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CHAPITRE II

PREUVE QUE LE REVENU DE L EGLISE GALLICANE EST DE PLUS DE IO0.00O.000 D'ECUS DE REVENU PAR AN, SANS LES RÉSERVES

Si je voulais ici particulariser les preuves du revenu de l'Eglise Gallicane, selon les dénombrements sur ce baillés, jamais je n'aurais fait ; car il faudrait faire une preuve des deniers ordinaires et extraordinaires à part, une autre de froment muable et immuable ; conséquemment, une autre de seigle, orge, avoine, et ainsi de toutes les espèces de denrées qui appartiennent à leur revenu. Mais puisque l'application en a été faite, ci-après je vais réduire toutes ces preuves en une, qui représentera la certitude de celle que l'on cherche présentement. Et pour y parvenir, faut se rappeler que l'Eglise Gallicane est composée de vingt et un archevêchés, desquels pour le présent la France n'est douée que de douze ; les autres, il semble, vu l'état de la Flandre, que bientôt ils seront réunis et gallicanes. Sous lesquels Primautés et Archevêchés sont 160 évêchés ou Diocèses, desquels la France n'est douée pour le moment que de 96, garnis ou doués de 1.I2.000 paroisses ou hameaux : en quoi l'on peut connaître l'impudente menterie de celui ou ceux qui accompagnent les diocèses de 1.700.000 clochers ; les autres qui sont un peu plus sobres ne leur assignent que 600.000 tant villes que villages, et autant pour le brodeur. La restriction que les autres font à 27.^00 paroisses, prenant la plus grande ville pour une paroisse et !c moindre village ayant paroisse pour une autre, est beaucoup plus recevablc pour confirmer notre preuve ; car le nombre des

paroisses qui sont dans les villes, comme dans Paris et autres villes, et les hameaux qui ressortissent aux paroisses des villages, c'est-à-dire où les curés, outre le principal lieu de la paroisse, sont tenus d'aller chanter messe ou bien qui se cotisent à part degré à gré de leurs Paroissiens ; tout cela ensemble peut bien revenir à notre nombre de i32.ooo paroisses, d'autant qu'en icelles on comprend les hameaux, ensemble toutes les paroisses qui sont dans les villes.

Toutes les dites paroisses ou hameaux sont réduites à 5io archipriorés, dans lesquels se trouvent: 1.456 abbayes, 12.822 prieurés, 269 commanderies ou prieurés des chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte, 1 5a. 000 chapelles ayant toutes chapelains pour les desservir. Il est vrai que par le catalogue qui nous a été baillé, se trouve un certain chanoine sous le nom duquel sont deux prieurés, 7 cures et 28 chapelles ; a-t-il pas bien moyen de faire des chapelets?

Quant aux abbayes et prieurés de femmes, le nombre est de 5G7.

Outre tout cela vous avez 700 couvents tant des Cordeliers, Jacobins, Carmes, Augustins, Enfumés, Céleslins, Jésuites et autres religions.

Le Clergé de l'Eglise Gallicane a 180.000 châteaux, seigneuries ou fiefs. En 83. 000 desquels, ils ont justice haute, moyenne et basse ; dans le surplus, ils ont moyenne et basse justice et fiefs simples.

Le nombre de leurs sujets est de 1.377.000. Ils ont 249.000 métairies, granges ou bastides, en aucunes desquelles ils tiennent iG bœufs arables : aux autres douze, huit, six, quatre et en la moindre deux. Il est vrai qu'en Languedoc ou Provence, en certaines de leurs bastides, ils ne tiennent que des mulets ou ânes pour labourer, mais le moindre est de deux. Ils possèdent 1.700.000 arpents de vigne qu'ils font faire à leurs mains ou parcelles de leurs fermiers ; 400.000 arpents de vigne sur lesquels ils prennent la tierce et quarte partie des fruits ; aucuns y en a où ils ne prennent que le sixième.

Outre leurs métairies fournies, ils ont environ G00.000 arpents de terre, qu'ils baillent à terrage, c'est-à-dire au tiers et

au quart : et si davantage, les preneurs sont tenus de payer les dîmes.

Les étangs tant grands, moyens que petits, sont en nombre de 1 35.000. Il y en a plusieurs autres indivis avec d'autres seigneurs, sur lesquels ils ne prennent que le tiers, le quart, le sixième, le douzième et autres telles et semblables portions ; en ce nombre sont compris plusieurs étangs situés et assis rière (*) l'obéissance du Duc de Savoie, pays de Bresse, et toutefois de l'Archevêché de Lyon, qui appartiennent aux chanoines de Saint- Paul de Lyon ; rière le territoire de Saint-Paul de Varaz, comme aux Religieux de Notre-Dame de l'Isle, et à d'autres bénéficiers de France, notamment à l'abbé de Gluny, qui tiennent grand nombre d'étangs : tant au pays de Bresse que Dombes ; d'autres en tiennent semblablement au Comté de Bourgogne, ce que nous avons bien voulu exprimer, afin que si quelqu'un est curieux d'examiner cet article selon l'état de France, et non selon l'état de l'Eglise Gallicane, il vienne à retrancher du nombre de cette preuve environ 760 étangs, qu'il trouvera situés et assis tant en Flandre, dans le Comté de Bourgogne et le pays de Bresse ; et néanmoins appartenant en propriété à ceux du Clergé de l'Eglise Gallicane.

Toutes les prairies que le Clergé tient en France reviennent à 900.000 arpents, leurs granges, métairies et bastides fournies.

Ils ont 245.000 roues virantes, tant pour moudre le blé, papeterie, martinets et autres. Les bois, forêts et buissons contiennent plus de 1.800.000 arpents. Les terres vagues, pasquiers (2) et autres pâturages, sont de 1.400.000 arpents. Les vignes et terres sur lesquelles ils prennent les dîmes, contiennent plus de 47-000.000 d'arpents.

Si messieurs du Clergé amodiaient par le menu leurs biens, à l'œil ils tireraient de leurs revenus 20.000.000 d'écus davantage qu'ils ne font ; mais là-dessus vient à considérer, qu'il est bien raisonnable que tant de vicaires et sous-chapelains, comme aussi tant de fermiers et amodiateurs qu'il y a en France, gagnent quelque chose en leur faisant service.

(1) Par devers.

(2) Pâturages.

56 LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVl° SIÈCLE

La preuve est si certaine de ce dénombrement que chacun des bénéficiers en son particulier la peut examiner ; et c'est fort facile à faire, vu que ci-après nous avons apprécié toutes les denrées à un prix raisonnable.

Pour mon regard, ma preuve est toute liquide ; car je me suis restreint seulement a la somme de 100.000.000 d'écus. Et la vérification d'icclle gît pour la plupart en baux à ferme, auxquels on aura recours si besoin est.

Mais voici la preuve des preuves que je veux faire toucher du doigt, jusques aux plus petits enfants ; et pour plus grande confirmation d'icelle, j'appelle à témoins les mathématiciens qui savent que la France a 200 lieues depuis Boulogne jusques à Marseille, et autant depuis le mont Saint-Bernard jusques à Saint-Jean-de-Luz ; et par ce moyen la France a 40.000 lieues en carré : et chacune lieue 5. 000 arpents de terre qui reviennent à 200.000.000 d'arpents. Cette quadrature pourrait être trouvée étrange, d'autant que la France, qui est composée en forme de losange, est beaucoup moindre que le carré ; là-dessus faut considérer que si vous ajoutez au losange les Seigneuries et terres ecclésiastiques, de toute ancienneté incorporées en l'Eglise Gallicane, la quadrature se trouvera beaucoup. plus complète qu'il ne faut : et ores qu'on ne voulût employer en ce carré la quadrature Gallicane, on prendra les terres et Seigneuries que les Episcopaux de Picardie tiennent en Flandre, et consécutivement les autres du Clergé et autres provinces étrangères, comme ceux de Champagne rière (A) les terres de Luxembourg et Lorrain1, ïhou et Verdun et Metz, deçà et delà la rivière du Rhin, la Bourgogne et le Lyonnais, la Franche-Comté et le pays de Bresse, le Dauphiné et la Provence rière (*), les pays de Son Altesse, les Diocèses plantés à la Corbière, tout le long de la frontière d'Espagne, pareillement des autres provinces. Vous trouverez que toutes ces additions suppléeront bien à notre quadrature, si besoin était, et encore plus, qui y voudrait réunir toutes les collations et membres dépendants qui sont situés et assis au long et au milieu de l'Angleterre, de l'Espagne et de l'Alle-

(i) Proche.

magne, où vous avez plusieurs bénéfices, tant de la collation de Citeaux, Cluny, que autres semblables cbefs d'ordre, qui viennent aux ebapitres généraux apporter leurs pensions, et rendre obéissance. Il est vrai qu'à mesure qu'ils se déniaisent le revenu décroit; mais tant y a que des droits de Seigneurie, rentes, dîmes, et autres biens, ils jouissent paisiblement, et se gardent bien d'en rien perdre, tellement qu'il se trouve plus de terres étrangères qu'il ne faut pour parfaire nos 200.000.000 d'arpent3, joint qu'en Piémont, Savoie et Bresse, la plupart des Français y trouvent encore les bénéfices qu'ils y soûlaient tenir depuis la conquête du pays. Non pas que pied à pied je veuille insister sur celle quadrature ; car elle ne s'y trouvera jamais en tant que la France est plutôt losangée qu'autrement ; mais c'est pour montrer que les Gaules ou l'étendue des Eglises gallicanes en sa quadrature, ont de terre et étendue plus qu'il ne leur en faut, selon qu'il a été dit.

De ces 200.000.000 d'arpents, je n'en ai voulu prendre que 47.000 000 d'arpents, sur lesquels ils prennent dîmes, encore qu'il y en ait plus de 80.000.000, et ce, pour ôter le scrupule de ceux qui des 200.000.000 d'arpents, ôîent la moitié pour eaux, chemins et terres vagues. Soutenant qu'il n'y a pays si fertile où les deux tiers pour le moins ne soient vagues : cela a quelque apparence de vérité, mais nous disons que pour le regard de Messieurs du Clergé universellement, les 200.000.000 d'arpents leur sont profitables, et du tout fertiles. Premièrement pour le regard des eaux, la terre ne leur est point de si grand revenu. Et tous ceux qui s'y connaissent en matière d'étangs, savent le grand profit qu'ils rendent à leurs maîtres ; or, ils en ont le nombre de i35.ooo, sans les autres portions dont nous avons parlé, sans aussi y comprendre les parts et portions qu'ils ont es étangs de mer des îles de Martigues, de Marignane, Berre et tout le long de la côte du Languedoc, et aussi le long du rivage de la grand mer Océane, avec les droits des pèches qu'ds ont tant es mers de ponant que de levant.

Par le moyen des eaux et étangs des susdits, ils font virer plus de 200.000 roues en France, tant à moudre du blé, papeteries, martinets et autres engins d'un merveilleux revenu.

Sur ces eaux et rivières, ils ont les plus beaux péages qu'il est possible, jusqu'à vendre l'eau de leurs étangs à ceux qui coutumièrement, aux mois de juillet, août et septembre, n'en ont point pour faire moudre leurs moulins, qu'ils appellent mois de sécheresse.

Mais le singulier revenu d'aucuns particuliers prélats, et autres bénéficier s, procède des eaux de Brouage et Pecais, et autres endroits tant de Provence que de Languedoc, qu'ils font convertir en sel, et comme propriétaires des plus grandes et meilleures portions d'icelui en tirent de grands profits : je m'en rapporte à l'abbé de Saint-Mosi, grand Prieur de' Saint-Giles. Voilà quant aux eaux.

Quant aux chemins, vous diriez qu'ils ont été expressément fait» pour le profit et commodité de Messieurs du Clergé ; car outre le commun usage que le public reçoit des chemins pour aller et venir; ceux-ci pour la levée de leurs dîmes, pour le moyen d'iceux, font plus avec un homme qu'ils ne feraient avec quatre ; car depuis qu'il y a un dîmeur planté sur les avenues, il voit qui va qui vient de tous côtés, et pareillement qui charge des gerbes tout autour de lui, de manière que vous ne pouvez frauder la dime, comme aussi pour la perception de leurs péages par terre.

Davantage ils ont les amendes des chemins usurpés, des excès et maléfices qui se commettent sur les grands chemins et autres droits qu'il serait trop long à discourir.

Des terres vagues, elles sont bien stériles, si ceux du Clergé n'y trouvent à gratter. Je n'en veux pas de plus beaux témoignages que les terres stériles qui sont en Pecais et Brouage. Combien de commodités trouvent-ils là pour la fabrique de leur sel, conserves, canaux, propriétés tant pour l'interposition d'icelui qu'autrement.

Et puis, à qui appartient la plupart du bétail qui broute et pâture en tous ces marécages du Languedoc, de la Provence, dans les montagnes de Dauphiné, à la Corbière, dans les Landes, depuis Bordeaux jusques à Bayonne? Toutes ces montagnes de Foix, et tout le long de la frontière d'Espagne, jusques à Locate, sont couvertes de chèvres, moulons, bœufs, vaches et autres bé-

tail, appartenant la plus grande part à ceux du Clergé, d'un grand et admirable profit, tant pour la vente du bétail, des laines, qu'autrement.

Si vous voulez suivre toute la côte de Bretagne, Normandie, Picardie, Champagne et Bourgogne, vous n'y voyez que bétail du clergé pâturant parmi ces terres vagues. Et de la permission d'y laisser paître le bétail des pauvres paysans et autres, ils en tirent de gras deniers.

En ces terres vagues, voire dans les montagnes qui semblent les plus infertiles, les principales mines et minières appartien lient à ceux: du Clergé, qui en savent bien tirer la quintessence et retenir tout le meilleur, le plus beau et liquide de leur côté. Touchant les forges de fer, on ne pourrait croire l'artifice économique et ménagement qu'ils y gardent pour en tirer deniers. ■Nous avons diocèse dans lequel Abbé a fait sortir de ses forges en moins d'un an, plus de 80.000 livres. Et à son exemple plusieurs autres bénéficiers veulent faire des forges, encore que les Ecclésiastiques n'en aient déjeà que trop. Tant y a que les principales forges de ce Royaume sont à eux, non seulement de fer, mais aussi de verres et de toutes autres.

Combien que je n'aie assigné que 47.000.000 d'arpents en propriété, ce n'est pas à dire qu'ils n'appliquent quelque chose à leur usage et profit des i53.ooo.ooo qui restent. Il se trouvera, • par bons titres, documents et enseignements, qu'il y a bien peu de maisons, terres et seigneuries en France, qui ne leur soient obligées et hypothéquées, les unes par redevances censières et foncières, les autres par pensions, les autres qui. reprennent de fiefs, et ainsi par plusieurs autres moyens, qui seraient trop longs à déduire. Quoi qu'il en soit, je n'cxeinj/ierai de ce calibre le Roy même : examinez tous les états de trésorerie de France ou bien les comptes de tous les receveurs particuliers, vous ne trouverez pas terre ou seigneurie appartenant au Roy, qui ne soit entrelacée de plusieurs charges ou redevances, qu'il convient payer chacun an à ceux du clergé, et le tout sous le voile ou prétexte des frais et aumônes, qui reviennent à de grandes sommes de deniers.

Quant aux Princes du sang, ils n'ont pas, par manière de

GO LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE

dire, une Seigneurie qui ne soit mordue par ces sangsues, d'une infinité de charges ; je m'en rapporte aux comptes sur ce rendus.

Que si les Rois et Princes ne sont exempts, les antres grands seigneurs et la plupart des Gentilshommes sont morfondus de môme, principalement des pensions.

Bref, l'arpent de terre est bien stérile si sur icelui il n'y a quelque Libéra me ou De profanais, c'est-à-dire une charge de payer 5, 10, 20, 00 et 5o sols par an. Je sais les coufms(1) de plus de 3o arpents de vigne, le moindre desquels paye par an 3 livres 10 sols pour un anniversaire, et 3 sols d'autre côté pour certain luminaire.

Ce n'est pas tout : car jusques aux terres vagues et montagnes où il y a si grande quantité de bétail, ils se font payer les prémices, et du fruit des bêtes ils prennent encore certains droits, tels qu'il ne faut pas trouver étrange s'ils consomment et mangent tant de beurre et fromage, comme nous avons montré ci-dessus.

De là on peut bien conclure que sur les 157.000.000 d'arpents ils prennent chacun an, l'un portant l'autre, plus de 10 sols tournois pour chaque arpent : la preuve serait bientôt faite, si je ne craignais d'ennuyer les lecteurs ; mais la chose est si patente et manifeste, que d'elle-même elle montre ce qui en est. Néanmoins nous réduirons les 10 sols à la moitié.

Tellement que les 157.000.000 qui devraient revenir à 78.500.000 livres, nous les restreindrons à 39.250. 000 livres tournois, qui, réduits en écus, valent 1 3. 000. 000 et tant d'écus.

Laquelle somme n'est comprise en la recette de l'état ci-devant, encore qu'à la vérité elle le dût bien être, voire couchée à raison de 10 sols pour chaque arpent ; mais la crainte que j'ai de découvrir par trop la richesse et l'admirable revenu des biens ecclésiastiques m'a fait restreindre comme vous voyez ; ce qui me fait croire toutefois que le nombre de leurs paillardes, bâtards et maquereaux est beaucoup plus grand qu'il n'est couché.

(') Confm ou couffin était un mot languedocien signifiant un lieu propre à mettre des choses de peu de conséquence (Lacurne de Sainte- Palaye, Dictionn. historia, de l'ancien tangage français). Il est pris ici pour des petites superficies.

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Au traité de la Polygamie sacrée, il augmente bien le nombre plus que nous.

Car il ne dresse son état qu'en trois articles pour la recette. Pour le premier il le fait revenir à la somme de 109.000.000 et tant d'écus par an, suivant les baux à fermes, en quoi il cadre, en tout et pour tout, avec le notre, tel qu'il vous a été représenté ci-devant.

Pour le second, il augmente la recette de 78.500.000 livres. Tenant formellement que l'église en prend davantage ebacun an sur les 107.000.000 d'arpents, qui n'appartiennent en propriété à ceux du Clergé, ains seulement à raison de 10 sols par arpent. Et avec lui nous sommes bien d'accord sur ce point, toutefois nous nous abstenons de la coucher en recette, et de la tirer hors ligne pour les raisons que vous avez naguère entendues.

Pour le troisième, il amplifie leur revenu de plus de 100.000.000 d'écus, qu'il appelle revenu spirituel. Quoique l'article en soi ait grande apparence de vérité, je ne l'ai point voulu semblablement tirer hors ligne, pour le scrupule et conscience que je fais de 'croire que tels deniers puissent être employés à la paillardise et lubricité des prêtres. Pour la preuve de ce troisième article, l'auteur de la Polygamie sacrée suppose qu'au Royaume de France, au Bas Pays de Flandre qu'il maintient de la Souveraineté de la Couronne, comme aussi sous le duché de Milan, et en quelques autres pays, il y a 600. oco tant villes que villages, en chacun desquels, et l'un portant l'autre, il ne met que 5oo paroissiens, tant hommes, femmes, enfants, serviteurs et servantes. Le nombre desquels paroissiens serait de plus de 3oo.ooo.ooo. 11 prouve quant et quant que depuis le plus grand jusques au plus pelit, il n'y en a pas un qui ne donne chaque an aux prêtres, l'un portant l'autre, plus de 20 sols tournois, voire jusques aux enfants morts-nés, qu'il veut comprendre en cette sacrée contribution, laquelle il appelle autrement Baise-main. L'état du revenu de ce baise-main est de telle teneur :

Les femmes enceintes ont accoutumé se confesser et mettre en bon état 3 deniers

Bantômes , 3 »

Messes sèches pour les commères .... 3 deniers

A leur grand 'messe à l'offertoire .... 3 » Femmes qui accompagnent la commère à

l'offertoire 3 ».

Confessions auriculaires jusques aux petits

enfants : 3 „

Pour ceux qui communient et font Pâques. 3 »

Pour faire prier pour les trépassés. ... 3 »

Pains bénits 3 »

Eaux bénites 3 »

Patrons des paroisses 3 »

Pardons, indulgences 3 »

Anniversaires . . . 3 »

Trois ou quatre prêches l'année 3 »

Exorcisme et conjuration du temps quand il

veut grêler ou tempêter 3 »

Vœux 3 „

Pèlerinages 3 »

Jeudi-Saint 3 »

Processions générales avec cierges .... 3 »

Quête des Jambonistes 3 »

Quête de Saint-Hubert 3 »

Quête des Cordeliers . 3 »

Quête des Jacobins -. 3 »

Quête des Carmes 3 »

Quête des Augustins 3 »

Quête des religieuses Sainte-Claire ... 3 »

Adoration de la Croix du grand vendredi . 3 »

Offertoire du jour de Pâques 3 »

Ténèbres 3 »

Un chanté par an 3 »

Droit d'évangile, autrement les quarts 3 »

Les Libéra me 3 »

Les De Projundis 3 »

Les Psaumes 3 »

Vêpres des morts 3 »

Chènevis en offrandes 3 »

Bétail malade 3

Graines à l'offrande 3

Bénédiction de la Sainte-Croix 3

Les quatre Passions chantées 3

Chanter la complainte 3 deniers

Confréries 3 »

Fête de sainte Catherine pour les enfants. , 3 »

Fête de saint Nicolas 3 »

Il y a plusieurs autres suffrages, le moindre desquels je taxe à douze deniers, l'un portant l'autre, et encore que nous le réduisons simplement à trois deniers, vous voyez à combien cela revient ; nous n'y avons voulu mettre les sépultures, qui reviennent à grandes sommes et deniers, sans les linceuls, torches et autres luminaires, qui demeurent en la plupart des lieux pour le droit du curé ou vicaire, qui démontre assez qu'il n'y a personne dont il ne tire plus de vingt sols par an, voire jusques aux Huguenots, lesquels à mesure qu'ils décèdent, leurs parents papistes font dire des Messes pour eux, et la plupart payent leur sépulture.

En ce nombre de 600.000 paroisses, il met plus de 20.000.000 de prêtres, tant Chanoines, Moines, Curés, Vicaires, Quatremendiants, et toutes autres sortes de religieux, célébrant messes chacun jour. 11 biffe un grand nombre d'autres ecclésiastiques, qui, pour leurs dignités, sont dispensés, la moitié du temps, d'assister au divin service et de chanter messe, comme les Cardinaux, Evêques, Abbés, Prieurs, Protonotaires et autres, combien toutefois qu'ils aient leur chapelains qui chantent pour eux. Ainsi voilà 20.000.000 de messes qui, à raison de trois sols, monteraient chaque jour à 3. 000. 000 de livres, ou 1. 000. 000 d'écus. Et, par an, elles reviennent à 365. 000. 000 d'écus, desquels l'auteur de la Polygamie ne veut déduire que 3oo écus pour l'achat de farine qu'il peut falloir pour faire 7.3o5.ooo.ooo de Dieux ou hosties pour la célébration des dites messes, y comprenant le feu et le louage des fers de goffres, entre lesquels ces Dieux de pâte sont composés ou fabriqués, ce qui me semble bien peu, vu le grand nombre de Dieux qu'il faut et qu'ils mangent chaque jour.

Plus vous examinez le revenu du baise-main, plus vous le ti'ouvez admirable ; car qui voudrait mettre en compte tous les autres profits et émoluments sacrés qui en procèdent, c'est un

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labyrinthe duquel nous ne pourrions sortir. Toute la difficulté qui est en ce dénombrement consiste qu'il n'est pas croyable que dans la quadrature de la Gaule Celtique, Belgique et Aquitaine, se puissent trouver Goo.ooo tant villes que villages : aussi, n'ail'e point vérifié les rôles des paroisses des Pays-Bas de Flandre, les provinces qui confinent et aboutissent le long de la rivière du Rhin, ni tout ce qui est du duché de Milan, comté de Roussillon et autres pays spécifiés dans le traité de la Polygamie. \'oilà pourquoi j'aime beaucoup mieux me restreindre simplement à notre premier nombre de i32.ooo paroisses ; encore faut-il comprendre les hameaux qui font une grande portion du dit nombre ; suivant lequel nous pouvons hardiment dire, qu'il y a en l'Eglise gallicane, plus de i.3oo.ooo prêtres, lequel nombre, par l'état qui vous a été ci- devant représenté, je restreins au nombre de six cents et tant de mille pour ceux qui desservent en l'Eglise de France, encore que le nombre soit beaucoup plus grand, les messes desquelles j'entends seulement les messes des trépassés et autres, desquelles manuellement ils touchent chaque jour argent, reviennent pour le moins à 100.000 écus par jour, y compris toutefois les grandes messes, Vigiles des morts, anniversaires chantés et autres suffrages accoutumés, ce qui ferait par an la somme de 36.5oo.ooo écus.

Par ainsi ne faut s'émerveiller si 3.ooo.ooo de personnes vivent aux dépens du Crucifix ; car leur revenu spirituel et temporel, à le prendre au plus bas qu'il est possible, revient chaque an à plus de 130.000.000 d'écus. Et, selon le dénombrement qui est dressé dans le traité de la Polygamie sacrée, il excéderait de plus de 100.000.000 d'écus, ce qui ferait 200 et tant de millions par an.

Ils ont en foin, paille et avoine, outre les sommes principales de leurs amodiations et leurs métairies fournies, pour nourrir plus de 2 ou Soo.ooo chevaux. Article digne de grande considération, et auquel peut-être peu de gens ont jamais pris garde ; vrai est que ce ne sont pas chevaux de service, tant y a que les cbevaux, tels qu'ils les ont, mangent et -coulent autant à nourrir, que si c'étaient chevaux d'Espagne. Ce que j'ai bien voulu remontrer, afin que s'il plaisait au Roy de faire seulement d'un

BIBLE MORALISÉE XlVe et XVe siècles Ms. fr. r,o 166

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si grand nombre de chevaux une liste de 20 ou 00.000 de service, et assigner leurs garnisons aux lieux et à l'endroit où sont les haridelles épiscopales, abbatiales ou des autres bénéficiers, cela reviendrait à un soulagement merveilleux du pauvre peuple. La preuve d'un si grand nombre de chevaux est assez facile à faire. D'autant que le nombre des Cardinaux, Evoques, Prélats, Abbés, Prieurs, Chanoines et autres bénéficiers fera bien paraître qu'il v a encore une plus grande cavalerie que nous n'avons couché, en y comprenant toutefois les chevaux de charrettes que les abbés et couvents tiennent en leurs abbayes et prieurés.

Je sais bien que tous les curés ou vicaires ne tiennent pas de chevaux : mais je sais curé ou vicaire qui a 7 ou 8 belles cavales d'ordinaire en son étable ; les autres tiennent des chevaux et savent bien les maquignonner pour supporter, disent-ils, les charges de notre Mère sainte Eglise ; jusques aux couvents des Chartreux, Minimes, Célestins. Jésuites et autres, qui sont fort bien fournis de montures ; comme aussi les abbesses et religieuses en leurs couvents

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