CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
SUR L'iRTRODUCriOH BB LA CULTURE DE LA T16KB DANS LES PATS NEUFS.
La vigDe ne saurait être coltivée avec succès dans les pays neub qu'autant que la population y serait di^à de» venue nombreuse, et que les défridienients en auraient assaini le sol en procurant aux eaux des écoulements faciles.
En supposant même que les défrichements ne fussMit pas nécessaires pour adoucir le climat on assainir le sol , ils seraient toujours indispensables pour détruire ou au moins pour éloigner les animaux et les insectes dont les pays neub sont infestés. Quant à la population , elle doit être considérable pour subvenir à toutes les opérations d'une culture qui fournit dans ses détails des occupations à tous les sexes et à tous les âges. La récolte seule suppose remploi d'un grand nombre de bras ; il serait à désirer, même en France, qu'elle fût toujours faite asseï rapidement pour ne point troubler le commencement de la fermentation, ce qui ar* rive lorsqu'on ne remplit pas la cuve dans le même jour, et que Ton est obligé de verser la vendange sur celle des jours précédents.
Une compagnie a déjà fait aux États-Unis des dépenses aussi conndérables que mal entendues pour introduire la culture de la vigne; on a été jusqu'à faire venir du plant et des vignerons de Bourgogne ; mais rien n'a réussi , parce qu'on a voulu faire , prés de Philadelphie , ce qu'on avait l'habitude de faire prés de Dijon , quoique le sol et le climat des deux pays fussent très différents. M. Carroll, à Anapolis , dans le Maryland , a fait aussi venir du plant et des vignerons de France , sans obtenir plus de succès.
Les fautes que j'ai vu commettre à cet égard m'enhardis-
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sent à consigner ici mon avis sur la manière de procéder dans un pays neuf en état de recevoir la culture de la vigne : faire venir des vignerons avec un jardinier liabile pour les diriger ; se procurer en France des plants sains , nombreux, et choisis parmi nos meilleures espèces ; fiiire planter les mêmes espèces à des expositions diamétralement opposées, même contre toute apparence de réussite, et surtout n'abandonner un essai qu'après l'avoir révélé pendant trois années consécutives; ei^n, tenir un Journal détaillé et exact des opérations et de leurs résultats , afin d'éviter aux autres cultivateurs des rectaerdies infirnctueuses.
Si le choix est tombé sur un jardinier instruit, et que Ton ait pour lui le degré de confiance et toute la considération due à un homme dont les connaissances et le travail peuvent devenir utiles à toute une population , je ne doute pas qu'on ne parvienne à vaincre rapidement les premières dif* ficnltés, et qu'en continuant de suivre une mardie mètho» dique, telle que celle que l'on vient de tracer, on n'aplanisse avec fecUité celles qui pourraient se présenter par la suite. On ne saurait trop se persuader que des premiers essais mal dirigés découragent , donnent des idées ftiosses et éloignent l'époque de l'introducfion des nouvelles cultures.
Mon seulement on s'y est mal pris pour cultiver la vigne aux États-Unis d'Amérique, maison a commencé beaucoup trop tét ; le pays était trop peuplé d'animaux et d'insectes , dont le nombre prodigieux sera encore long-temps un des obstacles les plus insurmontables à la culture de la vigne.
Après avoir cultivé dans les Jersey, près de New-York, une assez grande quantité de pieds de vigne , j'ai pu remarquer, pendant dix ans, qu'elle poussait avec une extrême vigueur^ et qu'aucun des amateurs qui la euUivaienI aussi
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dans ce pays ne sayait proportionner la taille à cette vigueur, èbourgeonner à propos et saisir le moment favora:* ble pour arrêter les bourgeons. D'une autre part, la floraison était à peine commencée qu'un gribouri nommé dans le pays rosebug dévorait les fleurs; quelques unes échappaient-elles , un charançon déposait ses ceufe dans le grain «M^ore très petit. Ce même insecte attaque de la même manière les prunes de rein^ciande,les abricots » les brugnons, les pèches lisses, en sorte que ces fruits ne pouvaient enco* re , en 1801 , réussir aux États*Unis, quoique les arbres de toutes ces espèces fussent très vigoureux; tous leurs fruits tombaient au moment de la maturité , ou pourrissaient sur l'arbre. A cet inconvénient ms^jeur des insectes , il faut ajouter que beaucoup de plants de vignes que j'ai vus étaient attaqués de la gerçure, surtout le chasselas.
J'ai connu un particulier à New-York , qui recueillait de très beaux chasselas dans sa cour, par la seule raison que les insectes étaient moins nombreux au centre de cette grande ville qu'à la campagne. Je n'ai obtenu de raisins , d'abricots et de brugnons , qu'autant que j'ai pu envelopper avec de la gaze très daire la jeune grappe ou les fruits avant qu'ils fussent noués. Le chasselas et les pèches lisses étaient d'une saveur incomparablement plus délicate et plus riche que ceux qui mûrissent en France , même dans les années les plus heureuses.
11 est donc hors de doute que le climat de New-York est favorable à la culture de la vigne , et que cette contrée doit produire un jour d'excellents vins : la vigne sauvage y croit naturellement dans les forêts, elle s'élève au dessus des plus grands arbres. La plupart de ces espèces sauvages ont le grain très gros, la peau dure et épaisse, la pulpe d'une saveur douceâtre et désagréable. Les chasselas que j'ai greffés sur elles dans les Jersey ont parfaitement réussi ; mais , quant au produit, il a été nul, par les raisons que je viens
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d'exposer; sealement j'ai ya çk et là quelques grains dont la saveur n'avait rien de commun avec le fruit sauvage (1). Au reste , on ne doit pas s'étonner que le climat d'un pays où la pèche en plein vent est délicieuse « la pomme et la poire parfaites , où les arbres qui les donnent n'ont d'autres causes de destruction que les insectes ou la charge des fruits , ne puisse être aussi propre à la culture de la vigne qu'aucune autre partie de la terre.
(i) J'ai en la cnriotité de faire semer à Saint-Cloud des pepina de vigne i ▼âge que J'ai rapportés d'Amérique. La saveur des fruits est restée la même; mais la vigueur des plants est beaucoup moindre que dans leur pays natal , quoiqu'ils aient été mis dans une terre franche de première qualité. Ces vignte ont quinze ans et rapportent chaque année. On cultive au potager de Versailles le viiiê vulpina d'Amérique, dont la fleur est plus odorante et irtas hilive que celle de nos vignes ^ ses bourgeons sont minces , longs» très vigonroin i son fruit est petit et de très mauvais goût ; ses reailles lisses, d'un beau vert.