‹ La Pomme, comédie en 1 acte, en versChapitre 13 sur 21 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

VENUS, s’adressant A la pomme.

Il nous laisse à la fin ! — Viens que je le regarde. Pomme rose! Qu’elle est gracieuse et mignarde! Les corolles en feu dont le nom m’esl si cher Éblouissent moins qu’elle. On dirait que sa chair

Est vivante, et sa peau rougissante et dorée Frémit à mon contact, comme une fleur pourprée.

(Respirant et flairant la pomme.)

Suave et délicat parfum! si pénétrant

Qu’il me trouble, et je crois sentir, en respirant

Cette mystérieuse haleine avec délice,

Que sa verte fraîcheur dans mes veines se glisse.

(lIAvant.)

Une pomme. Quel goût peut-elle avoir?

(Approchant la pomme de ses lèvres.)

Je puis

Le savoir tout à fait. Je n’ai qu’à mordre.

(Retirant virement la pomme.)

Et puis

Après? Ce serait mal, car j’ai juré.

(Avec un long sonpir.)

Mais comme

Cela doit être bon de manger une pomme!

(Approchant encore la pomme de ses lèvres.)

Si, je veux...

(La retirant.)

Non, c’est mal. Éteins-toi, mon désir,

Meurs! Si vous m’épiez, brise, tremblant zéphyr, Vous voyez que je suis sage, et que je retire Mes lèvres de ce fruit caressant qui m’attire!

(Avec dépit.)

Vraiment, cette Junon est heureuse. Elle n’a Qu’à parler! On irait jusqu’au fond de l'Etna Pour chercher ce que veut son caprice farouche. Douce pomme! On dirait qu’elle baise ma bouche!

(Parlant A tn pomme.)

Tu me tentes! Tu viens mêler tou souffle au mien, Cliarmeresse! Va-t’en. Je ne veux pas.

(Comme involontairement, elle donne un coup de dent et mord la pomme. Lui parlunt.J

Eh bien,

Polie!

(Avec une philosophie résignée.) '

Tant pis. Le mal est fait. Il ne m’en coûte Pas plus d’en finir. Non. Je veux la manger toute.

Ma foi! Junon verra son espoir envolé!

Je m’en moque.

(Mordant la pomma à belles dents.)

Oh! c’est bon! bon comme un fruit volé!

C’est bon comme un tour fait à Junon!

(Elle mange la pomme. Comme frappée d’une idée subite.)

Que dirai-je

A Mercure?

(Se rassurant tout de suite,)

Après tout, il me tendait un piège!

Certe, on le loue avec raison d’ètre éloquent Et beau diseur; mais il est dieu, par conséquent Homme, par conséquent... imbécile! Bonne âme

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