VÉNUS, MERCURE
MERCURE, entrant, à part.
Vénus est là !
.Regardant Vénus, toujours absorbée dans ses réflexions.)
Ses yeux semblent irrésolus.
A-t-elle encore la pomme, ou ne l’a-t-elle plus?
Voilà la question I
VENUS, à part.
Je me fais une fête
De tromper ce trompeur. C’est une afTaire faite.
(Apercevant Mercure.)
Ah! le voici!
(Haut à Mercure d’un ton gracieux.)
Déjà de relour?
MERCURE
Oui.
VÉNUS
Sais-tu
A quoi je pensais, là, dans ce réduit vêtu D ombre où j’enlends parler mon cœur que nul n’écoute?
A ce que tu m’as dit tantôt. C’était sans doute Par passe-temps!
M BR CURE, affriandé.
Non pas!
VÉNUS, avec coquetterie.
Ce langage discret Et tendre de l’amour est si doux qu’on voudrait Y croire!
MERCURE. - ‘ 3V
O bonheur!
VÉNUS
Mais le moyen ? Je suppose Que lorsqu'ils le parle avec sa bouche rose,
Tu lui fais comme à moi tous ces contes en l’air !
MERCURE
Que puissent à la fois le tonnerre et l’éclair Descendre sur mon front si j’ai cette pensée! “
VÉNUS, réreuse et arec coquetterie.
Sans doute, bien souvent, du tumulte lassée,
On aimerait, fuyant le rire de nos sœurs,
A s’endormir parmi les sereines douceurs D’une amitié fidèle, ainsi que dans un songe!
Mais, à qui se fier ?
MERCURE
A moi ! < i
VÉNUS-
Tout est mensonge.
On ne voit pas les cœurs !
SÇÈNE IV.
MERCURE
Le mien est plein de loi.
VENUS, comme se faisant violenc*.
Eh bien, un jour, plus lard, ce n’èst pas sans effroi, Que chez nous la fierté mourante s’humilie.
Tu me reparleras, quoique ce soit folie:..
MERCURE
De mon amour?
VÉNUS
Je n’y crois pas.
ME R C U R E , avec reproche.
Oh!
VÉNUS
Mais il est
Tel mensonge parfois dont la grâce nous plaît « Plus que la vérité !
MERCURE
Laisse que je te jure...
VÉNUS
Rien.
( Montrant la fontnina jaillissante. J
Au bruit de celle onde heureuse qui murmure.
J’y veux rêver tout bas, seule sous le ciel bleu.
Sans que rien ne se mêle à ma pensée.
( Tendrement. )
Adieu,