‹ La popularitéChapitre 7 sur 158 · ACTE 1, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE II

SIR GIMÎRHT.

Sous le cliarme

N'es-tu pas retombé?

EDOUARD

Ta Julia !

J'aime lady S(rafford.

SIR GILBERT

EDOUARD

Je i'airae, et le temps rend plus fort Un attrait qui pour moi commença dès l'enfance , Et contre elle, à vingt ans, me trouva sans défense. N'avez-vous pas vous-même approuvé cet amour?

SIR GILBERT

Il ne fut pas heureux.

EDOUARD

Il le fut jusqu'au jour Où, rejoignant les Stuarts sur la terre étrangère, Elle épousa l'ami , le sauveur de son père.

SIR GILBERT

Tu trouvais bien des torts à cet objet chéri.

EDOUARD

Torts qu'elle a réparés.

SIR GILBERT

En perdant son mari.

EDOUARD

Ne raillez pas , de grâce ! et rendez-lui justice ; Elle fit au devoir un cruel sacrifice; L'âge de lord Strafl'ord le dit , le prouve assez. Et vous n'en doutez pas, vous qui la connaissez. Elle est libre...

SIR GILBERT

Et déjà votre correspondance Traversant le détroit a comblé la distance.

EDOUARD

Mais ce plaisir amer, ce bonheur dévorant, Oui nous fait regretter ce qu'en révo il nous rend

ACTF I, SCÈNE (I. 15

.l'en suis, depuis un mois, privé par son siknce.

SIR GILBERT

Veux-tu de tes chagrins tromper la violence, Viens me les confier; avec moi viens t'asseoir Sur ces gazons si frais, où , du matin au soir Plantant pour tes vieux jours, je vis en solitaire, Après avoir payé ma dette à l'Angleterre. Dans ce bien qu'en mourant ta mère t'a laissé. Viens ; nous parlerons d'elle et du bonheur passé. D'y fêter entre nous le jour de ta naissance Je m'étais, pour demain, promis la jouissance, Je voulais l'avoir seul; mais, à mon grand regret, Caverly par plaisir. Derby par intérêt , M'ont volé cette joie en s'invitant eux-mêmes. Que m'importe après tout! tu seras là , tu m'aimes; Et j'y puis dire encor ce que j'ai dit cent fois : Je l'en vis sortir pur, et pur je l'y revois.

EDOUARD

Vous le pourrez toujours ; en doutez-vous ?

SIR GILBERT

Ecoute :

La popularité, que pour toi je redoute ,

Commence, en nous prenant sur ses ailes de feu, Par nous donner beaucoup et nous demander peu. Elle est amie ardente ou mortelle ennemie, Et, comme elle a sa gloire, elle a son infamie. Jeune, tu dois l'aimer: son charme décevant Fait battre mon vieux cœur; il m'enivre: et souvent Au fond de la tribune où ta voix me remue, Quand d'un même transport toute une Chambre émue Se lève . t'applaudit , te porte jusqu'aux cieux , Je sens des pleurs divins me rouler dans les yeux : Mais si la volonté n'est égale au génie , Cette faveur bientôt se tourne en tyrannie. Tel qui croit la conduire est par elle entraîné : Elle demande alors plus qu elle n'a donné. On fait pour lui complaire un premier sacrifice. Un second , puis un autre; et quand à son caprice On a cédé fortune, et repos, et bonheur. Elle vient fièrement vous demander l'honneur : Non pas cet honneur faux qu'elle-même dispense. Mais l'estime de soi qu'aucun bien ne compense. Ou l'honnête homme, alors, ou le dieu doit tomber : Vaincre dans cette lutte est encor succomber. On résiste, elle ordonne; on fléchit, elle opprime Et traîne le vaincu des fautes jusqu'au crime.

Page 1