AU ROY DE FRANCE ET DE POLOGNE
HENRY TROISIÈME DE CE NOM, SON PRINCE ET SOUVERAIN SEIGNEUR, N. D. C. (') PAIX ET SALUT
Ceux qui prennent aujourd'hui plaisir, Sire, au naufrage de votre Empire, pour courir au bris, et qui déjà se sont enrichis du jet des choses les plus précieuses qu'on fait incessamment pour sauver ce Royaume, lequel a eu autrefois tout l'Empire d'Allemagne, des Royaumes de Hongrie, d'Espagne, et d'Italie, et tout le pourpris des Gaules, jusqu'au Rhin, sous l'obéissance de ses lois ; ceux qui pensent qu'ores il est réduit au petit pied, et que ce peu qui reste est exposé en proie par les siens mêmes, et en danger d'être froissé et brisé entre les roches périlleuses, n'ont jamais su ce que c'est du pouvoir d'un Roy de France.
Ceux donques qui d'un tel naufrage voudraient encore plus rire, ou bien conclure de là une subversion ou un anéantissement de votre Royaume, encore une fois puis-je bien dire que la Majesté, force et puissance d'un Roy tel que vous êtes leur est inconnue. Car dans votre cabinet il y a, §ire, trois Perles précieuses d'inestimable valeur. L'Orient n'en a jamais produit de semblables, et les plus expérimentés lapidaires qui aient jamais été au monde estiment que tous les jaspes, les saphirs, les calcédoines, émeraudes, sardoines, chrysolithes, béryls, topazes, chrysopales, hyacinthes, améthystes, et perles qui peuvent être aux
(') D'après Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, ces initiales représenteraient Nicolas Barnaud du Crest (en Dauphiné).
carquants, bagues et joyauxjlc tous les Rois, Princes, Seigneurs et Dames de l'Europe, toutes ensemble, ne valent pas la moitié de la moindre des trois que vous avez. L'ébabissemcnt que j'ai en ceci, c'est comme il a été possible que durant les règnes de vos prédécesseurs [Rois et le vôtre, en une infinité d'affaires qu'ils ont ^eues, et que vous avez encore, eux et vous ne vous soyez secourus et accommodés d'un si beau et précieux gage. D'aucuns tiennent] que la faute vient de ce que les anneaux,, dans lesquels elles ont été enchâssées, ont été improprement élaborés, qu'ils cacbent, par manière de dire, la splendeur et majesté qu'elles ont de leur propre nature. Tellement que pour n'avoir^étéJburinées comme il appartenait, ne faut trouver étrange, si parmi tant de perles, bagues et joyaux magnifiques, qui sont dans votre Cabinet, les trois dont je vous parle, n'ont pu paraître, et leurs propriétés et vertus être connues, selon que leur dignité le requérait. A vrai dire, le burin n'en est point tant cause, comme l'étui dans lequel on les a encoffrées ; car encore que cet étui soit riebe, couvert et composé d'une parade et industrie merveilleuse, si est-il goffe (') et, par manière de dire, sordide, pour contenir le triomphe, excellence, grandeur et Majesté d'un si précieux trésor.
Miracle des miracles qu'il se soit pu trouver, vu qu'il était si ingénieusement serré, caché et enveloppé, que sans la clarté des perles qui transperçait par les fentes de la couverture de l'étui, jamais on n'en eût pu avoir de nouvelles. Ce n'est pas à dire qu'elles ne fussent très bien inventoriées dans l'inventaire de votre Cabinet ; mais les trois articles contenant leur spécification étaient si glosés et remplis de postiles (*) ou échelles, qu'en la vérification qu'on a accoutumé de faire des meubles les plus précieux de votre Cabinet, légèrement on passai!, toujours par dessus. Ce qu'il ne faut trouver étrange ; car si la glo^e trompait d'un côté, l'étui des Perles fermé à trois ou quatre chfs, faisait qu'on ne se donnait pas beaucoup de peine de vérifier ce qui était dedans. De là plusieurs grands personnages esti-
(!) Mal fait, grossier.
(-) Gloses, explications, notes.
maient qu'elles fussent perdues, d'autres qu'on les eût cachées ou ensevelies en terre, et pour les trouver, aucuns depuis se sont servis delà magie blanche, les autres d'hvdromancie, les autres de l'améthyste au petit doigt : bref, il n'v a espèce de nécromancie, sorcellerie, et invocations des malins esprits qu'on n'ait emprunté : les uns pour faire perdre la mémoire, et, par manière de dire, ensevelir ces précieuses perles ; et les autres pour les trouver, expressément pour se faire riches, et les appliquer à autres usages que leurs propriétés et vertus ne sont destinées. Il y a plus de douze cents ans que la plupart des Ilois, Princes et Seigneurs de la Terre, sont après à les chercher, et non pas seulement les Princes, mais jusques aux personnes de moindres qualités, ont employé le vert cl le sec pour trouver ce trésor, persuadées qu'en lui consistait cette main de gloire, ou pierre philosophale, que vous voyez encore aujourd'hui partout si recommandée. Il y en a eu de si curieux qui ne se sont pas contentés d'avoir l'ait fouir et profondément creuser la terre ; mais ont fait, Sire, révéremment parlant, remuer tous les cloaques et ordures de la chrétienté. Et, de fait, vous verrez par le discours de ce traité qu'il y a bien peu de Rovaumes, Principautés et Seigneuries, où non seulement Yirga diuina, mais l'esprit pythonique n'ait passé et repassé pour sentir le lieu et endroit de ces pierres ou perles précieuses; mais tout ce qu'on a pu faire, c'a été d'en sentir ou découvrir seulement i'ombre, de laquelle ces nécromanciens, sorciers, magiciens et enchanteurs, qui ont eu ce crédit d'entrer dans votre cabinet, se sont tellement accommodés, que par ce moyen ils se sont acquis les honneurs, dignités, puissances, autorités et richesses si grandes, qu'il ne faut trouver étrange, si la Majesté, grandeur et opulence des Rois vos prédécesseurs et de vous, n'est telle que celle qui reluisait avant une telle démonomanie.
Considérez donc, Sire, de combien ces magiciens et enchanteurs se fussent prévalus et avancés, s'ils eussent pu mettre la patte sur les trois perles ; vu que par la seule ombre de l'étui où elles sont, ils ont de quoi piaffer, et paraître par-dessus tous les Rois de la terre, et ont bien été si accorts, que pour priver vos Majestés de la jouissance et usage de ces trois perles, ils ont telle-
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ment fardé et déguisé l'ombre, que vous diriez proprement que le corps et vérité d'icellc est comme évanoui. Jamais je n'eusse dit que pour les trouver il eût fallu remuer tant de cloaques, et tout le malheur que je prévois en ceci, est que ces maîtres-ci les ont rendus si puants et infects, qu'encore que vous ayez les perles, l'étui pourtant ne vous demeurera pas, d'autant que pour l'avoir, il faut par nécessité qu'une telle Majesté que la vôtre voie jusqu'au plus profond de ces cloaques. Quand il ne serait question que de deux ou trois millions d'or par an, au profit de votre Majesté, j'aimerais mieux vous les laisser perdre, que vous conseiller de voir et sentir telles ordures ; mais il s'agit ici du plus grand et admirable trésor qui se puisse trouver au monde. Et pourtant, Sire, c'est à faire prendre du musc en votre main, ou bien vous boucher un peu le nez, pour ne sentir la mauvaise odeur d'iceux, et en moins de rien vous découvrirez l'étui et les perles. Ha ! Sire, que si vous l'eussiez fait, et vous-même, l'eussiez ouvert à votre arrivée de Pologne en ce Royaume, assurément la France fût toujours demeurée France, c'est-à-dire que les tyrannies, guerres civiles, perfidies, cruautés, massacres, concussions et pilleries exercées depuis vingt ans en France, fussent sorties : l'athéisme, sodomie, et toutes autres sinistres et puantes académies que l'étranger y a introduites, n'y .eussent pu trouver place. Car ces pierres ont telle vertu qu'elles préservent non seulement du venin, mais chassent tous les poisons, ordures et autres corruptions, et aussi guérissent de plusieurs maladies ; et encore que quelque chose en un infini soit comptée pour un rien, si puis-je bien dire que la nature de ces trois pierres est tant infinie, qu'elle porte en soi une infinité d'infinités. Qui sera celui donques qui pourra entrer en assez grande admiration s'il veut prendre pied sur la très grande et très parfaite perfection qui est en elles.
Mais laissant leur vertu sous l'honneur de silence, de laquelle ne se peut dire que le moins qui en est, je veux, s'il m'est pos" sible, vous persuader à ce que, par les plus expérimentés lapidaires ou autres, il vous plaise de nouveau faire vérifier l'Orient qui est en ces Orientales, j'entends le secret des secrets de leurs vertus et propriétés. En même temps vous leur ferez changer
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l'étui, et de nouveau en ferez faire un de tel calibre que l'excellence d'icelui puisse engager votre Majesté à regarder dedans à toutes les heures qu'il vous plaira ; à moins que vous aimiez mieux en porter l'une pendue en votre oreille dextre, l'autre pendue à votre col, et la tierce au petit doigt de votre main scnestre.
Quiconque verra votre Majesté en cet équipage, pourra bien se vanter d'avoir vu l'un des plus grands et puissants Rois qui soit au monde : un Roy toujours accompagné de piété et justice; un Roy suivi de la plus brave, sage et généreuse noblesse qui ait jamais été, un Roy qui sera toujours environné d'un trésor inestimable. S'il vous plait de colloquer ces trois perles en l'état que je viens de dire, il ne faut avoir crainte qu'on puisse vous les dérober ; car vous-même les porterez, vous-même en serez le gardien, vous-même aurez toujours la vue dessus. Et bien que votre œil fût occupé à autre chose, qui serait celui qui oserait entreprendre les arracher de votre oreille, ou du petit doigt, ou encore moins enlever celle pendue en votre col ? On pourrait, sur ce, dire que Dalila trouva bien moyen de couper les cheveux de Samson, qui commandait en la République des Juifs, cela est bien vrai ; mais entre les cheveux de Samson et vos trois perles, la différence y est par trop grande ; en tant qu'avec des ciseaux il fut aisé à Dalila de lui couper les cheveux . Mais il n'y a ciseaux, glaive, ni couteau qui puisse approcher votre oreille, ni - moins la lime de votre petit doigt sans que vous le sentiez ou aperceviez ; que le sommeil ou dormir vous puisse aussi bien prendre qu'à Samson, cela n'adviendra pas, car la propriété de la perle qui pendra en votre oreille vous réveillera assez ; de manière que toutes les Dalila et autres semblables affétées, qui volontiers abusent et ensorcèlent les Roys, ne pourront attenter sur icelles.
Quelqu'un demandera si le Roy Salomon, au milieu de son grand et admirable trésor, avait point de perles aussi précieuses que les vôtres. Pour ma part, je crois, et tout homme de sens rassis le doit croire, que celles qui sont dans votre cabinet, ce sont les mêmes qu'il avait, car tout le temps qu'il les a soigneusement gardées et visitées, ce n'a été que toute bénédiction et
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prospérité en son Royaume ; mais aussitôt qu'elles furent encloses dans un étui et que Salomon en eut comme perdu la vue, il commença dès lors à traiter l'amour avec les femmes étrangères, et à faire mal en la présence du Seigneur ; ce qui me fait dire que vous ne sauriez mieux faire que de les tirer, non seulement de votre cabinet, mais de l'étui où elles sont, de percer votre oreille, et d'v enfiler la plus précieuse des trois, m'assurant que si Salomon en eût fait de même, sa démarche ne fût été si lourde, comme elle a été.
Il est vrai que l'étui dans lequel il les fit mettre, et celui dans lequel vous les tenez, diffèrent en quelques manières ; car dès lors que les femmes étrangères curent senti la vertu et propriété de ces perles, elles n'eurent de cesse que l'étui ne fût redoublé pour mieux étouffer et supprimer la vertu de la grande gloire qui était comme là cachée. Salomon s'embéguina dès lors, et si bien, que sept cents femmes princesses et trois cents concubines dévoyèrent le cœur d'un si grand Roy, jusques-là, qu'elles lui firent snivre Astaroth, Molchon et Moloch, qui étaient l'abomination des Sidoniens, Ammonites et Moabites ; elles l'ensorcelèrent de tels charmes qu'il édifia un haut lieu à Chamos, en la montagne qui est vis-à-vis Jérusalem et à Moloch. De même, dès lors que •les Roys vos prédécesseurs se contentèrent de voir seulement l'étui, d'admirer ce dernier, comme ils pouvaient bien faire du précieux gage qui était là-dedans; immédiatement les Moabites, Ammonites, Iduméennes, Sidoniennes et Ethiennes entrèrent en France, qui y ont bien fait d'autres encensements et tintamarres. Quoi que soit, par leurs ensorcèlements, ont si bien fermé l'étui que n'avez eu encore le crédit de le faire ouvrir, ni d'y voir ce que vous auriez dû voir dès le commencement de votre règne. Il n'a pas tenu à de bons, fidèles, loyaux et expérimentés lapidaires, que Dieu vous avait suscités en votre Royaume, et qui encore aujourd'hui sont après vous, pour faire cette ouverture.
Je ne fais doute qu'ici je ne sois taxé de deux vices, d'être flatteur et satyrique tout ensemble. De flatterie, en ce qu'il semble qu'encore que vous soyez grand Rov, la comparaison est par trop inégale entre votre règne et celui de Salomon; car avant
ni après lui, il n'y a eu et il n'y aura, selon qu'il est écrit, Rois qui puissent le seconder en gloire, tant la sapience, science et richesses ont abondé en lui. Voilà que tout est dit des dons, titres et qualités les plus honorables, les plus magnifiques, qu'il est possible de penser ; mais si l'on considère de près le précieux secret et la majesté du titre que vous portez ; Salomon, encore qu'il l'ait désiré, n'a su en avoir un semblable. Ce nom de Très Chrétien n'a jamais pu couvrir son chef, parce que l'accomplissement des temps n'avait encore produifla Chrétienté, de laquelle votre diadème est aujourd'hui tellement illustré, que la protection d'icelle, sur tous les autres Rois et Princes de la terre, vous est échue et réside en votre Majesté. Mais Salomon, pourrat-on dire, fut magnifié par dessus tous les Rois de la terre, tant en richesses que sapience, de façon que tous cherchaient à voir sa face pour ouïr sa sapience.
N'avez-vous pas vu, Sire, comme la vôtre a déjà retenti par tout le monde, jusques à ce grand royaume de Pologne, duquel les plus grands sont sortis non seulement pour chercher à voir votre face, mais pour vous y mener comme celui qui par dessus tous les Roys avez été élu et choisi pour leur Roy et Prince souverain. Cette élection tant solennelle n'est point advenue sans une singulière providence de Dieu, et ce qui la rend encore plus admirable, c'est que la couronne de Pologne ne fut pas sitôt sur votre tète, qu'elle fut couronnée, peu de temps après, de celle du plus grand Royaume qui soit sous la chappe du ciel. On répliquera que Salomon eut domination sur tous les Rois, depuis le fleuve d'Euphrate jusqu'à la terre des Philistins et jusqu'aux limites d'Egypte ; je ne doute point que si celle précieuse perle eût été pendue en l'oreille d'Henry troisième de ce nom, par la grâce de Dieu Roy de France et de Pologne, il fût été, il y a plus de trois ans, Monarque de toutes les Gaules. Et encore pouvezvous bien apercevoir, Sire, combien tous les Pays-Bas requièrent que vous vous rétablissiez au droit de souveraineté que vous y avez ; que tous les Princes et Seigneurs et autres signalés, principalement ceux du Tiers Etat, ne désirent rien de plus que de vous rendre l'obéissance qu'ils vous doivent, La couronne de l'Empire Romain a visé longuement sur l'heureuse prospérité de
vos commencements, et déjà ceux qui tenaient les principaux suffrages d'une si sacrée élection ne pouvaient moins que de trier par dessus tous les Princes de la Chrétienté, un Henry de Valois pour Empereur.
A votre avis, si la Reine d'Angleterre eût tant soit peu aperçu la splendeur de la perle qui devait pendre à votre oreille, eûtelle refusé, en l'épousant, de vous faire couronner Roy d'un si puissant Royaume? Il y a bien peu de Royaumes en Chrétienté qui n'aient guigné, du pied ou du doigt, pour vous faire parvenir à les commander. Quelle grande et avantageuse condition vous a-t-on présentée pour toutes les conquêtes faites par les derniers Rois de Portugal ? et de fraîche mémoire vous pouvez, si vous voulez, entrer en ce parti, et non seulement en celui-là, mais en plusieurs autres, dignes de vous faire monarque de l'Europe. Je ne pense point vous flatter, en disant ces choses ; car vous savez si je dis vrai ou non : aussi n'y a-t-il pas un de vos sujets, s'ils ont des yeux en la tète, qui n'ait bien pu voir branler toutes ces couronnes, et encore plus que jamais chercheraient-elles à couvrir votre chef, si l'oreille était perlée, votre carquant carquanté, et votre petit doigt senestre bagué comme vous pouvez bien faire.
De ce nombre de sept cents femmes Princesses et trois cents concubines, peut-être, comme j'ai dit, me voudrait-on reprendre, à cause que ma comparaison suppose que l'abomination des Moabites femmes et concubines sidoniennes, éthiennes et autres est plantée en votre Royaume. Je ne dis pas seulement sept cents femmes, et trois cents concubines ; mais je soutiens que plus de quatre fois sept cent mille femmes polygamient et concubinent avec ces magiciens et enchanteurs, qui ont tenu si longtemps cachées ces perles dans votre cabinet.
Le père de Salomon, pour avoir paillarde avec Bethsabée, pensa perdre l'une des trois perles que vous avez, voire les trois toutes ensemble. Que lui fùt-il advenu donques, s'il eût toléré la semblable paillardise qui se pratique aujourd'hui, non pas par la France seulement, mais par toute la Chrétienté ? Jamais on n'a ouï parler d'une telle, et faut bien qu'elle soit grande, va que par elle l'ire de Dieu est tellement enflammée que Votre
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Majesté est privée de voir ce que vous avez, ainsi que vous représentera la lecture de ce Cabinet. Lequel je vous dédie et consacre, suppliant très humblement Votre Majesté, que dans le vôtre, où sont ces perles tant précieuses, il vous plaise donner gracieuse et libre entrée à tous les Princes et débonnaires qui voudront y entrer, à cette fin qu'ils aient la vue d'icelles, et l'ayant, qu'ils puissent dire et reconnaître avec la Reine de Saba, ce qu'ils ont ouï en leur terres de la majesté et splendeur de ces perles, au respect de la vertu et propriété qu'ils verront reluire en dedans, et que les possédant comme vous les pouvez avoir et posséder, il n'y a point de couronnes qui puissent s'égaler à celle que vous portez : en tant que sous la chappe du ciel, il n'y a point de France qui puisse égaler la vôtre. Bienheureux alors, pourrontils dire, seront les gens et domestiques qui seront admis en la présence de Votre Majesté ; le Seigneur Dieu sera bénit, duquel vous avez été choisi, pour être mis sur le trône des trois fleurs de lys, que le Seigneur a toujours chéries et favorisées, quelque ingratitude et mépris qu'on ait fait des libéralités et trésors inestimables, qui sont aujourd'hui enclos dans votre cabinet. Et au lieu de six vingts talents d'or et moult grande abondance d'épicerie et pierres précieuses que la Reine de Saba bailla au Roy Salomon, votre richesse sera si grande que, sans appauvrir vos sujets, vous honorerez les Rois et Princes de vos libéralités, -vous leur donnerez tout ce qu'ils vous demanderont et pour tout cela ne diminuerez rien de votre Etat ; tant s'en faut, que vous amplifierez et augmenterez le leur et le vôtre tout ensemble. Bref de l'Europe, voire de tout le monde, vous en ferez une chrétienté autant et plus reluisante, que sous un siècle doré. Je regrette que d'entrée je ne puisse commencer ce traité par l'une de ces trois premières perles ; je ne le puis faire sans premièrement exprimer les ordures qu'il a fallu remuer et jeter pour les déterrer et découvrir du lieu où elles étaient ; mais en les remuant, vous, et les autres Princes, trouverez assez de quoi à vous ébattre, et pour bien vous faire ouvrir l'oreille, m'assurant que vous ne trouverez mauvais que cette préface ait été traitée en forme d'allégorie ; je ne l'ai fait que pour plus vous émouvoir d'entrer en ce Cabinet, et par même moyen dégager l'honneur de tant de
princes et gentilshommes, que ces Sorciers, Magiciens et Enchanteurs tiennent engagé, par faute que ces perles ne sont mises en lumière.
Sire, je supplie le Créateur vous donner, en parfaite santé, très longue et très heureuse vie.
Ce premier novembre i58i.