SCÈNE QUATRIÈME
LES PRÉcÉDENS , LADY STRAFFORD.
SIR GILBERT, qui veut se retirer en voyant entrer larly Strafforcl.
Edouard, je revien.
LADV STRAFFORD , à sir Gilbert et à Caverly. Demeurez.
EDOUARD
Julia ! je ne regrette rien ,
Mon, je n'ai rien perdu si votre amour me reste.
LADY STRAFFORD
Vous n'avez pas besoin que ma bouche l'atteste; Mon cœur vous est connu; mais, interrogez-vous: Cet éclat d'un nom pur que recherche un époux Dans l'objet respecté du choix dont il s'honore , Puis-je en donnant ma main , vous l'apporter encore? C'est à vous , sir Gilbert , plus qu'à lui de le voir. A ses engagemens je ne veux rien devoir, Rien à de vains égards qui sont une faiblesse.
A Edouard.
Vous rendant votre foi , je reprends ma promesse.
Ces nœuds font mon orgueil ; Julia , vous venger , Protester hautement contre un bruit mensonger, Du monde, par mon choix, confondre Tinjustice, C'est dignité j c'est gloire, et non pas sacrifice. Ne balancez donc plus,
LADY STRAFFORD
V ous ne l'approuvez pas ,
Sir Gilbert.
SIR GILBERT
Je l'approuve ; il ferait trop de cas
D'un arrêt que pour vous dément sa propre estime, Si par respect humain il en était victime.
LADY STRAFFORD
Ce cœur reconnaissant vous rend grâce à tous deux: Vous l'avez consolé; le plus cher de mes vœux, Edouard, le dernier, ce fut de vous entendre Adoucir mes regrets par un respect si tendre. J'emporte dans l'exil où je dois vous chérir Un souvenir de vous qui ne peut plus mourir.
CAVERLY.
Dans 1 exil!
EDOUARD
Par vous-même à mon amour ravie, Tromper l'unique espoir où j'attachais ma vie, Quand rien ne nous doit plus séparer désormais, Partir , et vous m'aimez !
LADY STRAFFORD
Plus quon n'aima jamais; Plus que je ne puis dire , et pourtant je vous quitte. J'ai contracté pour vous la dette que j'acquitte. Je ne m'en dédis point, ce parti dangereux , Pour vous je l'adoptai ; j'y persiste pour eux. 11 faut que je les suive , ou que je les ramène.
Ce qui n'était qu'amwiir peut-être et gloire humaine , Aujourd'hui c'est devoir. Je n'ai pas murmuré Quand votre honneur par vous fut à moi préféré; Mais ferais-je, à mon tour, ce que le mien m'ordonne , Si j'abandonnais ceux que le sort abandonne? Qu'ils reviennent vainqueurs : avec eux je reviens ; Je reviens en triomphe, et je vous appartiens...
EDOUARD
Vain espoir!
CAVERLY.
11 dit vrai...
SIR GILBERT
Car leur cause est perdue.
LADY STRAFFORD
Jusqu'à la fin du moins je l'aurai défendue. Le temps seul , Edouard , peut dégager ma foi Et libre! mais alors penserez-vous à moi?
EDOUARD
Vous pleurez! ce dessein...
11 est irrévocable;
Et mon amour pour vous n'est pas plus immuable.
N'espérez rien des pleurs qui roulent dans mes yeux;
Pourquoi les retenir, quand ce sont des adieux,
Qu'à peine de retour ici je vous adresse?
Vous cacher ma douleur, c'est nier ma tendresse :
Voyez-la, mon ami; mais ne m'arrêtez plus.
Si je n'étouffais pas ces regrets superflus ,
On pourrait sur mon front en retrouver la trace ;
En jetant un coup d'oeil sur Caverly.
Pour des yeux ennemis il faut que je l'efface; Car je veux dignement soutenir leurs regards, Ces pleurs m'aviliraient; je les sèche et je pars.
EDOUARD , qui veut la suivre.
Du moins...
SIR GILBERT
Reste , et commande au transport qui t'agite.