LA POMME DE TERRE ET SA CULTURE AU CANADA
Par W. T. MACOUN,
Horticulteur du Duminion.
La pomme de terre (Solanum tuberosum), plus généralement appelée palate par les cultivateurs Canadiens-Français, est une plante herbacée vivace, appartenant à la famille des Solanées, une nombreuse famille comptant quelque 800 espèces dont quelques-unes seulement produisent des tubercules. Elle est originaire des parties montagneuses du Chili, du Pérou, et probablement du Mexique, où elle pousse spontanément. On croit qu’elle fut introduite en Europe pour la première fois par les Espagnols, qui l’auraient apportée d'Amérique vers la fin du seizième siècle. Quoi qu'il en soit, ce n’est que quelques années plus tard, en 1586, qû'elle fut apportée en Jelande par Sir Walter Raleigh ou se: colons et plantée sur le domaine de Sir Walter Raleigh, à Youghal, près de Cork, d'où su culture se répandit parmi les classes pauvres d'Irlande et d'Angleterre. En 1663 la société royale d'Angleterre, prévovant que ce tubereule pourrait fournir un aliment bon marché en cas de disette, chercha à en répandre la culture, mais pendant longtemps encore la pomme de terre resta peu appréciée et ce n’est guère que vers le milieu du dix-huitième siècle, il y a environ c:nt soixante-quinze ans, en 1743, qu’une famine sévissant en Ecosse, ayant fait ressortir les avantages de ce tubercule, le mit au rang des denrées alimentaires régulières et donna un grand élan à sa culture. Les pays européens furent tout aussi lents à apprécier les mérites de cette plante. Elle ne commença à être connue en France qu'en 1771, lorsqu’elle remporta un prix offert pour la découverte d'un aliment qui put être substitué au blé en cas de famine. Louis XVI récompensa l'apothicaire Parmentier, qui l'avait introduite, en lui donnant cinquante journaux de terre. Au cours du dix-neuvième siècle la faveur dont jouissait la pomme de terre crût rapidement au Royaume-Uni et en Europe et la production grandit en proportion. 0
Les colons établis en Amérique commencèrent à s'en servir pour leur nourriture au dix-septième siècle et son usage ne cessa de croître à mesure que sa valeur devint mieux appréciée.
On dit que la pomme de terre sauvage était loin de devenir aussi grosse que l'espèce cultivée: Les tubercules étaient portés plus près de la surface du sol, ils apparaissaient parfois à fleur de terre, où ils verdissaient et devenaient impropres à l'alimentation. Ceux qui étaient suffisamment recouverts pour garder leurs qualités comestibles étaient encore, au mieux, aqueux et insipides. Les fleurs et les tubercules de la pomme de terre sauvage éta' :t de couleur variable; les tubercules étaient de rouge à blanc. S'il faut en croire certains botanistes la vraie Solanum tuberosum n'aurait pas été trouvée à l’état sauvage depuis son introduction en Europe, et les notes ui précèdent s’appliqueraient à une autre espèce.
C’est à de l’Escluse, un botaniste français, que nous devons la première bonne descr‘ption de la pomme de terre cultivée. Cette description date de 1601 et la pomme de terre y est désignée sous le nom de Papas peruanorum. Un plant, dit de l’Escluse rapporte jusqu’à cinquante tu: ercules inégaux, de un à deux pouces de long, irrégulièrement ovoïdes et rougeâtres. [La fleur est plus ou moins rose À l'extérieur et rougeâtre à l’intérieur. De l’Escluse sema des graines qui produisirent une variété à fleur blanche, »
Mais la grosseur et la qualité de la pomme de terre se sont bien améliorées depuis le dix-septième siècle et le tubercule que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom