MAI
Nous !
JULIETTE
On se rencontre le même jour... dans le même hôtel... dans la même chambre!... Et c'est vous... c'est moi...
C'est nous!... Mademoiselle, enchanté de faire votre connaissance!
Ils se serrent la main en riant.
JULIETTE
Moi aussi !... C'est fou ! On le raconterait qu'on ne le croirait pas !
MAX
C'est pourtant moi!...
JULIETTE
Et c'est moi aussi !...
MAX
C'est inouï !...
JULIETTE
Extraordinaire !...
MAX
C'est curieux !...
JULIETTE
Très!...
Un temps. Les six répliques précédentes ont été dites avec unt p-tite gêne croissante. Ils se regard nt, se sourient.
MAX, simplement.
Et, en somme, non, ce n'est pas si extraordinaire !... Nous sommes le premier juillet, vos études sont finies d'avant-hier. J'ai calculé qu'en arrivant à Lyon après-demain, j'y serais à peu près en même temps que vous. Nous devions forcément passer, tous les deux, par Paris et le Havre. Nous nous sommes rencontrés à la première étape, au lieu de nous rencontrer à la troisième, voilà tout!
JULIETTE, pensive.
Vous saviez que mes études finissaient avanthier?
MAX
Mon père me l'avait écrit, avec mille autres détails. J'ai une lettre où il n'est question que de vous, une lettre qui a bien trente pages î
JULIETTE
Aimables ?
MAX
Evidemment!
JULIETTE, réfléchissant.
Trente pages !... (Résolument.) Monsieur, le hasard qui nous fait rencontrer, comme ça, tous les deux, est vraiment admirable.
MAX
Je l'admire sincèrement.
JULIETTE
Il faut le mettre à profit.
;: niKMiER 4a
Comment l'entendez-vous ?
juliett::.
yez-vous... moi aussi, et causons. Il est inensable que nous nous expliquions loyalement.
MAX
Je ne mens jamais.
JULIETTE
A la bonne heure !... Qu'est-ce que Monsieur votre père vous a écrit, au juste :'
MAX, embarrassé.
Mais, Mademoiselle...
Répondez.
' très difiicile !... Mon père m'écrit tous les hait joui -
JULIETTE
.le parle de la lettre où il est question de moi.
Eb bien, mais,., que vous veniez d'avoir vingt
• vous aviez uni vos études à liudfrey-
llouse,... que vous reveniez habiter avec votre
père, donc avec le mien... que vous étiez char-
in u. i île, musicienne, distinguée... et que
• faire votre connais-
JULIETTE
C'est tout ?
MAX
C'est déjà pas mal.
JULIETTE
Ce n'est pas mal, mais ce n'est pas tout. (Malicieusement.) Voulez-vous que je vous dise, moi, ce que votre père vous a écrit ?
MAX
Dites toujours*
JULIETTE
(( Mon cher enfant, je commence à vieillir. « L'usine de biscuits et petits beurres, que j'ai « fondée, et que je dirige, est en pleine prospé- « rite. Il faut que tu quittes New-York, et que tu « reviennes me succéder. Mais Sainte-Foy n'est « pas folâtre. Tu t'y ennuierais tout seul. Et puis, « tu viens d'avoir vingt-cinq ans. Il faut songer à « te marier. Inutile de chercher, d'ailleurs, j'ai « ton affaire. Mon vieil ami Pascaud, mon fondé « de pouvoirs, mon bras droit, mon autre moi- « même, a, tu le sais, de son premier mariage, une « fille qui s'appelle Juliette. Elle est délicieuse. « Vingt ans et deux mois. Elle termine ses études, « et revient ici le premier juillet. Reviens donc « à la même date. Je suis sûr que tu la trouveras « idéale. Et je serais si heureux de sceller, par « cette union, les liens fraternels qui nous unisce sent, depuis si longtemps, mon vieux Pascaud