‹ La popularité; comédie en cinq actesChapitre 30 sur 57 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MORT1NS , LADY STRAFFORD , des fleurs à la main.

LADY STRAFFORD, à part, en entrant.

Monsieur Morlins 1 MORTIXS, à port.

Ma foi 1

J'affronte à tout hasard l’horreur qu'elle a pour moi .

LADY STRAFFORD, à part.

Risquons le tèle-à-tète ; après tout il m’importe De savoir jusqu’où va la haine qu’il me porte.

(A Morlins.)

Mon oncle qui me suit, va dans quelques inomens Vous adresser, monsieur, tous ses reuiercimens :

11 vous en doit beaucoup.

MORTIXS.

D’un acte de justice !

C’est à nous, milady, que j’ai rendu service.

LADY STRAFFORD

Votre nom est pour vaincre un puissant allié.

Ce nom, quoi ! milady ne l’a pas oublié ?

LADY STRAFFORD

Convenez qu'en cela j’eus bien peu de mérite : L’oublier ! et comment ? tout le monde le cite.

Édouard a lui seul cette gloire aujourd’hui.

LADY STRAFfORD.

Vous n’êles donc, monsieur, juste que pour autrui ?

mortins , A part.

Sa haine est fort aimable.

LADY STRAFFORD , A part.

Il n’est pas trop farouche.

Je n’osais espérer cet accueil qui me touche.

LADY STRAFFORD

Pourquoi ?

De sentimens nous différons tous deux.

LADY STRAFFORD

Oui , si vous arriviez au comble de vos vœux ,

Je sais ce qu’au besoin de nous vous pourriez faire. MonnNS.

Quoi donc?

LADY STRAFFORD, cassant une A une les têtes des fleurs qu'elle tient A la main.

Vous comprenez?

L’allégorie est claire.

Mais songez-vous, madame, en rappelant Tarquin, Qu’il était monarchique et non républicain ?

LADY STRAFFORD

Tous les partis vainqueurs ont, je crois, son système. C’est ce que vous feriez ?

Et vous feriez de même ?

LADY STRAFFORD

Non.

Ni moi : si jamais je viens à l’emporter ,

Sur mon respect, du moins , milady peut compter. LADY STRAFFORD.

Jamais aux grands talens je ne veux être hostile , Car j’ai pour eux un culte ; ainsi soyez tranquille.

MORTINS.

(A lady Strafford.) (A part.)

Vous me rendez confus. On me traite si bien... Parlons à cœur ouvert

LADY STRAFFORD

(A part.) (A Mortins.)

Brisons la glace. Eh bien I Quelqu’un m’a dit que moi, moi si peu redoutable. Vous in 'honoriez, monsieur, d’une haine implacable. MORTINS.

Eh bien ! quelqu’un aussi m’a dit secrètement Que je vous inspirais le même sentiment LADY STRAFFORD.

De mon côté , monsieur , rien n’est moins vrai. MORTINS.

Madame,

On eût dit le contraire en lisant dans mon ame. LADY STRAFFORD.

Je vous crois.

MORTINS.

Je combats ceux que vous combattez.

Et je déteste , moi, ceux que vous détestez.

MORTINS.

| Pour secouer leur joug j’exposerais ma vie.

LADY STRAFFORD

Partager cette gloire est le sort que j’envie.

MORTINS.

Vous le pouvez.

LADY STRAFFORD

Comment?

MORTINS.

Ils tombent LADY STRAFFORD.

Quand ?

MORTINS.

Demain ,

Si le nouveau lord-maire y veut prêter la main... LADY STRAFFORD.

Il le faut.

MORTINS.

Ou consent qu’Édouard le remplace.

LADY STRAFFORD

C’est mieux ; après la crise ajournons son audace.

Édouard, dans la lutte, entre nous deux pressé , Par l’amitié, l’amour, par moi, par vous poussé.

Va droit à notre but sans que rien l’en écarte ;

Mais il faut que milord croise les bras ou parte. LADY STRAFFORD.

Pour qu’il n’agisse pas , que faire ?

MORTINS.

Je le sais :

Proposonsdui d’agir.

LADY STRAFFOnD, souriant.

Ah ! vous le connaissez.

Il craint la guerre ouverte.

MORTINS.

Au mot peuple il se trouble.

LADY STRAFFORD

Parlez , je vous soutiens.

MOnTIXS.

Frappez , et je redouble.

LADY STRAFFORD

Que l’ablme à ses yeux s’ouvre s’il prend parti. MORTINS.

Qu’il tremble d’y tomber.

Qu’il s’y voie englouti.

MORTINS.

Je n’épargnerai rien pour que la peur l’arrête.

LADY STRAFFORD

Je lui ferai dresser les cheveux sur la télé.

Il vient, livrons l’assaut.

Page 1