ACTE I, SCÈNE VI
Il est moins vil pour moi que l'obscur inlri^jant Qui, fort d'un droit sacré dont il use en brigand, Se cache aux yeux des lois dans son ignominie , Pour me voler l'honneur par une calomnie.
MORTINS.
Pourquoi donc t'abaisser, mon cher, en démentant Un de ces êtres vils que tu méprises tant? Descendre à son niveau ! le dois-tu ? Non ; diffère. Raisonne avant d'agir : qui vas-tu satisfaire? Ces froids approbateurs, muets dans nos débats. Qui, mêm.e en admirant, ne parlent que tout bas ! Et tu blesses , qui ? ceux dont la voix incisive Mord sur l'opinion , la tue ou la ravive. Les mots qu'on t'a prêtés ne t'ont pas compromis, Et, sans t'en ôter un, te font beaucoup d'amis: Si quelqu'un devant loi condamne ce langage , Dis qu'il n'est pas le tien.
EDOUARD, vivement.
Je le ferai.
MORTINS.
C'est sage;
Mais laisse en paix les gens à qui le discours plait. Moi qui l'ai, dans ma feuille, approuvé tel qu'il est, Puis-je me réfuter pour prendre ta défense ? Non ; ce qu'on t'a fait dire, Edouard , je le pense.
EDOUARD
C'est un tort.
MORTINS.
A tes yeux ; aux miens , et j'y vois clair , Se démentir...
EDOUARD
Morti'ns !
MORTIKS.
Ou même en avoir l'air, C'est là le tort réel , le tort irréparable ; Car l'homme qu'on croit faible, onle juge incapable.
EDOUARD
Mais Godvvin saura-t-il jusqu'où va mon mépris?
MORTiNS.
Par mol.