CHAPITRE XXIII
PREUVE DU NOMBRE DES NONNAINS ET RELIGIEUSES DE CE ROYAUME, ENSEMBLE LE NOMBRE DE LEURS BATARDS
Pour avoir au vrai la vérification de cette preuve, il convient entendre qu'il y a, en France, 567 tant Abbayes que Prieurés de femmes. Le nombre des abbesses, nonnains et religieuses est de n./joo, compris les converses pour l'an de cet état. I\7ous n'y mettons que 3. 000 bâtards. Et pour le regard de leurs paillardises, encore qu'elle soit assez notoire à ceux qui ont fréquenté tels bordeaux, pour en avoir plus grande et claire intelligence, nous renvoyons les lecteurs au traité de la Polygamie sacrée, où tous les confins de leurs actions et déportements en fait et ligne de compte lubrique, sont amplement désignés.
De mettre aussi en ligne de compte tous ceux qui leur font emplir le ventre, il n'est pas nécessaire ; car notre intention n'est que de représenter ici ceux qui vivent aux dépens du Crucifix. Bien est vrai que ces bonnes dames ont un grand nombre de serviteurs et valets domestiques ; le nombre d'iceux est de k. 000 et ont plus de /j.ooo paillardes, sans les prébendes qu'ils prennent des bonnes dames, selon que le temps et les occasions de leur religion le leur permettent, qu'on réduit à la moitié.
De tous les nombres et preuves susdites, nous entendons comprendre les nourrices des bâtards, encore que le nombre en soit merveilleusement grand. Et nous les eussions volontiers particularisées ; mais quoi, les bordeaux de telles canailles sont déjà remplis de tant de bouches, cjue cela offusquerait aucunement la clarté
I7O LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE
que nous prétendons donner sur l'admirable et étrange dépense que l'Eglise supporte pour leur nourriture : aussi qu'en la génération et production de tant de bâtards, il faut bien présumer que toutes les mères qui les font ne les nourrissent pas ; comme pour exemple, pensez qu'il serait beau voir si les nonnains avaient pendu à leurs mamelles tant d'enfants qu'elles produisent chaque an. Cela ne se pourrait faire sans donner l'alarme bien chaude aux pauvres superstitieux et autres acariâtres qui se sont endormis sur la sainteté du célibat. Par la tolérance duquel leurs maisons ont été contaminées des plus vilaines paillardises et incestes que la terre porta onques, et eux-mêmes, pour toute récompense, sont demeurés coupauds ; leurs enfants mâles, s'ils ont été promus aux degrés de cléricature, ont été bougres, sodomites ou paillards, et leurs Tilles, si elle ont été religieuses, putains et paillardes. Que si quelques-unes en ont été exemptes, elles sont brûlées en leurs concupiscences. Les pères et mères qui vivent encore aujourd'hui peuvent voir, par cet état, l'honorable état et vocation en laquelle ils ont mis leurs pauvres fils et filles. Pères et mères qui succéderez après, contemplez ici, à leur exemple, où et comment vous devez colloquer les vôtres. Que la défiance de pouvoir nourrir et élever vos enfants ne soit cause de la totale perdition d'iceux ; vous voyez comme il en prend ici à ces pauvres religieuses, qui pour l'an de cet état ont mis en ce monde si grand nombre de bâtards. Par quoi ci :
Nonnains et religieuses
Bâtards ou bâtardes .Maquerelles .
Valets et serviteurs Leurs paillardes .
Leurs bâtards.