ACTE PREMIER
l et moi. Le mariage de nos enfants nous serait, « à tous deux, une joie incommensurable ».
MAX
Il ne m'a pas écrit ça.
JULIETTE
Il ne vous a pas écrit ça?
MAX
Incommensurable?... Jamais!... Mon père n'emploie pas ces mots-là I
JULIETTE, souriant.
Ce ne sont peut-être pas les mots, mais c'est le sens. Avouez que c'est le sens ! Vous avez dit que vous ne mentiez jamais !
MAX
C'est le sens, en effet.
JULIETTE
Je n'ai aucun mérite à l'avoir deviné, mon père m'a écrit exactement les mêmes choses!... Et je sais que nos deux pères agissent toujours l'un comme l'autre ! Du moment qu'on me prévenait, on vous avait prévenu aussi.
MAX
On m'avait prévenu aussi 1
JULIETTE
Parfait !... (posément.) Eh bien, Monsieur, de tout ce que vous a écrit votre père, il faut que vous ne teniez aucun compte.
46 LA FOMME
MAX, déconcerté.
Ah?
JULIETTE
Je vous en prie.
MAX
Vous n'avez aucune envie de...?
JULIETTE
Pas plus que vous, voyons, j'en suis sûre !... Vous m'avez prouvé tout à l'heure que vous étiez d'un caractère assez... résolu. Il n'entre certainement pas dans vos vues de vous laisser imposer votre femme, même par votre père !... « Mon enfant, voici celle que je te destine !... » C'était hon dans le temps, ces petites plaisanteries !... Dieu merci, nous n'en sommes plus là !
MAX
Aujourd'hui, on prend tout de même l'avis des
intéressés !
JULIETTE
Ecoutez, le mariage est une chose, en soi, déjà suffisamment terrifiante, pour qu'on ne l'aggrave pas encore à plaisir 1
MAX
Une chose terrifiante ?
Vous ne trouvez pas ça effrayant d'habiter ensemble, comme ça, du jour au lendemain ?... Et quand je dis habiter...
.m: ri: PHEMIER
is entendez : avec tout ce que ce terme comporte.
.JULIKTTK.
Oui. Mais c'est affreusement grave, même avec un ami d'enfance !... Et on voudrait que je fasse vec quelqu'un que je ne connais pas î
MAX
s alors, Mademoiselle, pourquoi avez-vous obéi à votre père ?
JULIETTE
En quoi ?
Pourquoi ètes-vous revenue à Lyon pour me rencontrer ?
JULIETTE
croyez donc pas çà ! Je ne reviens nullement à Lyon pour vous rencontrer. J'y reviens parce que ce sera désormais mon domicile. Je sors de pension, j'ai fini mes études, je rentre chez mon père.
Voilà toat '.'
Voilà tout !
MAX
i, en arrivant à Lyon, votre premier mot I : « Bonjour, papa, c'est moi. Mais, tu sais, ne
me parle pas d'épouser Max Templier, je n'en veux à aucun prix. »?...
JULIETTE
Exactement. Je ne veux pas me marier comme ça.
MAX
Gomme quoi ?
JULIETTE
Avec un jeune homme qu'on me désigne, qu'on me choisit, qu'on m'apporte sur un plateau.
MAX
Pourquoi ?
JULIETTE
Parce que je trouve ça humiliant. Et parce que ça ne peut pas être celui que j'aurais voulu.
MAX
Pourquoi?
Parce que je ne crois pas aux hasards aussi miraculeux! Réfléchissez une seconde: Nos deux pères sont amis intimes. Notre mariage les enchanterait. Il serait, pour tout le monde, d'une commodité parfaite. Et, avec tout ça, nous serions encore idéalement faits l'un pour l'autre?... Allons, voyons, ce serait trop beau, c'est impossible !
MAX
Vous avez trouvé ça ?
JULIETTE
Oui.