‹ La popularité; comédie en cinq actesChapitre 3 sur 57 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Caverly par plaisir. Derby par intérêt,

! M’ont volé cette joie en s’invitant eux-tnêmes.

! Que m'importe après tout ! tu seras là, tu m’aimes ;

1 Et j’y puis dire encor ce que j’ai dit cent fois :

Je l’en vis sortir pur, et pur je l’y revois.

EDOUARD

Vous le pourrez toujours ; eu doutez-vous ?

SIR GILBERT

Écoute :

; La popularité , que pour toi je redoute.

Commence, en nous prenant sur ses ailes de feu.

Par nous donner beaucoup et nous demander peu. Elle est amie ardente ou mortelle ennemie.

Et, comme elle a sa gloire, elle a son Infamie. Jeune, tu dois IVuner : son charme décevant ! Fait battre mon vieux cœur ; il m'enivre ; et souvent Au fond de la tribune où ta voix me remue , Quand d’un même transport tout une chambre émue Se lève, t'applaudit, te porte jusqu’aux cieux,

Je sens des pleurs divins me rouler dans les yeux ; Mais si la volonté n'est égale au génie ,

Cette faveur bientôt se tourne en tyrannie.

Tel qui croit la conduire est par elle entraîné : Elle demande alors plus qu’elle n'a donné.

| On fait pour lui complaire un premier sacrifice , Un second , puis un autre ; et quand à son caprice On a cédé fortune, et repos, et bonheur ,

Elle vient fièrement vous demander l’honneur ;

On résiste , elle ordonne ; on fléchit , elle opprime Et traîne le vaincu des fautes jusqu’au crime.

De son ordre, au contraire, avez-vous fait mépris,

{ Cachez-vous , apostat , ou voyez à ses cris | Se dresser de fureur ceux quelle tient en laisse i Pour flatter qui lui cède et mordre qui la blesse : Des vertus qu’ils n’ont plus ces détracteurs si bas, Ces insulteurs gagés des talens qu’il n’out pas. Elle excite leur meute , et les pousse, et se venge En vous jetant au front leur colère et leur fange. Voilà ce qu’elle fut , ce qu’elle est de nos jours, Ce qu’en un pays libre on la verra toujours ;

Et s’il fhut être enfin ou paraître coupable , Laissant là l'honneur faux pour l’honneur véritable, Souv iens-loi qu’il vaut mieux tomber en citoyen Sous le mépris de tous , que mériter le tien.

J Ayez foi dans ce cœur où' votre sang bouillonne : i Je ferai mon devoir, quoi que l’honneur m’ordonne.

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