‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 22 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

QUEL EST LE CABINET DU ROY, QUELLES SONT LES TROIS PERLES, ET L'ÉTUI DANS LEQUEL ELLES SONT

Quand je dis que dans le Cabinet du Roy de France, il y a trois perles d'inestimable valeur, je ne pense pas qu'au monde se puisse trouver homme qui veuille le croire, non pas le Roy même ; au moyen de quoi il est très requis que Sa Majesté entre en icelui, ouvre l'étui, dans lequel elles sont interposées, afin de les mettre et ranger en lieu qu'il les puisse toujours voir.

Ce beau Cabinet, c'est la Monarchie des Gaules ; la première perle, c'est la Parole de Dieu, qui assiduellement doit retentir ou être pendue en l'oreille d'un si grand Roy. L'étui dans lequel elle est enclose, ou plutôt ensevelie, c'est l'Eglise papale. La deuxième perle, c'est la Noblesse ; et la troisième, c'est le Tiers Etat. Les vertus et propriétés de ces trois perles bien connues, chacun confessera libéralement que la première perle est d'inestimable valeur : non seulement la perle, mais l'étui même ne se pourrait bonnement priser, tant les richesses sont grandes et admirables. Avec une merveilleuse diligence, j'ai recherché la richesse, abondance et revenu de toutes les Eglises ou religions qui ont été et qui sont encore aujourd'hui au monde.

Je commencerai par la Germanie en laquelle il y a de fort

5o LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE

beaux archevêchés et bénéfices ; quand vous y ajouterez tous ceux qui restent en Bohême et Hongrie, Pologne, et autres en ce quartier-là, qui tiennent encore de l'Eglise papale, ce n'est rien auprès de ceux de l'Eglise Gallicane. Tout le clergé des Royaumes d'Espagne, Portugal, Majorque, Minorque, et de tous ces Royaumes, nouvellement conquis aux Indes par les Rois de Portugal, n'approchent en richesse à beaucoup près de celui de la France ; encore moins tout le revenu de l'Italie, y comprenant les Royaumes de Naples, Sicile. Venise et autres Républiques, quand même l'Angleterre, l'Ecosse, le Danemark, et autres Royaumes, qui ont donné un coup de piçd à la pantoufle du Pape, représenteraient aujourd'hui le revenu du Clergé tel qu'il soûlait être, c'est moins que rien, comparé à la grandeur et richesse de celui duquel nous parlons. Tout le revenu des Eglises ou Mosquées qui font profession de l'Alcoran de Mahomet, j'ajouterai même celui des Eglises de la Grèce, ne symbolise, il s'en faut de plus d'un tiers, au nôtre. De mettre en contrepoids le revenu des Eglises de ce grand Roi Négus, à cause, dit-on, qu'il a cinquante Rois qui lui sont tributaires, et que la plupart d'eux pour le captiver inclinent à enrichir et décorer la Religion, tout cela bien calculé ne revient à un tiers près de la Gallicane. Feuilletez, pour le faire court, tous les revenus des autres Eglises, et sous quelques Dieux qu'elles puissent avoir été élevées, il n'y en a pas une digne de s'égaler en riebesse h l'Eglise Gallicane.

Si vous prenez les quatre Monarchies une par une, l'économat et dispensation du revenu de leurs Prêtres et sacrificateurs ont été fort divers, et je ne veux pas nier que les Princes, Roys et Monarques de ce temps-là, ne leur ayent élargi de grandes libéralités, immunités, franchises, privilèges et libertés ; mais si vous faites comparaison de la puissance, richesse et revenu, prééminence et autorités de leurs Pontifes aux nôtres, il y a autant de différence que du jour à la nuit. Ne parlons point pour cette heure de la puissance et Souveraineté que nos Prélats ont sur les âmes, venons simplement à la temporalité; n'est-ce rien que l'Eglise Gallicane soit aujourd'hui riche de revenu par an de quatre-vingt-douze millions d'écus en deniers clairs et liquides ?

qu'outre et par dessus une telle et si grande somme de deniers, ceux du Clergé réservent chacun an par leurs baux à ferme :

Froment .

'i.5oo.ooo setiers

Seigle.

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