RÉSURRECTIÇX DE LA XA'HON POLONAISE
Au cours du xix" siècle, la question polonaise se présente sous deox aspects : un aspect extérieur et r'o aspect intérieur.
A l'intérieur, du dernier partage au Congrès de Vifinne» de
1795 à 1815, les Polonais sont mêlés à l'épopée française et sont raùs par l'espérance que Napoléon refera la Polo^e. De 1815 à la dernière convulsion de la politique insurrectionnelle de l'émigration, en 1863, ils font appel aux nations libérales d'Occident, à la France en particulier. Cette période de manifestations, au nom des plus nobles sentiments de l'humanité, exprimés avec des mots qui paraissent d'autant plus grands que chaque peuple commence à se courber sous le poids de ses propres anaires, forme, aux yeux des esprits réalistes, un chapitre de psychologie romantique. De la défaite de la France, en 1870, à.la guerre européenne, en 1914, la question polonaise apparaît à rOccident, âoumis à l'hégémonie de la Realpolitik, comme une histoire d'un autre temps.
Mais, à l'intérieur de chaque Etat copartageant, sous les agitations provoquées par les mesures de dénationalisation ou par les luttes de races, la Pologne, tout en continuant à prendre à témoin la conscience universelle Je ses malheurs particuliers, s'adonne à un travail intensif dans tous les ordres de l'activité moderne, organise ses for( es productives, se constitue économiquement, socialement et moralement en nation. Dans le dernier demi-siècle, il s'est produit là un des événements lés plus importants de l'histoire contemporaine. Il faut en laire voir la nature avec d'autant plus de soin que le caractère extérieur de la question polonaise l'a fait méconnaître à peu près complètement. D'autre part, le travail
d'une race, s'exprimant dans une langue donnée, se différenciant des races voisines par la pensée et par les croyances, se maintenant une par l'unité de foi, concentrant toutes ses forces sous la pression des circonstances et sous l'attraction
d'un idéal national, est un spectacle digne d'être proposé à la méditation des hommes d'Etat, car il a produit dans les idées, dans les mœurs, dans les méthodes d'organisation et de production du peuple polonais, un changement radical.
hSL nation polonaise La Pologne historique du pre-
mierpartage (1772 ) avait 750.000 ki I .
carrés environ, sur la superficie desquels vivent aujourd'hui 40 millions d'habiUnts. La Pologne ethnographique dont les frontières précises à l'Ouest, sont plus indécises à l'Est, couvre une superficie dé 270.000 kil. carrés. La population proprement polonaise comptait, au recensement de 1910, près de 25 millions d'âmes ; elle se répartit de la façon suivante :
En Rustie : '
Royaume de Pologne • 9.100.000
Lithuanie, etc - 2.438.000
Empire 460.000
En Autriche-llongrie:
Galicie 4.672.000
Spisz, Grava, ètc 200.000
Silésie de Gieszyn 235.000
Bukovine 36.000
Autres provinces 36.000
En Allemagne :
Duché de Posnanie 1.291. 000
. Prusse ocddentale , 604.000
Prusse orientale 286.000
Silésie prussienne ■ 1 .338 . 000
Weslphalie. 580 -000
Colonie* :
Amérique du Nord • 3.100.000
Amérique du Sud 100.000
Europe 100.000
Autres parties du globe 80.000
Total. 24.606.000
En Europe 21.376.000
It; LA POLOGNE
Le vcuple polonais est l'un des peuples les plus proldiques du monde. Si la progression de sa nalalité siul dans 1 avenir la courbe qu elle a suivie dans 1© dernier demi -siècle, il comptera bientôt 40 œilliaBS d'âmes.
Les classes sociales La trame sociale de la nalicm
polonaise reconstit uée se compose :
a) D'une rlnsse de pav>ans solidcmenl plantée dans le sol et merveilleusenicnl armée |)OUf le rendement intensif, par ses syndicats professionnels et son système bancaire.
h) D'une classe ouvrière en formation, susceptible de devenir une concurrenle redoutable, parce qu'elle représente une main-d oîuvre inépuisable, vaillante et tenace.
c) D'une bourgeoisie de formation récente, hardie, entreprenante, qui travaille avec allégresse, aujourd'hui, à la conquête de la richesse, demain à la conquête du pouvoir.
(/) D'une aristocratie qui s'est ressaisie, retrempée, rénovée, replacée dans son rôle et qui sert magnifiquement le peuple et, partant, la nation. .
Tous ces éléments élaborent, dans les partis politiques solidement organisés, une élite capable d'assurer la vie à un Etat et, au besoin, de lui fournir des chefs.
Après la trame sociale, il faut regarder la distribution des hommes sur le sol, montrer le rapport des hommes aux choses et en déduire les possibihtés politiques de l'avenir.
Le sol polonais est soumis à un mouvement intensi.l de morcellement d'une part, et de concentralM» industrielle, d'autre part, qui a pour conséquence la . démocratisation rapide, l.ependant la Pologne est un pays où le 'Caractère agricole domine encore avec toutes ses conséquences morales, sociales. [>oliti(iues. qu'il l'ant projeter sur l'avenir pour compiendie l imporlance de cette remarque.
Résistance * La balaillc la })Ius Apre que les
à la genaamisatioii Polonais ont èu à soutenir pour
défendre leur naliohalilé, c'est la lutte pour ie sol, et c est en Prusse qu'elle s'est livrée (1). Elle est marcpiée par trois lois iniques • : , La loi de colonisation, en I086; '
(1) Voir rouvi'îii?*' d.' :M. Henri :\1oys>i:t : Le^sprii public en Allemayne vingt ans ujn^ès Btsmarcky Paris, F. Alcaa, llïll.
il m
t-V POLOGNt: 17
La loi (rinlerdiclifui de bàlir en 1904; La loi d'expropriation, en 1908.
Une Commission de colonisation lut instituée à Posen, en 1886, dans le but de racheter progressivement la propriété foncière polonaise pour la faire passer aux mains des Allemands. De 1^ à 1914, le gouvernement a dépensé dans ce but : 1 milliard 300 miilionê. Une ligue pour les Marches de l'Est, groupant les plus ardents pangermanistes, connus sous le nom de « Hakatistes », a secondé, avec une fougue sans scrupule, les projelsdu gQuvernement.
Voici les résultats : En 1908, sur 3:jr), W0 lieclares achetés par la Commission de colonisation, 1()()J20 hectares seulement provenaient de mains polonaises : plus des ?/3 avaient été vendus parles Allemands. Le paysan allemand, en elTet, offre son domaine à la ( commission, avec menace de le livrer à l'acheteur polonais. Parfois il vend à réméré à un Polonais pour obliger la Commission à « sauver ce bien », c'esl-à-dire à le lui acneter.
Devant l'échec de la loi de colonisation, la Prusse chercha un autre moyen pour déraciner les Polonais* Elle vota, en 1904, une loi en vertu de laquelle il était interdit à tout Polonais de construire une maison (Thabitatioa sur la parcelle de terrain qu'il avail achetée, c'est-à-dire conquise dans la lutte pour le sol et conire la germanisation. Le paysan ne céda pas. Il achetait la terre, construisait son étable et Jugeait avec ses bêtes, ou l)ien s'installait dans la maison roulante du berger et y vivait fier comme un vieux guerrier de 1 ancienne Pologne.
dette nouvelle défaite de la germanisation jeta la Prusse dans un accès de fureur aveug^le. Au lieu de reconnaître son^ erreur et d'essayer de la politique de conciliation, elle se jetîi à corps perdu dans la politique de combat et proposa la loi qui octroyait à la Commission de colonisation le droit d'exproprier, sans conditions, les terres polonaises. I n député conservateur, M. de Oldenbourg, posa clairement et brutalemenl le problème. « Vous affirmez, dit-il en s'adressant aux « Polonais, que vous voulez la paix; mais qu'enlendez-vous « par une paix qui ne rallie pas vos pensées à l'Etat prus- « sien? ... Si vous ne voulez pas donner vos cœurs, messieurs, « alors nous devons prendre vos terres... L'Etat vous demande « de reconnaître que la domination de la maison de Hohen- « zollern et de la Prusse sur les pays polonais aunexés# est « définitive ;et non provisoire... Derrière vous est anéanti « pour toujours le royaume de Pologne; devant vous est « l'Etat prussien qui n'a pas encore accompli sa mission « dans le monde. » Si donc les Polonais ne veulent pas renier
tA PÔLÔGNH
leur histoire, dépouiller leur nalionalité et se laire un cœur allemand, la Prusse leur arrachera le seul liien qui leur reste, la terre natale, en vèriu de la raison d'Etat et dù droit du plus fort.
Celle mesure rniul le monde entier parce qu'elle estle plus (lang'ereux précédent (pii puisse élrc invoqué contre la forme moderne (le la propriété; parce (prdle constitue le dé.i le plus cynique qui ait été porté depuis les invasions barbares à la justice, à la dignité humaine et aux principes clément^aires de la morale admise par les peuples civilisé-.
K 11 Prusse même elle rencontra des résistances. Le nmrécbal comte de Hœseler, parlant à la Chambre des Seigneurs, repoussa dédaigneusement « la raison nationale », invoquée parle Gouvernement comme un prélexte misérable et déclara qu'il refusait « de se battre contre un adversaire sans armes » Le cardinal Kopp s'éleva contre le projet de loi, au nom de la conscience morale. Il signala l'inquiétude qu'il soulèverait dans xin Etat voisin, allié de l'Allemagne. Mais le baron de Rheinbaben, ministre des iinances, coupa court à ces préoccupations senlinientales. « Si on fait ce ([ui est nécessaire à « notre propre intérêt national, ariiriua-l-il, on n"a pas be.soiii a de s"in(piiéter si un soi-disant senliment moral est invoque « ouiiûU au dehors de nos tronlicrcs. ^)
Le gouvernement, inlerj)rète de la i)eu>ée impériale, la bureaucratie et le parti militaire soutenus, selon le inot du comte Praschma , par « une presse d'un chauvinisme effroyable » triomphèrent de tous les scrupules. La loi lut votée le 16 janvier par la Chambre des Députés et elle lut adoptée le 28 février par la Chambre des Seigneurs.
Elle a été appli(iuée en 1912. Quels résultats aurait-elle donnés ? Aucun, si on en juge par l'eflel des lois de 1886 et deiy04.
Constitution |)cs colonnes de clii llVfîs, Oi'i s'ins-
écouomique de la nation cris enlles mou vementsd(^ l'épargne,
la concentrai ion des ellorts du monde rural et l'expression de la volonté collective, sont la meilleure image de l'aclivilé de la Pologne. De ces chiiVres se dégage un sens symbolique et profond; toute l'allégresse d'un peuple qui est ressuscité à la vie nationale et qui affirme sa maturité sociale et la mesure de sa capacilé d'organisation politique. Les documents les plus instructifs à ce sujet sont fournis par les «tatisliques des sociétés coopératives.
Tableau des Sociétés coopératives de crédit en Pologne
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