‹ La pomme; comédie en trois actesChapitre 27 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

l et moi. Le mariage de nos enfants nous serait, « à tous deux, une joie incommensurable ».

MAX

Il ne m'a pas écrit ça.

JULIETTE

Il ne vous a pas écrit ça?

MAX

Incommensurable?... Jamais!... Mon père n'emploie pas ces mots-là I

JULIETTE, souriant.

Ce ne sont peut-être pas les mots, mais c'est le sens. Avouez que c'est le sens ! Vous avez dit que vous ne mentiez jamais !

MAX

C'est le sens, en effet.

JULIETTE

Je n'ai aucun mérite à l'avoir deviné, mon père m'a écrit exactement les mêmes choses!... Et je sais que nos deux pères agissent toujours l'un comme l'autre ! Du moment qu'on me prévenait, on vous avait prévenu aussi.

MAX

On m'avait prévenu aussi 1

JULIETTE

Parfait !... (posément.) Eh bien, Monsieur, de tout ce que vous a écrit votre père, il faut que vous ne teniez aucun compte.

46 LA FOMME

MAX, déconcerté.

Ah?

JULIETTE

Je vous en prie.

MAX

Vous n'avez aucune envie de...?

JULIETTE

Pas plus que vous, voyons, j'en suis sûre !... Vous m'avez prouvé tout à l'heure que vous étiez d'un caractère assez... résolu. Il n'entre certainement pas dans vos vues de vous laisser imposer votre femme, même par votre père !... « Mon enfant, voici celle que je te destine !... » C'était hon dans le temps, ces petites plaisanteries !... Dieu merci, nous n'en sommes plus là !

MAX

Aujourd'hui, on prend tout de même l'avis des

intéressés !

JULIETTE

Ecoutez, le mariage est une chose, en soi, déjà suffisamment terrifiante, pour qu'on ne l'aggrave pas encore à plaisir 1

MAX

Une chose terrifiante ?

Vous ne trouvez pas ça effrayant d'habiter ensemble, comme ça, du jour au lendemain ?... Et quand je dis habiter...

.m: ri: PHEMIER

is entendez : avec tout ce que ce terme comporte.

.JULIKTTK.

Oui. Mais c'est affreusement grave, même avec un ami d'enfance !... Et on voudrait que je fasse vec quelqu'un que je ne connais pas î

MAX

s alors, Mademoiselle, pourquoi avez-vous obéi à votre père ?

JULIETTE

En quoi ?

Pourquoi ètes-vous revenue à Lyon pour me rencontrer ?

JULIETTE

croyez donc pas çà ! Je ne reviens nullement à Lyon pour vous rencontrer. J'y reviens parce que ce sera désormais mon domicile. Je sors de pension, j'ai fini mes études, je rentre chez mon père.

Voilà toat '.'

Voilà tout !

MAX

i, en arrivant à Lyon, votre premier mot I : « Bonjour, papa, c'est moi. Mais, tu sais, ne

me parle pas d'épouser Max Templier, je n'en veux à aucun prix. »?...

JULIETTE

Exactement. Je ne veux pas me marier comme ça.

MAX

Gomme quoi ?

JULIETTE

Avec un jeune homme qu'on me désigne, qu'on me choisit, qu'on m'apporte sur un plateau.

MAX

Pourquoi ?

JULIETTE

Parce que je trouve ça humiliant. Et parce que ça ne peut pas être celui que j'aurais voulu.

MAX

Pourquoi?

Parce que je ne crois pas aux hasards aussi miraculeux! Réfléchissez une seconde: Nos deux pères sont amis intimes. Notre mariage les enchanterait. Il serait, pour tout le monde, d'une commodité parfaite. Et, avec tout ça, nous serions encore idéalement faits l'un pour l'autre?... Allons, voyons, ce serait trop beau, c'est impossible !

MAX

Vous avez trouvé ça ?

JULIETTE

Oui.

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