CHAPITRE XXIV
CONFÉRENCE ENTRE DEUX GENTILSHOMMES FRANÇAIS, TANT SUR CER- TAINS POINTS DE LA POLYGAMIE QUE DU FAIT DE LA RELIGION
La polygamie découverte de fond en comble, les preuves et vérifications représentées sur la recette et dépense de ceux du Clergé, tout cela bien et mûrement considéré par la plupart des Français, singulièrement par plusieurs princes et gentilshommes, touchés au reste de l'esprit de Dieu, ceux-ci quittèrent et renoncèrent à toute l'impiété de la papauté, et se rangèrent du côté de ceux de la religion réformée. Les autres gentilshommes catholiques apercevaient assez, d'autre côté, qu'il y avait beaucoup d'abus en la religion romaine ; mais ils ne savaient comment faire pour se dépêtrer de la créance et parfaite science qu'ils avaient mise en la haute pièce du capitaine Jean blanc ('). Au moyen de quoi, plusieurs bons personnages se fourrant parmi eux, les instruisaient là-dessus, le plus familièrement et gracieusement qu'il était possible ; entre autres, se trouvèrent deux gentilshommes, l'un de la religion et l'autre Catholique, tous deux merveilleusement affectionnés à son parti, et notamment le gentilhomme catholique, qui avait bien étudié et toujours combattu, et formellement discuté contre ceux qu'il sentait les plus avancés de la Religion. Et encore qu'il fût un peu piquant, et plus qu'il n'eût été à désirer en ces disputes, on le supportait
(*) Cette expression, dont nous ne connaissons pas d'équivalent, doit désigner l'hostie.
néanmoins en telle infirmité, le moins mal qu'il était possible, d'autant qu'au reste, il ne manquait point d'être accompagné de toute la vertu et civilité qu'un gentilhomme peut et doil avoir. Que s'il s'aigrissait un peu plus qu'il ne fallait en ces disputes, cela procédait plutôt d'un zèle inconsidéré qu'autrement. Le gentilhomme français, un jour, à l'issue de telles disputes, s'avisa que (pour lui faire voir bien à clair de combien il s'abusait de croire la doctrine du Pape), il était besoin de lui faire lire le traité de la Polygamie, qu'il lui prêta, à la charge qu'il le lirait de point en point, ce qu'il promit. Trois semaines entières et davantage, le gentilhomme catholique demeura sur la lecture de ce traité, où il prenait si grand plaisir, qu'il en laissait le boire et le manger, ébahi merveilleusement au reste du sale, vilain et détestable train que l'on menait en toute la Papauté. Il remarqua surtout les incestes, paillardises, sorcellerie et démonomanie, dont les pauvres religieuses étaient contraintes d'user, pour être privées du remède de mariage ; ce qui le faisait si longuement arrêter là-dessus, était qu'il avait une sœur et deux cousines germaines, qu'il tenait des plus saintes et vertueuses de toute leur Religion. Mais ayant depuis aperçu qu'il y avait de l'ordure en leurs flûtes, et tiré de leur propre bouche des confessions libérales sur la brèche que nature les avait contraintes de faire à leur virginité, il se trouva grandement perplexe, jusqu'à détester le jour et l'heure qu'elles avaient été vouées à cette religion. Si cela lui donna bien martel en tète, il se trouva bien encore plus perplexe, quand il se mit à voir les preuves et vérifications déduites depuis le 7' chapitre du 5" livre du traité de la Polygamie, jusqu'au 21e chapitre, là où l'on voit les fermes et persuasives raisons qu'il amène pour prouver qu'il y a bien peu de familles, en l'Eglise gallicane, qui ne soient polluées et contaminées par ceux du Clergé. Et après s'être sommairement représenté toutes les grandes dames et demoiselles suspectes de favoriser les Cardinaux et Prélats, il regarda finalement sur lui-même, et trouva ce à quoi il n'avait jamais pensé, c'est qu'un sien frère prolonotaire avait si bien fait la cour à lai sœur de sa femme, qu'il y avait plus d'un an et demi qu'il l'entretenait ; et un petit mignon, qui servait de valet de chambre
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au protonotaire, avait durant ce temps- là empli le ventre à deux belles filles, l'une fille de chambre à la femme du gentilhomme, et l'autre chambrière de la maison. Cette découverte en amena bien d'autres ; car les religieuses desquelles nous avons parlé, qui voulaient venir quelquefois en la maison du gentilhomme, confessèrent que le protonotaire les avait toutes trois abusées et charnellement connues, inceste le plus patent qu'on ait guère vu, et pour raison duquel le gentilhomme catholique pensa depuis mourir de -regret. Mais d'autant que l'histoire ne convient présentement à notre matière, nous n'en ferons pour cette heure autre mention sinon que le gentilhomme catholique, dès lors en avant, tenait tout autre silence et contenance en ces discours de théologie, qu'il n'avait accoutumé, de quoi les autres gentilshommes étaient infiniment étonnés, et plus encore de ce qu'à bouche ouverte, il parlait en fort mauvaise part des prélats et ecclésiastiques de l'Eglise gallicane, qu'il rendait tellement odieux aux autres gentilshommes, que chacun commença à les avoir pour très suspects à l'endroit de leurs femmes et filles. Véritablement, va dire un jour le gentilhomme catholique, si j'étais aussi bien satisfait du différend de l'Eucharistie, que je suis de leur vénérable train de la Polygamie, je ne tarderais pas beaucoup à me rendre de la religion réformée. Le gentilhomme de la religion le voyant si bien disposé et de tout autre façon qu'il n'avait accoutumé de le voir, commença à lui dire que le différend n'était pas si grand qu'on pourrait bien penser. — Il est tel, répondit le Catholique, que, quand il est question d'en parler, les cheveux, de vrai, me dressent à la tête. — Vous ne trouverez, s'il vous plaît, mauvais, dit celui de la religion, que je vous demande si, quand vous recevez le Saint-Sacrement le jour de Pâques, vous croyez froisser et briser entre vos dents la propre chair et les os de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le Catholique va répondre, tant pour lui que pour les autres gentilshommes qui étaient là présents, qu'ils ne croyaient point cela, et qu'ils avaient en horreur et abomination ces propos, de froisser et briser aux dents la chair et les os de notre Sauveur.
— Vous ne croyez pas, dit celui de la Religion, qu'en recevant le Saint Sacrement, vous recevez spirituellement le corps et
le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ? Ils répondirent que oui, et qu'ils le croyaient ainsi.
— Si en recevant le Sacrement de l'hostie, ils croyaient recevoir et boire par le même moyen le Sacrement du sang, par concomitance, et que le calice qu'on leur donne à boire n'est que pour leur rincer la bouche ? Ils répondirent qu'ils ne croyaient point cela, et que manger ce n'est pas boire, et qu'ils ne savaient ce que c'était que concomitance, croyant que quand ils venaient à recevoir l'hostie, ils mangeaient le Sacrement du corps, et en buvant au calice, ils buvaient le Sacrement du sang.
— Si vous ne croyez pas qu'au Saint-Sacrement se fait Transsusbtantiation ? Ils répondirent qu'ils ne le pouvaient croire, parce qu'ils ne savent ce que c'est que Transsubstantiation, et qu'ils n'entendent point ce que veut dire ce long et prodigieux mot obscur, inventé par les Sophistes, pour cacher aux simples gens les choses saintes et leur obscurcir les choses claires. Et, à la vérité, c'est une chose étrange et abhorrente du sens commun et de toute humanité et chrétienté, de froisser et briser la chair humaine de Notre Sauveur Jésus-Christ entre les dents. Et toutefois, va dire celui de la Religion, les Sophistes le voudraient bieu persuader aux bons catholiques, s'ils pouvaient, et fonder cette belle doctrine sur un canon qui commence Ego Berangarius, auquel il y a ainsi en propres termes : Le Berangier, indigne diacre de l'Eglise Saint-Maurice d'Angers, connaissant la vraie et apostolique foi, déteste et anathématise toute hérésie et même celle dont j'ai été ci-devant diffamé. Partant je confesse de cœur et de bouche, que le pain et le vin qui sont mis sur l'autel après la consécration ne sont pas seulement sacrement, mais se changent et muent au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et que le Prêtre ne touche pas seulement le Sacrement, mais aussi que véritablement il manie de ses mains le propre corps de Notre-Seigneur et qu'il le rompt, et que les fidèles le froissent et brisent entre leurs dents. A oilà la belle doctrine de ce Canon que les Sophistes voudraient bien faire croire aux Catholiques.
Le gentilhomme catholique fut contraint de confesser qu'on ne trouverait pas de cinq cents catholiques un qui croie cela,
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voire qui n'ait en horreur ce froissement et brisement de dents quand il en est parlé.
— Et comment est-ce, va dire le gentilhomme de la religion, que les Catholiques croiraient ce que dit ce canon, vu que les prêtres même ne le croient pas. — Sauf votre grâce, répondit le catholique, à tout le moins la plupart le croient, et moi-même en ai cru autrefois quelque chose. — Je vous prouverai tout à cette heure, dit le gentilhomme de la religion, que les Prêtres ne le croient pas ; que s'ils le croyaient, ils ne diraient jamais la messe les vendredis, les samedis, ni les autres jours de carême ; et les Chartreux, Célestins, Enfumés n'en diraient jamais, de peur de manger de la chair.
— Voilà une raison fort étrange, répondit le Catholique. — Je le confesse, dit le réformé, mais le canon est bien aussi étrange ; et quelque étrange qu'elle soit, si est-ce qu'on ne la saurait rabattre sans donner quelque interprétation spirituelle à la manducation du Sacrement. Or, dès incontinent qu'on en viendra là, nous voilà d'accord. Puis, s'adressant aux autres gentilshommes, leur dit : — Vous voyez comme les Catholiques, voire les prêtres même, ne croient pas en ce Canon, lequel, toutefois, est le seul fondement de la Messe.
— Voire mais, répondirent-ils, nous allons à la Messe. — Je le confesse, dit le réformé, mais c'est par accoutumance que vous y allez, et non pas que vous y entendez et croyez autre chose touchant le Sacrement que ce que nous en avons dit maintenant. Et partant, puisque vous êtes d'accord avec nous au principal, il n'y aurait pas grand danger ni perte pour vous, quand bien même l'on confinerait un peu la Messe au pays de Polyphème. Du moins par provision et pour un temps, pour essayer si l'on s'en pourrait passer commodément.
Or, sans y penser, les catholiques se trouvèrent fruslrés de la réalité qu'ils avaient jusqu'ici crue dans le Sacrement, et s'avisant les uns les autres, ne savaient que dire, sinon qu'ils demandèrent comment il serait possihle entre les Catholiques de se passer de messe. — Nous lisons, va dire le réformé, qu'une fois le pape Clément VI excommunia tous ceux du pays de Flandre pour quelque rébellion qu'ils avaient faite contre le
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Roy de France, leur Souverain, interdit à tous les prêtres du pays, sous peine de damnation éternelle, de dire aucunes messes, ni d'administrer aucuns sacrements aux Flamands jusqu'à ce qu'ils auraient obtenu leur absolution de la Paternité ; de manière que ces pauvres Flamands se voyaient sans messe, car leurs prêtres n'en voulaient point dire, de quelque sorte que ce fût. Ils en récrivirent au roi d'Angleterre, et lui en firent de grandes plaintes, car c'était lui qui les avait faits rebelles. Le roi d'Angleterre leur manda qu'ils ne se fâchassent point, et qu'il leur enverrait des prêtres de son pays, qui leur diraient assez de messes. Mais les prêtres d'Angleterre n'y allèrent point, craignant d'être compris en la fulmination du Pape. Ces Flamands cependant, en attendant que le roi d'Angleterre leur envoyât des prêtres, s'accoutumèrent à se passer de messes, et ils ne laissaient pas de faire bonne chère et de se porter bien. — Je vois bien, dit l'un des catholiques, qu'il y a tant d'autres pays aujourd'hui, qui n'ont nulles messes, qui s'en passent le mieux du monde, comme l'Angleterre, l'Ecosse et la plupart de l'Allemagne ; aussi crois-je que si l'on essayait de s'en passer en France, en Espagne, Italie et ailleurs, pour gagner paix et union, on ne s'en trouverait pas si mal que plusieurs pensent.
— Cela est vrai, dit le réformé, car déjà nous retiendrions le Sacrement de bon accord ; nous retiendrions aussi l'épitre, l'évangile et les leçons de la messe, qui sont pris des psaumes de David et des Prophètes ; d'autant que nous trouverions toujours tout cela dans notre Bible, voire bien plus fidèlement enregistré que dans le Missel. Tout le demeurant ne vaut pas d'être retenu.
— Toute la difficulté que j'y fais, répondit le Catholique, c'est que je ne sais comment on pourrait s'accommoder pour le fait des chasubles, chappes et autres vestiaires sacerdotaux. — Nous ne nous donnerions pas grand peine des habits, dit le réformé, car les gens de bon jugement savent bien que les habits n'ajoutent point de sainteté à la Messe ; joint aussi que nous autres Français, selon notre naturel, ne nous arrêtons guère aux façons des habits, et facilement changeons d'une façon en autre. — Et pour le regard du menu peuple, répondit le Catholique, et aussi des simples femmes qui comptent les syllabes de la messe avec
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leurs patenôtres, comment voudriez-vous les contenter ? — Pour le regard de telles gens, dit le réformé, je confesse qu'ils ne s'arrêtent qu'à ce qu'ils voient, et qu'ils ne trouveront pas grand goût en une messe, sans les habits d'icelle. — Je ne doute point, répondit le catholique, que si un curé la disait en pourpoint ou en casaquin, il est certain que les paroissiens s'en pourraient scandaliser et ne trouveraient la messe bonne. — Nous avons, dit le réformé, les Quinze-Vingt à Paris, tous papistes, qui ne s'en soucieraient pas beaucoup. — Aussi ont-ils raison, répondit le catholique, et c'est chose véritable que les habits ne font point la messe meilleure, et qu'ils n'ont aucune sainteté en eux, qui mérite qu'on les retienne ; car s'il était vrai que les habits fassent la messe meilleure, et y ajoutent quelque sainteté, il s'en suivrait que tant plus les habits seraient bons, tant meilleures les messes seraient, de sorte qu'il se trouverait grande inégalité en la bonté des messes, et s'ensuivrait que les messes des riches seraient meilleures que celles des pauvres, chose qui serait absurde et odieuse. Et même cela ferait mettre comme à néant les messes de villages, parce que les habits des messes de villages sont le plus souvent tous malotrus et déchirés. De manière qu'il en faut revenir à cette résolution, pour éviter ces absurdités, que les habits n'ajoutent point de sainteté à la messe, et qu'en retenant le Saint-Sacrement, l'Evangile, l'Epître et les leçons des Psaumes et Prophètes qui sont mises à la messe, il n'y aurait point de danger de quitter tout le demeurant.
Les catholiques s'ébahissaient de la promptitude et dextérité d'esprit du gentilhomme réformé qui, en si peu de temps, s'était si instruit de la religion. Confessant libéralement les uns et les autres, que par le moyen de lui, ils avaient plus senti et appris du Saint-Sacrement de l'autel, qu'ils n'avaient jamais fait, et étaient honteux de n'y avoir pris garde de meilleure heure. Concluant qu'il ne serait pas mal de faire rédiger par écrit le sommaire de cette dispute, par le moyen de laquelle on pourrait adoucir tant de troubles advenus par l'Inquisition d'Espagne, d'Italie et autres lieux où elle est introduite, et par même moyen, obtenir suspension de messe en France.
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N'avons-nous pas, dirent les catholiques, tous les autres
exercices de la religion pareils ? Le gentilhomme de la religion les apercevant bien disposés à écouter, répondit : Les catholiques vont à l'église pour prier Dieu, et nous aussi : ils y vont pour entendre prêcher la parole de Dieu, et nous aussi. Ils y vont pour louer Dieu en chantant les psaumes de David, et nous aussi. Us y vont pour faire baptiser leurs petits enfants, et nous aussi. Ils y vont pour faire leurs Pâques, et nous aussi ; car c'est tout un célébrer la Pâques et la Cène. Bref, tous nos exercices de religion sont pareils.
Je ne vois point de différence, ajouta-t-il, si ce n'est que les catholiques prient Dieu et chantent les psaumes en latin, et les huguenots en français ; et il me semble que cela n'importe, pourvu qu'on entende ce qu'on dit, car quant à Dieu, il entend bien tous les langages. — J'ai toutefois entendu, dit le catholique, que les prêcheurs des uns et des autres ne prêchent pas même doctrine. — Sachez, seigneur, répondit le réformé, que, quoi qu'il en soit, nous sommes fort bien d'accord en tous les principaux points de la Religion, qui sont nécessaires, à savoir pour le salut de nos âmes. Si en quelques autres points nos prêches ne sont d'accord, il les faut laisser accorder entre eux, et nous contenter de savoir les articles qui sont nécessaires pour notre salut ; car il n'est pas dit que si nous ne pouvons être aussi subtils et aigus que le benoit saint Thomas d'Aquin, ou que le benoit saint Bonaventure, ou l'Escot, ou Bricot, ou que les autres docteurs de théologie, que nous devons être damnés pour cela.
— Ce serait une chose bien étrange, va dire le catholique, de croire que Dieu ait voulu que la Sainte Religion fût si obscure, qu'il n'y eût que les sophistes qui y peuvent rien entendre ; mais, au contraire, il faut croire que Dieu nous l'a donnée simple, claire et intelligible, afin que les simples gens mêmes la puissent entendre : tellement que nous ne laisserons pas d'être sauvés — s'il plaît à Dieu, encore que nous ne sachions ce que veut dire Transsubstantiation, Concomitance, et autres semblables termes qui ne se lisent point en la Bible. Et combien que nous ne soyons point si aigus de pouvoir entendre la nature des
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Quidiiés ('), la subsistance des accidents séparés du sujet, les effets et opérations des secondes intentions, le mouvement de la Chimère en Aapuité, et autres semblables profondes subtilités de la Théologie spéculative.
L'ébahissement des catholiques renforçait de moment en moment d'entendre si bien et doctement parler ce gentilhomme réformé; car, selon son dire, il n'y avait pas i4 ou 1 5 mois qu'il était entré en la religion. Auparavant il n'avait jamais entendu parler de la doctrine d'icelle, si ce n'est en termes généraux, et pour toute aide il avait seulement la langue latine à commandement, ce qui fut cause que le catholique lui demanda comment en si peu de temps il s'était fait si grand théologien, vu que lui, qui avait étudié si longtemps, n'en savait la dixième partie, voire n'avait jamais entendu disputer de ces termes de transsubstantiation, concomitance et autres semblables.
— Les grâces de Dieu, répondit le réformé, sont différentes
ket sa Majesté les distribue comme il lui plaît; et pour le regard de ces mots scabreux, sur lesquels il semble que vous fondez votre ébahissement, sachez, Monsieur, qu'il y en a d'aussi saugrenus et scabreux en la faculté de l'Alcoran de Mahomet, et selon ce que j'ai entendu, l'importance d'iceux n'a jamais causé une telle idolâtrie que nos concomitances et transsubstantiation. Car si vous prenez tous les Turcs l'un après l'autre, ils aimeraient mieux mourir cent et cent millions de fois que d'adorer un morceau de pâte, et encore moins de croire seulement que le corps de Christ réellement et de fait y soit enclos. D'autant plus qu'il est impossible d'y faire subsister une mouche, tant petite soit-elle. Comment aussi serait-il possible de l'y enclore, sans mourir, vu qu'il faut pétrir la pâte, l'étendre sur un fer de gaufre, et après la cuire entre deux fers ; tout cela ne se peut faire sans rendre le ventre de la mouche aussi plat qu'une punaise. De dire que le corps de Christ n'y est point transsubstantié, sinon après que le prêtre a consacré l'hostie, il n'y a apparence quelconque ; car le corps de Christ est monté au ciel, et ne descendra sinon au temps qui est prescrit au Symbole des Apôtres.
(!j Propriétés qui forment l'essence d'un être. — Terme de l'école, tiré du latin barbare Quidditas.
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Le bruit courut incontinent partout de celte privée et familière conférence, en laquelle tous les gentilshommes catholiques se trouvèrent si bien satisfaits, qu'ils changèrent entièrement d'opinion, et donnant du pied à la Messe, ne voulurent jamais en entendre parler depuis. Ce ne fut pas tout ; car dès qu'ils eurent entendu le sujet du traité de la Polygamie, chacun le voulut voir ; lisant lequel, il n'y avait personne qui ne jugeât tous ceux du clergé dignes d'être abîmés, comme les plus dépravés méchants et malheureux personnages que la terre porlàl jusque-là. Si protestèrent dès lors qu'ils ne seraient rétifs toutes fois et quantes qu'il serait question de monter à cheval, pour parvenir à la subversion de la Polygamie. Ne souhaitant au surplus autre chose, que de voir en lumière les trois perles que l'on tenait être dans le cabinet du Roy.