‹ La popularité; comédie en cinq actesChapitre 51 sur 57 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ÉDOUARD , se levant.

Son juge ! et ma sentence | Jette au glaive infamant cette noble existence. L’honneur de mon vieux père, il se rattache au sien, El je l'immole aussi. Quel devoir que le mien.

S’il faut du même coup , pour que j’y persévère , Frapper ce que j’adore et ce que je révère !

Mais suis-je donc réduit à cette extrémité !

Suis-je lord-maire enfin ? Un lâche a déserté; Dois-je , â l’opinion résistant pour ma perte ,

Périr avec les miens ou poste qu’il déserte ?

Non , restons.

(Ou entend dans le lointain les premiers rouleiuens des tambours voilés , qui sc rapprochent par degré» et se prolongent Jusqu’à la tin de la scène)

Les voici J Ce bruit lugubre et lent Va se changer pour Londre en un appel sanglant Quelques montons encor, c’en est fait 1 Je frissonne ; Et dans ma conscience, où chaque coup résonne ,

Le remords s’éveillant semble prendre une voix Pour nommer la patrie et rappeler ses droits.

Leur généreux soutien dont le cercueil s’approche, Comme il fut sans faiblesse, il resta sans reproche. S*U pouvait du linceul s’élancer aujourd’hui ,

De moi que dirait-il , et qu'aurait-il fait , lui ?

Mais il m’entend , ce juste à qui ma voix s’adresse ; Sous son voile funèbre il tressaille , il sc dresse,

Sc découvre et répond : « Que me demandes-tu ?

» Ne rien souffrir pour elle est-ce aimer lit vertu > i » Est-ce aimer le pays d’une mâle tendreté ,

ACTL V, SCENE I.

» Que de lui préférer honneur, père ou maîtresse ? » Qui se donne au pays se donne tout entier.

» Viens, prends ton rang, suis-moi ; viens, mon digne

[héritier ;

• Viens te perdre toi-méme en sauvant sur ma tombe, » Avec l’ordre qui meurt , la liberté qui tombe.

> Élève tou courage à ce pénible efTort ;

• Ou si lu ne le peux , toi qui t’es cru si fort ,

» Si lu manques de cœur pour cette noble tâche ,

> Cache-loi ; lu fais bien : mais lu n’étais qu’un là- J’irai, Névil, j’irai, je cours où tu m’attends, [che !• Saint amour du pays , c’est ton cri que j'entends ; J’obéis et me perds. Quel est donc tou empire , Puisque je peux trouver quand mon honneur expire, Quand mon plus cher espoir vient de s’éteindre en Un douloureux plaisir à me vaincre pour toi ! [moi,

(Il a repris sur la table sa lettre qu’il emporte, et il s'élance hors de la scène. La toile tombe.)

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