CHAPITRE VII
PREUVE DU NOMBRE DES PUTAINS CARDINALES ET ARCHIEPISCOPALES, MAQUEREAUX, BATARDS ET MAQUERELLES
De taxer tous les Cardinaux et Archevêques du péché de sodomie, à Dieu ne plaise, car il y a des Prélats Princes du sang, qui aimeraient mieux mourir que d'y avoir pensé ; et si je le savais véritablement, je les tirerais hors ligne, aussi bien que je fais de leurs paillardes, bâtards, maquereaux et maquerelles, encore qu'à la vérité je sois très humble et très affectionné serviteur du moindre de leurs maisons. Mais quand il est question de dire la vérité, et de faire sur ce preuve, quel besoin est-il de la pallier ? De leur donner à chacun 6 putains, c'est bien peu ; je le veux bien toutefois, pourvu que les femmes adultères n'y soient comprises, mais par qui prouver ce nombre de 6 ? Par les cardinaux mêmes : ils ne sont pas si honteux qu'ils n'en puissent confesser davantage. Le plus ancien de leur Collège en a abusé en une année plus de trente ; il y a tel Cardinal qui ne fait que A'enir, par manière de dire, et qui est des plus jeunes, lequel ne fait autre chose que servir d'étalon à rechange : les trois premiers mois qu'il prit le chapeau rouge, qui sont les jours de la plus grande continence, encore cardinalisa-t-il deux femmes mariées et trois jeunes damoiselles. Comment prouver cela? par lui-même. Mais, dira quelqu'un, estimez-vous qu'un Prince et Prélat veuille ainsi mal parler de la Prélature ? C'est bien à propos ! Il n'y a aujourd'hui profession plus convenable à un Cardinal que de se faire bien valoir en polygamie.. Quel est celui
assez téméraire pour oser entreprendre d'attaquer sa bravette d'incapacité, pour obtenir ses bénéfices ? Un tel bomme serait bien de son pays, comme l'on dit en commun proverbe, mais au contraire un baut de chausse bien polygamie est le premier et principal signe ou degré pour parvenir en quelque dignité. Nous avons un Prélat en France, lequel, s'il continue ses coups et actes vénériens, j'espère le voir quelque jour Pape, ou pour le moins Patriarche de Jérusalem. Tout cela ne conclut pas que la preuve soit certaine, pour montrer que les Prélats aient G putains dans les épaves cardinales et archiépiscopales. Je le confesse ; si vous en voulez croire les maquereaux et maquerelles, voire les putains mêmes, l'article sera plus que suffisamment prouvé. Mais non, disent les scrupuleux, à cause que de droit les rufisques sont reprochables, tant y a que je soutiens que les Cardinaux sont Cardinaux ; s'ils sont Cardinaux, ils pensent être Papes; s'ils peuvent être Papes, il s'ensuit qu'ils ne sont pas intesticulés et par conséquent qu'ils sont doués de toutes les vertus cardinales, la principale desquelles est d'entretenir et courtiser les daines. Cela, direz-vous, ne justifie pas qu'ils aient des putains en tel nombre que vous alléguez : \oulcz-vous dire qu'ils soient bougres (') ? regardez comment vous parlerez, car s'ils ont des témoins en leurs gibecières, la Nature ou la vertu cardinale les engage à les travailler. Si c'est après les bardaches, malaisément se peut-il prouver : aussi, comme déjà il a été dit, il y en a d'entre eux qui pour mourir ne voudraient commettre si malheureux péché. Qu'on m'accorde le nombre de six, je résoudrai cette preuve. Il y en a de si opiniâtres qui encore ne le peuvent croire ; contre ceux-là je suis contraint de me servir d'une comparaison, laquelle est citée au traité de la Polygamie, dont l'auteur dit ainsi : Prenez un cheval las, barrasse, débiffé, voire recreu (2) et, pour parvenir à ma preuve, qui n'ait mangé
(*) Bougre, « qui a de jeunes garçons à sa dévotion, avec lesquels il commet la sodomie. Ce mot en notre langue est fort insoient et fort libre, de manière qu'on ne voit guère un honnête homme le prononcer » (Ph. J. Le Roux, Dictionnaire comique). Ce mot devint une injure sodomite en souvenir des hérétiques Albigeois et Bulgares qui, en leur qualité d'ennemis, étaient chargés d'une foule d'iniquités et de turpitudes par le peuple ignorant.
(2) Fatigué.
de trois fois vingt-quatre heures, amenez-lui une jument un peu gaie ; s'ils demeurent en l'étable trois heures ensemble sans rire et hennir, je veux être débouté du fruit de ma preuve. Et si làdessus vous donnez au cheval un bon picotin ou deux d'avoine, il n'abandonnera jamais la cavale qu'il ne l'ait couverte. Les Cardinaux, ajoute-t-il, ne sont débiffés, recreus ni harrassés, leur jeune ne leur dure pas trois fois il\ heures, mais s'il y a personne au monde bien et délicieusement nourrie, ce sont eux. Je confesse qu'ils ne sont pas des chevaux, aussi ne leur faut-il point d'avoine ; au lieu de si maigre viande, leurs plats sont garnis ordinairement de bons chapons, de haute gresse, perdrix, levreaux, et autres viandes très exquises, et telles que quand elles sont digérées, elles recueillent bien les vertus Cardinales. Si sur ces entrefaites ils viennent à se trouver, non pas dans une étable, mais dans une belle et riche chambre bien tapissée, comme ils s'y trouvent ordinairement, et là si madame ou mademoiselle gaillarde et bien disposée se laisse accoster, je vous laisse à penser de combien la théologie cardinalement y est démence ; de cinquante il n'en réchappe pas une ; elles sont laides et difformes, si elles ne sont cardinalisées.
C'est trop désavantageusement parler à l'encontre des principaux Prélats de la Chrétienté, et la comparaison du cheval avec la jument et d'un cardinal avec une demoiselle est trop inégale. De ma part je n'y trouve d'autre différence, si ce n'est que le cheval est maigre, las et débiffé, et le Cardinal gaillard, frais et dispos, et que s'il y a de l'impuissance chez le cheval pour la lassitude, nos cardinaux sont toujours robustes et forts à cause de leur oisiveté et de leur voluptueuse nourriture.
Autant donc qu'il y a de Cardinaux en cour, ce sont autant d'étalons pour les dames ; autant de cornes qu'il y a en leurs bonnets, autant de cornards font-ils la semaine. Que voudriezvous aussi qu'ils fissent ? de prêcher, ils ne sauraient, la plupart d'eux ne savent ce que c'est que prêcher ; de disputer en théologie, les dames n'y sont pas trop bien nourries, les cardinaux non plus ; si faut-il bien quand ils sont ensemble, qu'ils parlent de quelque chose ; ce n'est pas des affaires de l'Etat, ni encore moins des finances : détenir propos du fait de ménage, je vous
prie, ne le croyez pas, il serait trop malséant à un cardinal de parler avec une femme ou une fille de l'économat de leur spiritualité. De quoi parlent-ils donc? De rire et de danser ; pourquoi faire ? pour pailîarder ; comment le prouverez-vous ? en ce que le plus souvent, le ventre de mademoiselle enile, et le ventre de la bourse cardinale désenfle : les marchands mêmes qui leur vendent des draps d'or ou d'argent et de soie, savent aussi bien pour qui sont de telles étrennes, comme ceux qui les font acbeter. Par le témoignage donc des cardinaux, vie et conversation d'iceux, par celui de leurs maquereaux et maquerelles, par le moyen de ce qu'ils sont hommes et cardinaux tout ensemble, qu'ils portent leurs témoins dans leurs braves, qu'ils ne sont pas sodomites, et par le propre témoignage que nature nous enseigne, nous n'avons pu moins faire que de leur donner à chacun 6 putains, 6 bâtards, et à chacun 2 maquereaux et maqucrelles.