LA POLOGNE H
inanière à se garantir Fun l'autre contre toutes les éventualités et à être assez forts pour ne se laisser arracher par personne le frujit de leur trahison. Ils se rencontrèrent à Neisse, en 1769, et élaborèrent le système patriotique allemand, convention politique et militaire, qui pèse encore sur FEurope et qu'il faut briser pour rendre aux peuples la liberté et la paix.
Catherine 11, inquiète et devinant Faccord des cours allemandes, proposa un arrangemcnl . Frédéric le repoussa. Catherine dit : « Puisque FAutriclio et la Prusse prennent les terres polonaises, pourquoi n'en prend rais-je pas? » (1771). C'était ce que souhaitait Frédéric. La Russie avait fait le saut. Le destin de la Pologne était Fixé.
N'ayant plus rien à craindre de la Russie, sûr de l'Autriche, Frédéric II jette le masque et entre brusquement en scène*. Il fait enlever 7.000 jeunes filles en Pologne et les donne pour femmes à ses grenadiers. Il exige que les familles de ces jnalheureuses leur fournissent une dot qu'il fixe à une vache, ?t porcs, 3 ducats, un niol)ilier et 4 oreillers. Il enlève et incorpore les jeunes gens en âge de porter les armes.
Après avoir volé et pillé ses voisins, il entend légitimer ses exactions et il donne ordre à ses diplomates de glisser dans ses archives des pièces qui établiront ses droits sur les provinces et les villes dont il va enrichir son royaume. Après des marchandages et des négocia lions où la perfidie et le mensona^e dictent chaque parole, inspirent chaque attitude, le démembrement de la Pologne est décidé et là convention signée le 15 juin 1772. La Prusse et l'Autriche se
Précipitent sur leur proie ; mais elles se regardent en gronant, comme des dogues occupés à dévorer le même lambeau de chair : « Permettez-moi de vous dire, écrit Frédéric à S\vieten, que vous avez bon appétit ». Et cesl à qui empiétera sur le lot qu'il s\4ait attribué dans le partage. Nulle règle, nul frein, nul respect des engagements. On ne se contente pas d'anéantir une nation, de fouler aux pieds toutes les lois de la justice et de 1 humanité^ on raille la victime. Frédéric écrit au prince Henri, le 9 avril 1772 : « Cette affaire de Pologne réunira les trois religions grecque, catholique et calviniste (Russie, Autriche et Prusse), car nous communions d'un même corps eucharistique qui est la Pologne, et si ce n*est pas pour le bien de nos âmes, ce sera sûrement pour le bien de nos Etats. »
Un lelattentat jeta un trouble profond dans les consciences ; les cœurs les plus indifférents tressaillirent, mais les gouvernements el les peuples ne tentèrent aucun eiïbrt pour empêcher le forfait de s'accomplir. La Pologne fut démembrée par
LA POLOli.NE
les nations ([ui avaient été ses vassales ou ses obligées. En 1C)S:î. Kara-Mu-;tapha ayanl mis le siège devant Vienne, rAuLiiclie s'élail lournre vers le vainqueur de Kholin, l'avail supplié de secourir la chrélienlé. Sobieski était accouru avec ses Polonais, avait dispersé les hordes turques et sauvé Vienne. Les prêtres Tavaient exalté, les poêles l'avaient chanté et moins d'uQ siècle après, l'Autriche poignardait la Pologne.
Le droit de la force se substituait au droit des gens. La politique de forurberie et de ^et-apens, inaugurée à cette date par la Prusse et par l'Autriche, portait en germe toutes les guerres qui depuis ont ensanglanté rEurope et la catastrophe mondiale dont nous sommes les témoins. •
Le second partage. 1793 Aprrs le premier partîige, là
Poloi^ne, quoique très diminuée et très alïaiblie, restait un Etat. La Russie et rAutriche (Haient disposées à la laisser vivre. La Prusse ne le voulut pas. 11 lui fallait Dantzig et Thorn et la disparition Je ce qui restait 4e la République Royale. Ne se crojint pas assez forte pour SK^ver la moribonde, sans le concours de ses premiers rom- ^kes, «lie usa de ruse. Le malheur avait mûri la Pologne. Tous les Polonais qui aimaient sincèrement teur pairie avaient compris (ju'ils ne la sauveraient que par de grandes réformes. Il fallait supprimer ce /«6f;ra/H veto qm dissolvait hï nntion, ees rapilulations qui enchaînaient le pouvoir, ces confédérations ([ui déchiraient l'Etat. 11 fallait établir un impôt; remplir le Trésor au lieu de le piller; substituer des réii'iments de ligue et une artillerie à cette tumultueuse et brillante pospollle. Il fallait éveiller à la vie civUe, intéresser au sort de la patrie cette masse énorme d'habilants encore étrangers à la vie de la nation, les traiter en citoyens si Ton voulait un jour les appeler à la défense de la cité. Telles étaipni les prisées qui agitaient les patriotes pol<»ais, lorsque se réunit, en 1788, à Varsovie, cette diète fameuse ^ui semblait destinée à régénérer la République. La Prusse (qiiait ce ïBouvemenl. Son instiaict lui fit voir le parti qu elle en pouvait tirer et elle le favorisa. Elle encouragea la Pologne à se donner une bonne constitution. Elle lui oflrit ses consetls. Elle signa même avec elle un traité d'alliance et, cela fait, elîe la poussa, en exploitant sa fierté nationale, à toutes les manifeslal ions qui pouvaient inquiéierla Russie et provoquer une rupture. La rupture se produisit et lorsipie les armées russes raenacèrenl la Pologne, la Prusse déclara son traité d alliance nul el livra sa nouvelle alliée.
Le second partage de la Pologne eut lieu en 1793. L'Autriche n'y fut pas admise. La Prusse s'emi)ara de tous les territoires quelle convoitail encore. Elle venait d èire vaincue à Valmy : elle déclara qu'elle ne continuerait la lulle ronlre la France que si elle trouvait à TEst les compen.Nalions aux dommages et aux périls auxquels elle était exposée à l'Ouest.
La Pologne comprit alors de quelles machinai ions elle avait été victime. Elle découvrit les trahisons de la Prusse et vit qu'elle n'avait pas de plus mortelle ennemie. Mais il était trop lard. H ne lui restait plus aucun moyen de salut.
Le troisième partage. Le dernier partage de la Pologne 1795 eut lieu en 1795, au moment ou
TAutriche était battue sur le Roër et sur le Rhin et où la Prusse était obligée de nous livrer Mayence.
Frédéric II a écrit dans ses Mémoires : '< L'Autriche et la a Russie étant d'accord avec la Prusse, il n'y a qu'un obstacle « au partage de la Pologne : la Frajotce. L heure est propice « et te partage est possible : la Frmiee dorl . >^
Cest la rapacité des deux maisons des Habsbourg et des Hohenrolfem qui a détroit cette « Société des Etats » qui caractérisait la vieille Europe el q^i ne ponvaH âdbsûster sans une France forte.
Ce sont les Habsbourg et les HohenzoHem qui, par le démeml>rement de la Pologne, ont ouvert la questicsa d'Orient dont la solution longtemps cherchée a iini par amener le bouleversement du monde.
Le partage <le la Pologne ne cousitlnait point par luimême une iimovation dans les rapports des Etats tels qu'on les comprenait au xvHi*^ siècle dans les chancelleries. C'est ce qui explique comment il put être si aisément et si tranqudlement négocié, et, comment, lorsqu'il fut consommé, il ne smileva que des protestations j)la tonique, bien que, en réalité, ià tressât tamt d'intérêts. Mais, en signant ce partafî«, les moimrckies de droit divin i^^raiâèrent diles-mêmes les fondeﻫits de leur propre édifice. Les signataires des traita de 1772, 1793 et 1795 furent, sans s'en donter,les préevirsettCB de la Révolution, et cette révolution, pour renverser teucs trônes et bouleverser leurs empire^, n'aura qua retourner contre eux leur propre conduite el a imiter leurs exem[>les (!).
Celte révolution fournira aux peuples démembrés le jn-incipe de vie d'après lequel ils pourront ressusciter et. revivre.
41] Âibett Sowuu : LEurape et la Révoluti^u, t. I.
Une royauté élective et faible, une noblesse anarchique, la pratique effrénée d'un individualisme primitif et d une liberté de la steppe ont perdu l'Etat polonais. Nous allons voir par la vertu de quelles idées créatrices, par le mérite de quel travail et de quel splendide effort et dans quelles circonstances grandioses, une nation renaît pour reprendre sa place historique et son rôle chevaleresque dans l'Europe du « droit des peuples. »