‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 57 sur 57 · CHANSON D UN CORDELIEU SORBONISTE, FAISANT DES ENFANTS · texte numérisé non relu

CHANSON D UN CORDELIEU SORBONISTE, FAISANT DES ENFANTS

Monsieur Ilugonis, le pilier De notre mère Sainte Eglise, Prêcha tant chez un conseiller Une garce de honne prise, Et si souvent il l'éprouva Qu'enfin le ventre lui leva, Or, devinez cpui est le porc, Hugonis, ou son petit frère.

(!) J. A. Di.-la.uhh, Histoire de Paris, Paris, i83t), t. IV, p. 5o, note 1.

La conseillère se doutant D'une faute si apparente, S'en alla fort se tourmentant Chez une voisine parente, Disant : Ma cousine, je meurs, Car mon mari le fait ailleurs ; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

A ma chambrière il le fait, Que vous savez être assez belle.

Grosse elle est pour sûr de son fait.

Cousine, vous dites merveille, Par la merci-Dieu, dès enhui Je m'en vais bien parler à lui ; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Lors cette parente s'en va Droit au logis de sa cousine, Là où Monsieur elle trouva Qui se chauffait en sa cuisine, Et s'écria : Est-ce raison De vilener votre maison ?

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Honnête femme vous avez, Et avec votre chambrière Au jeu d'amour vous éprouve*.

Monsieur dit en cette manière :

Je sois damné comme Judas Si à la garce ai fait le cas.

Or, devinez qui est le père, Hugonis ou son petit frère.

Lors la chambrière il manda Pour savoir d'elle tout l'affaire, Et par serment lui demanda :

Viens çà, te l'ai- je voulu faire

La garce se mit à genoux, Disant : Monsieur, ce n'est pas vous.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Ce fut ce carême dernier, Cependant qu'étiez à la messe, Monsieur Hugonis au grenier (Comme lui avais fait promesse) Lorsque revenant de prêcher Au feu me le faisiez sécher; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Là me poussant dedans un coin, Et mettant sa main sous ma cotte Me renversa dessus le foin, Et par trois coups il me décrotte, Disant avoir intention Me donner ahsolution.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Le conseiller se courrouçait, Croyant qu'Hugonis, ce hon père (Comme la garce confessait) ÎS'avait commis ce vitupère, Et quand ores il l'aurait fait, Si faudrait-il couvrir le fait.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Hugonis, mandé là-dessus Fut tancé de la conseillère.

Comment vous nous avez déçus Et nous et notre chamhrière, Ha, Monsieur, cela n'est pas beau De faire céans un Bordeau ; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

APPENDICE OOl

Hélas ! répondit-il alors, Penseriez- vous, Mademoiselle, Qu'un homme impotent de son corps Peut commettre une faute telle ?

Et avant son habit levé, Montra comme il était grevé. Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

A Montmartre, j'ai tant hanté, Pvéformant les Religieuses, Mais onc accusé n'ai été De choses si pernicieuses, Combien que par opinion J'en donnai bien occasion.

Or, devinez qui est le père, * Hugonis, ou son petit frère.

La Conseillère tôt l'a cru En ses excuses péremptoires Quand en se cachant elle a vu La grosseur de ses génitoires, Mais prenait garde cependant Du membre qu'il avait pendant ; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Ainsi Hugonis s'excusait Du fait que l'on lui impropère Et se déchargeant accusait Frère Laurent son petit frère (Entendant, tant il est subtil, Par Frère Laurent, son outil).

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Puis leur dit : Soyez assuré, Monsieur, et vous. Mademoiselle, Qu'au couvent sera labouré Sans faute d'une façon telle

Qu'on ne le reverra jamais, Car je le ferai meure en paix.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Fallait-il qu'un tel garnement Ainsi scandalisât notre ordre, J'ai bien vécu, par mon serm«nt Et onc ne m'advint tel désordre, Je vous prie toujours de penser Que Dieu ne voudrions offenser, Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

De filles n'avons nul besoin Car avons-nous pas nos novices Avecque lesquels prenons soin De trouver toutes nos délices, Et ce faisant n'avons point peur D'en avoir aucun déshonneur.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Hugonis au couvent venu Au gardien le fait raconte, Le chapitre est soudain tenu Qui pour abolir cette honte D'un chacun d'eux fut arrêté Que le moine serait fouetté ; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Alors, cinq ou six marmitons Vinrent prendre ce pauvre moine (Sales et noirs comme luttons) Qui de l'étriller ont pris peine Et en dépit des huguenots L'ont fouetté jusqu'à Vitulos ; Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

APPENDICE OOO

Le moine fort se lamentait Se voyant en cette manière Traité et aussi qu'il portait Pour Hugonis la folle enchère.

Mais quelque cas que dire put Pas un coup moins il n'en reçut.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère.

Le conseiller est bien marri Aussi est bien la conseillère Que dans le cloître Saint-Merri On ait butté sa chambrière, Mais doucement tout s'est passé, Puisque le frère est in pace.

Or, devinez qui est le père, Hugonis, ou son petit frère (*).

(l) Chansonnier Maarepas, t. I, p. i55 : Bibl. nation. Msb. français, n° 12616.

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