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simples ; mais au dedans ils foisonnent en délices très exquises, en abondance de toute sorte de voluptés, outre la superfluité et excès des mondains. Ils se remplissent de vins et de viandes friandes, souillant tout de paillardises, desquelles ils brûlent.
Quant aux nonnains, leur vie est des plus impudiques. Que sont en effet aucuns monastères de filles, sinon lieux de filles de joie, comme on dit communément, et retraites de jeunes ruffiens lascifs et impudiques pour accomplir leurs vilenies? De sorte que voiler une jeune fille en tel lieu pourrait être que ce ne serait sans l'exposer en danger de paillarder(]).
Le clergé ne cherchait même pas à conserver les apparences de l'honnêteté, et il faisait lui-même bon marché de ses vices, avec les jongleurs qui s'en moquaient dans leurs chansons satiriques, avec les peintres qui en composaient des tableaux et des miniatures, avec les imagiers ou statuaires qui en ornaient leurs ouvrages, en pierre, en bois, en ivoire. C'était le sujet favori de la littérature et de l'art. L'intempérance de la gent monacale, sa sensualité, son effronterie servaient de thème permanent aux fantaisies des artistes et aux épigrammes des poètes. On ne voit nulle part que les hommes d'église se soient offensés, irrités, scandalisés des portraits écrits et figurés de leurs turpitudes. Ils se divertissaient eux-mêmes à leurs propres dépens, en faisant reproduire l'épopée joyeuse de la vie cléricale, dans les peintures de leurs missels, dans les sculptures de leurs églises, dans les images de leurs dyptiques, dans les
(!) Escrit de Nicolas Clemangis, docteur de Paris et archidiacre de Bayeux, touchant l'état corrompu de l'Eglise, par lequel on pourra voir la source et confusion de l'Eglise romaine. Aussi verra-t-on en ce siècle la France n'avoir été destituée de vrais Docteurs qui ont fidèlement exécuté leur charge d'annoncer la lumière du Seigneur. A Orléans, iôôi.
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ornements de leur mobilier. La verve caustique des tailleurs d'images s'exerçait sans paix ni trêve sur le dérèglement des clercs : de là tant de grossières allégories, tant d'indécentes caricatures, tant de sales drôleries, qui se cachent dans les chapiteaux, les frises et les arabesques de l'architecture religieuse. Ici, ce sont des moines changés en pourceaux ; là, des chiens habillés en moines , ailleurs, le phallus antique sort du froc d'un religieux ; tantôt ce sont des nonnes en débauche avec des diables; tantôt ce sont des singes qui poursuivent des femmes nues et qui leur mordent les fesses. L'emblème ordinaire du vice d'impureté, c'est un crapaud ou une tête de chimère couvrant les parties sexuelles de l'homme et delà femme. Dans tous ces groupes obscènes, la robe et le capuchon du moine caractérisent l'intention maligne de l'auteur, qui s'amuse à immortaliser les vices et la honte de ses patrons. Ceux-ci en riaient les premiers, puisqu'ils avaient laissé subsister ces scandaleux reliefs, qui furent détruits la plupart dans les temps modernes par la pruderie des ecclésiastiques, à qui la singularité du monument demandait en vain grâce.
Voilà pourquoi les plus étranges de ces chapiteaux, ceux qu'on avait décorés de tous les genres du crime de la bestialité, ne nous sont plus connus que par le témoignage des archéologues et des savants qui en ont recueilli la tradition. Ainsi, nous ne croyons pas qu'on ait gardé même le dessin d'une sculpture assez inconve- . nante qu'on voyait à Saint-Germain-des-Prés, et qui reorésentait une religieuse se prostituant en même temps à un moine et à un animal qui ressemblait à un loup. Il y avait aussi à Saint-Georges-de-Bocherville, en Normandie, un fût de colonne couronné par une affreuse