ACTE V, SCÈNE VI
EDOUARD
Pour me remplacer?
THOMAS GOFF
Oui , c'est un homme sincère ;
A Morlins.
Et, quoique vous aussi soyez son adversaire, Je le ferai nommer, parce qu'il ne voudra, Ne dira, ne fera que ce qui nous plaira, Quelque blll qu'on propose; il l'a juré d'avance, Et moi, ce qu'il me faut, c'est de l'indépendance.
EDOUARD
Vous n'êtes pas encor par lui représenté : Je garde mon mandat.
MORTINS.
Vous !
Quand je l'acceptai, Je promis d'exercer ce droit en honnête homme;
Rien de plus; et celui qui, voulant qu'on le nomme.
Engage un avenir que nul ne peut prévoir
Est l'esclave du peuple ou celui du pouvoir.
Je verrai si plus tard il faut que je résigne
Un droit qui m'appartient et dont je reste digne;
Le calme qui renaît peut être passager :
Je garde mon mandat tant qu'il offre un danger.
MORTINS.
Contre un vœu si formel ! monsieur, prenez-y garde.
THOMAS GOFF
Si la chance nous vient , savez-vous...
EDOUARD
Je le gîirde, Pouf ne m'en dessaisir que par ma volonté; Je le garde pour dire à tous la vérité : Au pouvoir sur son banc, au peuple sur la place, A vous, puisque chez moi nous voilà face à face.
A Mortins.
Ami du bien , monsieur, mais ami dangereux, Vous n'êtes plus pour moi qu'un rêveur généreux.
ACTK V, SCÈiNE VI. 310
Qui, jugeant mal son temps, contre une théorie Joûrait le sort de tous, sa tête cl sa patrie.
CAVERI.Y.
C'est bien.
EDOUARD
Vous, monsieur Goff , je vous connais à fond : Pensant faire à vous seul ce que les autres font, Vous croyez fermement, grâce à votre poitrine, Endoctriner autrui quand on vous endoctrine. Vous voulez être libre , et votre vanité , Pour la défendre mieux, tiu-ait la liberté; Mais vous n'auriez jamais , dans un jour de désordre , Que le demi-plaisir d'opprimer en sous-ordre.
THOMAS GOFF
Monsieur !...
EDOUARD
Pas davantage , et retenez ceci :
Un tyran subalterne est un esclave aussi.
CAVRRLY.
Très-bien.
3âO LA POPULARITÉ.
EDOUARD , s'avançant vers Caverly, qui recule.
Vous-même , enfin , vous dont l'indifférence Rit de tout...
CAVERLY.
Halte-là : si j'en crois l'apparence, Vous allez ajouter mes vérités aux leurs; Je n'ai pas l'honneur d'être un de vos électeurs. J'aime les vérités qu'aux autres l'on débite; Les miennes, nullement; et je vous en liens quitte.
M sort en saluant avec un sourire railleur Thomas Goff , qui fait un geste d'impatience.
A Edouard.
J'étouffe ! Si jamais vous demandez ma voix !....
MORTINS.
Nous nous sommes parlé pour la dernière fois: Réfléchissez.
SIR GILBERT, qui arrête Mortins et le ramène sur le devant de
la scène.
Deux mots : un écrit me dénonce