écus
Dépense .
Vienne.
Recette 3. 875. 606 écus
Dépense 3.2 14-443 »
Bénéfice 661.223 »
Diocèses qui sont, outre la France, compris en l'Eglise gallicane, qui
sont au nombre de 69.
Recette 4i.5oo.ooo écu3
Dépense 35. 600. 000 »
Bénéfice 5.900.000 »
Somme totale de la recette . . ioo.53o.3i9 écus
Dépense totale 81.096.089 »
Bénéfice total i5.g34-23o »
Encore que le finito de l'état, tel que vous le voyez, soit très certain, clair et liquide, et qu'on n'y dût rien trouver à redire, je suis content de demeurer ici tout court, sans déterminer la précision et clôture de cet état, pour prêter audience à trois personnages bénéficiers, se plaignant de ce que nous avons tiré hors ligne le nombre des femmes et filles desquelles ils reçoivent plaisir, alléguant aussi que je me pouvais bien passer de mettre en évidence le fruit et génération qu'il plaisait à Dieu leur donner, moins encore de représenter le nombre de tant de pauvres femmes qui, en leur faisant service, gagnaient leur pauvre vie, non point tant en maquercllage qu'en autres choses licites et honnêtes dont ils feraient bien apparoir s il était besoin ; mais leur plainte principale consistait sur ce que je leur faisais, di-
saient-ils, grand tort de faire revenir le bon de cet état à une si grande somme que de 1 5. 0,34. 200 écus. Parce qu'il était à craindre qu'un Roy, s'apercevant d'un si grand fonds, ne vint à se permettre de s'en donner par les ouïes, et de tellement se l'approprier, qu'il en ferait chaque an état sur ceux du Clergé.- Que je devais sur ce considérer que j'avais plusieurs et honorables^parents bénéficiers qui seraient toujours des plus intéressés, toutes et quantes fois que le Roy ferait brèche sur ceux du Clergé ; qu'il valait autant et mieux qu'ils se ressentissent des clous du Crucifix, s'il fallait ainsi parler, que le Roy qui n'en tirait déjà que trop sur eux, témoin les 1.G00.000 livres de la subvention,
En réponse, la base des comptes peut d'autant moins blesser les personnes, que même les comptables, pour toutes les parties qui sont tirées hors ligne de compte, ne peuvent être soupçonnés, pourvu que la partie ou somme de deniers qui est couchée au texte de l'article soit justifiée d'un bon et suffisant acquit. Ainsi le nombre des femmes ou garces, épiscopées ou sacerdotalisées, tiré ou non tiré hors ligne de compte, ne peut préjudicier à Messieurs du Clergé : car c'est un article de foi, cru au milieu des plus grands, moyens et simples Papistes, que les Prélats et Pontifes, les Prêtres ou Clercs, les Moines et Cordeliers, et généralement toute cette nacque (') sacrée, ce sont autant d'hommes gras, drus et bien reposés ; que, s'ils sont hommes, ils ne sont point châtrés ; qu'il est difficile qu'ils ne rompent cette austère continence requise de leur célibat ; que, s'ils ne la rompent à l'endroit des femmes, Mademoiselle de la Sodomie sait bien par quel bout elle les doit chatouiller. Et ce serait bien peu de chose s'il n'y avait que le chatouiller, mais sa condition est tellement tentatrice, qu'elle ne les abandonne jamais qu'elle ne les ait rendus bougres ou paillards, qui sont deux des plus abominables vices, tels toutefois que l'un est sans comparaison plus grand que l'autre. Ainsi ayant caché le plus grand vice qui abonde aujourd'hui entre messieurs les Episcopaux, quel tort leur fais-je de tirer hors ligne le moindre, et puis quand je tire-
(') Etoffe.
BIBLE HISTORIALE XIVe siècle Ms. fr. n» 167
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LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE Il3
rais le plus grand, je ne vois point que je puisse diminuer le moindre, car je trouverai toujours le nombre arrêté au finito de l'état des femmes putains sacerdotales et des filles putains ; pour la dépense et l'entretien desquelles, j'ai usé de la plus grande frugalité qu'il m'a été possible, pour ne pas scandaliser plusieurs bons et simples papistes, qui ne voient que par les yeux de messieurs les Pontifes, lesquels, sous la foi de notre mère sainte Eglise, les font coupaux comme ils veulent.
Je confesse qu'il s'en faut de plus de 3.ooo.ooo d'écus que le bon d'état soit de 10.000.000 et tant d'écus, mais j'aimais mieux rendre tout le clergé reliquataire de b\ooo.ooo d'écus, plutôt que de mettre en évidence les sales, vilaines et excessives dépenses à quoi ils ont été employés, comme à faire des banquets prodigieux, où ces pauvres coupaux ont pu voir à une même table leurs femmes et filles servies et courtisées par leurs Prélats et Abbés et autres rufisques si somptueusement, qu'avec les dons, présents et accoutrements, tel banquet a coûté plus de 3.ooo écus. Je vous laisse à penser si les plats étaient garnis d'oiseaux et de viandes exquises, si les confitures y étaient épargnées, si les chantres, joueurs d'instruments et ménétriers savaient bien faire retentir le son et harmonie, tant de leur muse que d'autres instruments.
Item nous avons de propos délibéré omis les habits, meubles et accoutrements de nos Pontifes, Prélats et autres Episcopaux, jusques à certains Chanoines si jolis et gracieux, qui ne daignent jamais vêtir un accoutrement dix à douze fois. Ils accoutrent de la même façon leurs putains, à moins que leurs maris coupaux aient de quoi fournir à une telle dépense : cinq et six cents écus ne vont pas loin, ceux qui s'habillent si lascivement savent assez combien l'aune en vaut. H y a plus d'une douzaine de Prélats dans notre catalogue, qui pour entretenir l'empois blanc de leurs chemises, les amidonner de ris, retordre et friser leurs perruques, se farder et parfumer de même, ont dépensé en moins de trois mois 25o écus, sans y comprendre les gants d'aucaigne (') et le miton de leurs damoisclles.
(l) Gants Je cuir d'oie.
II (\ LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIECLE
Item les grosses sommes de deniers qu'ils jouent ordinairement soit à la prime soit à la chance, à la paume et autres jeux, n'ont pas été mises en compte. Quel est le bon Papiste qui pourrait se contenter de voir son Prélat jouer et perdre pour une après-diner, 4, 5 et 6.000 écus : pour une reste de prime, avoir couché 5oo écus ; pour un aflac en perdre 1.000 ('). Car la plupart des Episcopaux, jusqu'aux moindres Chanoines, tiennent brelan ouvert à jouer à tous jeux prohibés et défendus, non seulement par le droit canon, mais par les ordonnances du Roy. L'excès y est tel qu'on montrera qu'un simple Chanoine, en achat de cartes et de dés, a employé durant une année 100 et six vingt écus, compris la chandelle et le A'in de ceux qui la mouchaient.
Je vous laisse à penser combien de collations, combien de bourrées et cotterets, et autres menus frais suivaient telle dépense. Le style y est si bien pratiqué et si ordinaire entre eux, que quand ils veulent jouer, ils ne font que demander leur bréviaire, qui est à dire les cartes, et par leurs Patenôtres, ils entendent les dés, comparaison qui n'est pas trop impropre, car autant y a-t-il de profit aux cartes qu'au bréviaire et aux patenôtres, comme aux dés. Ce n'est pas petite dépense que d'entretenir tels brelans ; elle n'est guère moins déplorable que leur paillardise, d'autant que tels et si vilains exercices se font aux dépens des pauvres, qui en devraient être nourris et sustentés.
Item qui eût voulu mettre en ligne de compte l'équipage et harnais des litières des putains Cardinales, Episcopales et Abbatiales, les coches dans lesquels ils les font mener, avec les draps et attelages d'or, dont sont harnachés les chevaux qui les tirent, tout cela eût bien enflé la dépense de leur paillardise.
Item les bains dans lesquels ces rufisques et vilains font baigner leurs dames avec si grandes et sauvages dépenses, que nul argent ne leur peut suffire. Je sais bien que tels bains ainsi démesurés n'appartiennent qu'aux riches Prélats et Cardinaux,
(1) Prime, chance, paume, aflac, termes de jeu ; — une resli de prime, l'argent qu'on a devant soi et qu'on dépose comme enjeu.
mais les autres ne laissent pas pour cela de se constituer en de grands frais à cause de la vie sardanapaîesque qu'ils mènent, et laquelle ne se peut pratiquer sans faire une dépense exorbitante.
Item ils peuvent bien voir que je n'ai pas voulu faire mention de la dépense qu'ils font après leurs bardaches ; que qui la tirera hors ligne à l'œil, verra bien de combien j'ai éclipsé de deniers, pour ne pas souiller leur réputation.
De dire que la dépense qui a été couchée pour leurs putains et ribaudes, bâtards et maquereaux, ne peut être si grande, ils s'oublient par trop ; car s'ils jettent à vue les preuves, qui sont ci-après produites, ils trouveront qu'il n'y a pas un liard qui ne soit bien et fidèlement employé.
Item l'article principal que j'ai omis en la dépense, gît sur les dons et présents qu'ils font, non seulement à leurs putains, mais à leurs parents ; mon intention était de n'en dire mot, afin de ne les qualifier notoirement pour sacrilèges, car autant de fois que leurs parents tendent la main pour recevoir tels deniers, autant de fois ils commettent un sacrilège. Cependant nous avons des preuves infinies en main pour justifier qu'il y a bien peu de maisons en France, dont les fondements, matériaux et étoffes, ne soient composés de sacrilèges.
Sacrilègement, la plupart des rentes, revenus et héritages d'icelîes sont acbetés. Par notre contrôle se verra Prélat, qui depuis dix ans n'a laissé passer une année sans donner à ses parents plus de 14.000 écus, et autant et plus qu'il a employé en acquisitions, tant en son propre et privé nom, qu'à celui d'aucuns de ses parents. Tous n'ont pas le moyen de faire largesse de si grandes sommes de deniers aux leurs ; peu ou prou toutefois départent-ils de leur sacrilège, en sorte qu'il n'est pas fils de bonne maison, s'il ne touche de tels deniers.
Quel tort donc leur faisais-jede rendre la dépense muette d'un tel sacrilège, et de le commuer sur le bon d'état ? Pour les contenter "e serai requis d'en dresser état à part, pour montrer de plus en [ lus leur turpitude, mais elle est déjà si manifeste qu'il n'est besoin de la publier davantage.
Quand je me représente le nombre des personnes, chevaux,
I 1 6 LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE
quantités de graines et vins, ensemble les grandes sommes de deniers qui sont ci-dessus particularisées, même en l'état sur ce dressé, assurément il me semble que ce soit plutôt un songe qu'autrement, car quel est celui qui voudrait croire que o.ooo.ooo et tant de personnes, vivent aujourd'hui en l'Eglise gallicane, aux dépens du Crucifix? que ceux du Clergé soient accompagnes de 180 et tant de mille chevaux? que leur revenu soit de 100.000.000 d'écus, sans le baise-main qui ne vaut guère moins? que leur dépense soit de 180 et tant de millions d'or? que tous frais faits, encore leur rcste-t-il chaque an, de clair et liquide entre leurs mains, plus de iô. 000. 000 et tant d'écus ? Je ne pense pas que de 10.000 personnes, il s'en puisse trouver une qui le veuille croire, au moyen de quoi il est très requis de faire et dresser un traité à part, qui contiendra la preuve ferme et indubitable témoignage des principaux articles qu'on connaîtra les plus difficiles à croire, et qui sont dignes d'être vérifiés.
Les plus difficiles de toutes les preuves seront dépêchées les premières, à savoir s'il est possible que 5. 000. 000 et tant de personnes, vivent en l'Eglise gallicane, aux dépens du Crucifix.
Premièrement, vous avez les Archevêques, le moindre desquels a 12 serviteurs ; tel y en a dont les domestiques excèdent le nombre de plus de 60 ou 80 : seulement nous les réduirons à 20, l'un portant l'autre. Tel d'eux a 4, 5, et G paillardes, et 3 ou li bâtards, avec 2 ou 3 maquerellcs. Cette preuve est si visible que rien ne l'est plus ; car on voit tous les jours le train des Cardinaux et Archevêques mareber par pays, avec 5o, 60, 80 et 100 chevaux. La vérification est encore plus patente en la Cour ; là, assiduellemcnt vous trouvez les Cardinaux et Prélats, si vous avez à faire à eux ; leur équipage et train se montre là à découvert, voire le plus souvent vous les voyez tous ensemble en Cour. S'ils montaient en chaire et prêchaient en leurs diocèses, la preuve en serait encore plus facile ; mais comment ? Cela ne leur advient guère souvent. Il vaut mieux la prendre à la Cour comme le principal lieu de leur résidence. La plupart de leurs Diocésains les peuvent bien voir quelquefois eu louis Primautés
et Archevêchés, et voient bien si nous outrepassons les bornes en leur donnant à chacun, l'un portant l'autre, 20 domestiques. Il serait beau que nos Cardinaux n'eussent que 20 domestiques ; les pages et laquets excèdent bien ce nombre. Par quoi ci : 359 personnes