Elle emmenait, déguisé, avec elle un pro-
j^^itqu on cherchait partout, celui en quion redoutait
^^prit le plus rare chezces races, lafixe volonté; celui
^^i,danssatêtesombre, soussa forètde cheveux noirs,
I^Xive, toujours silencieux, la résolution immuable, ^ ^^:iextinguible flamme, témoin vivant des origines
^^^*Mines de ce peuple, — C'est Taîné des Bratiano. 31 la quitte bientôt, sentant combien sa tête» sicon-
^ ^^e et si cruellement poursuivie^ aurait aggravé son
Donc seule^ la nuit entière, sous und violente pluie^ ^^le alla, navigua à travers les steppes inondés et sans ^^^ute. Les cataractes du ciel s'étaient ouvertes } le
SOO RÉVOLUTION
sauvage Danube, soulevé en nuées, retombait eti torrents. La nature semblait faire la guerre à cette pauvre femme errante, à Tenfant innocent. — En réalité, elle les servait. — Celte pluie protégeait le voyage; on ne rencontrait personne ; on n'eût pas soupçonné rinvasion de deux armées barbares ; les plus barbares, les Russes, étaient entrés !
L'émotion, le froid, la fatigue, avaient tarisonsein. Liby criait; ses cris navraient sa mère. On change de chevaux à une misérable cabane ; une paysanne en sort : a Eh I madame, donnez- moi Tenfant, il prendra de mon lait. » Douce consolation! de trouver au désert| dans cette nuit glacée où le ciel semblait impitoyable, Taimable hospitalité, la chaleur dû cœm maternel I
Au matin, elle voit enfin le fleuve immense, et ai delà la rive, une petite ville turque. Son cœur ne Ta vait pas trompée. Un bateau de guerre était à l'ancre au milieu du Danube, et contenait les prisonniers * Un homme était sur le rivage; elle s'adresse à lui c'était, par grand bonheur, le médecin du chef tur
' Ce bateau, arche sainte du naufrage cTun peuple, contena! son gouvernement, sa littérature (en partie), son âme et sa pen sée, espérons-le, son avenir!... des politiques, des historiens des professeurs, des magistrats, des poètes, des économistes etc. : Aristra, Balcesco, Boliac, Baiintiniano, Jean Bratiano, troi Golesco, Grandistiano, Joiiesco, Ipatesco, ïnagoveno, Rosetti Yoiuesco, Zane.
pasâpe^porls qu'elle aperçoit sur une table, prend la phune, la lui met en main : « Signei, général, » lui fit-elle. Il signe. Elle les distribue.
au dernier, qui était celui de madame Rosetli , el qui portait aussi son nom de famille (Grant) : « Une Anglaise! » s'écrie-t-il. Il ne pouvait le croire. El, en effet, elle est bien peu Anglaise. Tout en elle sem- Uerait plulôt dune femme du Midi.
Ils purent donc continuer leur voyage ; ils allaient, i travers la guerre, à travers mille dangers. Les in- ^rgés pouvaient les égorger. Le gouvernement autrii^hien pouvait les arrêter. N*était-il pas averti par les ^drcs ou les Russes de leur évasion? A Panchova, prùs de Semlin, madame Rosetti se hasarda d'aller à celte ^'ille el d'y prendre des informations. Là, le consul ^^glais et d'autres personnes obligeantes lui dirent Qu'ils avaient tout à craindre, que le consul russe ne ^^anquerail pas de les faire arrêter. Sans retard ils se Réparèrent; leur grand nombre les trahissait. La {)lutpmrt, ils prirent place sur le bateau à vapeur qui refonte la Save. Toutes sortes de gens étaient sur ce liateau, de races, de langues, de partis, tous armés jusqu'aux dents, disputant sans pouvoir s'entendre sur les aflàircs du temps. A chaque instant, on tirait les poignards ; d'autres, par jeu, tiraient des coups de pistolet.
Le plus singulier du voyage, c'est que sur le chemin, les proscrits, tout à leurs idées, n'étaient pas
Wà KÉfOLOTiOM
Oa kft Hiemàt ^rara OfSDYa^ première inlle de i'mst pire d'Autridie, ob lesTores assurai^t qalls fiérsîfDt délisFês. Ibdune Roselti les devaBoe. Ette lesjtk \wL Hais.qwUe longue allenle l GeUè trâtrêrsée de treB|e*sa heniea, ibla firent ob trois seMaiDeB.'Ba^ mMr^ife ^Doiike le courant par des ttommesà pied| Us aiaosneot k peine. Parfins on s'airèlâit^ ttiiit un jour «u m^Meu du tksaie. Ce retard ifxmiantïieiB*eipliquequepar une chose. La Porte uè9Qcia& fl ftlm bourg; prot-éfar» aBégnait-elle la parole daipôer, nH atlm^aii.de^ cffdres^ ee -que déciderait te. ^dèmenol eomiuedelaAvKSsî^* t *.\ ?i) t vi
. Sips qe retard ai long, i madame Bosetti jfe cobA»* auat d'iqqpvK^Me, iurmAnt miUe twîwipraifelihik» yeux attadiës tristement sur ce grand fleuiferindiffè^ rent, qui roulait et roulait toujours sans lui neà apporter de ce qu'elle brûlait de savoir. Elle eut pourtant une consolation : un ami dévoué vint la rejoindre, un Qongrois, mais Roumain de cœur^ un héros d*amitié. Rosenthal; artiste distingué, avait improvisé à Bûcha-»
mier ordre, et pourtant on esprit pratique» très-net, très-lu« mineux. Il eût été le grand liisterien de son pays, et sans nul doute un de ses chefs les plus sages. Je ne connais rien de meflleur josqu^ici sur ce siqet, rien de plus instructif, que sa bro* chure intitulée : Question économique des principautés danu^ tiennes j chez Charpentier, Palais-Royal (galerie d -Orléans). Ce petit livre fut écrit en 1850, et dans Thypothèse où lé pays ne pourrait s'affranchir qu'avec laide de la Porte. La question est montrée de proûl, mais ajfic une rare nettetés
€B QOIST DEVENUE LA ROUMANIE. — INTASIORS PERIODIQUES
Nos fugitifs sont du moins en sûreté. Us traversent l'Allemagne émue, frémissante, en deuil. Ils commencent à respirer. Noii, disons plutôt à gémir. L'exil s*QUYre amer, infini, avec ses perspectives obscures, comme ces longues nuits d hiver qui enveloppent le jour et n'ont pas de malin. C'était en effet Tentrée de rhiver (novembre 1848).
« Voici la France pourtant, voici la flèche de Strasbourg. Voici encore le drapeau qui fut Tespoir des natîpf\s. Hélas! pourquoi est-il si pâle? Hier, teint du S9i^ de la vigne, du brillant azur du ciel, on le voyait de six cents lieues. Aujourd'hui il a les teintes mala-
519 RÊTOLUTION
dtves de l'automne. L'orage a ItTé^ses eooIeursT^ta bien, France, seraient-ce tes larme» sur le wmde^ qHiacrueatot? »
Telles les pensées des exilés.
Plus exilé pcuf-êlre encore celui qui reste lixè au sol de son pays.
L'Occident, dans son égoïsme, a ignoré les calamités qui enveloppaieot l'Orient. Les sauterelles dévoraolcs s'étalent abattues sur les champs de la Moldavie, de la Valachie. C'est de ce nom que les Roumains désignent les armées russes ; armées affamées, mendiantes ; où elles passent, rien ne reste. La spéculation cruelle des chefs sur la nourriture des soldats sultîrait pour faire de ceux-ci d'épouvantables pillards, insatiables, et voleurs même après qu'ils sont repus. Dn@ armée décent mille hommes vole au mmns pour trois ceiitt millb. Bes corps semltlent orgàhl^s spëcialetâent pour le vol; le Cosaque, jadis brigand héroïqae, brigand'poéte anx champs de l'Ukraine, est tlevenn sous les Russes un ttvide soldat de police, de dotianeâ, contrebandier lui-même, brocanteur, marchand de dé-^ paiiillss. "Surson laid petit clieval. d'intelligence arec lui, ses longues jambes pendantes jusqu'il tei're, voas le rencontrez partout, soni)a1lot en croupe, piquant de la lance la vache du pauvre paysan. A qui se plaindre? A qui pleurer? L'officier est philanthrope ; il lit Lamartine ou Byron; mais que voulez-vous, mon pauvre homme? sachez que telle est justement l'insli-
DU DANUBE. Si»
tu tion de Tàrmée russe. Comment empécherions-nous lo Cosaque d* ttre Cosaque, le vautour d'être vautour? Telle est l'oeuvre de l'Angleterre, telle est sa protection. C'est elle qui, décourageant le mouvement national de la Roumanie, la reliant à la Turquie incapable de la couvrir, l'ouvre en réalité aux Russes. C'est ^Ue qui, par les lueurs fausses d'un patronage imptnsSAnt, tientcés contrées infortunées sous la fatalité d'vnrènontellemenl étemel des captivités barbares. Gé que lès Tartares faisaient par l'instinct de la bar- ^^rie, la Russie le fait par un machiavélisme calculé. ^ f)us les vingt ans, elle inonde le pays et le pousse au ^ désespoir ; elle veut lui rendre désirable le suicide de ^^ natiiNfialité. Ses agents ont beau jeu pour dire : Réfugions-nous au grand empire ; devenons une rovifice rosse. »
Bonne occasion d'ailleurs de refaire l'armée et de *.a nourrir. Ses squelettes déguenillés viennent dans ^^tte terre promise mettre de la chair sur leurs os.
Le pays serait trop riche, malgré la dureté excessive et Ténormité des tributs. Le paysan, de ses jeûnes, de ses souffrances volontaires, des privations de sa famille, améliore la terre à la longue, élève quelques bestiaux. On se hâte d'y mettre ordre. Dès que le pays refleurit un peu, descendent les aiTamés du Nord.
Ceux-ci procèdent à la spoliation totale, au complet déménagement. Alors la cabane se vide de tout ce qui peut s'einporicr ; alors l'étable est démeublée ; alors
MtuHjman
ItL ^'CB 1832. sans l'aflionAi cl les sjwtlieas les flos fortes, Il ■âiaie f ^ fsari en trois ans!)fl Irrns eâi è(« rradn a l'fU ; il allait redersÉ
elluipK'iijrf:
ÎDvasioij.
d le hoari le wat, le bilM^
1*0 a reçus des Ri»*»" a sa bmille oulni '> ' pèôsaiiètt Les voilà Ums-^n
nëral dans Torient de VEurope, il y a soixante mil* ijOQs d'hommes plus malheureux que les noirs ?
Ce qui est sûr, c'est que ces blancs, infiniment plus développés, sentent d'autant mieux leur misère. La pièce la plus originale, la plus forte, la phis curieuse que la mémorable année 1848 ait donnée au monde, ç est Tenquète débattue entre les propriétaires valaques et les paysans. Aucun acte plus solennel, aucun qui ait pénétré plus avant dans les questions ^uprèoies auxquelles la société est suspendue. Ces paysans du Danube se montrèrent bien autrement forts de raison, éloquence même, que celui de la poésie. J'ose dire 9u'en nul pays peut-être on n'eût trouvé à ce degré, ^béz les habitants des campagnes, cette noble sève primitive, cette vigueur de bon sens antique, et en même t.e^ps la logique droite, perçante et sans réplique, ^ ue les modernes se figurent 1 eur appartenir en propre . Hais ce qui est au-dessus, ce qui tictra des larmes ^ tous ceux qui ont un cœur, c'est la modération et la douceur de ces infortunés Yalaques. Ils ne demandèrent que la moitié de ce qui, en 1 790, avait été ac- ^terdé au paysan de Moldavie, pays où la terre a infiï^îment plus de valeur.
Un boyard. Cette terre, avec quoi la payeras-tu? Le patsak. Voyez-vous cette main noire et dure ? Eh bien, c'est elle qui fait la richesse... L'argent ne ^ientpasduciel.
Autre paysan. De l'argent? oh ! il n'en manque pas ;
il y en a pMr voiifi en donner. t-Ëtat jpiafe, letrisafl^ paye. Qii'eatHse quele trësorl ç'esliiwiB^jpài^éim^ ItimnplifiMiis.- '■^=>''-' ' ' -'». ■•><■• •-.
^--K'Ie tf^sor hé pent payer ydit tm au^ ^iierMis. A tant de travato i^nâ, nAttif éJMt^ntf enéore. De nos bresV'cÂinine d'une stitifoe) jsiiffironfl l'oreti'drgent. Nous vous payeromr Totire Éd ; noiM veafdHons; s'il le fdllait^ ja9fii'attz ^éirei^ tfactéès^
Us disaient encore- aîn'tkryttrds : «Ile Anoi^paS' qo^àtee Boiis FÉtaf manque jâiiiais de fiird» t nouis sommes là pour lui en donner } àous iie^ lé laissetnoni pas rougir devant lés nationis ^tratigfa^ï» '
MoUes et grandes paroles F et cpii' sénfAileitt bien' lifodéféés, quand on songe qu*à ce moment,* maîtres de tout éh réalité, ils demandaient à peine la concession élémentaire de FAssemblée constituante de 89, en sa fameuse nuit du 4 août.
Que ferons-nous pour ces hommes, si dignes de notre intérêt? Que fera l'Occident?
Ce que veulent les gouvernements, je l'ignore; quant aux peuples, je le sais.
Ce qu'ils veulent, c'est le comfortable, — le comfortable : idée variable, indéfiniment élastique, qu'on va étendant toujours, et dont la poursuite remplit une vie soucieuse.
Ne leur demandez rien de pluS| leur égoîsme sen-
siUe pennet aux malheurs lointains d arriver à leur Oreille, de se faire écouter ; c'est tout, ils s'en tirent ^^ec quelques larmes. Et cet exercice modéré de la Sensibilité est une jouissance encore : « Us jouissent âclears larmes, » mot juste et fin du bon Homère.
« Si vous n'espérez rien de plus, pourquoi donc écrivez-vous? »
Pour moi, pour mon propre cœur.
Pour expiation de ce que dut faire la France de 4848, et de ce qu'elle n'a pas fait.
J'écris pour ceux qui errent, qui souffrent et attendent, pour ces ombres que je vois là-bas dans la >nélancolie de Paris et dans les brouillards de Londres. Je leur envoie ce message vivifiant de la patrie.
Dans les lettres d'un des illustres exilés roumains d'Angleterre (lettres fortes, touchantes, religieuses), j'ai lu qu'au temps des Soliman, une fille de laValachie, enlevée, vendue au sérail, devint maîtresse de son maître, sultane ; elle n'en était pas moins souffrante, malade, et se mourait d* ennui. Les médecins avaient beau chercher ; nul remède à ce mal profond. La seule chose qui parfois relevât la fleur languissante, c'était l'eau de son ruisseau natal. Le sultan, par ses messagers, faisait venir l'eau précieuse. L^exilée y buvait la vie, la patrie, la force d'espérer.