I.ADY STRAFFORI
Mais sur la liberté c'est vous qui veillerez; Faites régner les Stuar(s, et vous gouvernerez.
EDOUARD
Oui? moi !
LADY STRAFFORD
Leur volonté par ma voix vous confère Le droit d'agir pour eux et le pouvoir de faire Tout ce qu'ordonnera l'urgence du moment, Comme premier ministre à leur avènement.
EDOUARD
Moi!
UADY STRAFFORl>, lui présentant un papier.
Cet acte en fait foi.
EDOUARD
Je ne le veux pas lirr.
LADY STRAFFORD
Quand leur main l'a signé!
EDOUARD
La mienne le déchire.
Ma conduite est tracée.
LADY STRAFFORD
Où courez-vous?
EDOUARD
Je doi Marcher contre le peuple, et voter pour la loi.
LADY STRAFFORD. y
La liberté de tous par elle est suspendue.
EDOUARD
Dans l'intérêt de tous.
LADY STRAFFORD
Allez !... je suis perdue.
EDOUARD
Vous!
LADY STRAFFORD
Perdue, Edouard!
VARIAMES. 333
EDOUARD
Un complot sans effet Sera sans châtiment.
LAD Y STRAFFORD
Je sais ce que j'ai fait.
EDOUARD
Vous seule.
LADY STRAFFORD
Dans la loi ma sentence est écrite.
EDOUARD
Vain effroi.
LADY STRAFFORD
Je vous dis que ma tête est proscrite. EDOUARD.
Au péril de mes jours je la protégerai ;
Ma demeure est pour vous un refuge assuré.
LADY STRAFFORD
On mV viendra chercher.
On l'osera.
EDOUARD
Ne craignez pas qu'on l'ose !
LADY STRAFFORD
EDOUARD
Jamais.
LADY STRAFFORD
Je suis lady Montrose.
EDOUARD
Grand Dieu!
LADY STRAFFORD
De me sauver aurez-vous le pouvoir ?
EDOUARD
Ah! que m'avez- vous dit! qui? vous ! puisse encor voir La femme dont mon cœur rêvait la noble image , Qu'absente j'honorai d'un si constant hommage , Dans celle...
LADY STRAFFORD
Achevez donc : (\ue vous méprisez.
VARIAiNTES. 33'
>'on , Oh! non : j'ai beau haïr, détester ce faux nom Qui vous a fait descendre et vous devient funeste, Je vous aime encor plus que je ne le déteste.
LADY STRAFFORD
Mais ce nom , j'en suis fière ; il m'honore à mes yeux :
Porté par un martyr, il fut victorieux;
Je l'ai ressuscité; moi , femme, à sa mémoire
J'ai d'un parti déchu rattaché la victoire ;
Et qui donc m'y poussa? mes rois seuls! Ah! crois-moi.
Je l'avoue à ma honte , Edouard , ce fut toi...
Mais soyez libre ; allez ! follement révoltée ,
J'ai cherché ma sentence et je l'ai méritée.
Pensez que c'est justice ; et que ma vie enfin
Ne vaut pas qu'un regret en attriste la fin.
Tout a changé pour moi ; mourir est mon envie :
Je ne suis plus aimée, et n'aime plus la vie.
EDOUARD
Tu l'es encor; ta vie, ah ! c'est la mienne.
LADY STRAFFORD, avec exaltation.
Eh bien!
Défends-la donc pour toi; défends , sauve ton bien. Mon cœur souffre à t'en faire une loi tyrannique , Mais ta victoire enfin est mon refuge unique , Et quelque châtiment qui doive me frapper. C'est par elle, Edouard , que j'y veux échapper. Je n'ajouterai rien, non , rien pour t'y résoudre; Sois mon juge et prononce ; adieu , tu peux m'absoudre ; Tu peux me perdre; à toi jusqu'au dernier moment, Ou je vis pour t'aimer , ou je meurs en t'aimant ; J'attends mon sort. Adieu !